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  • il y a 5 minutes
Tous les matins à 7h42, l'invité qui fait l'actualité. Un acteur incontournable, un expert renseigné... 10 minutes d'interview sans concession avec Apolline de Malherbe et les témoignages des auditeurs de RMC au 3216.

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Transcription
00:00Le patron de l'IGPN est notre invité ce matin sur RMC.
00:04Bonjour Stéphane Ardouin, vous dirigez l'inspection générale de la police nationale.
00:08La police des polices, qu'on surnomme aussi les bœufs-carottes, vous en êtes le chef.
00:14Vous venez faire le bilan de l'année 2025, chaque année vous publiez un rapport avec les chiffres, la réalité.
00:20Il y a globalement moins de saisines pour usage de la force, un recul des tirs mortels,
00:27mais une hausse de la corruption, on va y revenir.
00:30Sur les tirs mortels, il y en a eu 12 en 2025, il y en avait eu 16 en 2024.
00:37J'imagine que vous vous félicitez de cette baisse.
00:40Bien sûr qu'on se félicite de la baisse parce que les décès sont toujours tragiques.
00:46Cela étant, la légitimité d'un tir ne s'apprécie pas en fonction du résultat.
00:52Vous pouvez avoir un décès qui est parfaitement justifié et un coup de bâton avec une blessure légère qui ne
00:59le serait pas.
01:00Cela étant, ce que nous observons en effet, c'est plutôt une tendance à la baisse comme vous l'avez
01:05dit.
01:05Et le rapport précise d'ailleurs, ce qui est nouveau, les suites qui ont été apportées par la justice.
01:11Et sur les 12 tirs mortels, aujourd'hui, et d'autres enquêtes sont encore en cours,
01:188 sont d'ores et déjà considérées comme justifiées par l'autorité judiciaire.
01:22Justifiées, c'est effectivement vous ce que vous jugez.
01:25Vous jugez de la légitimité ou non de l'usage en réalité, proportionné ou non, de la force par les
01:33policiers.
01:34Important de mentionner également que le nombre de blessés graves, en revanche, a augmenté.
01:40Ça se passe quand ? C'est-à-dire, est-ce que vous pouvez nous dire, quand on parle là
01:43de 12 personnes qui sont mortes,
01:45quand on parle de 86 blessés graves par arme à feu, par tir de policiers, c'est dans quelles circonstances
01:52?
01:52Qu'est-ce qu'il y a derrière ?
01:54Alors, sur les blessés graves et les 86 ou 90 que vous citez, il n'y en a que 29
02:01par arme à feu.
02:03Donc déjà, il faut faire la différence et certains blessés ne sont pas forcément liés à l'usage de la
02:08force.
02:09Ensuite, sur l'usage de l'arme et dans quelles circonstances, nous avons dans ce rapport, dans un souci de
02:15transparence, détaillé justement les situations.
02:18Et ce que nous observons, c'est que ce sont, pour la plupart, et en tout cas pour les cas
02:22où il y a les blessures les plus graves et des décès,
02:25des situations, soit d'une personne qui est armée d'une arme blanche, d'une arme de poing, cela peut
02:31arriver, et puis des forcenés.
02:33J'ai une question un peu politique. Dans le contexte actuel, où il y a eu cette manifestation la semaine
02:39dernière,
02:39contre la présomption de légitime défense des policiers, appelée permis de tuer par certains politiques, et notamment LFI qui manifestait,
02:48lorsque vous entendez des slogans dans certaines manifestations qui disent « la police tue »,
02:53qu'est-ce que vous, qui êtes, j'allais dire, dans la rigueur de ces études, de ces enquêtes, de
02:59ces chiffres, qu'est-ce que vous vous répondez ?
03:01Alors moi, je ne fais pas de politique, et je laisse les slogans à la politique.
03:06Simplement, moi, je regarde la technique.
03:08Et d'abord, les chiffres montrent qu'on n'est pas du tout dans cette réalité.
03:15Ensuite, le débat technique pour nous, et ça relève d'ailleurs de principes qui relèvent de la Convention européenne des
03:21droits de l'homme,
03:22ce qu'on va apprécier, c'est la nécessité et la proportionnalité.
03:25Donc c'est ça que l'on va regarder, et il faut rappeler que la police, et c'est ça
03:29qui fait la différence,
03:30comme la gendarmerie, avec les particuliers, c'est qu'ils ont le monopole de l'usage de la force légitime.
03:38Et c'est ça qui est la vraie différence, et c'est donc pour cette raison qu'il y a
03:41un cadre spécifique,
03:42et ensuite, il ne m'appartient pas de commenter l'intention du législateur,
03:46mais c'est dans ce cadre spécifique que la proposition de loi actuellement débattue, je dirais, et suscite aussi des
03:55réactions.
03:55C'est passion. Stéphane Ardouin, je rappelle que vous dirigez l'inspection générale de la police nationale.
04:01Il y a Ali qui nous appelle de Loire.
04:04Bonjour Ali, vous êtes chauffeur poids lourd, me semble-t-il.
04:06Vous aviez une question sur la confiance. Il vous écoute, le patron de l'IGPN.
04:10Bonjour, bonjour monsieur. J'ai une question en deux.
04:13La première, c'est est-ce que vous, vous faites confiance en la police avec tout ce qui se passe
04:17?
04:18Est-ce que vous pouvez comprendre que les citoyens français, aujourd'hui, n'ont plus confiance en cette police ?
04:23Ali, je voudrais qu'il puisse vous répondre.
04:24Alors, écoutez, bonjour monsieur, d'abord, il y a des sondages qui sont régulièrement faits,
04:32et de manière assez constante, 75% des Français disent avoir confiance dans leur police.
04:38Il y a aussi 25%.
04:40Ça veut dire qu'il y en a 25% à Ali qui ne l'ont pas confiance, mais la
04:43majorité des Français a confiance.
04:45Ensuite, moi, j'étais procureur de la République avant d'être chef de l'IGPN.
04:50Évidemment, j'ai beaucoup travaillé avec la police judiciaire et je découvre aujourd'hui d'autres métiers de la police
04:57judiciaire.
04:58Ce n'est pas un métier facile.
05:00Et ce que je vois, moi, et je vais rencontrer souvent les élèves gardiens de la paix, les élèves commissaires,
05:06les élèves officiers,
05:06c'est que la police, elle est plutôt à l'image de la population.
05:09Nous sommes dans une société en tension, on le sait, on attend beaucoup de la police.
05:14Je pense qu'en effet, il faut qu'on s'améliore dans le dialogue peut-être avec notamment peut-être
05:20les jeunes.
05:21Mais je suis assez persuadé, en réalité, que le lien de confiance passe par la transparence.
05:28Et c'est pour ça que je viens aussi sur les plateaux.
05:31Et c'est aussi pour ça que vous avez accepté de répondre à nos questions.
05:33Et justement, à propos de transparence, effectivement, la question de la corruption,
05:37qui est quand même en croissance constante depuis 2022, 45%, ce sont les chiffres de l'année dernière à cette
05:43année.
05:44On ne peut pas s'empêcher de lier ça.
05:45Alors, je précise que c'est pour de la revente de données, en général, à des circuits criminels.
05:50On ne peut pas s'empêcher de lier ça quand même à l'explosion des mafias,
05:52aux menaces qui parfois pèsent directement sur les maires de certaines villes.
05:56Quand une police commence à être de plus en plus corrompue, évidemment, je mets des guillemets,
06:01et que d'un autre côté, on voit une explosion des mafias, il y a forcément un lien de cause
06:04à effet là-dedans, non ?
06:05Alors, il y a 153 000 policiers.
06:08Non, non, je n'ai pas dit que ce n'était pas minoritaire.
06:10Mais nous avons certes une augmentation des affaires de corruption,
06:13mais on parle de 235 enquêtes pour 153 000 policiers.
06:16Ensuite, évidemment qu'il y a un contexte avec la criminalité organisée qui favorise la corruption.
06:22La corruption, c'est l'un des modes opératoires, on le sait depuis quelques temps quand même,
06:27des mafias, comme vous dites, et des groupes criminels.
06:31De quoi on parle ?
06:31Est-ce que ça veut dire que ce sont, par exemple, des policiers qui mènent une enquête
06:35et qui reçoivent un coup de fil, une menace, leur disant « si tu ne me donnes pas la plaque
06:40d'immatriculation
06:41de ceux qui vont venir m'arrêter, je sais où tu habites, je sais où sont tes enfants »
06:44et la corruption commence comme ça ?
06:46Ou est-ce que c'est un appât du gain ?
06:48En fait, c'est multifactoriel.
06:50Et souvent d'ailleurs, et on le voit dans les profils des policiers qui peuvent être compromis,
06:54on n'entre pas dans la police pour l'être.
06:55Donc ce sont souvent des parcours de vie un peu accidentés
06:59et avec un moment, une difficulté qui fait qu'on cède à la tentation
07:02en pensant qu'on le fait une fois et on ne le fera pas deux.
07:05Et en réalité, c'est l'engrenage.
07:07Ensuite, et je précise que cette augmentation, elle est liée aussi à notre détection.
07:12C'est-à-dire que nous avons mis en place des outils
07:14qui nous permettent de détecter des choses que probablement on ne connaissait pas avant.
07:18Je rappelle que la corruption est, par définition, une délinquance occulte.
07:22Donc vous avez aujourd'hui une montée, en effet, de cette corruption,
07:28mais aussi une montée de cette détection et donc des sanctions.
07:31Cécile Duflo est arrivée dans un instant.
07:33Ce sera la chronique comme chaque jour à 7h50 sur RMC.
07:37Une proposition de droite, une proposition de gauche.
07:39Cécile Duflo, tout le monde vous connaît ici sur RMC, l'ancienne ministre bien sûr.
07:43La semaine dernière, l'une de vos propositions à 7h50,
07:46c'était précisément plus de transparence et d'indépendance,
07:50vous disiez face aux soupçons qui peuvent peser sur la police,
07:53il faut que l'IGPN soit totalement indépendante.
07:56Quand j'ai su qu'on recevait Stéphane Ardouin et que justement c'est le jour de Cécile Duflo,
08:00j'estime que c'est le moment peut-être de pouvoir refaire votre proposition et qu'il puisse vous répondre.
08:04Oui, alors bien sûr, je comprends bien, étant donné ces fonctions,
08:07qu'il sera difficile pour lui de répondre en toute liberté.
08:09Je respecte ça, mais je pense que nous aurions intérêt à ce que l'IGPN,
08:13c'est-à-dire cet organisme qui contrôle les policiers, soit une autorité indépendante.
08:17C'est-à-dire que les fonctionnaires qui y travaillent ne soient pas rattachés au directeur de la police nationale,
08:21parce que quand on contrôle ceux à qui on est censé obéir, à qui on est rattaché,
08:26c'est plus compliqué, ça existe dans d'autres pays.
08:28Est-ce le cas et est-ce que ça pourrait être encore mieux, Stéphane Ardouin ?
08:31Vous savez, dans un état de droit, il est important pour le contrôle de la police
08:35qu'il y ait un contrôle interne et un contrôle externe.
08:37Et d'ailleurs, la défenseure des droits le dit.
08:40L'IGPN a cette particularité que nous sommes à la fois le contrôle interne,
08:43et on est en lien avec la police, et d'ailleurs notre légitimité,
08:46on l'attire aussi de la connaissance des métiers de police.
08:49Et il y a des policiers à l'IGPN, et heureusement.
08:51Et de l'autre côté, nous sommes sous l'autorité des magistrats.
08:54Donc du ministère de la Justice ?
08:56Et c'est du contrôle...
08:57Enfin du ministère de la Justice, des magistrats indépendants.
08:59Et là, ça c'est du contrôle externe.
09:01Et donc finalement, nous avons cet équilibre qui, me semble-t-il,
09:07dans le modèle français, est un modèle qui justement permet de concilier
09:12la légitimité du métier de policier avec la nécessité d'un contrôle indépendant.
09:17Je suis par ailleurs magistrat, et j'ai pu constater que les enquêteurs
09:21étaient très indépendants, donc ils n'ont pas attendu un magistrat pour l'être.
09:26Je suis là, moi, pour garantir cette indépendance,
09:28et j'ai prêté serment il y a quelques années, et j'entends respecter mon serment.
09:32Merci infiniment d'avoir répondu à nos questions ce matin,
09:34et d'avoir présenté les conclusions de votre rapport annuel.
09:37Stéphane Ardouin, directeur de l'inspection générale de la police nationale.

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