00:00Bienvenue à l'heure des livres Montfortenois. Alors bon, on vous connaît, grande navigatrice,
00:06ambassadrice pour l'éducation à la mer, vous avez déjà écrit de nombreux livres, là vous venez
00:10d'en écrire un nouveau qui s'appelle l'Océan, source de vie, un livre qui est paru aux éditions
00:14de l'Observatoire et un livre qui tombe à pic alors qu'est en train de se dérouler en ce moment
00:19le troisième sommet de l'ONU pour les océans, le 13 juin. Alors vous écrivez en introduction ce
00:25livre aurait pu s'intituler « Ne laissons pas bouillir la marmite de l'humanité ». En fait,
00:30vous vous êtes rendu compte en regardant tout ce que vous aviez écrit jusqu'alors que vous ne vous étiez
00:34pas arrêté sur le rôle essentiel de la mer nourricière. Alors comment s'est fait cette prise de conscience ?
00:42Non, c'est vrai que j'ai beaucoup écrit sur les océans parce qu'à chaque fois j'essaye de trouver le
00:46meilleur levier pour sensibiliser, pour toucher le cœur de ceux qui nous regardent et l'idée d'axer
00:53vraiment sur l'idée de la marmite de l'humanité, je trouvais que c'était intéressant parce que ça me parle
00:56vraiment de nous. Parce que souvent quand on parle d'environnement, bon déjà longtemps on a pensé que
01:01c'était l'effort amazonienne, c'était le vert et tout. Maintenant on considère que c'est bleu, en effet
01:04il y a un sommet sur l'océan, c'est la troisième fois qu'il a lieu dans le monde, donc c'était chez nous
01:09à Nice, donc c'était important. Mais la nourriture c'est vraiment notre santé au quotidien. Donc de rentrer
01:14par le biais de la nourriture, savoir est-ce qu'on aura, les scientifiques estiment que peut-être qu'en 2050
01:20il n'y aura plus de poissons dans la mer. Ça fait quand même un peu peur. Et de se dire, voilà, est-ce qu'il y aura
01:24toujours du poisson et est-ce qu'il sera encore de bonne qualité ? Et c'était intéressant du coup d'aborder
01:28cette problématique pour donner des conseils sur tout.
01:31Oui, parce que ce que vous soulignez, ce qu'on sait, mais que vous explicitez, c'est qu'en fait
01:36l'homme est devenu trop gourmand d'une certaine façon. C'est-à-dire qu'il en veut trop et il va trop loin
01:41en exploration et en exploitation des mers et des océans.
01:45C'est vrai. La vérité, c'est que ça résume. C'est-à-dire que nous, on veut toujours aller plus loin, plus fort.
01:50Alors bon, on va beaucoup dans l'espace. On investit 100 fois plus dans la recherche spatiale
01:53que dans la recherche océanique. Mais dans le fond des océans, on a tendance à avoir maintenant
01:57des moyens démultipliés, des bateaux de plus en plus grands, des filets de plus en plus perfectionnés.
02:02On a l'intelligence artificielle, les satellites qui permettent de jouer de l'endroit.
02:06Le poisson, il n'a plus moyen de s'en sortir. Alors il faut quand même rappeler que la pêche française,
02:09c'est 1% de tout ce qui est prélevé dans les océans. 1%, on ne peut pas dire que ce soit le premier des problèmes.
02:15Les pêcheurs français, ils sont pour 80% de la pêche artisanale, des bateaux de moins de 12 mètres.
02:21L'Asie, elle, toute seule, c'est 50% de tout ce qui est prélevé. Donc il y a une petite différence à ça.
02:27Ensuite, après, il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, malheureusement, la France, on mange un peu trop de poissons.
02:31Alors ce n'est pas de dire qu'il faut arrêter de manger du poisson parce qu'on n'est pas en train de culpabiliser.
02:36Mais il faut se dire qu'il faut comparer. L'Europe, elle mange, nous, on mange 35 kilos de poissons par an et par personne.
02:4535. L'Europe, elle, toute seule, c'est 20. Donc c'est déjà moins. Et l'Asie, même, c'est 20-21.
02:51Donc aujourd'hui, on pourrait diminuer un peu la quantité de poissons qu'on mange et puis surtout repenser un peu notre assiette.
02:58Aujourd'hui, il faut vraiment aller vers 80% de végétal ou autre et puis seulement 20% de protéines.
03:02Parce qu'on mange trop de protéines, il faut plutôt manger moins, mais de meilleure qualité.
03:07Alors ce qui est intéressant, c'est que vous revenez sur pourquoi on a besoin de la mer, ce qu'elle nous a fourni.
03:14Enfin, l'eau, la pluie, l'eau potable, elle régule le climat. Elle fournit une grande partie de nos aminements, ça en vient d'en parler.
03:21Et ce que l'on sait moins, c'est qu'elle apporte également de l'énergie, mais aussi des médicaments.
03:26Il y a eu pas mal de recherches qui ont été faites autour et des médicaments, notamment anticancéreux, qui ont été faits à partir des ressources de la mer.
03:34Ah non, mais moi, ma grande passion, c'est de montrer vraiment...
03:38Ça, c'est vrai que c'est passionnant et quelque chose sur lequel on n'insiste pas beaucoup.
03:40Souvent, et la mer, c'est à la fois le berceau de la vie.
03:45On est tous nés dans la profondeur des océans il y a 3 milliards d'années.
03:48Donc se dire que la vie, elle est née dans la profondeur des océans et qu'aujourd'hui, l'homme, il revient pour y trouver des solutions pour son avenir.
03:54Alors oui, on oublie tout le temps ça, parce qu'un poumon sur deux qui respire que grâce à l'océan, la régulation du climat, les énergies,
04:00et puis 22 000 médicaments qui viendraient du milieu marin.
04:03Moi, je dis souvent, c'est la trousse à pharmacie de demain.
04:05À chaque fois qu'on voit une espèce, c'est une solution pour un anti-cancer, un anti-inflammatoire, un anti-viral.
04:12Extraordinaire !
04:13Quand on voit, il y a une petite méduse et elle est immortelle.
04:16Quand elle est à l'âge adulte, elle est grand-mère et elle redevient larve.
04:21On s'est inspiré de la peau du requin, qui a une structure très particulière avec des dendicules,
04:28pour faire un revêtement pour l'intérieur de nos hôpitaux, pour empêcher la prolifération des maladies nosocomiales.
04:33Ils font quand même 4 000 morts en France par an. Fascinant !
04:36On a observé la baleine, parce qu'elle a un cœur exceptionnel, qui a permis de créer le pacemaker de demain sans pile.
04:43Il y a un petit cône qui s'appelle un petit coquillage, qui a un anti-douleur, mille fois plus puissant que la morphine.
04:49C'est-à-dire qu'à chaque fois que tu vois une espèce, les scientifiques, il y a eu 13 prix Nobel sur le milieu marin,
04:54ont trouvé une solution pour l'adapter aux hommes.
04:56Donc quand on n'étudie pas la mer, on se prive de ces solutions, et quand on dégrade l'environnement maritime,
05:04on abîme en même temps ce qui sera probablement le plus grand vivier de solutions et de richesses pour la survie de l'humanité.
05:12Alors comment expliquer ce que vous évoquiez à l'instant, que finalement les pays riches investissent si peu,
05:18alors qu'ils investissent des milliards et des milliards dans le spatial,
05:22et investissent si peu dans la recherche océanique ? C'est paradoxal, c'est surprenant.
05:27C'est vrai ça. Pourquoi est-ce qu'on investit si peu ?
05:29Je pense qu'on a pensé longtemps déjà qu'on avait suffisamment à faire sur Terre,
05:33et puis c'était Éric Tabarly qui disait « Oh, les Français, la mer, c'est surtout ce qu'ils ont dans le dos
05:39quand ils sont allongés sur leur cellulite à la plage. »
05:41Il y a un petit côté, c'est un peu lointain, et puis c'est pour ça qu'on a rejeté inlassablement nos déchets dans l'océan.
05:47On jette environ 10 millions de tonnes de déchets dans les océans chaque année,
05:50parce qu'on a pensé que c'était un puits sans fond, tout ça.
05:52Donc on ne s'est pas assez tournés vers l'océan.
05:55Aujourd'hui, on espère que les réunions internationales, que le combat,
05:59comme des gens comme moi, vous savez, 20 ans au sein de ma fondation,
06:03on a sensibilisé plus d'un million d'enfants.
06:05Cette année, on a fait partir 20 000 enfants de France qui n'étaient jamais partis voir la mer.
06:09En France, il y a des enfants qui ne connaissent pas la mer, de zone d'éducation prioritaire.
06:13Et je pense que tout ce travail-là, petit à petit, fait qu'on se tourne enfin vers le Grand Bleu
06:17et qu'on comprend que sans lui, il n'y a pas d'avenir sur Terre.
06:21C'est-à-dire que c'est à la fois notre passé et assurer notre avenir.
06:27Et c'est ça qui est intéressant.
06:28Et je trouve que de montrer le beau, de montrer la poésie de l'océan et toutes ses richesses,
06:33je pense que ça éveille des consciences.
06:35Parce que quand après, on connaît, on aime.
06:37Et quand on aime, forcément, on se bat pour protéger.
06:39Et alors, dernière question, et bon, on le sent au ton de votre voix,
06:44en fait, vous demeurez optimiste ?
06:46Ah, toujours.
06:47Alors déjà, il y a un océan de solutions.
06:49Alors déjà, quand on part traverser un océan à la rame toute seule,
06:52c'est vraiment que quelque part, on doit être optimiste quand même.
06:55Donc moi, j'aime bien l'idée de coup de rame après coup de rame,
06:58du chemin petit à petit, la grande montagne qui paraît immense, impossible,
07:02et puis on la coupe en petits morceaux.
07:04J'aime bien l'idée de cette part du colibri que chacun peut faire un peu.
07:07J'aime bien l'idée aussi que le bonheur n'est pas forcément toujours confortable.
07:11Donc il y a un plaisir aussi dans le dépassement de soi.
07:14Et puis à travers ma série de films sur Canal+,
07:16j'ai pu aller aux quatre coins du monde, voir toutes les raisons d'espérer,
07:20voir les derniers paradis,
07:21voir tous ceux qui se consacrent à mieux comprendre les océans et à les étudier.
07:25Et ça, ça me donne vraiment envie, un, de continuer,
07:28et deux, de croire dans la capacité de l'homme à réaliser des choses plus grandes que lui.
07:33Donc le défi est à la hauteur de notre capacité.
07:36– Alors, en tout cas, merci.
07:38Si vous voulez avoir la pêche, si j'ose dire,
07:40sur les capacités de l'homme à respecter l'océan et l'exploiter comme il faut,
07:45lisez donc ce livre.
07:47– Sur la plage.
07:47– Très intéressant.
07:48– Sur la plage, où vous voulez.
07:49L'océan, source de vie, c'est paru aux éditions de l'Observatoire.
07:53Merci beaucoup, Maud Fondre.
07:54– Merci.
07:54– Sous-titrage Société Radio-Canada
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