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  • il y a 1 semaine
Charlotte d'Ornellas, journaliste au JDD, est revenue sur le rejet par le Sénat du projet de loi sur l’autonomie de la Corse.

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Transcription
00:00Hier, le Sénat a rejeté la réforme constitutionnelle prévaillant l'autonomie de la Corse.
00:05Les autonomistes ont donc quitté les négociations entamées en 2022.
00:11Que faut-il comprendre concrètement ?
00:12Ce qui est arrivé hier était prévisible depuis à peu près le premier jour.
00:17Personne n'a jamais cru que le Sénat accepterait sans re-signer et sans discuter l'idée d'une autonomie
00:23corse.
00:24L'inverse était toutefois espéré au fil des discussions d'abord avec le gouvernement,
00:28à l'Assemblée nationale par les autonomistes eux-mêmes.
00:31Mais une évidence les a rattrapés.
00:33L'Assemblée nationale et le Sénat sont deux chambres.
00:36Et vis-à-vis de la question de l'autonomie de la Corse, on a vu aussi deux époques,
00:39notamment dans les discussions et les arguments, on va dire, qui étaient avancés.
00:45Alors pour bien comprendre où nous en sommes dans la négociation, dans ce processus d'autonomie,
00:51il y avait d'abord eu un premier passage devant l'Assemblée nationale.
00:55Les autonomistes avaient réussi à trouver un consensus avec le bloc central.
00:59Une partie du bloc central avait voté moins par conviction que parce que Gérald Darmanin,
01:03qui était à l'époque ministre de l'Intérieur, avait lui-même lancé ce processus d'autonomie.
01:07Il y avait une partie de la droite et une partie de la gauche qui avaient participé à accepter,
01:13on va dire, l'idée de l'autonomie.
01:15Du côté du Rassemblement national, qui est un parti traditionnellement plus jacobin, on va dire, pour faire vite,
01:21un contre-projet avait été proposé sous la forme d'un amendement et sous l'impulsion de leur allié en
01:27Corse,
01:27Nicolas Batini, qui avait eu des résultats intéressants, on va dire, aux élections locales.
01:32Et donc ils avaient proposé un amendement pour éviter de rejeter totalement l'idée qui est majoritaire,
01:37l'idée de l'autonomie qui est majoritaire dans les urnes corse.
01:40L'amendement qui revenait sur le pouvoir législatif, je ne vais pas rentrer dans le détail,
01:44mais accordé éventuellement à la Corse avait été rejeté comme prévu,
01:49ce qui a permis au RN de rester un peu en dehors de ça.
01:52Bref, il y a eu des amendements sur le texte et une majorité assez large s'est dégagée pour ce
01:57texte à l'Assemblée,
01:57avec deux amendements qui ont compliqué encore un peu plus les choses pour le Sénat.
02:02D'abord, un amendement qui avait été proposé par Liotte sur le remplacement du mot « peuple corse »
02:08par celui de « communauté ».
02:10L'idée, c'était d'amenuiser un peu la charge symbolique,
02:14évidemment de reconnaître un peuple corse dans le peuple français,
02:17mais ça revenait aussi à ancrer le terme de « communauté »
02:20au moment même où le gouvernement lutte contre le communautarisme.
02:23C'était un peu original comme mouvement,
02:26mais l'amendement avait été adopté parce que ça semblait moins violent,
02:30entre guillemets, tout ça était une bataille sémantique,
02:32que le mot « peuple ».
02:34Deuxièmement, un amendement LFI pour adoucir encore une fois le texte initial
02:37et rappeler l'égalité de tous.
02:39Alors, c'était sur le terrain écologique, bon.
02:41Mais l'idée, c'était de rappeler l'égalité de tous les citoyens en tout lieu et en toutes circonstances,
02:45qui est quand même factuellement contraire à l'idée même d'autonomie.
02:48L'idée d'autonomie, c'est qu'il y a des gens d'ici, en Corse,
02:51et des gens d'ailleurs,
02:52et que sur certains sujets, évidemment,
02:55les choses sont traitées différemment.
02:57Alors, il y a des raisons pour lesquelles l'autonomie sont défendues
02:59qui sont différentes.
03:01Certains défendent l'autonomie corse,
03:03notamment sur la question identitaire,
03:05c'est vrai en Corse.
03:07Certains défendent aussi une ambition post- ou supranationale,
03:11c'est peut-être plus qu'on retrouve dans les rangs de l'extrême-gauche,
03:15qui voit par ailleurs, et ça a été porté au sein même du mouvement nationaliste corse,
03:19les Corses comme des damnés de la terre de plus,
03:22et donc il faut satisfaire leur envodication,
03:24notamment contre l'État français.
03:25Vous voyez, il y a plusieurs raisons pour lesquelles l'autonomie est défendue,
03:28ici ou là.
03:29Ces deux amendements avaient l'air d'adoucir le texte,
03:32de jouer sur la sémantique,
03:33pour finir par accepter ce qu'on regardait un peu avec défiance initialement,
03:37à savoir la question de l'autonomie.
03:39Mais il n'empêche, un texte avait été voté,
03:41avec notamment un pouvoir législatif partiel,
03:43ce qui était important pour les autonomistes.
03:45Ça a séduit les nationalistes corses.
03:48Sans braquer les étapes d'un État plus centralisé,
03:51l'étape de l'Assemblée nationale était passée.
03:55Et si ce texte qui a donc été refusé au Sénat hier, dites-nous ?
04:00Exactement, mais pas seulement.
04:02Le Sénat a commencé par détricoter l'intégralité du texte,
04:05et factuellement le vider totalement de sa substance,
04:07notamment de la substance autonomiste, on va dire, du texte.
04:10Les mots de communauté, de peuple, référence à la langue corse,
04:13tout espoir de pouvoir législatif ont été retirés par le Sénat,
04:16qui ensuite a voté contre le texte qu'il avait lui-même vidé.
04:21Et alors certains ont fait remarquer par ailleurs
04:23que le nombre de sénateurs était fluctuant, on va dire,
04:25pendant les débats, pour une réforme constitutionnelle,
04:29mais surtout pour un sujet majoritaire dans les urnes corse depuis 2015.
04:32De manière absolument constante,
04:33l'autonomie a été majoritaire dans les urnes en Corse.
04:37Et c'est la raison pour laquelle certains élus corse,
04:40tous accumulaient, on va dire,
04:41ont parlé de mépris à l'idée même de ces discussions.
04:46Bref, on a eu des textes différents
04:48entre l'Assemblée nationale et le Sénat,
04:51des votes différents,
04:52l'Assemblée ayant adopté un texte,
04:53le Sénat l'ayant refusé.
04:55L'Assemblée nationale ne fera évidemment plus rien,
04:57c'était déjà compliqué avec l'arrivée des présidentielles.
04:59Là, de manière certaine, le processus est terminé.
05:02Le problème, c'est qu'il faut se souvenir
05:04de la genèse de ces discussions
05:05et du contexte corse à l'époque
05:08où on a commencé à parler de l'autonomie,
05:10pour craindre que ce que le politique ne considère pas
05:13soit laissé à la rue Corse désormais,
05:15dans un contexte, pour reprendre le mot
05:17du président de la République,
05:19d'ébullition.
05:21Justement, j'aime bien ce mot ébullition.
05:23Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant
05:25que le processus semble mort ?
05:27En mars 2022,
05:29des manifestations violentes avaient éclaté en Corse.
05:32Souvenez-vous,
05:33c'est le mois de mars,
05:34entre l'agression d'Ivan Colonna
05:35dans une prison du continent français,
05:39comme ils disent,
05:40par un islamiste, en l'occurrence,
05:41mais, et sa mort était arrivée
05:43une vingtaine de jours plus tard,
05:45et c'est entre les deux
05:46que les manifestations extrêmement violentes
05:48avaient eu lieu en Corse,
05:49où les symboles de l'État étaient visés,
05:51parce que, je vous le disais tout à l'heure,
05:53il y a beaucoup,
05:54notamment même de représentants
05:55du nationalisme corse,
05:56qui ont préféré viser l'État français
05:58que de viser, en l'occurrence,
05:59l'islamiste qui avait tué,
06:03finalement,
06:03et c'est dans ce contexte de violences
06:06que le ministre de l'Intérieur,
06:08Gérald Darmanin, à l'époque,
06:09annonce l'ouverture d'un dialogue sur l'autonomie.
06:11Et les violences ont cessé immédiatement,
06:13preuve qu'il y avait cette revendication,
06:15on va dire, politique derrière les violences.
06:17Gérald Darmanin arrive à ce moment-là,
06:19je vous le disais,
06:20l'autonomie est majoritaire
06:21dans les urnes corse depuis 2015.
06:242022, c'est aux violences
06:25que répond le ministre de l'Intérieur
06:28en proposant ce débat,
06:29en exigeant évidemment la fin des violences,
06:31mais c'est quand même elle
06:32qui génère cette discussion
06:33et Emmanuel Macron vient confirmer
06:36l'ouverture de ce dialogue sur l'autonomie
06:38devant l'Assemblée de Corse
06:39alors qu'il y était lui-même initialement opposé
06:42et qu'il l'avait dit à plusieurs reprises.
06:44A l'époque, je vous le disais,
06:45l'autonomie est majoritaire
06:46et ça avait fait notamment réagir Gilles Simeoni
06:49qui s'était inquiété
06:50que l'État français réponde à la violence
06:52plus qu'à ses revendications.
06:54Lui-même avait porté cette autonomie
06:56dans les urnes
06:57et le mouvement qui était intéressant,
06:59on va dire, en Corse,
07:00notamment pour l'État français,
07:01c'était que l'autonomie avait pris le pas
07:03sur l'indépendantisme,
07:05notamment par le biais des urnes.
07:07C'était donc un moment original
07:08pour accueillir la revendication de l'autonomie
07:11qui devient aujourd'hui dangereux
07:13maintenant que le processus fait pchit.
07:14Puisqu'à l'époque,
07:15les autonomistes avaient dit
07:16nous allons, par le biais du dialogue
07:18avec l'État français,
07:19obtenir l'autonomie,
07:20ce qui avait fait réduire énormément
07:22les indépendantistes.
07:23Qu'est-ce qui va devenir aujourd'hui ?
07:24D'autant que l'État est visé
07:26et qu'il existe,
07:27et c'est aussi important de l'avoir à l'esprit,
07:29il existe désormais une génération nationaliste,
07:32de manière générale,
07:33pour qui Yvan Colonna est beaucoup plus un martyr,
07:36puisqu'il est mort en prison
07:38et qu'il a été assassiné en prison,
07:39qu'une tâche sur le combat nationaliste
07:41comme il l'était pour les générations précédentes.
07:44Là aussi,
07:45il y a quand même un danger absolument évident.
07:48Qu'est-ce qu'il va se passer
07:49maintenant que la frange modérée
07:52des autonomistes n'a pas réussi ?
07:54Eh bien, encore, certains appellent déjà
07:56à reprendre la rue,
07:57mais c'est surtout,
07:58on assiste au morcellement de l'opinion corse,
08:00puisqu'évidemment,
08:01toutes les oppositions se positionnent
08:02par rapport à cet échec factuel.
08:05Et le morcellement de l'opinion corse
08:07se fait sur un sujet
08:08qu'il avait uni précisément,
08:10à savoir l'autonomie,
08:11et qui risque de se radicaliser.
08:12On risque d'assister,
08:14on va dire,
08:14au mouvement inverse,
08:15au retour,
08:17pourquoi pas,
08:17vers la question de l'indépendance,
08:20puisqu'il n'y a plus,
08:21ou quasiment plus,
08:22d'opposant à l'autonomie,
08:23que ça plaise ou non
08:26à la France.
08:27Le retour des violences
08:28est probable dans un premier temps,
08:29dans un contexte plus large
08:31de violences en France.
08:32Est-ce qu'on a besoin
08:32d'ouvrir le front corse ?
08:33Je ne sais pas.
08:34Mais ce qui est sûr,
08:35c'est que nous assistons
08:36à la fin d'un cycle
08:37pour le nationalisme corse.
08:38Reste à savoir
08:39quels nationalistes
08:40vont prendre le relais,
08:41quelles figures vont émerger,
08:43quels sont les nationalistes
08:44qui gagneront les prochaines élections,
08:45parce que de manière certaine,
08:46ils l'emporteront
08:47au moins dans trois circonscriptions,
08:49et s'ils réussissent
08:50à juguler cette violence,
08:52et quelle sera alors
08:52leur proposition pour agir
08:54et non plus pour négocier,
08:55pour acter la Corse en Corse,
08:57si on devait résumer
08:57la question de l'autonomie,
08:59notamment par des outils
09:00déjà existants.
09:01On a vu par exemple
09:02le recours à des écoles privées
09:03se faire en Corse
09:05pour lutter contre le bilinguisme
09:07qui était revendiqué
09:08et que l'État n'a jamais accordé.
09:09Ça pourrait se développer
09:11dans d'autres pans de la société.
09:14Sous-titrage Société Radio-Canada
09:16Sous-titrage Société Radio-Canada

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