00:00 C'est le mot à la mode qui a remplacé le développement durable dans les déclarations
00:13 politiques.
00:14 On peut le comprendre de deux façons.
00:16 L'une correspond au passage d'un État à un autre, sous-entendu de manière graduelle
00:22 et plus ou moins lente.
00:23 L'autre est ce que les physiciens désignent par transition de phase, qui consiste au
00:28 passage d'un État à un autre, induit par la variation d'un ou plusieurs paramètres.
00:32 Ce second sens traduit bien ce qui se passe avec le changement climatique, qui rend la
00:38 planète de plus en plus inhospitalière au fur et à mesure que la concentration de gaz
00:43 à effet de serre dans l'atmosphère augmente.
00:45 Ici, la transition de phase représente un son dans l'inconnu qui nécessite une baisse
00:52 urgente des émissions, sachant de toute façon que la concentration actuelle rend déjà
00:58 inaccessible le seuil des 1,5°C acté à la COP de Paris en 2015 pour la fin du siècle,
01:05 et qui devrait être atteint bien avant 2040, au rythme des émissions d'aujourd'hui.
01:10 Les deux sens de la transition ne s'opposent d'ailleurs pas nécessairement.
01:15 La seconde peut être un signal d'alarme de ce qui risque d'arriver si la première
01:20 reste inefficace, risque d'autant plus grand qu'elle serait plus lente.
01:25 Deux types de transition sont mobilisés dans les discours.
01:28 L'une est dite énergétique et l'autre écologique.
01:31 Malheureusement, ni l'une ni l'autre ne sont vraiment entamées.
01:36 La première sous-entend que nous sommes en train de passer d'une forme d'énergie
01:41 à une autre, en l'occurrence des fossiles eau renouvelable, et que ce passage est celui
01:46 même qui a eu lieu tout au long des deux derniers siècles, en faisant se succéder
01:51 le bois, le charbon puis le pétrole.
01:53 Malheureusement, cette belle histoire n'est qu'une légende.
01:57 Il n'y a jamais eu de substitution d'une énergie à une autre, et on consomme de plus
02:02 en plus chacune de ces différentes formes.
02:04 S'y ajoute le fait que l'économie devient aussi de plus en plus matérielle, dépendant
02:10 d'une quantité croissante de ressources naturelles, demandant de plus en plus d'énergie
02:15 pour être disponible.
02:16 Bref, nous sommes en plein compte de fait.
02:19 C'est ce que résume parfaitement l'historien Jean-Baptiste Ophrése Oz quand il écrit
02:23 que "le problème de la transition énergétique, c'est qu'elle projette un passé qui n'existe
02:29 pas sur un futur qui reste fantomatique".
02:31 Quant à la seconde, il suffit de regarder l'évolution des émissions de GES pour
02:37 se rendre compte que la cause physique du changement climatique, et de toutes ses conséquences
02:43 environnementales est loin d'être ne serait-ce qu'un fléchi.
02:46 Cela ne pousse pas à l'optimisme.
02:48 En tout cas, c'est l'avis d'Antonio Gutiérrez, secrétaire général des Nations
02:54 Unies, qui réagissant au rapport du GIEC, dit que nous nous précipitons vers la catastrophe
02:59 les yeux ouverts.
03:00 Dans le même temps, le revenu net de l'industrie des fossiles en 2022 a été de 4000 milliards
03:07 de dollars.
03:08 Pour comprendre pourquoi on suit ce chemin suicidaire, il suffit d'examiner ce qu'impliquerait
03:13 une politique de réduction importante des émissions de GES.
03:18 Pour ne prendre que le secteur des transports, il impacterait le tourisme, l'hôtellerie,
03:24 les loisirs, la santé, les différents modes de transport, et donc l'industrie, les minéraux,
03:30 l'énergie ou l'aménagement du territoire.
03:32 Mais il aurait aussi des effets intersectoriels qui modifieraient la structure des emplois
03:39 et même leur sens.
03:41 L'armement, la publicité, la grande distribution par exemple, s'y ajoutent des enjeux de
03:47 relocalisation et des développements de services publics, de régulation des entreprises et
03:53 d'immigration.
03:54 Une politique gouvernementale efficace aurait donc des effets majeurs et nous dirigeants
04:00 préfèrent parler de transition énergétique et écologique qui n'existent qu'en parole
04:05 et créer des crises énergétiques et écologiques qui ne sont néanmoins pas indemnes de conséquences
04:10 macro-économiques.
04:11 Mais ce ne sont pas les mêmes et elles ne sont pas dues à des politiques environnementales
04:16 conséquentes mais à leur absence.
04:19 [Musique]
04:24 Sous-titrage Société Radio-Canada
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