00:00 Bonjour Jérémy Guiz.
00:01 Bonjour.
00:02 Alors vous êtes non seulement le créateur mais aussi le scénariste et le réalisateur
00:04 de cette série sur la brigade de recherche et d'intervention.
00:07 C'est elle qui a été intervenue au Bataclan par exemple.
00:09 BRI nous embarque dans une équipe de jeunes flics d'élite dont le chef Patrick prend
00:13 sa retraite et c'est Saïd qui lui succède.
00:15 Alors pas facile de trouver sa place au sein d'une brigade qui vaut une sorte de culte
00:19 à son ancien patron qui est un homme qui entretient des liens assez troubles avec le
00:24 banditisme.
00:25 On écoute la bande-annonce.
00:26 Eric, je te présente Saïd qui a pris ma place à la BRI.
00:31 Vous avez parmi les meilleurs éléments de la région parisienne.
00:33 Police !
00:34 Vous pouvez vous respecter d'eux, comme Patrick.
00:37 C'était un bon Patrick.
00:41 Je travaille à l'ancienne.
00:42 Je peux pas avec Patrick, je sais pas combien...
00:43 Ah mais s'il vous plaît, arrêtez de vous "Patrick", arrêtez.
00:44 Il a la retraite et moi je suis pas Patrick.
00:45 La dernière chose dont j'ai envie c'est que des fous furieux déclenchent une guerre
00:51 des gangs en plein Paris.
00:52 Police !
00:53 T'as accepté le boulot ? Tu te démerdes.
01:00 Alors une série sur des flics, encore une j'ai envie de dire, mais alors celle-ci renouvelle
01:04 totalement le genre, c'est très moderne.
01:07 Si je vous dis que c'est du niveau d'engrenage ou de braco, ça vous fait plaisir cette comparaison
01:11 ?
01:12 C'est sûr que ça me fait très plaisir.
01:13 C'est des séries vraiment charnières, à la fois pour Canal+ qui a accompagné et
01:22 renouvelé le genre maintes et maintes fois, et puis c'est des séries charnières aussi
01:25 pour l'histoire de la série en France, qu'ont trouvé leur public, qui renouvelait les codes
01:32 à un moment très spécifique et qui ont quand même duré dans le temps.
01:37 Donc je me souhaite...
01:38 Vous prenez ce qu'on te dit.
01:39 Ah oui, je prendrais même la moitié de ça, je le prends largement.
01:43 Pourquoi ce focus sur la BRI ? Elle vous fascine ?
01:46 Alors non, j'avais pas de fascination.
01:49 Je connaissais pas du tout de policier dans ma vie.
01:53 J'en avais jamais rencontré, même dans le cadre de mon travail.
01:55 Alors il y a eu ce coup de projecteur lié malheureusement aux événements du Bataclan.
02:05 En l'occurrence, c'était la BRI de Paris, celle du 36.
02:10 Et quand j'ai vu que c'était la BRI qui intervenait, dans ma tête, la BRI, c'était
02:14 vraiment historiquement l'anti-gang.
02:17 Donc tout le monde a en tête MESRIN et tout ça.
02:20 Et je me suis dit qu'est-ce qui, à un moment, fait que ces gens-là peuvent aussi intervenir
02:25 sur ce genre de dispositifs qui sont normalement les prérogatives, et le reste encore, du
02:30 GIGN côté gendarmerie ou du RED côté police.
02:33 Et c'est vrai que je me suis reposé la notion d'anti-gang, qui était quelque chose en
02:39 fiction de très orienté pour moi, René Château et Belmondo, et des films que je pouvais voir
02:46 avec mon père plus jeune.
02:47 Et je me suis dit qu'est-ce que c'est l'évolution naturelle de ça, adaptée au Paris d'aujourd'hui,
02:52 à la France d'aujourd'hui, qu'est-ce que je pourrais en faire et est-ce que je peux
02:54 m'en emparer pour essayer de proposer autre chose qu'à l'arrivée, le genre, ça reste
02:59 des nuances de gris.
03:01 Et on doit avoir plaisir à jouer avec ces codes-là, s'en emparer, c'est ce qui rend
03:07 la tâche ardue, mais c'est tout le challenge aussi.
03:09 Alors rentrons un petit peu dans le scénario.
03:11 Paris est sous la menace d'une guerre des gangs.
03:13 On découvre le travail des hommes et des femmes de la BRI.
03:15 Et vous avez voulu aussi illustrer le passage de témoins entre l'ancienne et la nouvelle
03:21 génération.
03:22 D'un côté des policiers qui flirtent parfois dangereusement avec les voyous et de l'autre,
03:26 des jeunes qui ne veulent plus de ces méthodes.
03:28 C'est cette histoire de transmission qui vous intéressait, de choc des générations ?
03:32 - Oui, ça m'intéressait, la transmission et la différence de valeur entre les générations,
03:38 parce que pour le coup, c'était le thème qui dépassait l'institution police ou ce
03:42 petit groupe et qui, pour moi, était sociétal et assez actuel.
03:45 Et moi, c'est quelque chose avec lequel j'ai beaucoup joué.
03:51 La fin des idoles, la démystification.
03:55 Est-ce que les gens en sortent grandis ? Est-ce que les gens sont plus heureux ? Est-ce que
03:59 la société avance mieux ? Et c'était aussi une manière de ne pas faire juste une œuvre
04:07 bêtement nostalgique.
04:08 C'est un peu le risque avec le genre et la fiction de flics.
04:12 Ce que je trouvais chouette à la BRI, parce qu'avant de me lancer, j'ai quand même
04:16 été les voir pour essayer de confirmer s'il y avait un désir et s'il y avait matière.
04:21 - S'il y avait un désir de votre part ?
04:23 - Oui, de ma part, bien sûr.
04:25 Pour être sûr que, parce qu'une fois qu'on a l'idée, si on va se confronter et qu'on
04:27 se rend compte qu'on ne peut rien en tirer ou que finalement, c'était une vue de l'esprit,
04:31 moi, je n'ai pas de problème à lâcher les projets.
04:34 Mais ce que je trouve intéressant, c'est qu'ils avaient déjà à peu près mon âge
04:38 et ils étaient passionnés.
04:40 Ils parlaient d'affaires comme moi, je peux parler de cinéma.
04:43 Et d'un coup, ça me cassait peut-être le préjugé que j'avais sur...
04:48 Qui est un préjugé sans doute beaucoup lié à la fiction, qui est d'avoir des types très
04:57 sérieux, presque désabusés parce qu'ils chassent des gens déterminés et dangereux.
05:04 Et là, j'ai vu complètement autre chose et je me suis dit, c'est ça qui est plaisant.
05:09 C'est qu'on va pouvoir vraiment jouer avec les codes du genre et raconter ce que c'est
05:13 cette nouvelle génération.
05:14 Et dès l'arrivée des jeunes fonctionnaires très capables, il n'y avait aussi pas de
05:19 discours de nostalgie sur le "c'était mieux avant".
05:22 Je pense que le volume de travail de l'Antiguan, on va dire maintenant de la BRI, mais anciennement
05:27 des unités qui s'occupaient de ça, il est à peu près le même.
05:30 Et je pense qu'il y a moins de délinquance violente qu'il y avait dans les années 70,
05:38 80, 90 avec les attaques de banques et tout ça.
05:40 Donc, ils n'ont pas du tout, eux, ce discours décliniste.
05:43 Ils ont un discours de "aujourd'hui, le type de délinquant, c'est ça.
05:47 Et ce gars là, il est hyper intelligent et on admire sa manière de bosser.
05:51 Donc, on va redoubler d'efforts pour essayer de l'attraper".
05:54 D'un coup, c'était complètement un peu décorrélé de ce qu'on peut entendre ou
05:59 des clichés.
06:00 Et c'est là que ça s'est mis à vraiment m'intéresser.
06:02 Et même dans le casting, Jérémy Guez, il y a ce mélange de jeunes comédiens et d'acteurs
06:07 confirmés comme Vincent Elbaz, Bruno Todeschini, Emmanuel Deveau, ce qui joue aux côtés de
06:10 - je ne vais pas tous les citer - Sophiane Kames ou Ophélie Beau.
06:15 Pourquoi avez-vous mélangé des connus et des pas ou des peu connus ?
06:18 Moi, je voulais que les connus apparaissent vraiment plus en gueste et viennent encadrer
06:23 la série et viennent un peu symboliser ce passage de témoin.
06:29 Mais sinon, je voulais faire émerger des gens qui venaient plutôt du cinéma et qui
06:33 sont plutôt sur tous des débuts de carrière très prometteurs et que ça devienne les
06:36 visages de la série.
06:37 Et pour ça, je trouve que Canal a été d'un assez grand courage.
06:42 Ça se concentre beaucoup les valeurs refuge dans le cinéma et en télé.
06:50 C'est toujours les mêmes têtes qu'on convoque parce qu'on se rend compte que ça plaira
06:54 plus aux spectateurs.
06:55 Et après, c'est une sorte de prophétie un peu autoréalisatrice qu'on fait rentrer.
06:58 On ne fait plus rentrer de nouveaux et de sans frais.
07:01 Et on se rend compte que les gens n'en veulent pas et que eux perçoivent ça tout de suite
07:06 et me disent vas-y à fond et avance ensemble sur un casting et essayons de les faire émerger.
07:14 Moi, ça m'a vraiment donné encore plus envie.
07:16 C'est très audacieux.
07:17 C'est une série vraiment réaliste.
07:19 Il y a des scènes d'action particulièrement captivantes, ultra rythmées.
07:22 C'est presque un reportage.
07:23 Vous avez voulu tourner au plus près des comédiens.
07:26 J'ai tourné au plus près des comédiens.
07:28 C'est sûr. Après, ça me fait très plaisir ce que vous dites parce qu'en même temps,
07:32 il y a beaucoup de fiction et de chorégraphie sans qu'on le voit.
07:36 Mais je pense qu'on a tellement été au contact du réel, on a tellement mal axé et
07:41 moi et même les comédiens au fil de leur formation et de leur préparation physique
07:47 que je pense qu'il y a un effet immersif immédiat.
07:51 Ça me fait plaisir quand on me le dit.
07:52 C'était vraiment le but.
07:54 Préparation physique et aussi dans le maniement des armes, je crois.
07:58 Ils ont été formés par des spécialistes.
08:00 Ils ont été formés par un ancien militaire des Forces spéciales du Premier Pays.
08:05 Evidemment, le maniement des armes a beaucoup changé.
08:08 Ça me frappait qu'aux États-Unis, ils ont fait la mise à jour il y a longtemps.
08:13 On va dire peut être dans la.
08:17 En suivant les pas de Michael Mann, qui faisait appel à Mick Gould, qui est un ancien
08:20 SAS pour chorégraphier ces scènes d'action.
08:23 Et donc voilà, moi, ça m'intéressait de voir un peu comment ces gens-là évoluaient
08:29 avec ce qui est leur outil de travail et en démystifiant aussi ce que c'est l'arme
08:35 à feu au cinéma et que ça devienne des outils, juste comme un bistouri dans la main
08:43 d'un chirurgien qu'on ne l'investisse pas d'autre chose que de ce qu'il est réellement
08:49 pour ces policiers.
08:50 C'est-à-dire jouer juste un outil de travail.
08:52 Vous aviez travaillé pour le cinéma jusqu'à présent, réalisateur de Boîte Noire avec
08:56 Pierre Ninet ou de Sons of Philadelphia.
08:58 Béhari, je crois que c'est votre première série.
09:00 Alors, j'ai juste participé à l'écriture de Boîte Noire.
09:02 C'est déjà pas mal.
09:03 C'est Yann Gauvelant.
09:04 Mais c'est bien votre première série.
09:06 C'est bien ma première série, tout à fait.
09:07 C'est un travail très différent par rapport à un film.
09:10 Je pense que c'est un travail très différent par rapport à un film.
09:13 C'est un travail, bizarrement, je ne m'y attendais pas, mais que j'ai trouvé assez
09:17 proche du travail de romancier.
09:20 Que vous êtes aussi.
09:22 Oui, oui.
09:23 Et en plus, j'ai commencé par ça et j'avais l'habitude de pouvoir développer beaucoup,
09:28 beaucoup, beaucoup de personnages.
09:29 Et c'est quelque chose qu'on a moins l'occasion de faire au cinéma.
09:33 Pas parce que historiquement, ce n'est pas une tradition du cinéma, mais parce que les
09:35 films ont tendance à se ramasser aujourd'hui et en durée et autour de personnages clés.
09:40 Et là, il y avait le côté romanesque qui ressurgissait.
09:43 Donc, c'est très différent du cinéma.
09:45 Et en même temps, j'ai retrouvé quelque chose que j'avais perdu avec le cinéma.
09:49 Donc, c'était assez plaisant.
09:50 Et alors, ce qui n'est pas mal, c'est que l'on ne va évidemment pas dire ce qui se
09:53 passe à la fin de cette saison, mais dans une série, il faut que chaque épisode termine
09:59 sur ce qu'on appelle un cliffhanger, c'est à dire un suspense.
10:03 Et ça, on ne l'a pas au cinéma.
10:04 Non, c'est sûr.
10:05 Et puis, on ne peut pas avoir ce qui était aussi très jubilatoire pour nous, c'est d'essayer
10:10 de construire une série qui soit, qui n'aille que crescendo.
10:14 Oui.
10:15 Et ça participe de ce principe là.
10:18 Et ce qui aussi, je pense, récompense les gens quand ils voient le 8, c'est que la
10:24 fin du 8, émotionnellement, c'est...
10:26 Du huitième épisode.
10:27 Oui, exactement.
10:28 C'est une machine à laver et on ressort vraiment rincé de ce visionnage.
10:34 Donc, c'est aussi normal de récompenser les gens et de leur en donner plus à chaque épisode.
10:39 C'est moi, une logique que j'aime bien en tant que spectateur.
10:42 Et tout laisse penser qu'il y aura une saison 2.
10:44 J'espère.
10:45 Il faut demander à Canal+.
10:46 Vous en avez envie ?
10:47 Non, j'aimerais beaucoup.
10:48 Vous avez des choses à dire encore là dessus.
10:49 Oui, bien sûr.
10:50 Merci beaucoup d'être venu.
10:51 Merci à vous.
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