00:02Sud Radio vous explique, évidemment, cette journée de vie chère contre la vie chère,
00:09nous sommes allés gratter sur tous les dossiers qui prêtent justement à discussion.
00:15Et nous avons le plaisir d'accueillir le docteur Walid Daoudi,
00:19le chef de clinique en réanimation médicale et toxicologique à Paris, à la Riboisère, c'est ça docteur ?
00:25C'est bien ça.
00:26Bonjour, merci d'être avec vous.
00:27Quand les patients renoncent aux soins à cause des prix des mutuels.
00:32On va rappeler juste quelques chiffres.
00:34Pour les contrats individuels qui concernent notamment les retraités,
00:38il faudra prévoir une nouvelle hausse d'environ 7%.
00:41Vous percevez docteur, concrètement, les conséquences de ces hausses sur vos patients ?
00:46Clairement, pour le coup, effectivement, moi je suis chef de clinique en réanimation médicale et toxicologique à la Riboisière
00:51et de formation urgentiste.
00:53Donc j'ai eu la chance d'aller intervenir à travers les activités médicales de SAMU directement chez les patients
01:00et de les recevoir également aux urgences.
01:03Et on remarque en fait une hausse de patients, particulièrement des patients retraités,
01:08qui vont soit renoncer directement à la subscription à une mutuelle,
01:13soit effectivement des frais qui sont exorbitants,
01:15soit qui vont avoir une sorte de traumatisme,
01:21c'est-à-dire ne pas aller consulter leur médecin en se disant que la fin du mois est difficile,
01:25je n'ai pas assez de budget et donc je vais peut-être atteindre un petit peu plus.
01:29Et face à des situations de maladies chroniques, ça rend les choses plus compliquées.
01:32Pour vous, c'est une angoisse finalement palpable, vous intervenez dans une situation d'urgence
01:37et les gens ont ça déjà en tête, c'est-à-dire combien ça va me coûter, c'est terrible.
01:41Exactement, c'est terrible.
01:42Et des exemples concrets, on en a beaucoup,
01:44des patients qui ont des insuffisances cardiaques sévères,
01:47c'est-à-dire un cœur qui ne fonctionne plus,
01:49qui vont ne pas aller consulter parce qu'en fait,
01:52il y a la facture d'électricité, de gaz, surajouté à ça,
01:55et je vais devoir aller chez le médecin traitant pour payer 23 euros supplémentaires.
01:59Ça paraît peu comme ça, mais face à l'ensemble des dépenses,
02:01ça devient un coût supplémentaire parfois impossible à supporter.
02:05Bon, rappelons que cette estimation d'augmentation de 7% de l'année prochaine
02:11dépendra bien sûr du type de contrat.
02:14Il y a notamment aussi les contrats collectifs qui eux seront concernés par cette augmentation.
02:19Est-ce que vous avez senti, parce que finalement l'augmentation est conséquente
02:23et depuis plusieurs années, une dérive, un glissement ?
02:28Est-ce qu'il y a eu finalement un moment où vous êtes passé de l'autre côté de la
02:33barrière
02:33en vous disant qu'on ne peut plus faire notre métier parce que les gens ont peur d'être soignés
02:38?
02:39C'est une bonne question.
02:41Ce qu'on remarque en fait, c'est qu'il y a une vraie différence en tout cas
02:43entre les contrats individuels et les contrats collectifs.
02:46En effet, on voit que les dépenses,
02:50prenons l'exemple d'un retraité, pour expliquer un petit peu aux gens qui nous écoutent,
02:54il y a effectivement des contrats collectifs,
02:56c'est-à-dire lorsque je suis salarié.
02:57Dans une entreprise, en général, c'est pas mal, c'est même dégreffer du salaire.
03:02Enfin, c'est inodore incolore d'une certaine manière.
03:04Et en fait, le problème de ces contrats collectifs,
03:08c'est qu'ils vont, la négociation va être plus difficile
03:12et globalement, les complémentaires santé vont finalement moins gagner d'argent sur ces contrats-là.
03:16Et donc, ils vont répercuter leur prix sur les contrats individuels.
03:20Et donc, qui dit contrats individuels, dit retraités.
03:23Finalement, un peu ce qu'on peut considérer comme étant des inactifs,
03:25ceux qui ont probablement moins d'argent.
03:28Ceux qui, de part eux-mêmes, doivent prendre un contrat.
03:30C'est-à-dire, ils appellent, bonjour, la mutuelle, combien c'est ?
03:33Exactement.
03:34Et donc, eux vont avoir des contrats plus chers.
03:36C'est en grande partie des personnes qui ont moins d'argent.
03:40Et donc, on le comprend.
03:41Plus ça augmente, ça va augmenter plutôt sur les contrats individuels,
03:44moins sur les contrats collectifs.
03:46Parce que là, c'est finalement des négociations sur plusieurs profils
03:51et donc des dépenses plus importantes.
03:52Et finalement, derrière, on remarque ça sur des retraités, sur des chômeurs,
03:57que c'est des patients qu'on va voir tardivement aux urgences, par exemple,
04:01par rapport à ça, par rapport au fait qu'ils vont avoir cette crainte de consultation.
04:05Justement, dans les comportements, cher Dr Walid Daoudi,
04:10vous qui êtes au plus près des patients,
04:13est-ce que certains commencent, alors, je n'ai pas commencé,
04:16mais continuent d'imaginer aller se faire soigner dans des cliniques,
04:19par exemple, en Hongrie, en Slovaquie, des pays de l'Union Européenne,
04:22mais où, finalement, la totalité du coût, y compris le voyage,
04:26reste toujours moins cher, avec le reste à charge, malgré la mutuelle.
04:30C'est quand même incroyable.
04:32Alors, certains patients, c'est vrai que ce n'est pas les patients qu'on voit le plus,
04:36pour être transparent.
04:37Bien sûr.
04:37Mais ça peut arriver, effectivement, que sur certaines prises en charge,
04:41il y a des personnes qui vont aller faire des calculs très précis.
04:44Alors, si je paye une mutuelle tant d'euros par mois,
04:48surtout, encore une fois, sur les contrats individuels,
04:50c'est plutôt présent à cet endroit-là.
04:52Si, en parallèle, j'ai un reste à charge, parce qu'on remarque,
04:54ce qu'il faut rappeler, quand même, à nos auditeurs,
04:56c'est qu'ils ne payent pas que le reste à charge.
04:59Le reste à charge, c'est ce qu'il me reste à la fin,
05:00que je dois payer après une consultation, après un soin.
05:03Ils cotisent pour l'assurance maladie obligatoire,
05:07ils vont cotiser auprès de la mutuelle,
05:08et à la fin, ils vont aussi dépenser.
05:11Et donc, pris tout ça aligné,
05:13c'est vrai que parfois, certains patients vont plutôt aller
05:16se faire soigner à l'étranger pour avoir, finalement,
05:18un coût moins important.
05:21Juste, peut-être, un rappel aussi,
05:23puisque désormais, bon, ça, c'est un choix politique,
05:27les transferts de charges de l'assurance maladie
05:30vers les complémentaires santé
05:32pourraient représenter entre 1,5 et 1,7 milliard.
05:36Ça veut dire que c'est autant de choses
05:37que la mutuelle, finalement, répercute sur les contrats.
05:42En fait, ce qui est dangereux sur les transferts,
05:44c'est qu'effectivement, il va y avoir un transfert
05:47on estime entre 1,1 et 1,5 milliard,
05:50mais, en fait, la finalité de ce transfert,
05:53c'est que ça va être répercuté directement sur le patient.
05:55Bien sûr.
05:55L'exemple concret, c'est ce qui s'est déroulé en 2026,
06:00où, finalement, il y a eu une répercussion de 1,1 milliard
06:02sur une augmentation de taxes sur les complémentaires santé,
06:06et qui s'est répercutée de manière massive
06:07sur le prix du contrat mensuel des patients.
06:11Ils ont eu une augmentation très importante.
06:13Et donc, chaque transfert augmente directement
06:16une augmentation de ce que paye le patient à la fin du mois.
06:18Merci mille fois, cher docteur Walid Daoudi,
06:21chef de clinique en réanimation médicale et toxicologique à Paris,
06:25l'hôpital Lariboisière.
06:26Votre regard de proximité nous a éclairé.
06:29Merci, vous avez beaucoup de boulot.
06:30Vous travaillez aujourd'hui ?
06:31C'est ça, j'enchaîne directement.
06:33Merci pour l'invitation, c'était un plaisir en tout cas.
06:35Vraiment, merci à vous.
06:36Et surtout, bon courage à vos auditeurs,
06:37parce que c'est vrai que, face à toute situation,
06:39le pouvoir d'achat devient beaucoup plus compliqué.
06:43Justement, docteur, c'est une journée de mobilisation
06:45contre la vie chère.