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00:07 Et donc en fait, les grandes conséquences involontaires, désagréables que nous aurons à cause de la finitude des ressources
00:15 ou de la finitude de l'environnement, de la poubelle en gros, changement climatique étant dans la deuxième catégorie,
00:20 c'est une poubelle qui déborde, eh bien causeront des régulations, enfin des pressions à la baisse,
00:27 soit de la population, soit de la production économique par personne.
00:30 Le Covid est un exemple timide, parce qu'il ne va pas beaucoup réguler la population.
00:35 Il a fait aujourd'hui en France moins de morts qu'une année de tabagis, donc pour le moment ça reste un non-événement.
00:41 - Ou de suicides chez les jeunes, je trouve aussi.
00:42 - Alors un suicide chez les jeunes, c'est quelques milliers de morts par an.
00:45 Alors après, on peut savoir si quelques milliers de suicides chez les jeunes, c'est plus ou moins dramatique
00:49 que quelques dizaines de milliers de personnes de 80 ans qui...
00:52 - Je ne suis pas sûr que ce soit des comparaisons tout à fait pertinentes, mais...
00:55 - Alors moi je crois qu'elle... - Si on parle peut-être de pipe ?
00:57 - Eh bien non, moi je crois qu'elle est extrêmement pertinente,
00:59 parce que je pense que ces problèmes posent la question de l'équité entre générations.
01:03 C'est-à-dire que, est-ce qu'au motif qu'il faut préserver des gens qui sont de la génération de mes parents,
01:08 il faut empêcher des gens de ta génération de vivre ?
01:11 Et je pense que ce n'est pas du tout une question théorique, je pense que c'est une question centrale.
01:16 Et aujourd'hui... - Mais très tabou, on n'a pas trop le droit de la poser, c'est plus...
01:19 - Bah moi je la pose, parce que je pense que ce n'est pas du tout un débat trivial,
01:24 et je pense que la réponse n'est pas du tout oui à l'évidence, il faut d'abord préserver les vieux.
01:27 Quand on a notre président qui dit "Ah, ce qui me tétanise, c'est que les gens ne meurent pas dans les EHPAD",
01:32 il y a un côté, alors je vais peut-être choquer des gens qui vont m'écouter, mais je pose quand même une question,
01:36 est-ce qu'un EHPAD, c'est un endroit dont on est censé ressortir en meilleure santé qu'on y est entré ?
01:42 Non, c'est un endroit où on est censé mourir. C'est un mouroir, un EHPAD, c'est à ça que ça sert.
01:46 Empêcher les gens de mourir dans un mouroir, il y a une forme de...
01:49 Alors, qui meurt le plus longtemps possible, on n'empêche pas les gens de mourir dans un mouroir, ils y vont pour ça.
01:54 - Qui vive le plus longtemps possible, tu veux dire. - Oui, mais... Oui, pardon.
01:57 Mais on n'empêche pas les gens de mourir dans un mouroir, je répète, il y a un côté totalement hypocrite.
02:04 Bon, alors encore une fois, que ça se passe dans de bonnes conditions, tard, etc., ça se discute.
02:11 - Oui, oui. - Mais... Donc, la manière dont on est en train de gérer le problème en ce moment,
02:18 c'est clairement un arbitrage en faveur des vieux et en défaveur des jeunes.
02:22 On a sacrifié un trimestre de scolarité de plein d'élèves, notamment les élèves des milieux défavorisés,
02:28 parce que allez donc télétravailler et scolariser les gamins quand vous êtes dans un 2 pièces de 40 m², on en reparle, quoi.
02:36 Je veux dire, bon, les gens de 50 ans qui n'ont plus les enfants à la maison, télétravaillent, ils ont trouvé ça génial.
02:42 Les gens de 35 qui ont deux gamins en âge primaire à la maison...
02:46 - Comment ? - Bah, je sais pas ce qu'a donné...
02:48 - C'était assez catastrophique. - Bah oui, la scolarité a pas pu être normale, enfin, je veux dire...
02:52 - Non, non, non. - Bon, donc, je le redis.
02:54 Alors, peut-être que c'était le truc à faire. En tout cas, le résultat net de l'histoire, c'est qu'on a...
02:59 - C'était le piquet. - ...exercé une pression sur la jeune génération au détriment des vieux, globalement.
03:05 Parce que l'âge moyen du décès en France, c'était 81 ans, quoi, sur... Pardon, 81 ans.
03:10 - 81, oui. - C'est-à-dire un an de moins que l'espérance de vie.
03:15 Donc le... Enfin, voilà. Donc le Covid est représentatif, en ce sens que c'est une disruption qu'on n'a pas vu venir.
03:23 Dans ses effets, ça reste très timide par rapport à ce qui nous attend si on continue à traiter par-dessus la jambe les sujets énergie et climat.
03:31 - Un petit avertissement. - Oui, c'est un petit avertissement.
03:33 - Un petit peu de la quête. - Oui. - Effectivement.
03:36 Tout d'abord, tu disais, ce débat jeune plus ancien, moi, ça me fait tout de suite penser à ce refus de la mort, d'une certaine manière.
03:44 C'est aussi un débat qu'on veut faire. On veut le repousser, le repousser, le repousser.
03:47 Puis on voit que maintenant, au niveau idéologique, la guéguerre, elle se trouverait un peu entre les décroissants et transhumanistes.
03:55 Toi, tu es aussi beaucoup dans le monde des universités, des... Enfin, des... Comment on appelle ça ? Des lieux de la science technique.
04:02 Et j'entends souvent ce genre de discours dans ces lieux-là, que la science et la technologie vont dépasser, d'une certaine manière, ces limites-là.
04:12 Comment tu t'y prends pour... ?
04:14 En fait, ce débat, c'est le débat entre le fatalisme et le fait d'être persuadé qu'on peut agir sur tout.
04:22 C'est le débat entre les deux, quelque part.
04:26 Alors, quand j'étais jeune, il y avait déjà de la médecine, mais il y avait aussi une forme de fatalisme face à la mort, mais pas face à toutes les morts.
04:36 Il y avait un fatalisme face à une mort qui était qu'il était normal et même souhaitable de mourir quand on était vieux.
04:42 Donc il y avait une expression, quand j'étais jeune, qui s'appelait mourir de vieillesse, qu'on appelait, soit dit en passant, aussi parfois mourir de sa belle mort.
04:49 Il y avait cette expression. Je ne sais pas si toi, ça te dit quelque chose.
04:52 Oui, oui. Bien entendu.
04:53 Mais mourir de sa belle mort, c'était mourir quand on était vieux.
04:55 Donc non seulement ce n'était pas illégitime de mourir quand on était vieux, mais c'était même ce qui était souhaitable.
04:59 D'accord ? On devenait vieux, puis on mourait, crac ! Et puis voilà, c'était ça qui était bien.
05:02 Alors mourir à la guerre, ce n'était pas bien. On était jeunes. Mourir d'une maladie, d'une saloperie quand on avait 30 ans, ce n'était pas bien.
05:07 Mourir quand on était une femme et qu'on donnait naissance à un gamin, ce n'était pas bien.
05:11 Et mourir quand on était un gamin et à un an, ce n'était pas bien. Mais par contre, mourir quand on était vieux, c'était normal.
05:15 Aujourd'hui, ça n'existe plus, la mort de vieillesse, parce que toutes les morts ont une cause technique.
05:19 C'est vrai.
05:20 On ne meurt plus de vieillesse. On meurt d'un AVC, de Parkinson, de Alzheimer, d'un cancer. Je ne sais pas combien...
05:27 Toutes les morts ont une cause technique.
05:28 La grippe du Covid.
05:29 Et comme toutes les morts ont une cause technique, du coup, il y a nécessairement une solution.
05:33 Puisque tout problème technique a une solution technique.
05:36 Donc, si le cœur chantique, on va mettre un cœur artificiel.
05:41 Si les aortes sont bouchées, on les débouche avec un petit coup de desktop à aortes.
05:45 Toute cause technique est curable.
05:48 Et donc, on est rentré dans notre rapport à la mort, dont l'expression la plus aboutie est des transhumanistes,
05:53 dans lesquels, avec des rustines techniques, finalement, on tient aussi longtemps que...
05:59 Voilà, alors la question à laquelle ils ne savent pas répondre, c'est est-ce qu'on aura assez de sudoku pour s'occuper,
06:02 une fois qu'on est devenu immortel ?
06:04 On va finir par se faire chier une fois qu'on est immortel.
06:09 Effectivement, la vie perd complètement de son sens.
06:11 Enfin, je ne sais pas si elle perd son sens, mais au bout d'un moment, on a tout vu, tout entendu, tout fait, tout, etc.
06:17 Mais bon, peu importe.
06:18 Et puis, par ailleurs, il faut bien se rappeler que dans l'évolution des espèces, la vie, d'abord, c'est la vie.
06:22 La mort, c'est laisser la place à la génération qui vient, parce qu'il n'y a pas assez d'espace pour tout le monde.
06:28 Et par ailleurs, c'est l'évolution. Sans mort, pas d'évolution.
06:31 Je veux dire, si les espèces n'étaient pas mortelles sur Terre, on ne serait pas là, nous.
06:34 On serait resté au stade des bactéries immortelles.
06:36 Donc, je ne suis pas en train de faire l'apologie de la mort, mais je suis juste en train de dire,
06:41 aujourd'hui, finalement, le degré de fatalisme, qui était peut-être excessif dans un sens,
06:49 c'est devenu inexcessif dans... je ne sais pas comment il faut dire...
06:52 Le balancier est peut-être allé trop loin de l'autre côté.
06:54 Et le transhumanisme, aujourd'hui, pour moi, il est poussé par des gens qui n'ont plus de problèmes.
07:02 Donc, c'est des gens qui mangent à leur faim, qui n'ont pas de problème de faim de moi.
07:05 Ils s'emmerdent. Et donc, ils se disent, "Ah bah tiens, pourquoi je ne deviendrai pas immortel ?"
07:09 Mais c'est parce que tous les autres problèmes sont réglés.
07:12 Et puis, c'est très américain, c'est-à-dire, c'est très issu d'un pays no limits, quoi.
07:17 Donc, j'ai franchi telle limite, et telle limite, et telle limite, et telle limite.
07:21 "Ah bah tiens, qu'est-ce qu'il me reste à cocher dans mon... c'est comme un jeu vidéo, là.
07:24 C'est quoi le stage qui me manque encore ? Ah bah tiens, vie éternelle, je vais cocher cette case-là."
07:29 Il y a un côté très... c'est marrant, parce que c'est un peu revenir à des rêves de gosses, quoi.
07:37 Alors, où est-ce que je me situe dans le débat entre le progrès technique et le fatalisme, justement ?
07:44 Alors, je suis fataliste face aux lois de la physique.
07:46 Dit autrement, la loi de conservation de l'énergie, je pense qu'il n'y a pas de progrès technique qui peut la violer.
07:51 Et non seulement le progrès technique ne peut pas la violer, mais c'est précisément parce que ces lois sont inviolables,
07:55 donc totalement prédictibles, que le progrès technique peut exister.
07:59 Si l'électromagnétisme n'était pas à la base de lois totalement inviolables et rendant les choses totalement prédictibles,
08:06 je n'aurais pas ce micro devant la bouche en ce moment, et les gens qui regardent le signal qui va leur parvenir
08:10 ne pourraient pas regarder le signal. D'accord ?
08:12 Parce qu'il n'y aurait pas de loi prévisible, et donc le système ferait ce qu'il voudrait.
08:15 Voilà. Et les jeux d'yre est blanc et on entendrait pâtisserie. Ça ne marcherait pas.
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