00:00Le Grand Matin Sud Radio, Parlons Cash.
00:03Et dans Parlons Cash, on s'interroge sur ces émeutes du 17 octobre
00:07qui ont évidemment un impact négatif sur les marchés pour la France.
00:11Clément Barguin, on vous retrouve, les marchés sont souvent le premier baromètre d'un choc économique
00:16et hier le verdict est tombé, le CAC a décroché de plus de 1%
00:20quand le reste de l'Europe tenait, les investisseurs ont chiffré les dégâts des violences.
00:24Oui, immédiatement et de manière très ciblée, le CAC 40 a clôturé autour de 7868 points
00:30en baisse de 1,1 à 1,2% quand Francfort et Milan terminaient quasi stable.
00:36La bourse de Paris a donc sous-performé nettement le reste de l'Europe
00:41et les valeurs les plus vendues ne sont pas des valeurs spéculatives.
00:44Ce sont Carrefour, Accor, Air France, Vinci, le commerce, l'hôtellerie, le transport, le BTP,
00:50les secteurs directement exposés à l'activité économique nationale.
00:54Les marchés ont traduit en temps réel ce que les violences signifient pour la consommation et la fréquentation.
01:00Et au-delà de la bourse, c'est sur la dette publique que le signal est peut-être le plus
01:03inquiétant.
01:04Et c'est là que ça touche l'État lui-même.
01:06Le taux de l'emprunt français à 10 ans est remonté entre 4,85 et 4,95% au bord
01:14de son plus haut de l'année
01:15et surtout, l'écart avec les Allemands augmente ce différentiel lorsqu'il se creuse.
01:20Ça signifie que la confiance dans la stabilité économique française s'est dégradée.
01:24Un épisode de tension ou le début d'un vrai choc économique pour la France.
01:28C'est la question que l'on pose désormais à notre invité.
01:31Bonjour Anthony Morley, l'avis d'Ali.
01:34Vous êtes responsable France de l'Institut Rex & Code.
01:36Bonjour.
01:37Bonjour, soyez le bienvenu sur Sud Radio.
01:39Alors la question est posée. Est-ce que c'est le début d'un choc économique ?
01:43Alors ce qui est sûr, c'est que c'est une couche supplémentaire.
01:45Vous parliez du CAC 40.
01:47Il faut avoir en tête que le CAC 40, il décroche depuis la dissolution de l'Assemblée nationale.
01:52On est complètement à plat. Il n'a pas progressé depuis la dissolution de l'Assemblée.
01:55Donc depuis maintenant 2024.
01:57Exactement, alors que les autres indices européens ont progressé de plus de 20%.
02:00Donc on voit bien que c'est désormais quelque chose d'assez structurel.
02:03Et effectivement, ce que les marchés voient, ce n'est pas tellement le niveau de violence.
02:06Les marchés, vous savez, sont assez amoraux.
02:08Eux, en revanche, ce qu'ils mesurent, c'est l'incapacité de la France à se réformer.
02:12C'est ça qu'on voit aujourd'hui.
02:14C'est qu'on a un défi qui est monumental devant nous et qui n'a aucune piste,
02:17aucune capacité de faire consensus pour donner de la crédibilité sur le rétablissement de nos comptes publics.
02:23Et c'est ça qui les inquiète profondément.
02:24Anthony Morlaix, la Vidali, en tous les cas, ces troubles sociaux ravivent des craintes quant à la capacité du gouvernement
02:31à faire voter et à appliquer.
02:33C'est ça le lien qu'il peut y avoir.
02:34C'est-à-dire que ce n'est pas forcément les vitres cassées qui font qu'on vend ou qu
02:38'on vend moins.
02:39Mais en tous les cas, le lien, c'est l'application de mesures d'ajustement budgétaire qui ne sont pas
02:44là.
02:44Complètement.
02:45Alors effectivement, la partie malheureusement très sinistrée qui fait qu'il y aura des dégâts et que ça va coûter
02:49aux finances publiques
02:50et probablement ça va peser un peu sur l'activité.
02:52Mais en plus de ça, ça nous dit bien que toute la difficulté qu'il y a à adopter un
02:57budget aujourd'hui.
02:58Même d'ailleurs si le budget était adopté en l'État, il n'atteindrait probablement pas la cible du gouvernement
03:03qui est 5% de déficit public.
03:05Parce que les prévisions que formule le gouvernement lors de la présentation de son PLF sont déjà quasiment caduques.
03:10Le fameux 1% de croissance l'année prochaine, on ne l'atteindra pas.
03:13Donc il faut avoir en tête que oui, le déficit public va rester dégradé en 2027.
03:17Et ça, les marchés sont très regardants là-dessus et n'accepteront pas une dérive dans la durée.
03:21Ça, ça pourrait coûter.
03:22En tous les cas, ça signifie que les marchés l'ont déjà intégré et qu'il n'y aura pas
03:25de rétablissement très probablement pour 2027.
03:27Effectivement. Et le grand risque, c'est jusqu'à quand ?
03:29Parce qu'il y a un moment où la confiance peut finir par une forme de rupture.
03:33Bien sûr, bien sûr. Parce que si vous êtes en incapacité de proposer une trajectoire crédible,
03:38alors là, c'est vraiment la confiance que vous accordez les investisseurs internationaux qui est rompue.
03:42Anthony Morley, la Vidalie, responsable France de l'Institut Rexecode avec vous.
03:46On parle de l'impact de ces événements sur l'économie française.
03:50Et les gens qui nous écoutent se disent, bon, c'est de la grande finance.
03:53Moi, ça ne me touche pas pour mon portefeuille.
03:56En quoi ces décisions peuvent-elles impacter les portefeuilles des Français ?
04:00Alors typiquement, quand on parle du taux souverain auquel emprunte la France,
04:03ça va être le taux d'intérêt qui va dicter tous les autres taux d'intérêt.
04:07Typiquement, le crédit. Quand vous faites un crédit à l'habitat,
04:10on voit bien que les banques vont devoir répercuter la hausse dans les crédits qu'ils accordent aux ménages.
04:15Donc aujourd'hui, quand on voit les nouveaux crédits aux ménages,
04:17ils sont plutôt de l'ordre de 3,5%.
04:19Et bien, il faut s'attendre à au moins 1% d'augmentation de ces taux d'intérêt
04:23à l'horizon d'un an. C'est à peu près ce qu'on attend.
04:25Donc, ça va les impacter très directement.
04:26Ça veut dire que sur 2027, le premier impact déjà, c'est sur les acquisitions dans l'immobilier.
04:32Là, c'est le premier impact.
04:33Bien sûr, le secteur immobilier va souffrir et les entreprises,
04:35parce que les entreprises investissent aussi et elles vont être confrontées à des taux d'intérêt aussi plus élevés.
04:40Donc, l'ensemble de l'investissement dans l'économie française va souffrir.
04:43Oui, cette brusque montée des tensions intervient dans un climat très délicat
04:47à l'approche des prochaines revues de notation.
04:49Alors, je sais que là aussi, c'est un peu technique pour ceux qui nous écoutent,
04:52mais en quoi Moody's, qui pourrait revoir sa note ou bien d'autres,
04:58eh bien, pourrait avoir finalement là aussi encore un impact sur la vie des Français ?
05:02Alors, il faut avoir en tête qu'une agence de notation,
05:03au fond, c'est un coup de tampon pour attester de votre situation.
05:07Probablement, Moody's va rétrograder sa note, puisque c'était la dernière agence.
05:09Vous vous y attendez, vous ?
05:10Oui, tout à fait. Je pense qu'elle était un cran au-dessus des deux grandes autres.
05:14On nous a laissé un peu d'espoir, on était en sursis.
05:16Exactement. Mais tendanciellement, notre note est en train de se dégrader.
05:19Et ce qui est amusant, c'est qu'on est à front renversé, à rebours de ce qu'on observe
05:22dans les autres pays du Sud.
05:23C'est ça qui est intéressant.
05:24Qu'on appelait les pays du clomède il n'y a encore pas si longtemps.
05:26Et la France pourrait finir par se retrouver avec une note la plus basse de l'ensemble des grands pays
05:30de la zone euro.
05:31Donc, à la fin, ça vient enteriner quand même une forme de confiance qui se délite
05:34et où on n'arrive pas à retrouver une capacité à donner confiance dans notre capacité.
05:40Justement, dernière question.
05:42Vous qui êtes observateur de cette économie française,
05:45on voit que les Portugais, les Grecs, et donc ces pays du Sud,
05:51rigolent un petit peu de notre situation ?
05:53Comment vous le voyez ça ? Il y a un peu de sourire en coin.
05:57Alors oui, très clairement, mais parce qu'eux ont accepté des efforts immensément difficiles
06:01et on n'est pas capable d'en faire le moindre début d'effort.
06:04Et ça, c'est le vrai sujet.
06:05C'est à un moment donné, est-ce que la France va accepter de se réformer ?
06:07Il faut reconnaître que faire des efforts, ça fait plaisir à personne
06:10et tout le monde va devoir passer à la caisse.
06:12C'est toute la difficulté qu'on a devant nous.
06:14Merci infiniment, Anthony Morley, la Vidalie, pour votre éclairage.
06:17Je rappelle que vous êtes responsable, France, de l'Institut.
06:20Rex et Code, très bonne journée à vous.