00:05R.M.C. jusqu'à 9h, Apolline Matin, Apolline de Malherbe.
00:13Il est 7h15 et vous êtes bien sur R.M.C. et R.M.C. Story, des lycées bloquées par
00:18une poignée d'individus désormais,
00:19mais qui sont très remontés, même s'ils sont minoritaires.
00:22Des feux de poubelle, des mortiers d'artifice en direction des élèves, des profs et des proviseurs,
00:27des tensions de plus en plus fortes et vous les dénoncez, Cyril Coupeau.
00:30Bonjour, vous êtes proviseur dans un lycée à Évry en région parisienne, vous êtes représentant du syndicat des proviseurs.
00:37Est-ce que, vous me pardonnerez si je le dis comme ça, mais vous êtes à bout ?
00:41Oui, alors personnellement je le suis vraiment et méchamment et beaucoup de mes collègues le sont aussi.
00:47Il y a un épuisement physique, bien que la rentrée soit très récente,
00:51et puis il y a un épuisement moral qui s'installe à la fois dans le phénomène que nous vivons
00:58et dans le sentiment du manque d'accompagnement pour nous aider.
01:01Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que là, vous n'allez pas retourner dans le lycée ?
01:05Moi, alors pour tout vous dire, je suis en arrêt pour une semaine là.
01:09Voilà, alors tout le monde n'est pas arrêté.
01:10Ah moi je ne peux plus, excusez-moi, je ne peux plus.
01:12C'est-à-dire que c'est extrêmement compliqué.
01:14Alors il y a ce qui se passe dans les établissements,
01:16il y a les tiraillements que ça génère avec les élèves, avec les familles, avec les équipes.
01:21Et puis il y a l'accompagnement plus ou moins heureux, maladroit ou parfois méprisant
01:26qu'on peut avoir des institutions avec lesquelles on travaille ou de notre propre hiérarchie.
01:29C'est-à-dire quoi ? Vous vous sentez seul pour justement tenter de tenir, j'allais dire, tous les
01:33bouts,
01:34c'est-à-dire la question éducative, la question humaine des jeunes,
01:38qui sont vos jeunes et qui parfois se sont retournés, y compris contre vous,
01:42contre vous les proviseurs.
01:44Comment vous avez vécu ce moment-là ? Qu'est-ce qui a été le plus dur ?
01:48Ce qui est le plus dur, c'est d'être visé sur un plan personnel.
01:52Ça a été votre cas ?
01:53Ça a été mon cas, il y a eu des choses sur les réseaux sociaux,
01:56il y en a encore d'ailleurs qui ont recommencé.
01:58C'est de voir des collègues qui sont atteints jusque dans l'allongement de fonction,
02:02des menaces contre leur famille.
02:04Ça c'est très violent madame, vous voyez.
02:06C'est pas toujours notre personne.
02:09C'est aussi le sentiment qu'on va peut-être pas réussir à garantir la sécurité des biens et des
02:14personnes,
02:15qui est le préalable à tout, et qu'on va peut-être pas réussir à tenir la boutique.
02:21Alors que notre métier, c'est pas d'être contre vents et marées pour tenir un lycée ouvert.
02:27Notre métier, c'est d'organiser le fonctionnement du système éducatif, qu'il y ait des cours.
02:33Moi je suis dans un lycée où il y a 2100 heures de cours par semaine.
02:37Pour l'instant, il n'y en a quasiment pas en fait.
02:39Et à qui vous en voulez le plus aujourd'hui ?
02:41Emmanuel Lechypre.
02:41Est-ce que vous en voulez à ces jeunes, qui sont de plus en plus violents ?
02:44Est-ce que vous en voulez à votre administration, qui ne vous protège pas ?
02:47Est-ce que vous en voulez aux ministres ?
02:48Est-ce que vous en voulez aux parents, qui dénigrent l'école aujourd'hui, souvent chez eux,
02:53alors que c'était quelque chose qui avant était plutôt sacralisé ?
02:56Qu'est-ce qui vous met le plus en colère en fait ?
02:58Cyril Coupot.
02:58Je ne sais pas monsieur, j'ai l'impression que j'en veux à tout le monde.
03:01Excusez-moi, mais je suis tellement épuisé que peut-être que je n'arrive pas toujours
03:05complètement à réfléchir.
03:06J'en veux à certains élèves, oui.
03:08Je comprends leurs revendications par contre.
03:11Depuis le début, les revendications, on les partageait, on les soutient.
03:16Pas toutes, pas dans tous les détails, mais globalement on est complètement d'accord avec eux.
03:19Et ce sont des revendications que nous-mêmes nous portons au SNP2N,
03:22depuis des années, sans être entendus.
03:24Et vous parlez du pouvoir politique, on ne nous écoute pas.
03:27On n'écoute pas ce qu'on entend.
03:29Enfin, on n'écoute pas ce que nous disons, pardon, on ne veut pas nous entendre.
03:32Et puis, les cadres de l'éducation nationale et les personnels de direction en particulier
03:38sont complètement méprisés depuis dix ans.
03:40On ne fait pas attention à ce que nous disons.
03:42On n'a plus confiance dans notre expertise professionnelle.
03:45Et nous sommes bombardés de directives qui font dysfonctionner.
03:50Et par moments, nous disons, mais vous voyez bien que ça, ça ne peut pas marcher.
03:53Mais ce n'est pas grave, il faut y aller quand même.
03:55Et ça y est, ça a craqué.
03:56Alors, monsieur, vous parlez des responsabilités.
03:59Je comprends naturellement votre émotion.
04:00Mais enfin, le corps enseignant, depuis le début de ce mouvement lycéen,
04:03tient une position que, personnellement, je trouve très ambiguë.
04:06C'est-à-dire que les violences ont commencé très tôt, pas de la part des lycéens,
04:09mais ça induit des pillages, des casseurs, ce dont vous parlez.
04:14Est-ce qu'en fait, le corps enseignant n'aurait pas dû se montrer plus responsable
04:16et dire, en fait, très vite, ce mouvement doit s'arrêter,
04:19car il ne peut pas, en dépit des bonnes intentions des lycéens,
04:22se dérouler dans le calme ?
04:23Est-ce qu'il ne porte pas une part de responsabilité ?
04:25Est-ce qu'il n'y a pas, dans cette histoire, des adultes
04:27qu'on voulait rester un peu des piterpans, là, avec leurs lycéens ?
04:30Alors, est-ce qu'il y a des adultes qui jouent les piterpans ?
04:32Oui, bien sûr.
04:33Mais ce n'est pas le corps enseignant, monsieur.
04:35Le corps enseignant, il est comme tout le reste de la société.
04:37Il est divers, il est fractionné, il est peut-être fracturé par moment.
04:41Il y a des gens, dans mon lycée et dans les autres, qui soutiennent le mouvement.
04:45Certains sont assez rudes, parfois sont sur le parvis avec les élèves pour les soutenir.
04:50D'autres sont absolument opposés au mouvement.
04:54Certains assurent des cours en présentiel ou en distanciel d'une immense qualité
04:58et d'autres font peut-être un peu plus léger, c'est possible, oui.
05:01Mais moi, je ne dirais pas le corps enseignant, monsieur.
05:04Est-ce que vous serez, lundi prochain, vous pensez à l'entrée de votre lycée ?
05:11Alors, là, il est fermé, aujourd'hui.
05:13Il l'est depuis trois jours.
05:15Et d'ailleurs, vous faites partie de ceux qui disent
05:17qu'il vaut mieux fermer que de prendre des risques.
05:19Absolument.
05:20Il vaut mieux fermer que de prendre des risques.
05:21De toute façon, si on ouvre pour que les élèves ne puissent pas entrer,
05:25qu'ils restent sur le parvis, que par lassitude ils partent,
05:27qu'il n'y ait pas de cours, il vaut mieux fermer et passer en distanciel.
05:31Les cours en distanciel, ce n'est pas satisfaisant.
05:33Il faut être honnête, on le sait depuis le Covid.
05:35Mais il vaut mieux un cours insatisfaisant que pas de cours du tout.
05:39Donc, au moment où l'on se parle, c'est la décision que vous avez prise
05:41et vous ne savez pas quand, d'abord votre santé,
05:46le fait de retrouver aussi vos forces,
05:49mais également pour des raisons de sécurité,
05:51vous ne savez pas à ce stade quand votre lycée rouvrira ?
05:53Nous sommes nombreux, hier, à avoir écrit à notre hiérarchie
05:56pour dire le lycée est fermé jusqu'à nouvel ordre.
05:59C'est l'expression que nous utilisons.
06:00Jusqu'à nouvel ordre.
06:01En fait, tant qu'on ne se sentira pas en sécurité,
06:04tant que les établissements ne seront pas sécurisés
06:06par des présences, par des forces de l'ordre,
06:08tant qu'il y a du risque, on ne rouvrira pas.
06:10Merci beaucoup d'être venu ce matin témoigner auprès de nous.
06:13Cyril Coupeau, je rappelle que vous êtes proviseur dans un lycée à Évry
06:17et que vous êtes représentant du syndicat des proviseurs.
06:19Prenez soin de vous.