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À 45 ans, Franck Courtès décide d’abandonner son métier de photographe pour écrire. Il passe d’un bon niveau de vie à faire de petits boulots pour boucler ses fins de mois… Le film « À pied d'œuvre », réalisé par Valérie Donzelli, est adapté de son premier roman qui raconte sa propre expérience de la précarité.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Crédit photo : LP/Olivier Arandel.
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00:02Bonjour, c'est Clara Garnier-Amourou pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Dans le film À pied d'œuvre, réalisé par Valérie Donzelli et sorti le 4 février dernier,
00:17un écrivain tombe dans la pauvreté après avoir quitté son travail de photographe pour se lancer
00:22dans la littérature. Ce film est adapté d'un roman de l'écrivain Franck Courtes, sorti en 2023,
00:27dans lequel il raconte sa propre expérience. Photographe reconnu, il décide d'arrêter la
00:33photo pour écrire et malgré le succès critique de son premier recueil de nouvelles, il n'en vend pas
00:38assez pour conserver un salaire décent. Il voit son niveau de vie dégringoler et se met à faire des
00:43petits boulots pour survivre. Franck Courtes raconte son parcours, aujourd'hui dans Codesources,
00:47au micro de Judith Perret.
00:59Je rencontre Franck Courtes dans les locaux du Parisien. Il porte un costume et un long
01:04manteau vert chiné en frippe. Il a des cheveux très bruns et des yeux noirs et rieurs. On
01:09sent un homme chaleureux quand on lui serre la main. Franck Courtes né à Paris en 1964.
01:16Il grandit dans un milieu privilégié. Sa mère est femme au foyer et son père a notamment dirigé la
01:22caisse d'allocations familiale. Mes souvenirs d'enfant se sont quand même liés à une forme
01:28de solitude. Je passe beaucoup de temps dans ma chambre. Ma mère n'est pas très aimante. Je
01:35passais beaucoup beaucoup de temps enfermé. Surtout qu'on m'a donc offert une télévision qui me
01:40permet à cette époque de découvrir à la fois le monde et de ne pas embêter ma mère qui est
01:47restée dans le salon. Mon père passe beaucoup de temps au travail et sort le soir. Donc je
01:52le vois assez peu. J'ai la chance d'avoir une maison de campagne que mes parents avaient
01:58acheté à cette époque dans laquelle j'ai vraiment là pour le coup découvert la liberté, les amis et
02:03la vie au plein air. Enfant, Franck a un rêve. Écrire. Dès qu'il apprend à lire, il s'amuse
02:10à
02:10recopier des pages de Oui Oui, ses premières lectures. Plus tard, il invente des petites histoires. Un rêve
02:16qui le poursuit jusqu'à l'adolescence. Je continue de tenir un journal jusqu'à quasiment mes 20
02:2222-23 ans qui devient de plus en plus prétentieux, emprunt de fausse modestie. Tous les écueils de
02:33l'écriture adolescente quand on n'a pas de talent, parce que j'en avais aucun, j'avais juste une
02:39envie.
02:40Et puis l'écriture disparaît quand je me rends compte que je ne suis pas fait pour ça. C'est
02:46à ce moment-là
02:46que je découvre la photographie, qui me convient beaucoup plus parce que ça se passe dehors,
02:51ça me fait rencontrer du monde, parce que j'ai des facilités avec l'image.
02:56Franck perd son père peu avant sa majorité. On est au début des années 80. C'est à ce moment
03:02-là
03:02qu'il choisit d'être photographe, dans un milieu très concurrentiel. Mais il parvient à se faire une
03:06place. Franck Courtès publie ses premières photos dans le courrier des lecteurs de Libération. Son travail
03:12est remarqué, on lui confie des reportages. La première commande, c'est un sujet sur le
03:17trafic de drogue au métro Strasbourg-Saint-Denis. J'ai 24 ans, je suis habillé, comme aujourd'hui
03:24d'ailleurs, en costume des fripes, mais de bonne facture. Et évidemment, dans le milieu de la drogue,
03:30je détonne complètement. Et en fait, c'est ce qu'ils cherchaient. Donc c'est une crête comme ça,
03:35entre comprendre ce que les clients attendent de vous et ne pas trahir ce qu'on a envie de faire
03:41et de la manière dont on veut évoluer ou faire évoluer nos photos.
03:46Franck bâtit sa carrière de photographe en travaillant d'arrache-pied. Pas d'appareil
03:50numérique ni de Photoshop. La photo est encore artisanale. Alors, il faut être inventif.
03:56Le moindre effet, il fallait l'inventer. Ça pouvait être mettre de la gélatine sur
04:02l'objectif pour faire un flou. D'autres, c'est des petits bouts de verre ramassés par
04:06terre. Il y avait plein d'astuces.
04:07Franck Courtes se spécialise dans la photo de musiciens, Philippe Catherine, Jean-Louis
04:12Murat. Il collabore avec Télérama ou Les Inrecutibles et gagne correctement sa vie.
04:183000 euros par mois, parfois plus. Il se marie et a deux enfants, un garçon et une fille.
04:23La passion est tellement forte que l'argent n'est vraiment pas une priorité. Donc le jour
04:28où l'argent arrive, on est surpris comme un enfant. Mais au fond, ça ne motive pas plus.
04:34Ça ne fait pas dévier la trajectoire de ce qu'on cherche à faire. Et l'argent ne compte
04:40pas dans ces cas-là.
04:42On est au début des années 2010. Franck Courtes a déjà 26 ans de carrière. C'est
04:48un photographe reconnu et respecté. C'est à ce moment-là qu'il décide d'arrêter
04:52la photo. Le numérique bouleverse la profession. Il doit travailler sur des logiciels et aller
04:57toujours plus vite.
04:58Franck se souvient d'une de ses dernières séances. C'est avec l'acteur américain
05:02Tom Hanks. J'étais arrivé avec une chambre. Alors une chambre, pour les gens qui ne savent
05:09pas, c'est ces espèces de gros appareils assoufflés qu'on voit dans les films de Buster
05:14Keaton. C'est gros, gros appareil ancien. Et en 45 secondes, autant vous dire que c'est
05:19absolument impossible de faire une image. Mais je suis arrivé avec ça uniquement. Tom Hanks
05:24a vu l'appareil. Il ne s'attendait pas du tout à ça. Les attachés de presse ont hurlé
05:28en disant « Ah non, ce n'est pas possible. Non, mais là, c'est fini. » Et Tom Hanks
05:32a
05:32dit « Non, non, mais laissez le faire. C'est intéressant. Qu'est-ce que c'est que ce
05:36mec ? » Et donc là, j'avais la goutte au front. Je me dis « Il ne faut pas
05:40que je la
05:40rate la première parce qu'en fait, il n'y en a eu qu'une. » Et donc la photo
05:43était
05:44vraiment réussie. Un gros plan, très fort, qui a fait la couverture du magazine de
05:49mode d'ailleurs. Et quand il a vu ça, il a dit « Non, mais vous voyez, je vous avais
05:53dit, il fallait le laisser faire. » Enfin, il avait été vraiment adorable. On avait un peu
05:57mis un grain de sable dans le système.
05:59Quand il décidait d'arrêter la photo, Franck a 45 ans. Il ne sait pas tout de suite
06:04ce qu'il va faire à la place, alors il réfléchit. Et puis, une réponse vient, une réponse
06:09simple, écrire.
06:12C'était le 1er janvier ou le 2 janvier 2011. Je me suis mis à l'ordinateur. Ma femme
06:19m'a ouvert, parce que je ne savais pas du tout comment ça marchait, le world et tout
06:23ça. Et puis j'ai écrit une petite histoire et l'histoire tenait debout. Donc,
06:27Lali, elle me dit « Mais c'est vachement bien. » Donc, j'en ai écrit plusieurs à
06:31la suite. Et là, je retrouvais le plaisir du risque, de la difficulté, de l'obstacle
06:37à franchir. J'ai présenté ça à un journaliste littéraire avec qui il m'arrivait de partir
06:43en reportage quand j'étais photographe. Et qui m'a dit « Non, mais t'es écrivain
06:49en fait. » Donc, ça m'a bouleversé. Ça a changé ma vie. Une autrice qui est devenue une
06:54amie Delphine de Vigan a entendu parler de ces nouvelles que j'écrivais. Elle les a
06:58lues. Elle les a aimées. Elle les a proposées à son éditrice. Elle a signé immédiatement
07:03en me disant qu'il fallait que j'en écrive d'autres pour faire un recueil. Et ça a été
07:07vite.
07:07Franck publie son premier livre, Autorisation de pratiquer la course à pied, en 2013. Ce
07:12recueil de nouvelles se vend à 5000 exemplaires. Un bon chiffre, un premier livre en France,
07:17c'est généralement entre 500 et 800 exemplaires. Mais par livre, un auteur touche environ 7%
07:22du prix. Moins d'un euro pour le livre de Franck. Il prend conscience que la littérature
07:26est bien moins rentable que la photo. C'est aussi à cette période que sa femme et lui
07:30se séparent.
07:31Je fais rapidement le compte de ce que je gagnais en littérature avec les droits d'auteur
07:38et les avaloirs. Donc ça représentait à peu près 200 euros par mois. Je m'en sors
07:44pas. C'est impossible. J'ai commencé à couper le chauffage, à ne plus faire de course
07:51comme avant. J'ai mangé beaucoup de boîtes de sardines, des pâtes, des pommes de terre,
07:55des choses comme ça, du pain. Donc voilà, c'est plutôt brutal. Je réalise brutalement
08:00alors que c'est arrivé tout doucement, mais je ne m'en suis pas rendu compte.
08:05Franck se met alors à chercher du travail. Seule condition, que ce travail lui laisse
08:09le temps d'écrire. Il postule pour être gardien de nuit, serveur et même vigile.
08:14Mais Franck a déjà 50 ans et n'a aucun diplôme à part le bac. Une amie lui conseille
08:20de s'inscrire sur une application. Son principe, mettre en lien des travailleurs
08:24avec des particuliers qui ont besoin de tondre une pelouse ou de monter un meuble, par
08:27exemple. L'application, qui n'existe plus, repose sur un principe d'enchère. Le
08:32travailleur qui propose le prix le plus bas gagne l'enchère.
08:38Quand il a fallu cocher les compétences au moment de l'inscription, il y avait toute
08:42une liste. Il fallait juste dire, bon ben voilà, bricolage, plomberie, je ne sais pas,
08:46transport de personnes. Et j'ai tout coché, puisque de toute façon, on réclamait de nous
08:52aucun certificat de compétence en quoi que ce soit. Une des premières missions, c'était
08:57un jardin. Et comme on répond à un appel d'un client avec qui on ne peut pas communiquer,
09:02on est obligé de passer par la plateforme. Je ne savais pas la surface, je ne savais
09:06pas s'ils avaient des outils, ils ne savaient rien. Donc moi, j'y suis allé, j'avais une
09:09tenaille. Et en fait, il fallait tondre la pelouse et débroussailler. Donc ça m'a pris
09:14des heures. Et comme j'étais débutant sur la plateforme, il faut accepter tous les
09:20boulots. Sinon, l'algorithme vous sanctionne et vous propose de moins en moins de travail.
09:25Du coup, j'avais accepté pour 18 euros de faire une après-midi entière de jardinage
09:31avec une cisaille. Donc là, j'ai compris qu'il fallait que je m'équipe.
09:34Porter des gravats, faire du jardinage, démonter des meubles. Voilà le quotidien de Franck.
09:38Un quotidien qui abîme physiquement l'écrivain.
09:40Je me suis blessé maintes fois. Le dos, les genoux, les tendinites dans les bras. Parce
09:47que je n'avais pas les bons gestes. Parce que je ne suis pas un enfant de la balle, du
09:52bricolage. Franck gagne environ 250 euros par mois. On est bien loin des 3000 euros mensuels
09:57qu'il touchait quand il était photographe. Et pourtant, malgré le déclassement social,
10:01les efforts physiques et la précarité, Franck prend goût à ce quotidien de manœuvre.
10:06Les deux métiers que j'ai faits, c'était la photo et donc j'écrivais. Ce sont des métiers
10:10où on rumine énormément. On doute d'être un jour payé, d'être à la hauteur.
10:16On se compare énormément aux autres. On vit dans une crainte de perdre aussi la motivation,
10:24l'inspiration, tout simplement. Et puis la grâce d'y arriver.
10:28Et tout à coup, accrocher une tringle, percer six trous avec la bonne cheville, la bonne
10:35vis, finir de serrer, voir que c'est solide. Il y avait quelque chose de très jouissif.
10:41Je me disais, c'est que ça. C'est formidable. Et en plus, j'y arrive bien. Et les gens
10:46sont
10:46contents.
10:47Dans l'entourage de Franck, son nouveau quotidien suscite l'incompréhension. Sa famille proche
10:52le vitasse est mal. C'est un sujet tabou.
10:55Mon ex-femme qui était partie et mes enfants et la belle famille font un déni. C'est-à-dire
11:01que je n'ai pas le droit d'en parler. Ensuite, les amis. Alors là, c'est plus compliqué.
11:05Les amis, j'essayais de ne pas le dire. Pendant un ou deux ans, je ne l'ai pas dit.
11:11J'arrivais
11:11à cacher les choses. Je ne partais pas en vacances avec eux. Quand il y avait des sports d'hiver
11:15qui s'organisait, je disais que je n'aimais pas ça. Je m'arrangeais pour ne pas... Quand
11:21on était à une fête, ils attendaient le taxi, le Uber. Puis je leur disais, non, non, moi
11:25j'ai envie de marcher un petit peu. En fait, je rentrais jusqu'à chez moi à pied. J'en
11:28ai pour deux heures. Des choses comme ça où vous arrivez à un dîner et puis vous avez
11:33tellement pris le moins cher. Et c'est horrible. Donc vous arrivez, vous allez mettre la bouteille
11:39dans le frigo en espérant que ça se mélange aux autres. Mais bon.
11:42Durant toute cette période, Franck comprend aussi qu'il avait une vision idéalisée
11:46de la vie d'écrivain. J'avais travaillé pour le magazine Lire et j'avais fait pas mal
11:51de reportages chez les écrivains. Mais en fait, c'était des écrivains d'abord très
11:55connus et qui, soit avaient un deuxième métier, je ne m'étais pas rendu compte. Alors
12:00ils étaient soit journalistes, soit professeurs en général. Ça tourne toujours autour de
12:04ce deuxième métier-là. Ou un compagnon ou une compagne. Et je ne me suis pas rendu compte
12:09qu'en fait, ils ne gagnaient rien. Pour moi, c'était des gens qui étaient arrivés
12:12et qui gagnaient extrêmement bien leur vie. On a un fantasme de l'écrivain un peu
12:17germano-pratin, qui habite dans le cinquième et tout ça. Et non.
12:22Cette vie de déclassement, Franck décide d'écrire dessus. Sous forme de journal d'abord,
12:27puis sous forme de récit.
12:29Bon, le naturel de l'écrivain revient et je me mets à raconter cette histoire de
12:36plateforme, de raconter pourquoi j'en suis arrivé là. Que c'est une histoire très
12:40personnelle, encore une fois. Je ne me place pas en porte-parole des gens pauvres, mais
12:45j'en fais partie. Donc je pense que c'est intéressant parce que je découvre qu'on est
12:50des millions de gens dans ce cas-là. Des gens qui ne se voient pas. Pas des gens dans
12:55la rue, nécessairement. Mais dans une précarité qui est assez inconcevable
13:01quand on la raconte. Je me demande comment ne pas en faire un tract politique, ne
13:06pas en faire un acte de colère, mais vraiment tendre un miroir plutôt à la
13:11société. Et comment m'effacer aussi moi-même pour pas avoir l'air de me
13:18plaindre ou de trouver injuste, de tirer la couverture à moi en me disant
13:23pauvre de moi, c'est injuste, etc. Donc j'emploie très vite ce que j'ai
13:29relativement l'habitude de faire, c'est l'auto-dérision. Je m'amuse de plonger
13:33le bourgeois que j'étais dans un monde ultra sauvage du travail dissimulé, du
13:41travail précaire, de l'insécurité permanente. Ça crée des situations qui sont
13:46assez cocasses et qui sont très parlantes parce que c'est un déclassement et que
13:51le déclassement dans ce sens, il est quand même plus susceptible d'arriver à plein
13:55de gens que dans l'autre sens. On est plus quand même habitué à avoir des
14:01histoires de gens qui gagnent au loto, les tuches. Alors c'est très drôle, mais je me
14:06souviens qu'il y avait quelque chose de comique aussi à faire, à faire se casser la
14:10gueule un bourgeois. Le titre du livre, à pied d'œuvre. Franck envoie le texte à
14:15son éditrice, elle est d'accord pour le publier. Le roman, inspiré de la vie de
14:20Franck, sort en 2023. Les critiques sont bonnes dans l'ensemble, même si certaines
14:24sont plus réservées. On l'accuse notamment d'être un bourgeois qui joue à être
14:27prolétaire.
14:29C'est arrivé après, en fait, après l'écriture du livre, il y a eu quelqu'un, un journaliste
14:36ou un membre d'un jury qui n'y croyait pas. Maintenant, jouer au prolétaire, non,
14:42non parce que je n'ai jamais, d'abord parce que je ne le disais pas, d'une part, puis
14:47je
14:47ne me définissais pas du tout comme un prolétaire, pas du tout. Je fais bien la différence entre
14:52un bourgeois déclassé et quelqu'un qui naît dans la pauvreté et qui vit ça depuis
14:56toujours. Ça n'a pas la même résonance. Enfin, je ne suis pas affecté par cette
15:01pauvreté depuis aussi longtemps. Et puis j'ai des ressources grâce à la littérature,
15:07à une richesse intérieure. Bon, tout le monde n'a pas la chance d'avoir ça avec
15:11soi. Enfin, il faut toujours quelque chose de joyeux. Quand on est pauvre, il faut un
15:15autre truc. Ça peut être l'amour de ses enfants, l'amour d'un homme ou d'une femme.
15:20Bon, moi, c'était l'amour en plus d'une femme. Mais c'est surtout là. Il y avait cet
15:25amour de la littérature qui faisait que, non, je ne me sentais pas prolétaire. Je
15:29me sentais pauvre. J'étais un riche devenu pauvre. J'étais un riche pauvre, un ancien
15:33riche, quoi. Malgré le recul, cette expérience n'a pas été facile pour Franck. Il se sent
15:38coupable de son choix, notamment vis-à-vis de ses enfants.
15:41J'avais quand même une part de moi qui avait honte. Honte de ne pas avoir fait le choix
15:47d'un travail qui aurait permis de leur donner beaucoup plus d'argent quand ils étaient
15:53plus jeunes. Ce choix radical de faire de la littérature au mépris des conséquences
15:58financières pour tout le monde, en fait, c'est un choix très douloureux. Bon, il s'avère
16:03que mes enfants s'en sortent extrêmement bien, mais est-ce qu'ils s'en sortent grâce
16:07à la partie de moi qui leur donne un exemple de volonté, de travail, d'acharnement ? Je
16:13sais que ça leur sert, cette partie-là. Et est-ce que j'aurais gardé cette partie-là
16:17si j'avais accepté un boulot qui m'aurait enfermé dans un bureau dans lequel je n'aurais
16:23pas été heureux ? Non, ils auraient eu un peu plus d'argent, oui, mais ils n'auraient
16:26pas eu le père qu'ils aiment bien avoir maintenant, en tout cas, qui a vécu quelque
16:30chose qui leur envoie ce message que tout est possible avec le travail, la persévérance.
16:38En tout cas, moi, j'aurais préféré avoir un père comme ça. Ça, c'est certain.
16:41Parce que j'ai eu l'autre côté. Moi, j'ai eu un père qui s'embêtait dans son
16:44travail, qui gagnait bien sa vie, qui nous donnait des cadeaux, mais que je ne voyais
16:48pas et qui m'a montré l'image d'un homme malheureux.
16:52Donc, bon.
16:54L'histoire se termine bien pour Franck. À pied d'œuvre est adaptée en film en
16:582026 par la réalisatrice Valérie Donzelli, avec dans le rôle de Franck, l'acteur
17:03Bastien Bouillon.
17:05Ça va mieux parce que j'ai gagné donc de l'argent de l'adaptation du livre.
17:12Il ne faut pas fantasmer, ce n'est pas non plus des fortunes, mais disons qu'en faisant
17:16attention et en gardant un style de vie économe, je pense que je peux être tranquille et écrire
17:23pendant un an et demi.
17:25Ce qui est le plus important, c'est que ça m'a donné une confiance dans ce que je fais
17:31et que cette confiance et les messages que j'ai reçus, c'est fou.
17:35C'est fou ce que les écrivains sont valorisés dans ce pays.
17:39C'est incroyable. Cette valorisation, ça m'a donné des ailes plus larges et donc
17:46j'écris encore plus. Donc, j'ai un nouveau roman qui est terminé, qui sort à la rentrée
17:51littéraire chez Julliard et je suis en train d'écrire un nouveau recueil de nouvelles
17:57qui me passionne tout autant que les autres. C'est sans fin.
18:23Judith, est-ce que Franck a toujours un travail alimentaire en parallèle de l'écriture de
18:27son nouveau roman ? Pour l'instant, non. Franck Courtès n'est plus présent sur cette
18:31application dont il parle pendant l'entretien. D'ailleurs, cette application n'existe plus,
18:35elle a fermé. À l'heure actuelle, Franck vit grâce au droit d'adaptation de son livre à pied
18:40d'œuvre en film. Ça représente 1 à 3 % du budget d'un film, soit entre 45 000 et
18:46200 000 euros,
18:46selon les chiffres du Centre national du cinéma et de l'image animée, ce qui lui laisse le temps
18:51de se retourner. Tu l'as expliqué dans ton sujet, les auteurs qui gagnent leur vie uniquement
18:55grâce à l'écriture. C'est très rare. À qui est-ce que ça arrive réellement ?
18:59Une minorité d'écrivains, en réalité, il y a assez peu de données sur le sujet,
19:03mais un article de France Culture paru en 2024 indique que deux tiers des écrivains
19:07doivent avoir un travail alimentaire à côté de l'écriture. Dans le détail, l'écrivain
19:11perçoit d'abord un avaloir de la part de la maison d'édition, c'est-à-dire une avance
19:16sur salaire, une somme qui n'excède pas 3 000 euros dans la majorité des cas. Et cet avaloir,
19:21il faut ensuite le rembourser. En ce qui concerne les ventes, comme dit précédemment,
19:24un auteur touche environ 7% du prix d'un livre. Pour un livre qui se vend en moyenne
19:29à 5 340 exemplaires, l'auteur gagne donc un peu plus de 4 700 euros. C'est une somme
19:34qui n'est pas suffisante pour vivre. Bien souvent, les écrivains compensent avec des
19:37ateliers d'écriture ou d'autres prestations payantes, comme des invitations au festival,
19:41par exemple.
19:43Merci Judith Perret.
19:44Cet épisode de Codesources a été produit par Barbara Agoui, réalisation Julien Moncouquiole.
19:50Codesources est le podcast quotidien d'actualité du Parisien. Nous publions un nouvel épisode
19:54chaque soir de la semaine, du lundi au vendredi. Et on vous invite également à écouter
19:59notre podcast entièrement consacré aux faits divers, Crime Story, chaque samedi une nouvelle
20:03affaire criminelle, racontée par la journaliste Claudia Prolongeau, avec Damien Delseny, le chef
20:08du service Police Justice du Parisien.