Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 minutes
Dans son édito du 23/10/2026, Paul Sugy revient sur la sécurité publique devient un luxe privé. 

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00La politique avec vous Paul Sujit, journaliste au Figaro. Bonjour Paul.
00:03Bonjour Romain.
00:03La police ne parviendra pas à protéger tous les commerçants, c'est ce qu'a avoué le préfet de police
00:09de Paris,
00:09et ça vous fait réagir ce matin, Paul.
00:11Parce que l'aveu est terrible.
00:14Même renforcer le dispositif de maintien de l'ordre ne peut garantir à lui seul la protection de tous les
00:19établissements lors de ses prochains jours.
00:20C'est ce qu'a écrit le préfet de police dans une lettre aux marchands de la capitale, avant de
00:24reconnaître ensuite une maladresse.
00:25Mais ces derniers, ces commerçants, sont explicitement priés par l'État d'organiser eux-mêmes leur sécurité en barricadant leur
00:33boutique
00:33ou en faisant appel à des agents privés, notamment des équipes synophiles.
00:36C'est vraiment un aveu d'impuissance.
00:38Alors beaucoup n'avaient bien sûr pas attendu ces consignes pour s'y mettre évidemment et pour prendre leur disposition.
00:42Mais cette fois-ci, lorsque l'État reconnaît aussi explicitement son impuissance,
00:47eh bien il prouve que la sécurité n'est plus une garantie pour tous, mais un luxe que seuls peuvent
00:52s'octroyer ceux qui en ont les moyens.
00:53Alors dans un registre similaire, on en a déjà parlé sur cette antenne,
00:56le canon français, qui est une entreprise, on le rappelle, qui organise des banquets traditionnels dans une ambiance festive et
01:01patriote,
01:02s'est vu présenter un devis de 45 000 euros pour payer les policiers et les CRS
01:06que le sous-préfet des Pyrénées-Atlantiques est obligé de déployer,
01:10non pas pour sécuriser leur événement, que c'est toujours très bien passé,
01:12mais pour les protéger des militants d'extrême-gauche décidés à venir empêcher par tous les moyens la tenue de
01:19ce banquet.
01:19L'État facturerait donc le coût des policiers à ceux qui sont menacés, ceux qui sont victimes de la menace.
01:27Alors facturer le coût des policiers, ça se fait pour un concert ou pour un grand match de foot, par
01:31exemple.
01:31Mais là, les policiers assurent un service d'ordre pour un événement.
01:34Mais jamais on n'avait vu l'État facturer sa protection contre une menace extérieure,
01:39comme si au fond, le bouclier des CRS était une prestation commerciale comme une autre.
01:43À ce compte-là, les seuls qui pourront vivre en sécurité seront ceux qui en auront les moyens, ce que
01:47vous nous dites ?
01:48C'est la conséquence de ça. Et pour le canon français, c'est assez clair.
01:50S'ils doivent payer, ça va leur coûter plus cher que le bénéfice commercial qu'ils retireraient de ce banquet.
01:55Donc c'est assez dissuasif. Et c'est peut-être même une forme aussi de chantage pour les convaincre d
01:58'annuler leur événement.
01:59Mais c'est la loi du plus fort. Et au fond, l'intimidation des militants d'extrême-gauche fonctionne.
02:04Donc ça n'est peut-être pas nouveau. Quand on est plus riche, on vit toujours davantage en sécurité.
02:08On le sait bien, les personnalités s'entourent de gardes du corps. Les bourgeois vivent dans des beaux quartiers plus
02:12sûrs ou alors s'équipent avec des alarmes ou des digicodes.
02:15Mais là, ce qui fait la nouveauté, je crois, c'est que jusqu'à maintenant, les gens le faisaient de
02:19leur propre initiative.
02:20Cette fois, c'est l'État qui reconnaît son incapacité à assurer équitablement la protection de tous
02:25et qui encourage en plus certaines personnes à payer pour bénéficier d'une protection supplémentaire.
02:32Pourtant, la condition première de la liberté est la sécurité.
02:36C'était Emmanuel Macron qui le disait en 2021, au moment de s'apprêter à refaire campagne pour sa réélection
02:42et en paraphrasant Montesquieu.
02:44Il le disait au Figaro, dans un entretien qu'il avait donné et dans lequel il expliquait à raison que
02:49le combat pour la sécurité, c'est un combat social.
02:51Bah oui, la violence et l'insécurité menacent en premier les plus modestes, reconnaissait le président de la République,
02:56avant d'ajouter sur un ton solennel que tous les Français ont le droit de prétendre à une vie calme
03:02où qu'ils habitent.
03:03Emmanuel Macron disait encore, je me bats pour ce droit à la vie paisible.
03:06Cinq ans plus tard, cette bataille est une défaite cuisante.
03:09Voilà, alors un État qui n'est plus en mesure de protéger équitablement tous ses citoyens, c'est grave, Paul.
03:13Bien sûr que c'est grave.
03:14En fait, il y va des fondements du pacte politique qui lie les citoyens à un État et qui conditionne
03:20leur soumission à la loi commune.
03:21En tout cas, c'est l'intuition de tous les grands philosophes qu'on dit et théoriciens du contrat social,
03:26Hobbes, Locke ou Rousseau, qui pensent que le désir de sécurité, c'est le moteur premier de l'adhésion consentie
03:32à un ordre politique.
03:33Au fond, la protection, c'est donc un devoir de la puissance publique à l'égard des citoyens.
03:37Et si l'État manque à son devoir, il trahit sa fonction première et y rompt le lien de confiance
03:43sur lequel s'établit la République.
03:45Paul Sujit, tous les matins dans la matinale de CNews. Merci beaucoup, Paul.
03:52Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations