00:01Sud Radio, le grand matin week-end, 6h-10h, Jean-François Kelly.
00:07Il est 7h15, je vous rappelle les grands titres de ce samedi matin.
00:10La canicule sur la moitié sud du pays, 7 départements placés en vigilance orange par Météo France,
00:15l'Ardèche, l'Aude, la Drôme, le Gard, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales et le Vaucluse.
00:20La crise agricole, 1 milliard débloqué par le gouvernement, critiqué par les organisations syndicales.
00:27Un projet entre Jordan Bardella et Nigel Farage, le leader de réforme UK, signé hier à Birmingham.
00:34Un protocole d'accord qui prévoit le renvoi vers la France des migrants interceptés dans les eaux britanniques.
00:41Enfin, l'économie française va-t-elle dans le mur ?
00:44Ce sera le thème de l'invité éco de ce samedi, votre nouveau rendez-vous avec l'ancien président du
00:50MEDEF, Pierre Gattaz, à 8h40.
00:53Le lève-tôt du week-end, c'était il y a un instant, à présent Sud Radio près de chez
00:58vous, nous allons parler de désertification médicale.
01:05Et bonjour à vous Dr Philippe Julien.
01:08Et bonjour Sud Radio.
01:10Vous êtes un lève-tôt vous aussi, il faut le dire.
01:13Ravi de vous accueillir, vous êtes médecin généraliste à l'antenne territoriale de santé de Puy-Casquier.
01:19C'est dans le Gers, nous sommes d'accord ?
01:22C'est exact.
01:24Exactement, l'antenne de Puy-Casquier, c'est une annexe du centre territoriale de santé de Florence qui est à
01:3116 kilomètres.
01:32Pour maintenir l'activité, on a pu rattacher ce cabinet médical qui était fermé depuis la fin de l'année
01:41au centre territoriale de santé de Florence.
01:43Alors il faut dire que le secteur quand même est un désert médical, on peut le présenter ainsi, Philippe Julien.
01:50Et vous êtes vous-même un médecin retraité, si j'ai bien compris.
01:54Exact, j'étais médecin à Puy-Casquier, j'ai pris ma retraite le 31 décembre 2025.
02:01Et dès avant ma retraite, on avait cherché avec la mairie à savoir comment on pourrait continuer.
02:06Moi j'avais essayé de trouver des successeurs, des associés où j'aurais continué un peu plus longtemps mon activité,
02:12mais je n'en trouvais pas.
02:15Et donc on a vu avec la mairie, on s'est rapproché du conseil départemental qui a créé des centres
02:20territoriaux de santé dans plusieurs points du Gers.
02:24Et comme il y en avait un pas loin à Florence, on s'est dit que la meilleure chose à
02:27faire serait de rattacher le cabinet médical de Puy-Casquier, l'annexe de Florence.
02:32Et on a demandé à quelques confrères et consoeurs retraités de venir me rejoindre.
02:41Et à partir du mois d'octobre-novembre, nous serons en tout 5 médecins retraités à nous relayer pour assurer
02:48une continuité de soins pour les patients.
02:51Et essayer de favoriser la venue de jeunes médecins, parce que bien sûr notre idée ce n'est pas de
02:55faire tourner cette maison médicale qu'avec des médecins retraités.
02:59C'est de mettre en avant pour des jeunes médecins que s'ils veulent venir s'installer là, on est
03:04là pour les aider, les épauler, par notre présence à la fois professionnelle, pour partager la charge de travail décisionnelle.
03:14Et l'avantage des retraités, c'est qu'on a un emploi du temps assez malléable pour les suppler.
03:20Et surtout si vous formez une équipe soudée de 5, vous m'avez dit médecins, pouvez-vous relayer ?
03:26Docteur Philippe Julien, nous avons tous connu par le passé les médecins de campagne sollicités jour et nuit, un métier
03:34d'abnégation et de patients également au service des patients.
03:38Comment est-ce que vous expliquez aujourd'hui qu'il y a une sorte de crise de désertification médicale ?
03:43C'est une crise de la vocation ? C'est une absence d'informations ? Quels sont les ressorts de
03:48cette désertification ?
03:51Il y a deux choses qui ont impacté. Avant tout, c'est le changement sociétal.
03:57Moi, mes dix premières années d'exercice, j'étais de garde 24h sur 24, une semaine sur deux.
04:02Et déjà à l'époque, mes amis qui sont ingénieurs à Toulouse et tout me disaient
04:07« Mais tu es fou de travailler autant ! »
04:09Quand les RTT sont arrivés avec l'apparition des 35 heures, ils m'ont dit
04:13« Mais tu n'as pas un jour dans la semaine où tu peux t'en aller, tu n'as
04:16pas... »
04:17Donc il y a ce changement de société où le rapport au travail a changé.
04:20Donc les soignants, qu'ils soient médecins, infirmières, kinés, aussi ont voulu changer de vie.
04:27Moi, on m'aurait dit à l'époque où je me suis installé qu'un jour, les agriculteurs pourraient avoir
04:31un remplaçant et partir en congé.
04:33Je me suis dit « Mais vous êtes faux, un agriculteur, ça ne parle jamais en congé parce que ça
04:37ne peut pas. »
04:38Donc il y a ce phénomène de changement de société dans le rapport au travail.
04:42Et puis on a pris aussi les décisions qu'on dénonçait depuis très longtemps.
04:48C'est que la baisse drastique du numerus clausus qui a perduré jusqu'il y a quelques années
04:54a fait qu'on formait de moins en moins de médecins.
04:57Ce qui fait que, comme il faut 10 ans pour former un médecin généraliste,
05:00eh bien on a formé de moins en moins de médecins.
05:02Il y avait de moins en moins de médecins qui arrivaient pour prendre la relève
05:06et eux-mêmes voulant travailler moins, ça ne pouvait arriver que sur une divertification.
05:10Le numerus clausus qui a été rouvert, si je puis dire, mais il va falloir du temps pour que...
05:15Il a été supprimé.
05:16Oui, supprimé.
05:17Il a même été supprimé.
05:18Il a été remonté pendant quelques années et depuis deux ans, il est supprimé complètement.
05:22C'est ça.
05:22Mais ça veut dire qu'on va avoir beaucoup plus de médecins qui vont arriver, mais dans 10 ans.
05:26Dans 10 ans.
05:27Ceci étant dit, la Caisse nationale d'assurance maladie signale que l'année dernière,
05:31elle a enregistré 32% de plus de déclarations de nouveaux médecins généralistes libéraux
05:39sur tout le territoire.
05:40Donc vous voyez, le mouvement s'amorce.
05:42Il faudra au moins une dizaine d'années pour que ça devienne suffisamment conséquent
05:46pour qu'on trouve la différence.
05:47Docteur Philippe Julien, il nous reste peu de temps.
05:49Ici, nous lançons un appel ce matin, vous et moi, pour attirer un jeune talent, un jeune médecin.
05:55C'est merveilleux de pouvoir s'installer dans un endroit aussi magique.
05:58Vous n'êtes pas en zone urbaine, vous êtes en zone rurale.
06:02Et puis, il n'y a rien de tel pour être au service des gens et exercer son métier.
06:07Donc vous lancez un appel, j'imagine, pour qu'une ou un jeune médecin vienne s'installer chez vous.
06:14Bien sûr, je le redis, j'appelle les volontaires à venir travailler sur Pucacia, s'installer,
06:22en sachant qu'ils ne seront pas seuls.
06:23Il y a une pharmacie, il y a des infirmières libérales, il y a une équipe de soins.
06:27On est habitué à travailler en pluriprofessionnalité.
06:31Et nous, surtout, comme je vous l'ai dit, on est là pour les accueillir et les aider à s
06:36'installer,
06:36à fonctionner, à la fois sur le plan professionnel, émotionnel et sur le côté pratique.
06:43Nous, on peut s'adapter facilement pour les épauler, pour la continuité des soins.
06:47Voilà, et c'est dit par un jeune médecin, un jeune vieux médecin, vétéran, mais courageux.
06:52Merci docteur Philippe Julien, je suis ravi, j'aimerais bien vous avoir comme médecin généraliste.
06:57En tout cas, merci, l'appel est lancé et très belle initiative à Pucasquier dans le département du Gers.
07:04Merci à vous et bonne journée, bon travail.
07:07Très belle initiative, donc des vétérans, des anciens qui connaissent le métier,
07:10qui s'unissent pour attirer les jeunes médecins en zone rurale.
07:15Ça mérite d'être souligné.
07:17Dans un instant, nous allons retrouver Stéphane Zerémetta pour les coups de cœur du Petit Futé,
07:23mais tout de suite la question du jeu.