00:00Bienvenue à l'heure des livres, Benjamin Patou.
00:03Alors vous êtes entrepreneur, vous entreprenez depuis votre plus jeune âge,
00:07puisque vous avez organisé, alors que vous étiez encore au lycée, des soirées pour les jeunes de l'ouest parisien.
00:13Vous avez ensuite dirigé un groupe qui s'appelle le MoMA Group,
00:16qui regroupait beaucoup de très beaux lieux de Paris, notamment des restaurants.
00:22Et aujourd'hui, après avoir revendu ce groupe, vous êtes à la tête de trois restaurants fameux parisiens,
00:30Lapirouse, Prunier et le Lafayette.
00:33Fort de cet itinéraire, vous publiez aujourd'hui un livre qui s'appelle
00:36« Itinéraire d'un enfant raté », un livre qui est paru chez Fayard.
00:42Et évidemment, la première question qu'on a envie de vous poser,
00:45vous n'avez même pas 50 ans, vous avez 48 ans,
00:48pourquoi écrire ce qui ressemble presque à des mémoires ?
00:51Vous aviez besoin de faire le point.
00:53Quelle est l'idée derrière cette initiative ?
00:56C'est une bonne question et je dois vous avouer que j'ai beaucoup réfléchi avant de me lancer dans
01:02cette aventure,
01:05parce que j'avais conscience qu'effectivement, ça pouvait paraître un peu suspect,
01:08à 48 ans seulement, d'écrire ces mémoires.
01:12Pourquoi j'ai décidé de me lancer malgré tout ?
01:16Déjà parce que tout simplement, j'en avais envie.
01:19Ensuite, j'en ai ressenti le besoin.
01:23Et enfin, la vente de mon groupe l'année dernière, comme vous l'avez dit,
01:27m'a donné cette chance finalement, peut-être que je n'aurais qu'une fois dans ma vie,
01:31c'est-à-dire d'avoir vraiment du temps devant moi et j'avais aussi besoin.
01:34Donc, j'ai mis à profit ce temps pour pouvoir mettre un peu de l'ordre dans tout ce chaos,
01:40dans tout le tumulte, dans mes 25 années de vie professionnelle,
01:44où finalement, tout s'est enchaîné extrêmement vite.
01:48Alors, itinéraire d'un enfant raté, évidemment, le titre renvoie à un film de Claude Lelouch
01:53qui s'appelle Itinéraire d'un enfant gâté.
01:56Cette fois, un film avec Jean-Paul Belmondo, bien sûr, et Richard Anconina.
01:59Un film qui fait partie de vos films cultes, que vous avez vus et revus de Norospois.
02:06Vous devez connaître tous les dialogues par cœur, j'imagine.
02:08Comme beaucoup de films de Lelouch, d'ailleurs,
02:10puisqu'il y a un autre film qui a eu un rôle fondamental.
02:14C'est un film qui s'appelle Les uns et les autres.
02:15Vous écrivez dans le livre que c'est en voyant la scène finale,
02:19où on voit comme ça des destins qui se croisent, qui se retrouvent,
02:23que votre vocation est née.
02:25C'est vrai ?
02:25C'est exactement ça.
02:27J'avais 13 ans, j'étais au début de l'adolescence, dans cet âge si ingrat,
02:32où on a du mal à comprendre ce qui nous arrive,
02:36à trouver une place dans le monde, à comprendre le monde extérieur.
02:40J'étais seul et je suis tombé par hasard et par chance,
02:43je dirais même par miracle, en allumant la télé sur les uns et les autres,
02:47que j'ai regardé.
02:48C'est un film qui dure 3h20.
02:50Et à la fin du film, j'ai compris énormément de choses
02:54et j'ai eu une vraie déflagration, un vrai choc.
02:57Et je me suis dit, c'est ça que je veux faire.
03:00Je veux réunir les gens, je veux les faire vibrer,
03:03je veux créer des émotions.
03:05Je ne savais pas du tout à l'époque que ça s'appelait l'événementiel,
03:09bien sûr.
03:10Mais je me suis dit, c'est ça que je veux faire.
03:12Et cette scène sur le palais du Trocadéro, le gala d'UNICEF avec le balai Béjar,
03:17avec tous les acteurs du film, tous les tableaux qui se réunissaient,
03:23même ceux derrière leur télé, je me suis dit, c'est incroyable cette communion.
03:27Et j'ai senti tout de suite que ça m'a tellement parlé,
03:31je me suis dit, ma ville devra d'une manière ou d'une autre tourner autour de ça.
03:35Alors, ce qui est fou, c'est que Lelouch a tellement les films de Lelouch,
03:39parce qu'après, vous avez fait sa connaissance, c'est devenu un ami,
03:42il a même rédigé la préface de votre livre.
03:45Vous êtes tellement dans le mimétisme des films de Lelouch
03:48que lorsque, suite à une dispute un peu avec celle qui deviendra votre femme,
03:54Émilie, vous rejouez la scène d'un homme et une femme
03:57où Jean-Louis Trintignant prend sa voiture pour rejoindre Anouk Aimé
04:03et l'accueillir à la gare.
04:06Alors, Jean-Louis Trintignant...
04:08Il y a des consciences de réitérer la scène ?
04:09Totalement.
04:11Trintignant, il fait deux villes, Paris.
04:13Moi, je l'ai fait Paris-Bordeaux.
04:15Si vous voulez, j'ai toujours...
04:17Je pense que tous les enfants, les adolescents,
04:20et même les adultes, ont un côté très influençable.
04:25Et c'est encore aujourd'hui, il y a beaucoup de gens,
04:27c'est le dernier qui a parlé, qui a raison.
04:29Et quand on est ado, en fait, on est très influençable.
04:32Alors, quand on fait des mauvaises rencontres, c'est terrible,
04:34parce qu'on peut être influençable pour le pire.
04:37Et tout ce que ça peut donner de terrible,
04:39on le voit toute la journée, tous les jours, dans les faits divers, par exemple.
04:43Et puis, parfois, on tombe sur le meilleur.
04:45Et donc, on est influencé pour notre bien.
04:47C'est vrai que moi, j'ai eu la chance de tomber sur la filmographie de Claude Lelouch,
04:52qui, en quelque sorte, a été une sorte de mode d'emploi, pour moi, éducatif,
04:55puisque j'étais un très mauvais élève.
04:56Pour le coup, je n'avais pas du tout ma place dans le parcours scolaire classique.
05:01Et j'ai compris la vie, et j'ai été éduqué à travers la filmographie de Claude Lelouch.
05:05Donc, il y a tellement d'anecdotes et d'histoires incroyables dans les films de Claude
05:09qu'évidemment, j'ai été influencé.
05:12Et notamment, cette scène de la voiture pour reconcréer sa femme,
05:16je me suis dit, ça s'est imposé à moi.
05:18Je l'ai déposé à Émilie Garment-Parnasse.
05:20À 20h, elle venait de me quitter, et je me suis dit, c'est pas possible.
05:24Cette femme est la femme de ma vie.
05:25C'est impossible que ça s'arrête comme ça.
05:28Qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour lui montrer des actes
05:33qu'elle n'a pas besoin de me quitter ?
05:35J'ai pris ma voiture, et à l'époque, le TGV n'était pas en grande vitesse,
05:38donc il mettait beaucoup de temps.
05:41J'écris dans mon livre, au regard du code de la route, je suis un or de la loi,
05:44et au regard du code de la route, je suis amoureux.
05:48Et je suis arrivé 5 minutes avant,
05:52et sur le quai de la gare, elle est descendue, elle m'a vue,
05:54elle a halluciné complètement,
05:55ce qui m'a permis de pouvoir la récupérer au moins le temps d'une nuit.
05:59Et 29 ans après, on est toujours ensemble.
06:02Et vous avez des enfants ensemble.
06:04Alors, vous évoquiez à l'instant votre enfance,
06:07votre scolarité pour le moins douloureuse,
06:10parce que vous dites que vous êtes un mauvais élève,
06:12même en sport, ça ne marche pas, l'épreuve de la corde, c'est dramatique.
06:16Mais il faut dire que vous avez des circonstances plus qu'atténuantes,
06:20puisque, comme vous le racontez, vous avez perdu votre mère lorsque vous aviez 8 ans.
06:24C'est le type de blessure qui, en fait, ne se referme jamais.
06:288 ans, c'est très jeune.
06:32Votre père se retrouve désarmé, avec 3 enfants élevés,
06:36et c'est vrai que, d'une certaine façon, le louche,
06:39c'est une manière de vous échapper aussi, de vous construire,
06:42et peut-être de vous échapper, non ?
06:44Complètement, de m'échapper, de comprendre,
06:48d'essayer de trouver une place, comme je l'ai dit, dans ce monde.
06:52Je ne sais pas si c'est une excuse, une circonstance atténuante,
06:55c'est ce que mon père utilisait pour pouvoir défendre ma cause
06:57à chaque fin d'année, pour pouvoir faire sa meilleure plaidoirie.
07:00Il était avocat pour pouvoir me faire passer dans la classe supérieure.
07:03Mon frère, qui avait 3 ans de plus que moi,
07:05qui a donc vécu le même drame,
07:07lui était bien meilleur élève, en réalité.
07:09Donc, je ne suis pas sûr que ce soit forcément lié,
07:11mais moi, en tout cas, c'est vrai que l'école était terrible,
07:16parce que je ne comprenais pas,
07:18et donc je souffrais d'être en décalage, en fait.
07:21Alors, ce que vous racontez, dans le livre,
07:24c'est que la musique, et vous aide aussi beaucoup,
07:27vous jouez du piano,
07:28aujourd'hui encore, vous jouez du piano,
07:30aujourd'hui encore, la musique
07:33reste quelque chose d'important pour vous.
07:35Vous avez beaucoup d'amis musiciens.
07:37Et puis, ce que vous ne dites pas dans le livre,
07:39il y a eu les scouts aussi,
07:41qui étaient comme ça, comme une parenthèse,
07:43un peu enchantée, c'est ça ?
07:45C'est vrai, c'est vrai.
07:46La musique,
07:48je dis que la musique, c'est l'inconscient de l'histoire,
07:50que la musique, c'est le costume
07:51qu'emprunte Dieu pour circuler parmi les hommes.
07:55C'est sûr qu'il disait
07:56Dieu doit beaucoup à Bach.
07:59C'est vrai, tout ça est vrai.
08:01Je suis passionné de musique.
08:03Musique classique, comme variété française.
08:05Oui, musique classique et variété française.
08:08Et en classique, Chopin,
08:09parce que je suis un grand romantique,
08:11pour ceux qui liront le livre.
08:13Et donc, c'est vrai que la musique,
08:16c'est merveilleux.
08:17Donc, moi, je dois beaucoup à la musique.
08:19J'écoute de la musique tous les jours,
08:20peut-être une heure ou deux heures par jour.
08:22Et c'est une grande passion.
08:24Et c'est inépuisable.
08:26Et alors, à côté de ce monde
08:28qui peut sembler un monde superficiel,
08:30de paillettes, etc.,
08:31vous aimez, de temps en temps,
08:32enfin, depuis peu,
08:34partir seul.
08:35Vous êtes allé en Inde,
08:37Saint-Jacques-de-Compostelle.
08:39C'est quelque chose qui, désormais,
08:41est important,
08:43cette manière de se retirer du monde ?
08:45Oui, je crois qu'un peu comme Sam Lyon,
08:48le héros du film,
08:51arriver à peu près au milieu de sa vie,
08:53quand vous avez déjà eu la chance
08:54d'accomplir certaines choses
08:56et de cocher certaines cases,
08:58il y a forcément une remise en question
08:59qui arrive.
09:02Ça s'appelle la crise de la cinquantaine,
09:04sûrement.
09:05Et moi, j'ai ressenti le besoin
09:06de me rapprocher davantage
09:09d'une spiritualité.
09:12Et, en fait,
09:13quand vous êtes dans le tourbillon
09:16mondain, social,
09:16vous êtes en permanence,
09:18et je me nourris de ça,
09:18et j'adore ça.
09:20Oui, vous avez besoin des deux, en fait.
09:21Complètement, j'ai absolument...
09:22Voilà.
09:22Moi, j'ai dit cette phrase
09:24dans ce livre
09:24qui est passé un peu inaperçu,
09:25mais qui est tellement révélatrice,
09:27je dis,
09:29en fait,
09:30j'apprends à cohabiter,
09:31on est deux en moi,
09:32et j'apprends à faire cohabiter
09:34l'un avec l'autre.
09:35Et c'est un peu de...
09:37Parfois, ça peut être aussi
09:38le but de l'analyse, notamment.
09:40Parfois, on met toute une vie,
09:41on met toute une vie, en fait,
09:42à arriver à ce résultat-là.
09:44Mais, voilà,
09:45certaines personnes
09:46appellent ça de la contradiction.
09:48Moi, j'appelle ça de la richesse.
09:49Voilà.
09:50Donc, le côté un peu inclassable,
09:53et je suis vraiment sincèrement
09:54et l'un et l'autre, quoi.
09:55C'est comme ça.
09:59En tout cas,
10:00je vous conseille
10:01de lire ce livre.
10:02Ça se lit...
10:04Votre vie ressemble à un roman,
10:05quand même, déjà.
10:06Même si vous n'avez pas encore
10:0750 ans.
10:08Ça s'appelle donc
10:09« Itinéraire d'un enfant raté ».
10:10C'est publié chez Fayard.
10:12Merci beaucoup, Benjamin Patou.
10:13Merci beaucoup.
10:14Sous-titrage Société Radio-Canada
10:18Sous-titrage Société Radio-Canada
10:19Sous-titrage Société Radio-Canada
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