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  • il y a 20 minutes
Retrouvez le replay de 100% Mabrouk sur BFMTV.

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00:00Et nous sommes toujours sur ce plateau avec Linda Kebab, avec Victor Hérault, avec Dominique Rizet, avec Serge Raffi.
00:05Et on a avec grand plaisir Christophe Guilhuis, bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:08Merci, je le disais. C'est vrai que vous êtes rare sur les plateaux.
00:11On vous lit dans les différents articles, on vous lit évidemment à travers vos ouvrages.
00:16Et cela fait des années que vous théorisez, que vous expliquez les tenants et les aboutissants
00:21de la France périphérique, de cette France invisibilisée.
00:24Et que vous avez anticipé, et je sais que c'est moi qui le dis,
00:27donc en réalité tout ce qui s'était passé depuis très longtemps, la crise des gilets jaunes,
00:32tout ce qu'on n'a pas voulu voir, tout ce qu'on a mis à l'écart, bien loin
00:35des métropoles
00:36et que l'on voit revenir aujourd'hui.
00:39Merci d'être là Christophe Guilhuis.
00:40Et il est vrai qu'à chaque poussée de fièvre sociale, c'est la même question, c'est la même
00:44interrogation.
00:45Est-ce que c'est un simple sous-brosseau, et puis après la rivière rentre dans son lue,
00:50ou est-ce que c'est un symptôme d'une fracture beaucoup plus profonde selon vous,
00:53entre eux ? Et on le voit, la policière Linda Kebab, la gilet jaune Priscilla Ludovski,
00:59j'allais dire l'ancienne députée Raquel Guerrero, et ceux qui nous gouvernent.
01:04Mais c'est pour ça que j'essaie toujours de prendre un peu de champ pour essayer d'identifier la
01:13majorité.
01:14On parle très peu de la majorité en réalité.
01:15On est toujours dans des représentations hyper segmentées de la société.
01:21Donc, c'est le panel.
01:23En fait, c'est le langage du marketing.
01:24Et en fait, on s'est tous laissés piéger là-dedans.
01:28Alors, ça va être les policiers d'un côté, ça va être les jeunes de l'autre.
01:31Je ne sais pas si vous vous rappelez comment s'est terminé le mouvement des gilets jaunes.
01:36par un grand débat organisé par Emmanuel Macron.
01:38Les doléances.
01:39Absolument.
01:40Alors, les doléances.
01:41N'en parlons plus, puisque de toute façon, voilà.
01:43Mais ce qui était très intéressant, c'est le scénario de ce grand débat.
01:48Emmanuel Macron avait, alors même qu'on avait sous les yeux un mouvement très largement soutenu
01:54par 80 ou 90% de la population, donc très représentatif.
01:59D'ailleurs, il faut préciser, c'était quoi ce mouvement ?
02:02C'était des hommes, des femmes, pas de guerre des sexes, des salariés du privé, des salariés du public.
02:10Des jeunes, des retraités.
02:11Des jeunes, des retraités.
02:13Mieux, des petits indépendants, petits entrepreneurs, avec des ouvriers, avec des employés et des paysans.
02:21À un moment, on nous explique que c'est l'atomisation, qu'il n'y a plus de société,
02:26qu'on est tous complètement atomisés et qu'il n'y a plus de bien commun.
02:32Les gens, par leur propre volonté, ça c'est très important, se sont levés et se sont réunis sur des
02:39ronds-points.
02:40Là où ça devient très intéressant, c'est que ce mouvement était absolument en dehors de toute organisation de partis,
02:50de syndicats et autres.
02:52À quel moment ce mouvement est finalement à péricliter ?
02:56Au moment où il est rentré dans la gueule du loup.
02:58La gueule du loup, pour moi, c'est ce que j'appelle métropolia, c'est-à-dire les grandes villes.
03:02Pourquoi les grandes villes ? Parce que dans les grandes villes, le politique existe encore très fortement.
03:08D'ailleurs, c'est très intéressant, c'est de voir que dans la France populaire, très majoritaire,
03:12le clivage gauche-droite, on le voit de très très loin.
03:16Et ça fait très longtemps que les gens sont sortis de la bulle, j'allais dire la bulle politique.
03:20Alors désolé pour les commentateurs politiques, mais la bulle politique, ça fait très longtemps que les gens se sont désaffiliés.
03:26Et mieux, se sont autonomisés.
03:28Alors quand je dis ça, on me dit, on me rétorque, mais non, les gens sont complètement déglingués,
03:33en fait ils ne veulent plus rien, c'est le je m'en foutisme, etc.
03:36Ça, c'est le discours d'en haut.
03:37En réalité, comment est arrivée cette autonomisation ?
03:43Ça fait 30-40 ans qu'on parle de sécession des élites.
03:47C'est Christophe Orlage qui avait identifié ça des années 80.
03:51La sécession des élites, moi je l'ai finalement conceptualisée, j'allais dire géographiquement,
03:57avec cette idée que voilà, dans ces grandes métropoles, où vit une minorité de la population, 30%,
04:04la très grande majorité des catégories supérieures, vous avez 100% des prescripteurs d'opinion.
04:11Alors bon, j'attaque pas les journalistes.
04:13Allez-y, au contraire.
04:14Non mais je veux dire, il faut mettre tout le monde là-dedans.
04:16Bien sûr.
04:17Les journalistes, les universitaires.
04:20Tout ce qu'ils pensent être les leaders d'opinion.
04:21Oui, c'est ça.
04:22Et cette bulle, elle est devenue presque homogène culturellement.
04:26C'est-à-dire que c'est hallucinant.
04:27Et moi je dis toujours, je plains ces gens d'ailleurs, je pense que c'est le village du prisonnier,
04:32je ne sais pas si vous vous rappelez de cette série.
04:33Génial, ou d'ailleurs...
04:34Patrick McGowan.
04:35Exactement.
04:36Vous avez de bonnes références, c'est-à-dire.
04:38Et que les gens blanches.
04:39Et voilà, exactement.
04:40Je ne suis pas un panel non plus.
04:42Je ne suis pas un numéro, je ne suis pas un panel.
04:44Mais ce qui est très intéressant, c'est que quand vous êtes dans la bulle,
04:47on va dire à Paris par exemple, si vous sortez de la bulle,
04:51si vous avez un discours un peu décalé,
04:54vous pouvez le voir dans la presse j'imagine,
04:58vous êtes très vite rattrapé par la bulle.
05:00Pourquoi ? Parce qu'on vous dit, mais attends,
05:02tu ne suis plus la ligne du parti.
05:05Et ça, c'est quelque chose qui est très très fort.
05:07Moi, évidemment, j'ai des amis dans le monde de la presse,
05:10des intellectuels, etc.
05:11Et je vois très bien que quand ils essaient d'échapper à leur milieu,
05:16échapper au discours dominant,
05:17qui est en réalité très violent.
05:19Parce que ça a l'apparence, comme dans le village du prisonnier,
05:21d'un village très cool,
05:23on est tous écolos, on est tous sympas, etc.
05:25Mais en fait, c'est très très dur, idéologiquement.
05:27On est vite rattrapé par la bulle, d'ailleurs.
05:29Mais c'est ça, c'est comme dans la série,
05:31on vient vous chercher.
05:32C'est-à-dire que...
05:33Et ça, ça crée des représentations
05:36complètement tronquées de la réalité.
05:37Et je pense que ce qu'on vit...
05:38Vous êtes en train de dire, Christophe Guilloui,
05:39que nous sommes en train de transposer
05:43tout un schéma idéologique, je ne sais pas,
05:46mais culturel,
05:47qui est vraiment ingurgité,
05:49et que l'on plaque sur toutes les réalités à chaque fois.
05:51Bien sûr.
05:51C'est pour ça qu'on ne comprend pas.
05:53Et j'allais dire, il n'y a pas de complot,
05:56les gens ne se sont pas réunis dans un coin pour dire, etc.
05:58Non, c'est-à-dire que,
05:59quand vous regardez ce que sont devenus les grandes villes,
06:02c'est quand même complètement dingue.
06:04Vous avez aujourd'hui une majorité de catégories supérieures.
06:07Alors, évidemment, ils ajoutent toujours,
06:09oui, mais nous avons les quartiers de logements sociaux,
06:12en gros, les esclaves qui font le boulot, quoi.
06:16Donc, le populaire est encore présent.
06:17Mais après, c'est l'habitus.
06:20C'est-à-dire qu'on voit les mêmes gens,
06:21on sort avec les mêmes gens,
06:23on s'engueule, d'ailleurs.
06:25C'est pour ça que je dis le clivage gauche-droite
06:26fait partie de cette petite bulle.
06:29Et je ne sais pas si vous vous rappelez les élections,
06:32moi, ça m'avait frappé les élections municipales.
06:35Paris, vous aviez,
06:37donc vous avez à Paris,
06:38La gauche sans le peuple,
06:39et La gauche sans le peuple,
06:40c'est un livre de Conan
06:41qui date, je crois, de 2002.
06:43Donc, c'est une vieille histoire.
06:45Mais il y a aussi la droite sans le peuple,
06:47puis il y avait même l'extrême droite sans le peuple.
06:49Et donc, vous avez tout ça à l'intérieur de la bulle,
06:52et on s'engueule, etc.
06:54Mais à la fin des fins,
06:55on est d'accord,
06:56l'autre monde,
06:58qui est majoritaire,
07:00il n'existe pas.
07:01Et si vous voulez,
07:02pardon si je suis...
07:03L'autre monde, c'est le peuple.
07:04Mais bien sûr,
07:05c'est ce que j'appelle la majorité ordinaire,
07:07que j'ai identifié.
07:09Et d'ailleurs,
07:09vous savez,
07:10quand j'ai sorti le concept de France périphérique,
07:14les Torquemada de l'université m'ont dit,
07:16bon, écoute, ton truc, ça va,
07:17mais surtout,
07:18dit que c'est minoritaire.
07:19Je dis, mais non,
07:20quand je mets bout à bout
07:22les zones rurales,
07:2330% de la population,
07:25les petites villes,
07:25les villes moyennes,
07:26on arrive à un gros bloc
07:29qui est archi-majoritaire.
07:30Je vais vous expliquer, Christophe Guilloui,
07:31parce que c'est vrai que beaucoup
07:32vous ont reproché,
07:33malgré votre travail
07:34qui est sérieux
07:36et d'une rigueur absolue,
07:37beaucoup vous ont reproché
07:38de réduire les choses
07:39à la question culturelle.
07:42Mais vous, vous répondez
07:43que l'économie fabrique
07:44la relégation culturelle.
07:46Bien sûr,
07:46c'est-à-dire que tout ça est lié.
07:49Il est complètement stupide
07:50de dire qu'il y a une question sociale
07:52et pas une question culturelle.
07:53Inversement,
07:54dire qu'il n'y a qu'une question identitaire
07:55et pas de question sociale
07:56est complètement stupide.
07:58D'ailleurs, les gens
08:00pensent les choses
08:01dans cette complexité-là.
08:02Moi, si vous voulez,
08:03je vois toujours un discours
08:04ultra-binaire
08:05des gens intelligents
08:06et inversement,
08:09une complexité
08:10et une intelligence
08:11du peuple,
08:12on va dire,
08:13mais au jour le jour.
08:14Vous prenez la question
08:15du rapport à l'autre,
08:16la question de l'immigration.
08:18Alors évidemment,
08:18vous avez des gens racistes,
08:20complètement tarés,
08:20etc.
08:21Mais on va dire
08:21que c'est ultra-minoritaire.
08:22mais globalement,
08:23les gens sont dans une espèce
08:24de rationalité.
08:26Voilà,
08:27c'est pour ça que je dis,
08:27il y a toujours
08:28quatre points cardinaux.
08:29Et depuis 30 ans,
08:30la demande populaire,
08:31elle est toujours la même.
08:32Demande de travail,
08:34oui,
08:34les gens veulent travailler.
08:35C'est-à-dire que cette idée,
08:36les gens veulent profiter
08:38de l'aide sociale
08:38et rien foutre,
08:39etc.
08:39Ça,
08:40c'est vraiment une vision
08:41mais complètement tronquée
08:42de la réalité.
08:43Et d'ailleurs,
08:44les gens lient le travail
08:46au maintien de l'État-providence.
08:47C'est-à-dire que les deux...
08:48Les jeunes,
08:48pardon,
08:49il y avait la dignité
08:50qui était très importante
08:51dans leur revendication.
08:53Tout ça.
08:53C'était beaucoup la dignité.
08:54Bien sûr,
08:54la dignité.
08:55Et d'ailleurs,
08:56c'est pour ça que la question
08:56de la fabrication
08:58des représentations culturelles
08:59est hyper importante
09:00parce que dans la bulle,
09:01vous avez le monde culturel
09:02qui a créé,
09:03évidemment,
09:04une vision absolument
09:05tronquée du peuple.
09:06Mais quand on regarde
09:07bien les choses
09:07depuis 20-30 ans,
09:08la majorité ordinaire
09:10veut quatre choses.
09:12Du travail
09:14pour pouvoir maintenir
09:15en État
09:16un État-providence
09:17des services publics,
09:18de santé,
09:18d'éducation nationale,
09:19etc.
09:19Donc,
09:20il y a une rationalité.
09:20Les gens font quelque chose
09:22de cohérent.
09:23Travail et État-providence.
09:25Et évidemment,
09:26le régalien.
09:26Vous parliez tout à l'heure
09:27de la question de la police.
09:29Mais vous allez discuter,
09:31je ne sais pas,
09:32au fin fond de la Creuse
09:32ou dans les quartiers nord
09:33de Marseille,
09:34les gens veulent de la sécurité,
09:36ils veulent de la régulation
09:37des flux migratoires,
09:38quelle que soit leur origine.
09:39Et d'ailleurs,
09:40c'est très drôle,
09:41c'est que quand j'ai commencé
09:42à amener la question
09:43de la France périphérique,
09:44d'ailleurs,
09:44je répète toujours,
09:45la France périphérique,
09:46il y a aussi l'outre-mer
09:47et les donnes-pommes,
09:49on ramenait toujours
09:50ce concept
09:50à les petits blancs.
09:52Ça, c'est génial,
09:53parce que moi,
09:53je dis toujours,
09:54s'il y a des petits blancs,
09:55il y a donc des grands blancs.
09:57Donc,
09:57où te situes-tu,
09:59camarade ?
09:59Et surtout,
10:01moi,
10:01ce qui m'intéressait
10:02dans ce concept,
10:03c'était de dire,
10:03certes,
10:04il y a des petits blancs,
10:05mais il y a des petits noirs,
10:05il y a des petits maghrébins,
10:07il y a des petits juifs
10:08et il y a des petits musulmans.
10:09Et tous ces gens
10:10ne se sentent pas du tout
10:11représentés
10:12par leurs propres instances
10:15de représentation.
10:16Vous prenez,
10:16par exemple,
10:17la question
10:19de la base juive,
10:21par exemple,
10:21ne se sent pas du tout
10:22représentée par le CRIF.
10:24Les musulmans de France
10:24ne se sentent pas du tout
10:25représentés par les instances
10:26musulmanes
10:27et encore moins islamistes,
10:28etc.
10:29Mais alors,
10:29si on prend les...
10:30Moi,
10:31je ne vais pas prendre
10:31les catégories,
10:32parce que j'ai bien compris
10:33qu'il ne faut pas arrêter
10:34de morceler.
10:35Bien sûr.
10:36S'il vous plaît.
10:38Les lycéens,
10:39les lycéens,
10:40est-ce que dans ce cas-là,
10:40si on suit votre raisonnement,
10:42alors ce sont des décennies
10:43et des décennies
10:43d'échecs,
10:44c'est presque une forme
10:45de non-assistance
10:47à lycéens
10:47et à jeunes en danger,
10:49en réalité,
10:49qu'on a fabriqué ?
10:50c'est-à-dire que...
10:51Alors,
10:51je mets à part
10:51la question des casseurs
10:53et la question
10:54de la récupération
10:55par l'extrême-gauche
10:56du mouvement,
10:57on va dire que c'est un grand...
10:57Voilà,
10:58ils sont allés dans la gueule du loup.
10:58Oui,
10:59c'est un grand classique.
11:02Mais bon,
11:03moi,
11:04j'ai fait des manifs
11:05lycéennes,
11:05étudiantes,
11:06j'allais dire,
11:06c'est presque un rite.
11:08Et puis,
11:09finalement,
11:09se mobiliser quand on est jeune,
11:11c'est quand même...
11:12Moi,
11:12je respecte complètement
11:14cette démarche.
11:15Parce qu'on va toujours
11:17dans l'extrême.
11:17Parce qu'il y a de la casse,
11:18on dit,
11:18non mais,
11:19il ne faut pas se mobiliser.
11:20Non,
11:20si,
11:21il faut se mobiliser
11:21sans le casser,
11:22ça me paraît assez rationnel.
11:25Mais,
11:25si vous voulez,
11:26ce mouvement,
11:28il est aussi porté
11:30par ce qu'est devenu
11:32l'éducation nationale.
11:33C'est-à-dire qu'au fond d'eux,
11:35les gamins se disent quoi ?
11:37Ils savent très bien,
11:38ils savent le classement PISA,
11:41la dévalorisation des diplômes,
11:42etc.,
11:43qui est responsable de ça ?
11:45Le mammouth.
11:46Le mammouth,
11:47l'organisation,
11:48la suradministration,
11:50et puis surtout,
11:50des décennies de politiques
11:52qui sont allées dans le même sens.
11:53C'est pour ça que je dis...
11:54Pardonnez-moi,
11:55juste une question.
11:56Dans les années 90,
11:58la bulle dont vous parlez,
11:59ils appelaient les gens,
12:00c'est déclassé entre guillemets,
12:02les rurbains.
12:03Vous vous souvenez,
12:03c'était l'expression
12:04qu'utilisaient les politiques
12:05à l'époque,
12:06où ils découvraient en fait
12:07cette nouvelle France,
12:08ils la découvraient,
12:09ils les appelaient
12:09les rurbains.
12:10Et ces rurbains-là,
12:11au fond,
12:13la dernière figure
12:14qui compte
12:15pour eux,
12:16c'est quand même le maire.
12:17C'est quand même
12:17le maire des villages,
12:19le maire des communes,
12:20etc.
12:20La question,
12:20c'est la suivante.
12:22Comment on va sortir
12:23de ce piège aujourd'hui ?
12:25C'est-à-dire que la décentralisation
12:26pour venir au lycée,
12:28elle n'a pas été faite
12:28complètement.
12:29On est entre deux eaux,
12:32si vous voulez,
12:32on est au milieu du guet
12:34et on n'ose pas aller plus loin
12:35pour donner plus de pouvoir
12:37aux régions
12:37ou même sur le terrain
12:40directement.
12:41Et c'est ça que ressentent
12:42aussi tous ces gens.
12:43Il n'y a pas eu
12:43de décentralisation.
12:44Il y a eu
12:44une recentralisation.
12:46On n'a pas arrêté
12:48de parler de décentralisation,
12:49mais en fait,
12:51c'est une question de pouvoir.
12:52On ne souhaite pas
12:55que le peuple soit souverain.
12:56C'est quand même...
12:57Est-ce que le pouvoir
12:58a encore le pouvoir ?
12:59Alors, moi,
13:00je pense qu'il n'a plus le pouvoir.
13:01C'est-à-dire que...
13:03D'ailleurs,
13:04c'est très intéressant.
13:05C'est-à-dire que...
13:08On a délégué,
13:09finalement,
13:11l'autorité
13:12à un président,
13:13par exemple.
13:14On fait ça
13:15à chaque élection,
13:15etc.
13:17Mais pour avoir
13:18de l'autorité,
13:19il faut incarner l'autorité.
13:21L'autorité,
13:21c'est pas
13:23je tape du poing,
13:24j'envoie la police.
13:26Ça, c'est de l'autoritarisme.
13:27C'est pas la même chose.
13:28L'autoritarisme,
13:28c'est je n'ai pas de pouvoir
13:30et je n'ai que...
13:31Voilà,
13:32l'image du pouvoir.
13:33Et ça, c'est terrible.
13:34C'est-à-dire que ça rejoint
13:36la question de l'autonomisation.
13:37Les gens se disent
13:39l'autorité n'est plus là.
13:41Ce qu'il y a en face de nous...
13:43Vous savez,
13:43on parle toujours
13:44du cercle de la raison.
13:45Moi, je parle
13:46du cercle de la déraison.
13:48Et je pense qu'inversement,
13:49le mouvement des peuples,
13:51alors qu'on appelle
13:51évidemment populiste...
13:52Emmanuel Macron
13:54parle de pulsions tristes
13:55quand il s'agit de...
13:58de violents.
13:59Les passions tristes,
13:59je n'en peux plus.
14:02Les passions tristes,
14:04c'est déjà,
14:06les passions tristes,
14:06c'est ces gens
14:07qui nous expliquent
14:10par A plus B
14:10que le peuple
14:13n'est pas légitime,
14:14nous expliquent aussi
14:15que tout est foutu.
14:17Vous savez,
14:18tous ces gens
14:18qui tiennent le discours
14:19nihiliste sur la fin d'eux,
14:20le déclin d'eux,
14:22le déclin de l'Occident,
14:22par exemple.
14:23Ça, c'est le thème.
14:24Je rappelle quand même
14:25le déclin de l'Occident,
14:26c'est un livre de Spengler
14:27de 1918.
14:29Et il faut le relire.
14:31C'est génial.
14:32Il y a tout dedans.
14:33Sauf qu'en 1918,
14:35là, il y avait
14:35un vrai déclin de l'Occident.
14:37Là, il y avait
14:38du nihilisme.
14:39Et puis,
14:40les familles
14:41étaient très déstructurées.
14:42Je rappelle quand même
14:42les 3 millions d'orphelins
14:43après la guerre de 1914.
14:45Bref,
14:45les gens ont été éduqués
14:46sans père.
14:47Vous voyez,
14:47si on regarde
14:48un petit peu en arrière,
14:49on se dit...
14:50Et si vous voulez,
14:51moi, je crois que le peuple,
14:52la majorité ordinaire
14:53a entamé quelque chose
14:55qui est beaucoup plus large,
14:55qui est le mouvement
14:56de la raison.
14:56D'accord.
14:57Donc, c'est beaucoup plus profond,
14:58enraciné contre le cercle
15:00de la déraison
15:00qui est celui,
15:01aujourd'hui,
15:02Et le cercle de la déraison
15:03et des passions tristes
15:06est responsable
15:06du tableau catastrophique
15:09du pays,
15:10aujourd'hui.
15:10Qui peut mener jusqu'où,
15:11selon vous ?
15:12Voilà.
15:12Moi, si vous voulez,
15:13je ne me pose même plus
15:14la question de
15:15à quel moment ça va basculer.
15:16Ça va basculer
15:17dans les urnes,
15:18dans la rue,
15:19à quel moment,
15:20je n'en sais rien.
15:20Mais les gens ont été
15:22très calmes.
15:23C'est-à-dire que les gens,
15:25la majorité...
15:25Malgré tout ce qui est dit
15:26sur les violences
15:27et les débordements,
15:27vous vous dites au contraire...
15:29Les gens sont d'un calme absolu.
15:31Je ne dis pas
15:32qu'il n'y a pas de violence
15:32dans les manifestations,
15:34etc.
15:34Tout ça existe.
15:35Mais, alors,
15:36je parle souvent de contrôle,
15:38mais il me semble
15:38que quand il y a eu
15:39les émeutes,
15:40je crois,
15:41Naël,
15:42le Sénat a identifié
15:4350 000 émeutiers.
15:45Oui,
15:46c'était plusieurs dizaines
15:46de...
15:47Alors,
15:47pas 50 000,
15:47je ne crois pas de mémoire,
15:48mais c'était plusieurs dizaines
15:49de milliers.
15:50Ce que je veux dire,
15:50c'est qu'on n'est pas
15:51sur une majorité
15:53qui bascule dans la violence.
15:54Ce n'est pas ça.
15:56Les gens ont joué
15:57le jeu de l'Europe.
15:58Ils ont joué le jeu,
16:00j'allais dire,
16:00des grosses têtes,
16:02de donner le pouvoir
16:03aux gens intelligents.
16:05Sauf que,
16:06les têtes bien pleines,
16:07je pense que c'est fini.
16:08Et d'ailleurs,
16:09l'IA est une bonne nouvelle
16:10pour ça.
16:11Je pense que l'idée
16:12qu'un type
16:13qui a la tête très pleine,
16:16a la tête bien faite,
16:17c'est quelque chose...
16:18Vous voulez dire
16:18ceux qui se présentent
16:19comme des Mozart de la finance ?
16:21Par exemple.
16:22Par exemple.
16:23Si j'essaie de décoder
16:23ce que vous dites.
16:24Exactement.
16:25Mais si vous voulez,
16:25il faut regarder le bilan.
16:27Là,
16:27vous avez l'école.
16:28Bon,
16:28le bilan est assez catastrophique,
16:30le Pisanodi.
16:31Mais,
16:31qui a décidé
16:32de la désindustrialisation
16:34du pays ?
16:35Cette idée géniale
16:36d'un pays
16:37avec des entreprises
16:38sans usines.
16:39De service.
16:39C'était Tchouric,
16:40je crois.
16:41Tout ça vient d'en haut
16:42et aujourd'hui,
16:45ils ne sont jamais responsables.
16:47D'ailleurs,
16:49c'est toujours de la faute
16:50de la majorité des Français
16:52qui attendraient finalement
16:54l'aide sociale,
16:54qui attendraient,
16:55etc.
16:55Non,
16:56il y a une responsabilité,
16:57il y a une responsabilité économique.
16:59La production des normes,
17:00par exemple,
17:01dans l'agriculture,
17:02ça vient de quelque part.
17:04Et là,
17:04vous avez d'ailleurs
17:05les mouvements de paysans
17:06qui sont fascinants.
17:08Moi,
17:08j'ai été très touché
17:09par le mouvement des éleveurs
17:11qui ne voulaient pas
17:12leur bétail.
17:14Et élevé,
17:15ça veut dire élevé moralement.
17:16Et vous voyez,
17:17toutes ces questions-là
17:18de la transcendance,
17:20de l'âme.
17:22Moi, par exemple,
17:22je parle beaucoup
17:23de l'âme des peuples.
17:24Alors déjà,
17:25quand vous parlez de peuple,
17:25vous vous faites démolir.
17:27Et alors,
17:27je rajoute l'âme.
17:28Alors là,
17:29dans quelques instants,
17:30nous allons recevoir
17:31Ségolène Royal.
17:31je suis sûre qu'elle parle
17:32de peuple et d'âme.
17:34C'est très bien.
17:34Mais je conseille vraiment
17:35à nos téléspectateurs
17:36de lire vos ouvrages
17:38et vos articles
17:39parce que vous nous éclairez
17:40différemment.
17:41Et vous voyez,
17:41vous nous dites,
17:42attention,
17:42ne pas transposer
17:43toutes nos grilles de lecture
17:45de cette bulle
17:45sur ce qui se passe.
17:47Moi,
17:47je retiens le respect
17:48pour ce mouvement
17:49des lycéens.
17:50La bascule qui va arriver,
17:52ce n'est pas quand,
17:52elle va arriver.
17:54Est-ce que vous dites
17:55aussi par rapport
17:55aux urnes ?
17:56Oui.
17:57Merci,
17:57Christophe Guiluiz.
17:58C'est toujours très intéressant
17:59de vous recevoir.
18:00Vraiment,

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