00:11Plus de 9 millions d'arrêts de travail indemnisés en France, plus 10% d'augmentation sur les six dernières
00:18années.
00:19Voilà la donnée à retenir pour 2026, issue de la dernière étude du ministère de la Santé.
00:24Docteur Jean-Daniel Gradler, merci beaucoup d'être là.
00:28Bonjour.
00:28Vous êtes médecin généraliste, membre de la Confédération des syndicats médicaux français et élu à l'Union régionale des professions
00:35de santé.
00:36Avec vous, on va parler de ces arrêts de travail. C'est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
00:41Déjà pour définir, c'est un droit qui permet aux travailleurs de s'absenter pour raisons de santé en bénéficiant
00:47du versement d'indemnités.
00:48Donc c'est un système qui est protecteur, mais qui est coûteux.
00:51Tout à fait. Alors dans les chiffres que vous avez donnés, je pense qu'il y a une donnée à
00:55aller chercher, c'est le nombre de jours d'indemnités journalières,
00:59parce que le coût est aussi corrélé aux augmentations de salaire.
01:03Et donc du coup, il y a une compensation qui est faite quasi de manière automatique.
01:07Donc en fait, le coût réel de ces arrêts de travail, c'est vraiment avoir en termes de nombre de
01:13jours.
01:13Et ça, je pense que c'est une donnée qui est importante. Et le coût, bien évidemment, parce que ça
01:17pèse sur le système de santé.
01:19Tout à fait. La durée est plus longue ces dernières années, en tout cas des arrêts de travail.
01:23On se rend compte que c'est à nuancer. On entend souvent d'ailleurs les gens dire je me mets
01:29en arrêt de travail.
01:30C'est une formulation qui brouille un peu les pistes, on va dire, dans la tête des gens.
01:33Ce n'est pas du tout comme ça que ça se passe.
01:35Non. Et c'est quand les patients me le disent.
01:39Habituellement, ils ne me le disent pas deux, trois fois parce que la première fois, je leur dis non, non,
01:43on va voir avec vous ce qui est la meilleure chose à faire pour vous.
01:47Mais ce n'est pas vous qui allez vous mettre en arrêt de travail.
01:49C'est plutôt moi qui vais voir au regard de votre situation s'il faut vous prescrire en arrêt de
01:53travail ou pas.
01:54Quelle est la question qu'on se pose alors justement quand on a devant soi un patient ?
02:00On va forcément mettre un arrêt de travail pour améliorer sa santé ou on va aller plus loin ?
02:04Je pense qu'il faut voir le problème dans sa globalité.
02:07Et la question à se poser, c'est en quoi l'arrêt de travail va améliorer votre état de santé
02:12?
02:12Et des fois, c'est une question que je pose aux patients.
02:14Mais c'est en tout cas la question que le professionnel de santé doit se poser et le médecin en
02:18l'occurrence.
02:18En quoi est-ce que ça va améliorer l'état de santé de mon patient avec les symptômes qu'il
02:23me présente actuellement
02:25si je le mets en arrêt de travail pour un jour, deux jours, trois jours ou une semaine ou un
02:29mois ?
02:30En termes de cas concrets, ça va être quoi le type de pathologie sur lesquelles vous allez peut-être moins
02:35vous poser de questions pour mettre un arrêt de travail ?
02:37Il y a des choses qui sont évidentes.
02:39Vous avez souvent des suites chirurgicales, par exemple.
02:42Vous vous faites opérer d'un allus valgus, c'est une déformation au niveau des os du pied.
02:47On sait qu'on va être sur à peu près trois mois d'arrêt de travail sans trop de discussion,
02:51quel que soit le travail,
02:52parce qu'il va y avoir des problèmes de cicatrisation.
02:55La personne ne peut pas poser le pied par terre, ne peut pas se déplacer, ne peut pas aller au
02:58travail, etc.
02:58Donc il y a des situations qui sont simples.
03:00Les situations qui sont beaucoup plus compliquées, c'est quand il y a des problèmes de stress, d'anxiété,
03:04des problèmes pathologiques, des problèmes de santé au travail.
03:06Et là, c'est beaucoup plus sujet à discussion.
03:09C'est aussi plus délicat quand il s'agit de raisons de santé mentale ?
03:13Oui, parce qu'en fait, ça demande beaucoup d'énergie aux patients que d'aller consulter pour dire
03:18« j'ai un problème et je n'arrive pas à le résoudre tout seul ».
03:21Et donc du coup, c'est aussi de trouver les professionnels qui vont l'accueillir
03:25et les patients qui vont bien vouloir faire ce travail-là.
03:28Et le problème par rapport au travail, c'est souvent les problèmes de conditions de travail,
03:34de rapport avec les autres employés ou de rapport avec les supérieurs.
03:39Et ça, c'est des questions qui, à un moment donné, ne relèvent plus forcément de l'assurance maladie,
03:43de l'indemnisation de l'assurance maladie.
03:45Il faut que le patient comprenne aussi que l'arrêt de travail seul ne va pas forcément fonctionner
03:50dans des cas plus sévères quand on parle de santé mentale.
03:53Il faut aller plus loin que ça.
03:54Oui, il faut aller plus loin parce que ça peut aller dans l'histoire du patient assez loin.
03:58C'est le rapport à l'autorité.
04:00Nous, on n'a pas les moyens.
04:02Et c'est pour ça qu'il faut absolument qu'on travaille avec le médecin du travail
04:04parce qu'on n'a pas les moyens tout seul de savoir quelles sont les conditions de travail.
04:09Alors vous allez me dire en venant à mon cabinet que vous êtes présentatrice à Moselle TV.
04:15Oui, je peux le croire.
04:16Mais en fait, on n'a jamais les preuves vraiment de ce qui se passe.
04:19On croit toujours le patient et on est formé de cette manière-là.
04:23Et quand il nous dit que les conditions de travail sont difficiles, même chose, on n'a pas les moyens
04:27de vérifier.
04:28Celui qui a les moyens de vérifier, c'est le médecin du travail.
04:30Et donc c'est pour ça qu'il faut le mettre dans la boucle assez rapidement.
04:33En tant que professionnel de santé, est-ce que c'est plus facile parfois de cocher la case arrêt de
04:39travail
04:40dans la rapidité du quotidien ou parce qu'on connaît peut-être mieux le patient,
04:44on l'a suivi plus régulièrement ?
04:46Est-ce que c'est des pièges dans lesquels on tombe ?
04:48C'est toujours plus facile de dire oui.
04:50Parce que quand le patient vient avec une solution qu'il pense être la meilleure pour lui,
04:54c'est toujours plus facile de dire oui que de dire non ou oui mais.
04:57Et donc ça, c'est quand même une responsabilité qui engendre des coûts pour la nation.
05:04Et le problème, c'est qu'on est redevable devant la nation des dépenses qu'on engage.
05:09Et donc en fait, il faut vraiment, pour aider le patient, rentrer ça dans une prise en charge globale.
05:14Et moi, souvent, je leur dis, on va aller déjà voir le médecin du travail.
05:19Vous allez aller voir votre représentant du personnel, un délégué syndical.
05:23S'il y a des choses qui sont graves, à un moment donné, vous me dites que vous vous sentez
05:27harcelé.
05:28Il faut le dire au médecin du travail parce qu'il va falloir faire quelque chose.
05:31Potentiellement, il faut aller voir la justice parce que là, on n'est plus du tout dans les rapports du
05:35travail normaux.
05:37Et en fait, il faut vraiment aller plus loin.
05:39Donc en fait, c'est tous ces conseils-là qu'on doit leur donner.
05:41Et je pense que former nos jeunes, nos jeunes internes, c'était la discussion qu'hier j'avais avec ma
05:48jeune interne
05:48qui vient d'arriver dans mon cabinet et qui travaille pour se former.
05:51Mais je lui ai dit, il faut que ça soit une prise en charge globale.
05:54Si on met simplement un arrêt de 3-4 jours pour que le patient se repose, ça ne va pas
05:58solutionner le problème
05:59parce qu'il va être stressé quand il va falloir reprendre si rien n'est mis en place plus tôt.
06:03Vous, vous militez aussi pour que les professionnels de santé soient véritablement bien formés à cette question-là
06:08qui peut sembler anodine en fait, un arrêt de travail.
06:10C'est pas si anodin que ça.
06:12Là, en fait, le microcosme médical est un peu en ébullition
06:16parce que la caisse d'assurance maladie vient de lancer une nouvelle campagne de MSO,
06:21la mise sous objectif.
06:23Elle a ciblé 600 médecins qui sont dégénéralistes.
06:26Et ça aussi, ça pose un problème parce qu'on est le dernier rempart.
06:31Mais à un moment donné, est-ce que l'arrêt de travail initial n'a pas été prescrit par un
06:35chirurgien ?
06:36Est-ce que le chirurgien n'a mis qu'un mois parce qu'il ne voulait pas faire plus
06:39ou parce que c'était indiqué de ne pas faire plus ?
06:41En fait, il y a beaucoup de communication à avoir entre professionnels.
06:44Et la caisse d'assurance maladie cible des médecins en disant
06:47qu'ils sont des prescripteurs excessifs par rapport aux collègues
06:51qui ont la même patientèle, le même âge et le même environnement économique.
06:57Alors que c'est à nuancer ?
06:58Eh bien, c'est à nuancer et c'est allé vraiment dans le détail.
07:01Donc effectivement, sur le territoire, avec la CPTS de Metz et Environ,
07:05la communauté professionnelle territoriale de santé,
07:07plus le syndicat, les structures de formation,
07:09on met en place des audits.
07:12On va mettre en place des audits pour essayer de voir
07:14si les uns et les autres veulent s'emparer de ce sujet,
07:17des formations, pour être justement dans la discussion.
07:20Merci beaucoup, docteur, pour ces éclaircissements.
07:23Vous en savez davantage sur ce qui se cache derrière un arrêt de travail
07:27pour Raison de Santé.
07:29Restez en forme et informés sur Moselle TV.
07:31Sous-titrage Société Radio-Canada
07:36Sous-titrage Société Radio-Canada
07:41Sous-titrage Société Radio-Canada