00:00D'abord, le spectacle que donne l'Assemblée, mais ce n'est pas nouveau, ça fait déjà des mois, voire
00:05des années, est effectivement lamentable.
00:08Il y a eu dans l'histoire politique française des moments de grande violence dans l'hémicycle,
00:11mais on avait un peu perdu l'habitude d'arriver à ce point de chien-lis, comme aurait dit le
00:16général de Gaulle.
00:18C'est insupportable.
00:19Oui, qui va dans un contexte général de chien-lis aussi.
00:21Un pays qui livrait aux manifestations et aux casseurs.
00:24C'est l'endroit où ça devrait être un peu plus apaisé, où les gens se respecteraient un peu plus.
00:30Elles reflètent l'état de la société et elles le font empirer.
00:34Parce que quand on déshonore à ce point le politique, alors il n'y a plus rien.
00:42Il n'y a plus rien.
00:44Quand on regarde ça, on se dit qu'après les élections présidentielles, ça va être pire qu'avant.
00:49Parce que le politique est en train de...
00:51Il n'y a aucune raison que ça s'améliore.
00:52Non, il n'y a aucune raison, mais il y a même beaucoup de raisons de penser que ça ne
00:56va pas s'améliorer.
00:57Et quand le politique se dissout dans la radicalité, les fractures qui sont à la fois sociales, idéologiques, morales, etc.,
01:06il ne reste plus rien pour tenir la société.
01:09C'est-à-dire que le politique devient lui-même à la fois l'instrumentalisateur et l'instrument de cette
01:16radicalité et de cette violence.
01:17Et on voit bien que là, on est arrivé, à mon sens, à un point de quasi non-retour.
01:22Un point de quasi non-retour ?
01:23Oui, un point de quasi non-retour.
01:24Avant quoi ? Avant la violence, quoi ?
01:25La violence, elle monte depuis très longtemps.
01:28Regardez, là.
01:29On me disait...
01:30Moi, je ne sais pas ce que c'est qu'un attentat terroriste raciste.
01:33Je veux dire, attendons effectivement d'avoir le résultat des enquêtes.
01:37Mais si tout le monde passe son temps à se traiter de raciste,
01:41le raciste, ça a une définition.
01:43Après, il peut y avoir d'autres formes de violence.
01:45Mais moi, chaque fois que je suis confronté à ce phénomène,
01:49je pense à Lévi-Strauss, le grand anthropologue,
01:53qui, au début des années 60, fait un texte pour l'UNESCO
01:58qui s'appelle « Races et histoire »,
02:00qui est considéré comme un manifeste de l'antiracisme.
02:03Alors, pas du tout sur le registre des abrutis qui s'envoient des injures à la figure.
02:09Tout le monde applaudit.
02:10L'UNESCO lui demande, dix ans après, de refaire un texte pour le dixième anniversaire.
02:14Il y a enfin un qui s'appelle « Races et culture »,
02:17où il a une position très nuancée et qui ne plaît pas aux antiracistes de l'époque.
02:23Et donc, il se fait agonir d'injures.
02:25Il se fait traiter de raciste.
02:27Lévi-Strauss, c'est-à-dire un anthropologue
02:29pour qui le relativisme culturel est une chose absolument indépassable.
02:35Et il se fait agonir d'injures.
02:36Et il dira dans des interviews qui seront consécutives
02:41à cette vague d'attaques contre sa personne,
02:44il dira, mais vous savez, le racisme a une définition.
02:47À force de mettre le racisme à toutes les sauces,
02:49on finit par le banaliser.
02:51Et on rend le pire service qui soit à la cause antiraciste.
02:55Et c'est aussi ce qui nous arrive.
02:56C'est que les mots n'ont plus de sens.
03:01Tous les mots sont utilisés en injure, en accusation,
03:06en anathème, en excommunication.
03:07Mais ils n'ont plus de sens.
03:09Il n'y a plus que la violence qui perce dans le langage.
03:14Les discours n'ont plus de sens autre que de mettre plus de violence
03:18encore dans la vie publique et dans la société.
03:21Et c'est ce qui est en train de se passer.
03:27Sous-titrage Société Radio-Canada