00:01Bonjour Patrick Martin, patron du MEDEF, patron des patrons, auteur de Génération empêchée, ça c'est aux éditions de l
00:08'Observatoire.
00:09Vous vous êtes rendu hier aux abords de la place de la République, qu'avez-vous vu, que vous ont
00:13dit les commerçants, certains risquent de ne jamais rouvrir je crois ?
00:16J'ai vu des choses effrayantes, vous avez retransmis des images, mais des magasins saccagés, délibérément saccagés, des voitures brûlées,
00:24tout ça est inadmissible dans notre état de droit.
00:26J'ai surtout vu des commerçants et leurs salariés effondrés, dont certains me disant on ne recommencera pas, une gérante
00:34de magasins me disant la République nous a abandonnés.
00:37Ça prend aux tripes ce genre de messages.
00:40Vous avez du recul vous Patrick Martin, parce qu'on a eu beaucoup de ces témoignages-là, j'ai appelé
00:44la police, personne n'a répondu.
00:45Ils disent on a le sentiment que la République nous a abandonnés, vous dites quoi vous ce matin ? La
00:48République les a abandonnés ?
00:49Moi je dis que je ne suis pas un spécialiste du maintien de l'ordre, et que les forces de
00:55l'ordre ont fait ce qu'elles pouvaient faire.
00:56Manifestement, la menace a été sous-estimée. J'étais samedi à Lyon, j'ai vu de mes yeux l'incendie
01:02de l'office du tourisme,
01:03il y avait des forces de l'ordre à quelques dizaines de mètres qui ne sont pas intervenues, je me
01:06garde de juger.
01:08Peut-être qu'elles ont considéré qu'elles n'étaient pas suffisamment nombreuses pour faire face à des populations étranges,
01:14archi-violentes et manifestement très déterminées.
01:16Et la République a peut-être eu du mal à garantir la sécurité, en revanche quand il s'agit de
01:20l'argent, écoutez, chômage partiel à 100% dès aujourd'hui,
01:24fonds de soutien, pression sur les assureurs. Sébastien Lecornu là-dessus, il a dégainé très vite.
01:28Mais sur tous ces leviers, Patrick Martin, ça veut dire que ce sont les assurés, les contribuables,
01:32ceux qui cotisent à l'assurance chômage, qui vont payer ces images de casse qu'on voit encore sur RMC
01:37Story.
01:37– Oui, et puis quand j'entends pression sur les assureurs, écoutez, ça m'étonne un peu,
01:41les assureurs font leur métier, on paye des primes d'assurance, enfin c'est au gouvernement…
01:45– Mais ça on sera vigilant de toute façon, vous le savez, on le saura bientôt ou tard.
01:48– Il ne faut pas détourner le regard et la charge d'ailleurs.
01:51– Mais par exemple sur les 40% de commerçants qui n'ont pas d'assurance contre les pertes d
01:55'exploitation ?
01:56– Je pense que c'est à l'État de prendre en charge.
01:58– Voilà, qu'est-ce qu'on peut faire ?
01:59– Parce qu'on paye des impôts, y compris pour assurer le maintien de l'ordre.
02:03Donc lorsqu'il est défaillant, il a été défaillant l'État, sur ce point précis,
02:08– Vous pouvez dire que l'État n'a plus un rond, Patrick Martin ?
02:11Il n'y a plus d'argent dans les caisses ?
02:12– Mais parce qu'il est mal géré.
02:13– Oui d'accord, mais là aujourd'hui…
02:15– Parce qu'il est mal géré.
02:15– Là c'est un problème immédiat, donc…
02:17– Mais on va de problèmes immédiats en problèmes immédiats.
02:20Écoutez, il y a plus d'un an, et je n'étais pas le seul à le faire,
02:22je vois mon voisin d'en face, là.
02:25Il y a plus d'un an, j'avais dit, l'État est tellement impécunieux
02:28qu'il ne saura pas faire face à de nouveaux accidents.
02:31On a eu de nouveaux accidents, je n'avais pas pronostiqué
02:33ce qui s'est passé dans le détroit d'Hormuz,
02:35je n'ai pas de boule de cristal, mais c'est exactement ce qui s'est passé.
02:38Donc le fait que nous n'ayons pas eu de discipline, de rigueur,
02:41et tout simplement de raison budgétaire depuis des décennies,
02:44ça nous conduit à ce qu'aujourd'hui, pour quelques centaines de millions d'euros,
02:47c'est beaucoup pour chacun des commerçants et des entrepreneurs
02:50qui ont été gravement touchés,
02:52mais dans l'absolu, quelques centaines de millions d'euros à l'échelle de la France,
02:55que l'État ne trouverait plus.
02:56Moi je vais vous parler d'un autre sujet, ce qui va faire supporter
02:59aux salariés et aux entreprises, en reportant sur elles
03:02une partie de son déficit, c'est scandaleux.
03:05Il faut que l'État se reprenne en main.
03:07La République nous a abandonnés, vous disiez, ces commerçants,
03:11et désormais, on l'entendait sur RMC aujourd'hui,
03:13certains s'arment de barres de fer, parfois de fusils de chasse.
03:16Est-ce que vous les comprenez ?
03:18Je les comprends, mais je les dissuade de le faire.
03:21Parce que je reste, et nous restons très attachés à l'État de droit,
03:24même si d'évidence, il a pu être défaillant en l'espèce,
03:28et s'il est défaillant dans sa gestion.
03:31Donc il ne faut pas tomber en définitive dans le panneau
03:34que tend l'ultra-gauche, que tendent les Black Blocks,
03:37qui ne rêvent que de ça.
03:38C'est-à-dire une guerre civile.
03:39Alors cela dit, c'est vrai que c'est un message envoyé aux petits commerçants
03:42qui, les pauvres, ont dû affronter parfois 20, 30 casseurs.
03:46Mais une image m'a frappé, moi, c'était celle de la boutique Dior,
03:48donc LVMH, dans le 8e arrondissement,
03:52qui était littéralement encadrée par un cordon d'agents de sécurité privée.
03:56Il y en avait au moins une quinzaine, vraiment un tous les mètres.
03:59Donc en fait, comment est-ce qu'on peut dire aux petits commerçants
04:01« Vous devez respecter la loi, vous ne vous devez surtout pas créer de milices
04:05pour vous défendre, vous armer »,
04:06alors que dans le même temps, un floron de l'industrie française, LVMH,
04:09se protège, et on peut les comprendre, avec une sécurité privée.
04:12Est-ce que ce n'est pas une vision de l'avenir, ça, en fait ?
04:14Devoir protéger son propre business, parce que l'État n'est pas capable de le faire, en fait.
04:17Il faut tout faire pour que l'État exerce pleinement ses fonctions régaliennes
04:21et arrête d'emmerder les Français en faisant du micro-management
04:25et en venant en particulier matin, midi et soir
04:27contrarier les entrepreneurs avec des réglementations stupides.
04:30Vous avez, j'ai vu hier, un entrepreneur
04:33à qui l'administration des monuments historiques a cassé les pieds pour sa devanture,
04:38le même État qui, quelques jours après,
04:41était incapable d'assurer la sécurité de son établissement.
04:43Alors, il faudrait peut-être hiérarchiser les priorités.
04:45Mais je veux parler de ce que j'ai évoqué,
04:47c'est-à-dire ce que l'État va mettre à la charge des entreprises dans le cas du prochain
04:51budget.
04:52Eh bien, voilà.
04:52Il y a un lieu qui est encore à peu près apaisé en France,
04:55c'est l'entreprise.
04:56À peu près apaisée.
04:57Il n'y a pas de conflits sociaux, essentiellement.
04:59Eh bien, l'État, pour des mesures d'économie sordides et court-termistes,
05:03va reporter aux entreprises plus de 11 milliards de charges,
05:0611 milliards qui ne sont plus disponibles pour accorder des augmentations de salaires
05:10qui sont, du fait de l'inflation du prix des carburants,
05:12demandées par les salariés.
05:13Et donc, on risque de transférer dans les entreprises des tensions
05:17qui n'y existent pas aujourd'hui, précisément parce que l'État est incapable
05:21d'aller chercher ces 11 milliards d'euros, là où des idences ils existent.
05:25Pendant ce temps-là, Patrick Martin, il y a une jeunesse qui se désespère un peu
05:27pour son avenir.
05:29Or, vous publiez votre livre qui s'appelle « Génération empêchée »
05:33et vous dites « Ces jeunes, en fait, on leur met plein d'entraves pour inventer eux-mêmes leur avenir.
05:40»
05:40Qu'est-ce que vous proposez ?
05:42C'est quoi vos propositions pour libérer cette jeunesse et lui proposer un avenir désirable ?
05:47Pardon, ça n'enlève rien à ce que j'ai dit auparavant, sur lequel vous n'avez pas voulu rebondir.
05:51On n'a pas le temps, Patrick Martin.
05:52Oui, mais les 11 milliards que les entreprises vont supporter, elles n'auront pas le temps de les supporter non
05:56plus.
05:57Bien, moi je n'ai pas découvert ce sujet de la jeunesse aujourd'hui.
06:00Il y a des années que je m'y intéresse, pour des raisons y compris personnelles et parce que je
06:03suis entrepreneur.
06:04J'ai effectivement écrit ce livre qui est sorti avant les événements dont on parle.
06:08Mais sur le diagnostic, je suis assez d'accord avec tout ce qui se passe aujourd'hui.
06:12C'est-à-dire qu'on a enfermé la jeunesse dans une espèce de bulle artificielle.
06:16En particulier, on ne la met pas suffisamment en contact des réalités de l'entreprise.
06:20On égare des jeunes dans des formations qui n'ont pas de débouchés professionnels.
06:25Et donc, si on continue comme ça, d'abord, à l'instant T, on a des scores lamentables en termes
06:29de taux d'emploi ou de taux de chômage des jeunes.
06:31Un seul chiffre.
06:32En Suisse, 3,2% de taux de chômage des jeunes.
06:34En France, 7 fois plus, 22%.
06:36En Suisse, il y a 70% des jeunes qui passent par l'apprentissage.
06:40En France, on vient renier le dispositif d'apprentissage.
06:43On marche sur la tête.
06:44On marche sur la tête, dites-vous.
06:45Je vais rebondir sur vos 11 milliards, Patrick Martin, parce que vous dites que c'est un dernier endroit qui
06:48a apaisé l'entreprise.
06:49On a ces images de casse et de pillage qu'on va mettre de côté un instant, même si c
06:54'est toujours la lune de l'actualité ce matin.
06:56N'oublions pas que plus de 500 000 personnes ont manifesté.
06:58Et dans les pancartes, on réclamait des salaires, on réclamait de la solidarité fiscale chez les riches.
07:02Vous ne pouvez pas rester sourds non plus à cette colère sociale-là en disant que tout se passe bien
07:06du côté des salariés.
07:07Ce dont je vous parle précisément, c'est de l'amputation des capacités qu'ont les entreprises à accorder des
07:12augmentations de salaires.
07:14C'est quand même un petit peu fort de café.
07:15C'est normal qu'on ait des demandes d'augmentation de salaire.
07:18L'État lui-même, parce qu'il ne sait pas faire des économies là où elles sont possibles, nous transfère
07:22là aussi la patate chaude.
07:23Je suis contre, je le dis, et on va se battre dans le cadre du vote des lois pour que
07:28ça n'arrive pas.
07:29On peut tenir comme ça jusqu'à la présidentielle, Patrick Martin ?
07:32Dans ce climat social de tensions extrêmes ?
07:34Ensuite, je veux rappeler quelque chose, parce qu'à un moment donné, il y a beaucoup de slogans qui circulent
07:39actuellement, il y a des attaques personnelles, enfin tout ça est lamentable.
07:43Après, il y a des faits et il y a des chiffres.
07:45Ça a été établi encore récemment par un rapport du Sénat, les entreprises françaises sont les plus taxées au monde.
07:50Donc si on veut encore les surcharger, il ne faudra pas s'étonner, les 11 milliards dont je parle, ça
07:54va générer 200 000 destructions d'emplois.
07:56Donc préservons les entreprises, c'est elles qui créent la richesse, c'est elles qui permettent l'inclusion.
08:01Vous dites ce matin, pardon, on parle budget et budget de la sécure, c'est aussi ça à l'Assemblée,
08:05vous dites ce matin, Patrick Martin, passer ces 11 milliards, on supprime 200 000 postes ?
08:09Non, ce n'est pas une décision de supprimer 200 000 postes, c'est documenté académiquement, ça va au fil
08:16du temps conduire à 200 000 suppressions de postes.
08:19Donc ça va surtout conduire à l'instant T à ce que nos marges d'augmentation des salaires soient amputées
08:23de 1,6 point, 1,6 point.
08:26Vous vous rendez compte, il y a 700 milliards de masse salariale du secteur privé, on vient nous ouvrir.
08:30Patrick Martin, je vous ai posé la question, on tient comme ça jusqu'à la présidentielle ?
08:35Il faut qu'on tienne jusqu'à la présidentielle.
08:38Merci Patrick Martin, président du MEDEF, première prise de parole après ce week-end particulier que nous avons connu.
08:42Vous avez publié Génération empêchée aux éditions de l'Observatoire, je le rappelle.
08:46Merci d'avoir pris quelques minutes ce matin pour les auditeurs d'RMC.
08:50Vous réagissez si vous le souhaitez au 327.