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Entre fuite des capitaux, instabilité politique et frilosité d’une épargne hexagonale murée dans le sans-risque, le financement des sociétés innovantes françaises traverse une zone de turbulences. Alors que le taux à 10 ans continue de s'envoler, comment réorienter les liquidités vers l'économie productive et sauver la souveraineté technologique face au rouleau compresseur américain ?
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00:10Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux de la séance, les tendances de la semaine.
00:15Et aujourd'hui, je suis ravie de retrouver François Robinet.
00:18Vous êtes Managing Partner chez AVP. Bonjour François.
00:21Bonjour Pauline.
00:21Le thème du jour, c'est le financement des sociétés à innovation.
00:26Bonjour François. Pour commencer, peut-être qu'on peut rappeler la définition d'une société à innovation.
00:31Qu'est-ce qu'on appelle une société innovante ?
00:34Écoutez, je ne suis pas sûr qu'il y ait une définition absolument parfaite.
00:41Nous, c'est notre métier d'investir dans l'innovation.
00:43Donc, je dirige le fonds d'investissement AVP qui gère à peu près 2 milliards et demi
00:50et qui investit dans des sociétés innovantes et innovantes avec de la technologie.
00:54Donc, entre l'innovation et la technologie, il y a clairement un lien fort.
01:00Et je définirais donc probablement l'innovation en partie avec l'utilisation de la technologie,
01:09avec des solutions et des produits technologiques.
01:12Et ces sociétés, pour vous dire cette présentation,
01:16les sociétés dans lesquelles nous investissons,
01:19elles sont soit tout petites, au début de leur vie,
01:22c'est ce qu'on appelle des start-up, une équipe d'entrepreneurs qui a une idée géniale,
01:29effectivement avec une base technologie forte et qui la développe.
01:33Et c'est aussi des sociétés beaucoup plus matures.
01:37Ah, les deux ?
01:37Oui, les deux des sociétés qui ont fait leur preuve,
01:40qui étaient des start-up il y a quelques années et qui ont trouvé leur marché,
01:44qui se sont développées et qui sont maintenant des sociétés matures,
01:47mais qui continuent à croître.
01:50Les sociétés innovantes et les sociétés innovantes technologiques,
01:53leur caractéristique, c'est qu'elles ont des cycles de croissance longs.
01:58Longs et durables parce que la technologie est porteuse de...
02:01Des cycles de combien de temps à peu près, François ?
02:04Alors évidemment, ça c'est l'écosystème et la vie des entreprises.
02:09Certaines croissent, je veux dire, les grandes sociétés américaines
02:14qu'on appelle les GAFAM ont cru pendant des dizaines d'années
02:18et continuent à croître d'ailleurs.
02:19Donc ça peut être des croissances qui les amènent de zéro
02:22à des trilliards, en l'occurrence de dollars,
02:26et j'espère un jour les mêmes sociétés en Europe,
02:28des trilliards d'euros, donc des très grandes...
02:31des cycles de croissance très longs.
02:32Mais voilà, c'est des sociétés qui, pendant plusieurs années,
02:37vont doubler en termes de taille,
02:40et ça, oui, pendant 4, 5, 6, 7 ans.
02:44Que peut-on dire du financement de ces sociétés à innovation en France ?
02:48Parce qu'on va faire un focus un peu français, François.
02:51Est-ce qu'il y a des différences, j'imagine que oui,
02:54entre la France et les Etats-Unis ?
02:55Alors voilà, nous, nous investissons,
02:58donc comme je le disais, sur tout le spectre
03:00de sociétés technologiques,
03:03depuis le tout début jusqu'à beaucoup plus tard,
03:06et on fait ces investissements à peu près à parité
03:10entre l'Europe, évidemment la France,
03:14et les Etats-Unis.
03:15Donc on a une vision un petit peu globale
03:18de l'écosystème du financement de l'innovation.
03:22Effectivement, ce que l'on voit...
03:24Alors d'abord, ce que l'on voit un peu globalement,
03:26c'est que le mouvement d'innovation technologie s'accélère.
03:31Et avec des caractéristiques qui sont nouvelles.
03:36Je m'explique.
03:38Les sociétés, les nouvelles technologies,
03:42on parle beaucoup d'EI,
03:43en fait, les nouvelles technologies,
03:45il y a quelques années, c'était beaucoup de logiciels,
03:48beaucoup de ce qu'on appelait les « fit tech »,
03:50innovation appliquée à la finance, etc.
03:53Pas simplement, mais beaucoup.
03:55Et dans les cycles de financement dans ces sociétés,
03:59c'est que vous faites un petit tour de financement
04:00pour démarrer la société,
04:01plus à plus gros, plus à plus gros, plus à plus gros,
04:03qui suivent, en fait, le développement
04:07et la courbe de maturité de la société.
04:09Et donc c'est assez confortable, quelque part,
04:11parce que vous mettez de plus en plus d'argent
04:13au fur et à mesure que la société se développe
04:17et est donc plus lisible, plus mature.
04:21Ce qui est en train de changer
04:22dans beaucoup de nouvelles technologies
04:24et de nouvelles technologies de rupture,
04:27c'est qu'en fait, ces besoins de financement,
04:29ils sont beaucoup plus importants, beaucoup plus tôt.
04:32Je prends des exemples.
04:35L'espace, l'industrie de l'espace,
04:37où il faut faire des satellites,
04:39il y a beaucoup de CAPEX,
04:40il y a beaucoup d'investissements initials.
04:42Le quantique, on parle beaucoup de quantique
04:44et puisqu'on parle de la France,
04:45c'est une des forces de la France, le quantique.
04:47Les semi-conducteurs.
04:51J'allais dire même l'intelligence artificielle
04:55quand il s'agit d'entraîner des modèles
04:58ou les coûts d'entraînement des modèles,
05:00on l'a vu et on le voit sur Mistral,
05:03on l'a vu sur les grands Américains,
05:05sont très importants très tôt.
05:07Donc sur ces nouvelles technologies de rupture,
05:13les besoins arrivent tôt et sont importants.
05:16à un moment où le risque est encore très important.
05:18Bien sûr.
05:19Donc la difficulté de financement de ces nouvelles technologies,
05:22c'est qu'il faut mettre de l'argent à risque,
05:24très tôt, en grande quantité.
05:26Et pour pouvoir faire ça,
05:29les règles de base de la finance disent qu'il faut diversifier.
05:32Et pour pouvoir diversifier sur des investissements importants,
05:36il faut des fonds d'investissement de très grande taille.
05:40Est-ce qu'il y a des fonds d'investissement comme ça ?
05:43C'est très simple à comprendre.
05:45Quand vous investissez 5 millions dans une société
05:49et que vous vous dites,
05:51j'ai besoin de 20 sociétés en portefeuille
05:55pour avoir une bonne diversification,
05:56vous avez besoin d'un fonds de 100 millions.
05:58Quand vous devez investir 100 millions,
06:01vous avez besoin de 2 milliards.
06:04Donc voilà, c'est un peu l'ordre de grandeur.
06:06Est-ce qu'il en existe ?
06:07Il en existe beaucoup aux Etats-Unis.
06:09Et en France ?
06:11Alors oui, mais c'est bien le sujet.
06:13Et je commence par les Etats-Unis
06:14parce que c'est quand même la concurrence.
06:16Les sociétés sont globales.
06:17C'est ma concurrence, mais c'est la concurrence.
06:20Et au-delà de la concurrence entre fonds,
06:23il y a un enjeu de souveraineté quelque part.
06:26Parce qu'il faut pouvoir financer avec des capitaux locaux
06:31ces innovations de demain.
06:33Je parlais de la France et je parlais du quantique.
06:36La France est extrêmement bien placée sur le quantique.
06:39On a plusieurs très très très belles sociétés
06:41où on fait la course en tête.
06:42Le sujet, c'est est-ce qu'on va pouvoir les financer
06:45et les financer, allez, au moins en Europe,
06:48si ce n'est en France.
06:50Aux Etats-Unis, vous avez plusieurs dizaines de fonds
06:53qui font plus de 5 milliards
06:56et qui sont donc capables d'investir des tickets à risque
07:00de cet ordre-là.
07:02En Europe, on a eu une initiative récemment
07:05de la Commission européenne,
07:07parce qu'en Europe, il faut qu'il y ait une intervention
07:09des pouvoirs publics à un moment, j'ai l'impression,
07:11pour lancer un fonds de 5 milliards
07:13qui s'appelle le Scalop Europe Fund,
07:15qui a cet objectif,
07:16qui a l'objectif d'investir taux dans des choses
07:20très innovantes.
07:24Mais on n'a pas ça à l'échelle.
07:26Il en faut beaucoup, et en France en particulier,
07:29nous, on gère un fonds gros
07:32qui fait proche d'un milliard d'euros.
07:34C'est énorme, déjà, c'est beaucoup.
07:36Quand j'ai lancé ce fonds,
07:39quand on a commencé à en parler,
07:40on disait, un milliard, c'est énorme,
07:42comment on va faire ?
07:43Mais d'abord, d'une part, un milliard, non.
07:46Ce n'est pas gros pour financer ça.
07:48Et puis, deuxièmement,
07:51parce que c'est la promesse qu'on a faite aux investisseurs,
07:53on investit, dans ce que je décrivais avant,
07:55dans des sociétés qui sont déjà arrivées
07:57à un certain stade de maturité,
07:59pour des questions de gestion du risque,
08:01de gestion de la performance,
08:02mais de gestion du risque.
08:03Donc, on ne peut pas mettre 200 millions
08:05ou 250 millions sur une société
08:07qui n'a pas encore de revenus
08:09et qui a une technologie prometteuse,
08:14mais pas éprouvée à ce stade.
08:16François, le temps file.
08:17Il faut qu'on parle de notre point 2,
08:20du fléchage de l'épargne en France.
08:22Ça va avec.
08:23Alors, comment faire pour flécher l'épargne des Français,
08:26justement, dans ces sociétés ?
08:29Ça va avec.
08:30Expliquez-nous.
08:30C'est tout à fait ça.
08:32Alors, pas simplement sur ce que je viens de décrire,
08:34le financement des innovations de rupture,
08:36mais le financement de tout ce qui est
08:39transformation de long terme.
08:41C'est évidemment les sociétés innovantes,
08:43la tech, etc.,
08:44mais c'est la transition écologique,
08:46c'est tous les projets de long terme,
08:49le renouvellement du parc nucléaire, etc.
08:51Tous ces projets de long terme,
08:53où le privé, où l'épargne privée,
08:56a un rôle à jouer.
09:00Et la seule façon de faire ça bien,
09:03c'est, un, d'avoir la bonne culture de risque,
09:05et pour avoir la bonne culture de risque,
09:07il faut avoir le bon horizon pour prendre des risques.
09:09D'accord.
09:10Donc, le fléchage de l'épargne,
09:11il doit se faire d'abord sur des investissements
09:16où il y a une certaine dose de risque.
09:19Alors là, il y a un aspect culturel
09:20sur lequel je ne vais pas m'étendre.
09:23On a une certaine risque-aversion en Europe.
09:26Bon, voilà, donc il faut,
09:29il y a un sujet d'éducation au risque,
09:32on pourrait en parler pendant des heures,
09:33puis il y a un sujet, effectivement,
09:35d'avoir de l'épargne disponible à long terme,
09:37parce qu'il y a beaucoup d'épargne en France.
09:39Beaucoup.
09:40Mais sauf qu'elle est mal allouée,
09:42elle est mal dirigée.
09:45Alors, la solution,
09:47je parle d'épargne,
09:49la solution idéale,
09:51c'est l'épargne à 20, 30 ans,
09:53l'épargne transgénérationnelle,
09:55la retraite par capitalisation.
09:57Et mon point n'est pas d'équilibrer
09:59le régime des retraites,
10:00il paraît que ça y contribue,
10:01mais ce n'est pas du tout le sujet.
10:03Le sujet, c'est d'avoir un horizon d'investissement
10:05qui permet,
10:08ben voilà, des projets,
10:09des projets à risque,
10:10de financer des projets,
10:11à risque, sur un temps très long.
10:14Et de prendre les risques qui vont avec.
10:16C'est ce que les Américains font très bien.
10:20Et puis, par ailleurs,
10:22je reviens à la version risque,
10:24il y a également,
10:25il y a 2,3 trillions,
10:29je ne sais pas comment on dit,
10:31d'euros,
10:32ou plus peut-être,
10:34d'assurance-vie en France.
10:35Mal alloués.
10:36Alloués pour financer le déficit public
10:38en obligation d'État.
10:39Alors bon, j'ai l'impression
10:40qu'on en a un peu besoin.
10:42Mais enfin,
10:43réallouer une partie
10:44de cette épargne
10:48au financement
10:50de notre futur,
10:52au financement
10:53des innovations de rupture,
10:54et je ne parle pas
10:55des 2,3 trillions,
10:57je parle, disons,
10:5810%,
10:5810% c'est 230 milliards.
11:00Vous imaginez ce qu'on peut faire ?
11:01C'est un tiers du plan Draghi.
11:04Ben voilà.
11:05Et donc ça,
11:06ce n'est pas très compliqué,
11:07parce que cet argent,
11:09il existe.
11:09c'est des questions réglementaires.
11:11Il faut redonner le goût
11:13et la possibilité
11:15pour les gestionnaires institutionnels
11:17d'allouer plus,
11:19de façon raisonnable,
11:21pas de façon déraisonnable,
11:22de façon raisonnable,
11:23sur des investissements à risque.
11:25On devra s'arrêter là,
11:26malheureusement, François.
11:27Merci beaucoup
11:28de nous avoir expliqué
11:29ce financement
11:30des sociétés à innovation.
11:32François Robinet,
11:32Managing Partner
11:33chez AVP.
11:35Merci d'avoir été
11:35avec nous ce midi.
11:37Merci à vous
11:38de nous avoir suivis.
11:39On se retrouve lundi
11:40pour une nouvelle émission
11:41de Smart Bourse
11:42sur Bsmart.
11:42Sous-titrage Société Radio-Canada
11:46Sous-titrage Société Radio-Canada
11:47Merci à vous.