00:15Génange, Bich, ces communes ont un point commun, elles ont ou vont avoir en leur sein une maison de santé.
00:22Ces dernières années, plus d'une dizaine de maisons pluridisciplinaires ont vu le jour dans le département.
00:28Docteur Gradler, bienvenue dans Escom Santé.
00:30Vous êtes médecin généraliste, membre de la Confédération des syndicats médico-français,
00:35pour avoir une vision nationale des politiques santé, et élu à l'Union régionale des professions de santé également.
00:43Bienvenue.
00:43Merci, bonjour.
00:44On a vu fleurir les maisons de santé, il y en a une trentaine dans le département maintenant.
00:49Quel recul on a aujourd'hui sur l'impact que ces maisons de santé ont sur les patients ?
00:55Je pense que ça favorise l'implantation des professionnels sur le territoire, parce que rares sont les professionnels qui veulent
01:02travailler tout seuls.
01:03Et en tout cas, s'ils veulent travailler tout seuls, ils ne travaillent pas de manière isolée, parce qu'ils
01:07sont forcément en relation avec d'autres professionnels autour.
01:09Mais c'est vrai que ça facilite nettement l'installation de médecins généralistes sur le territoire.
01:15Ce n'est pas encore parfait. Parfois, il y a encore des cellules vides, j'allais dire, dans certaines maisons
01:21de santé pluridisciplinaires.
01:23Qu'est-ce qu'il faudrait encore mettre en place pour donner un petit coup de pouce, un coup de
01:27boost, si vous voulez, aux maisons de santé ?
01:29Je pense que quand il y a des cellules vides, il faut se poser la question de comment a été
01:33monté le projet.
01:35Parce que quand on est à l'Union régionale, on a des réunions avec l'Agence régionale de santé, on
01:42a la préfecture, on a différents intervenants autour de la table
01:46qui décident de si oui ou non on va labelliser la maison de santé, parce qu'une maison de santé
01:50pluridisciplinaire, c'est quand même un projet de santé avec des professionnels et une équipe.
01:54Et ça nécessite de baser certains critères auprès de l'Agence régionale de santé et de la Caisse primaire d
02:00'assurance maladie pour être labellisés.
02:01Et du coup, quand vous avez des maires, comme je l'ai vu dans le passé, qui montent des structures,
02:07c'est-à-dire qui montent des murs,
02:08mais qui n'ont pas de professionnels à mettre dedans, c'est quand même extrêmement compliqué.
02:12Quand vous avez une équipe qui veut faire quelque chose sur un territoire, là c'est beaucoup plus simple.
02:16Est-ce que c'est mieux de multiplier peut-être les dispositifs, se dire qu'on a le projet de
02:21maison de santé,
02:22mais qu'à côté de ça, la collectivité va peut-être mettre en place des coups de pouce financiers pour
02:26l'installation de jeunes médecins ?
02:28Est-ce que c'est bien de mutualiser tout ça ?
02:31De toute façon, c'est déjà le cas. C'est-à-dire qu'il y a une forte incitation de
02:34l'assurance maladie.
02:35Vous avez des régions où les agences régionales de santé aident.
02:39Et en région Grand Est, on a quand même la chance d'avoir une agence régionale qui aide beaucoup pour
02:44le montage de ces projets,
02:45pour aider à recruter des coordonnateurs, des consultants pour monter le projet,
02:50pour commencer à acheter du matériel informatique ou du matériel médical.
02:54Donc en fait, il y a déjà ces aides-là qui sont en place.
02:56Et puis après, il y a le conseil régional, il y a le conseil départemental, il y a le fonds
03:01européen qui peuvent intervenir.
03:03Donc en fait, toute l'ingénierie du projet repose aussi sur le fait d'aller toquer à toutes les portes
03:08pour essayer de faciliter le projet.
03:11Vous-même, vous êtes à l'intérieur d'une maison de santé dans le département.
03:15Et vous avez un projet d'extension. Expliquez-nous.
03:18On a monté le projet en 2019 parce qu'on était trois médecins et on avait...
03:23Moi, j'avais le sentiment de par mes fonctions nationales et régionales qu'il fallait qu'on évolue
03:27et qu'on ait des infirmières pour venir travailler avec nous, voire d'autres professionnels de santé.
03:31Et puis, nous sommes maîtres de stage.
03:34Donc nous avons des remplaçants qui viennent régulièrement avec nous.
03:38Nous avons des internes qui sont maintenant nos associés parce qu'ils ont voulu travailler avec nous.
03:42et on est à l'étroit.
03:44Donc il faut absolument qu'on agrandisse nos locaux parce qu'on a besoin de plus de parking, de plus
03:49de bureaux.
03:50Et du coup, on est en route pour agrandir notre structure.
03:55Ça sous-entend peut-être aussi que vous avez plus de patients qui attendent sur vous ?
04:01Aussi. Parce qu'effectivement, il y a une grosse pression.
04:04Vous avez des tas d'endroits autour de chez moi, à Saint-Privé-à-la-Montagne,
04:07où effectivement, il y a des collègues qui partent en retraite ou qui vont partir en retraite
04:11qui n'ont pas forcément trouvé de successeur.
04:13Donc du coup, il y a des patients qui vont devoir retrouver un médecin traitant.
04:18Est-ce que ce n'est pas un risque de déplacer le problème ?
04:21J'explique. Créer des maisons de santé aujourd'hui,
04:24ce n'est pas la seule solution qui va permettre de contrer la désertification médicale
04:28et les problématiques qu'on explique à chaque fois, chaque année, qui sont les mêmes.
04:33Le fait parfois que certains spécialistes qui étaient déjà dans des locaux séparés
04:39se recentrent dans une maison pluridisciplinaire,
04:42ça ne permet pas à d'autres patients d'être suivis par des médecins, des médecins traitants, etc.
04:48Est-ce qu'on ne déplace pas le problème ou ce n'est pas juste un pansement, finalement, la maison
04:53de santé ?
04:53Je crois que ça répond vraiment à une aspiration de tous les professionnels.
04:56Et je pense qu'il n'y a pas vraiment de problème de génération.
04:59Je ne travaille plus comme je travaillais il y a 20 ans.
05:01Ce n'est pas une histoire de les jeunes ne veulent plus travailler comme on travaillait.
05:05En fait, c'est une aspiration à travailler ensemble.
05:07Ça vous permet de discuter avec les collègues sur les situations qui vous embêtent.
05:10Ça vous permet de partir en vous disant, je vais prendre un week-end,
05:16mais j'ai des collègues qui vont prendre en charge mes patients.
05:19Ça vous permet de partager plein de choses.
05:20Et donc, du coup, ça, c'est clairement une aspiration.
05:23Donc, en fait, il faut vraiment...
05:24Alors, vous avez des maisons de santé où c'est une implantation sous le même toit
05:28de plusieurs professionnels, mais vous avez aussi des maisons de santé
05:30qui sont sous plusieurs toits.
05:32Et il y a des endroits sur le territoire où les professionnels, en fait,
05:36sont restés chacun dans leurs locaux.
05:39Je crois que c'est le cas à Verny, chez des collègues qui sont comme ça,
05:43avec plusieurs professionnels qui sont dans des locaux,
05:45mais d'autres qui ne voulaient pas, parce qu'ils étaient propriétaires,
05:48ne pouvaient pas déménager.
05:50Et en fait, l'important, c'est de partager un projet de santé,
05:53d'avoir des réunions ensemble,
05:54et du coup, d'animer le territoire au niveau de la coordination.
05:58Et pour le patient, c'est retrouver une proximité avec le corps médical ?
06:03Clairement, en fait, moi, sur mon secteur,
06:06le fait d'être maître de stage fait que nous avons deux de nos anciens internes
06:10qui sont maintenant deux associés,
06:11et deux de nos anciens internes qui vont devenir nos futurs associés.
06:16Donc, en fait, je pense que le fait d'être maître de stage
06:19leur permet de goûter à l'exercice en campagne, par exemple.
06:23Et puis, à un moment donné, de s'associer et de se dire,
06:26oui, j'ai envie de travailler.
06:27Ces structures représentent quand même un investissement.
06:30Est-ce qu'on connaît un peu le pourcentage,
06:31dans ces maisons de santé pluridisciplinaires,
06:33de projets privés et de projets qui sont tenus par les collectivités ?
06:37Alors ça, vous me posez une colle,
06:39parce que je ne vais pas travailler sur cette notion-là.
06:42Je sais que, nous, ça va être un projet privé.
06:46Après, les subventions ne sont pas les mêmes.
06:48C'est-à-dire qu'au niveau du conseil régional,
06:49si c'était une structure publique qui était propriétaire des locaux,
06:53l'investissement ne serait pas le même.
06:55Mais je pense que ça dépend des endroits.
06:59Vous avez des endroits au fin fond de la campagne
07:01où c'était logique d'avoir une collectivité locale
07:03qui soit propriétaire de 800 m²
07:05parce que des professionnels n'auraient pas eu l'usage.
07:08Mais en même temps, vous allez avoir un bureau d'aide sociale
07:10qui va être dessus.
07:11Et puis, d'autres endroits où ça ne sera que d'une initiative privée
07:16qui sera propriétaire des murs.
07:19Pour terminer, si vous deviez convaincre un patient mozellan,
07:22encore sceptique, de se rendre dans une maison de santé
07:25parce qu'il a peut-être l'habitude d'avoir ce rapport privilégié
07:28avec un médecin de famille,
07:30quel est, selon vous, le principal bénéfice
07:32pour un patient d'une maison de santé ?
07:34C'est de travailler en coordination
07:36avec tous les professionnels de la maison de santé.
07:38Mais sachant aussi qu'il ne faut pas non plus détourner,
07:41je ne vais pas détourner un patient.
07:42S'il a des bons rapports avec son médecin traitant,
07:44c'est l'essentiel et il faut qu'il le garde.
07:46Par contre, c'est vrai que quand on a des patients
07:49qui n'ont pas d'infirmières, par exemple,
07:51on va plus facilement travailler avec nos infirmières.
07:53Mais le but du jeu, c'est aussi de travailler
07:55avec les professionnels autour
07:57et quelque part de favoriser la coordination
07:59autour de la structure.
08:01Merci beaucoup, Dr Gradler,
08:02pour votre éclairage sur ce sujet.
08:05Vous pouvez retrouver cette rubrique
08:06et toutes les autres de la saison
08:08sur mozelle.tv.
08:11À très vite.
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