00:00On va faire réagir quelqu'un d'autre sur ce plateau avec vous pour nourrir la discussion.
00:04Elle est candidate à la présidentielle, elle était présente comme vous Yann Brossat dans les cortèges,
00:08notamment parisiens, candidate écologiste. Marine Tondelier, bonsoir, merci d'être avec nous en direct.
00:16Je le disais, vous étiez présente comme Yann Brossat, comme d'autres élus, comme des parents également,
00:21et ce qu'on a appelé les casques blancs, alors ceux qui portaient un brassard blanc.
00:25Je vais vous laisser réagir à cela, mais ce soir il y a eu une prise de parole politique.
00:28Le Premier ministre a dénoncé des mensonges au sujet d'une répression policière.
00:33Il parle d'une ultra-violence et on a vu quelques cortèges émaillés de nombreuses tensions aujourd'hui.
00:39Que répondez-vous ce soir à Sébastien Lecornu qui vous renvoie en fait le terme de répression ?
00:47La première chose que je dois vous dire, c'est qu'en tant qu'écologiste, nous avons toujours été très
00:52clairs,
00:52nous condamnons la violence, toute la violence, systématiquement.
00:56Et moi je suis capable de vous dire ça.
00:58J'aimerais que le Premier ministre et que le ministre de l'Intérieur, puisque c'est leur prérogative,
01:03soient capables de dire quand des gestes de certains membres des forces de l'ordre sont inadmissibles.
01:09Parce qu'en quelques jours, on a vu une tentative de noyade sur un jeune,
01:13on a vu une jeune reprocher un policier de l'avoir étanglé en disant
01:16« J'ai eu très peur, j'ai cru que j'allais mourir ».
01:17Il lui répond « Vous dites que vous avez 14 ans, mais vous faites plus que votre âge ».
01:22Oui, mais tout est contesté, tout est contestable.
01:24On a bien compris, on a bien compris, mais quand on regarde les réseaux sociaux,
01:29on voit des choses illégales à longueur de vidéos.
01:31On a un bilan qui est clair aussi, c'est un jeune qui a perdu l'usage de sa main
01:36à Lens,
01:36où j'étais ce matin, moi j'étais lycéenne à Lens,
01:39je vous avoue que quand on manifestait il y a 25 ans, jamais, en tant que lycéen,
01:42on imaginait que ça puisse nous arriver.
01:44Il y a un autre jeune qui a la mâchoire défoncée,
01:47un autre qui a perdu l'usage de son œil.
01:49Et dans n'importe quelle démocratie, un seul de ces trois cas de figure serait arrivé,
01:54qu'on devrait tous s'arrêter en se disant « Ce sont des mineurs,
01:57ils manifestent, c'est leur droit, on doit leur permettre de manifester en sécurité ».
02:01Qu'est-ce qu'on fait ensemble pour que ça n'arrive plus ? Jamais.
02:05Mais est-ce qu'on continue l'usage du LBD tel qu'il est à lieu actuellement en France,
02:09ce qui est un cas unique en Europe dans le nombre d'usages et les mutilations qui en résultent ?
02:13Est-ce qu'on continue avec les grenades de désencerclement,
02:16qui sont des armes de guerre qui ne sont autorisées pour le maintien d'ordre dans aucun autre pays d
02:20'Europe ?
02:20À quel moment, dans notre démocratie qui va si mal,
02:23on se pose ces questions ensemble et on prend les décisions pour que ça n'arrive plus ?
02:27Ça me paraît assez logique en fait de faire comme ça.
02:30Et si le ministre de l'Intérieur n'est pas capable de poser ces questions
02:33de la doctrine du maintien de l'ordre en France
02:36et de la manière dont elle est mise en œuvre par certains ou certaines,
02:40alors il doit démissionner.
02:41Ce n'est pas possible de faire comme si de rien n'était,
02:43d'expliquer que c'est légitime, que c'est proportionnel.
02:46Comment peut-on justifier qu'un jeune sorte d'une manifestation
02:50avec une main, une mâchoire ou un œil en moins ?
02:53Il n'y a rien qui justifie ça.
02:54C'est un drame et vous avez raison de le rappeler.
02:57Mais je vous inverse la question.
02:59Vous avez dénoncé aujourd'hui un manque d'humanité de l'État.
03:01Mais face cette fois-ci à des individus cagoulés, masqués,
03:05qui vous jettent des pavés et des mortiers,
03:07vous leur répondez avec quoi si vous n'avez pas d'armes intermédiaires ?
03:11Vous recevez les pavés sur la tête ?
03:13Madame Mabrouk, le jeune à Lens correspond-il au classement
03:22que vous venez de faire, à la description que vous venez de faire ?
03:24Il était en deuxième ligne.
03:25Son père était venu, comme d'autres parents d'ailleurs,
03:28à l'entrée du lycée pour s'assurer que la manifestation s'en passe bien.
03:32Mais 20 minutes avant le drame a dû partir pour aller au travail.
03:34Ce jeune était en deuxième ligne.
03:36Il n'était pas en première ligne.
03:38Tout ça, c'est des éléments que l'on connaît.
03:39Alors il y aura une enquête.
03:40Moi, je ne suis pas enquêtrice qui en dira peut-être plus.
03:42Mais vous voyez bien que les cas que vous décrivez,
03:45ce sont des cas de casseurs.
03:46Ce ne sont pas les cas de lycéens qui sont là pour porter des revendications de leur lycée.
03:52Et plusieurs lycéens qui ont fait l'objet de violences inadmissibles,
03:56et encore plus quand il s'agit de mineurs,
03:58ne correspondent absolument pas à la description que vous faites.
04:01Et si on s'habitue à ce que vous dites,
04:03c'est-à-dire à dire, bon, il y a des casseurs,
04:05donc maintenant on peut faire ce qu'on veut envers les jeunes dans ce pays,
04:08alors ce sera très grave pour notre démocratie.
04:09Je refuse ça.
04:10Je sais aussi qu'il y a...
04:12Je n'ai jamais dit cela.
04:13Madame Tondolivacine, je n'ai pas dit cela, je vous pose la question.
04:16Mais moi, je vous pose une autre question,
04:18Madame Mabrouk.
04:20Mais quel est le rôle des chaînes d'actualité en direct aussi là-dedans ?
04:25Parce que vous savez bien qu'il existe une forme de pornographie,
04:27de la violence,
04:28où des gens restent sur leur canapé à regarder toute la journée,
04:32et quand il y a une poubelle qui brûle à l'image,
04:35ça fait aussi plus d'audience.
04:36Et on s'habitue à ça.
04:37On s'habitue à ça,
04:38et même quelque part, de manière assez morbide,
04:40certains recherchent ça dans les images.
04:42Et donc, moi, je pose la question sur notre responsabilité collective.
04:45Parce qu'il y a aussi des jeunes qui peuvent considérer
04:47que pour passer à la télé, pour qu'on parle d'eux,
04:49il faut faire ça.
04:50Et moi, je dis, ce que je souhaite,
04:52ce soir et tous les soirs qui suivront,
04:54c'est qu'on parle des revendications des lycéens,
04:56qui sont précieuses et dont sont solidaires, je pense,
04:59la grande, grande majorité des Françaises et des Français.
05:01– Pendant qu'on parle des débordements des uns et des autres,
05:03on ne parle pas des revendications.
05:05Merci à vous.
05:05– Parlons-en, mais on ne peut pas aussi passer sous silence
05:07certaines violences, je l'ai rappelé tout à l'heure,
05:09il y a eu un fait très grave d'un tir de mort.
05:10– Mais j'ai commencé par dire que je l'ai condamné,
05:12il n'y a pas de problème.
05:13– Non, non, je sais bien, sur un bébé,
05:14mais on ne peut pas masquer les violences également
05:16parce que certains regardent la télévision.
05:18Les revendications des lycéens, elles sont légitimes,
05:20mais quelle réponse politique peut être apportée,
05:22Marine Tondelier, par un gouvernement sans argent
05:26et sans ressources financières
05:28dans une situation de crise de la dette telle que nous la connaissons ?
05:31– Alors déjà, il faut arrêter avec l'argument sans argent.
05:35On a un gouvernement qui a accordé 63 milliards par an
05:41de baisse d'impôts, en fait.
05:44Et surtout quand même pour les plus riches,
05:45à part la taxe d'habitation qui a bénéficié
05:47à toutes les Françaises et tous les Français.
05:49Et donc une fois que je vous ai dit ça,
05:50on voit bien que de l'argent, il y en avait,
05:52il y en a moins aussi parce que l'État a décidé
05:54de baisser les impôts et de baisser ses recettes fiscales
05:57au profit notamment des plus riches.
05:59Quand on en est dans les lycées,
06:00à ne pas avoir assez de papier toilette dans les toilettes,
06:04puisque c'est une des revendications des lycéens
06:05qui pourraient prêter à sourire si ce n'était pas aussi grave.
06:08On ne peut pas dire, désolé,
06:09vous n'aurez pas de papier toilette dans les toilettes
06:11parce qu'il n'y a plus d'argent.
06:12– Bien sûr, c'est grave, mais ce n'est pas à l'état de gérer cela.
06:14– À Amiens l'année dernière, excusez-moi,
06:19mais il y avait 15 degrés dans les salles de classe.
06:22Au Conseil Régional des Hauts-de-France,
06:23nous sommes venus, les écologistes,
06:24avec des moufles et des bonnets en séance
06:26pour montrer ce qui se passait dans ce lycée à Amiens.
06:29C'est ça la situation dans beaucoup d'établissements en France aujourd'hui.
06:32Des salles de classe qui manquent de chaises et de tables
06:35qu'on doit déménager à chaque heure de cour
06:37pour que tout le monde puisse s'asseoir.
06:38On en est là.
06:39Et pendant ce temps-là, on ne taxe pas les ultra-riches.
06:41Excusez-moi, ça n'a aucun sens.
06:43– Donc vous pensez que cet argent doit venir,
06:45ces 10 milliards qui sont demandés,
06:47par la taxation des ultra-riches.
06:49Nous sommes dans une situation malgré tout contrainte
06:51sur un plan budgétaire, un gouvernement sans argent,
06:53en fin de règne, et vous dites aujourd'hui
06:55qu'il doit faire un effort de 10 milliards, notamment.
07:00– Je vous donne un exemple.
07:02C'est ce qui s'appelle la grande transmission.
07:04D'ici 2040, il y a 9000 milliards d'euros
07:07qui vont passer d'une génération à une autre
07:09par le biais de l'héritage, des flux successoraux
07:11qui, du fait de la pyramide des âges,
07:13vont être très élevés,
07:15beaucoup plus que les années précédentes,
07:16d'ici 2040.
07:179000 milliards d'euros.
07:19Je propose avec les écologistes
07:20qu'on ne touche pas à 99% des héritages
07:22parce que les Français veulent transmettre
07:24à leurs enfants, c'est logique.
07:25Mais pour les 1% des héritages les plus élevés,
07:28c'est-à-dire les héritages de plus de 4 millions d'euros,
07:31on propose de taxer de 10% de plus qu'aujourd'hui.
07:34Et pour les 0,1% des héritages les plus élevés,
07:36c'est-à-dire les héritages de plus de 13 millions d'euros,
07:3810% supplémentaires.
07:40Avec ça et quelques niches fiscales successorales
07:42qui n'ont pas lieu d'être,
07:44on récupère 10 milliards dès 2027,
07:46puis 15 milliards par an jusqu'à 2040.
07:49Là-dedans, nous, on proposait de mettre
07:51tous les ans 2 milliards d'euros
07:52pour la rénovation du bâti scolaire.
07:54C'est une proposition que les écologistes portent
07:56depuis des mois.
07:57Eh bien, vous voyez, avec 2 milliards d'euros par an,
07:59on pourrait en rénover des écoles,
08:00des collèges et des lycées
08:01pour qu'ils aient des températures convenables
08:04l'hiver et l'été
08:05et qui sortent de l'insalubrité
08:07puisque plusieurs établissements sont insalubres
08:09avec des rats, des cafards.
08:10C'est pas possible de laisser notre jeunesse étudier comme ça.
08:14Pour conclure, Marine Tondelier,
08:14puisque vous êtes attachée comme nous
08:15à ce que les manifestations se passent bien
08:17pour qu'on parle des revendications,
08:19qu'est-ce qu'il faut des jeudis ?
08:20Est-ce qu'il faut de nouveau
08:22la présence des parents ?
08:23Est-ce qu'il faut de nouveau
08:24les services d'ordre de certains syndicats ?
08:26Est-ce qu'il faut de nouveau
08:27les casques blancs ou les brassards blancs,
08:29comme on les a appelés ?
08:32Moi, je lance un appel
08:34à tous les parents qui nous regardent
08:35parce qu'en réalité,
08:36ils regardent vos émissions,
08:38ils regardent sûrement les réseaux sociaux,
08:39ils voient ces vidéos terribles.
08:41Les parents de ce pays se demandent
08:42et certains ont le rire à leurs enfants
08:44en disant
08:44« tu ne vas pas manifester,
08:45c'est trop dangereux ».
08:46Moi, je pourrais faire,
08:48c'est-à-dire de dire
08:48« l'illigence artificielle va remplacer
08:50vos futurs emplois ».
08:51Quelque chose, vous savez,
08:52ce qui se joue aussi là,
08:53c'est que ce mouvement
08:54est bien plus grand.
08:55Et moi, je pense que c'était
08:56la première étape de quelque chose
08:57de bien plus grand
08:58que les luttes vont converger.
09:00entre les précaires,
09:01les travailleurs,
09:01entre les femmes,
09:02entre les mamans,
09:03il faut qu'on soit tous ensemble
09:04dans la rue
09:04dans les semaines qui viennent
09:05pour obtenir enfin
09:06ce que les macronistes
09:08nous ont refusé pendant 10 ans
09:09et cela jusqu'à la victoire en 2027.
09:12Et pour ça,
09:12on a besoin de se dire
09:15qu'on manifeste
09:15et qu'on est en sécurité.
09:16Donc, j'appelle tous les parents
09:17à se munir de vêtements blancs,
09:19de brassards blancs,
09:20de casques blancs,
09:21à être avec leurs enfants
09:23en solidarité
09:24sur les blocages,
09:26dans les manifestations.
09:27Et ce qu'on a vu à Paris aujourd'hui,
09:29jusqu'à la dispersion
09:30qui est un grand classique
09:31de fin de manif
09:31où ça se passe rarement bien.
09:33Mais toute la manifestation
09:34s'est bien passée
09:35parce qu'en première ligne,
09:36il y avait des écologistes
09:37avec des casques blancs
09:39qui ont fait en sorte
09:40que les choses étaient respectées
09:42et que ça s'est bien passé
09:43de deux côtés.
09:44Eh bien, c'est comme ça
09:45qu'il faut organiser
09:46ces manifestations désormais.
09:47Donc, parents,
09:48habillez-vous en blanc
09:49et soyez dans la rue
09:49avec vos enfants.
09:50C'est comme ça
09:50qu'on va pouvoir les aider
09:52et leur garantir
09:53un avenir plus vivable.
09:55Appel lancé.
09:56Merci, Marine Tondelier,
09:57pour votre réaction
09:58en direct sur BSM TV.
09:59Je vous remercie.
10:01Yann Brossat,
10:02tous en blanc,
10:03les parents,
10:04pour une sorte
10:05de cordon sanitaire.
10:07Est-ce qu'il faut
10:08véritablement s'interposer
10:09aujourd'hui
10:10entre tes forces de l'ordre
10:11et les lycéens ?
10:12En tout cas,
10:12l'expérience est là
10:14et on a fait la démonstration
10:16que quand il y a
10:17des organisations syndicales,
10:18des organisations politiques
10:19qui sont là
10:20aux côtés des lycéens,
10:20ça se passe mieux.
10:21Moi, je suis un pragmatique,
10:22donc autant que ça se passe
10:23comme ça.
10:24Mais surtout,
10:25la prochaine manifestation,
10:26c'est jeudi,
10:27que d'ici là,
10:27le gouvernement fasse son boulot,
10:29qu'il prenne un certain
10:29nombre de décisions.
10:30Je voudrais faire
10:30une proposition très concrète.
10:32Qu'on se fixe un objectif
10:33dans le prochain budget,
10:34qu'il y ait un enseignant
10:35devant chaque classe.
10:36Qu'à chaque fois
10:37qu'on a un professeur absent,
10:38on est un remplaçant.
10:39Le gouvernement peut le faire
10:40par sous.
10:41En l'occurrence,
10:41dans le prochain budget,
10:42il baisse la contribution
10:43exceptionnelle
10:44sur les grandes entreprises.
10:45Il ne la baisse pas.
10:46Les grandes entreprises
10:47ont des moyens,
10:48elles en dégagent des dégâts
10:49et on embauche des professeurs
10:51pour faire en sorte
10:51que tout simplement,
10:52nos lycéens
10:53aient un prof en face de eux.
10:54Et ça laisse la seconde.
10:54Non, vous serez sur place,
10:56vous personnellement,
10:56je ne sais pas,
10:57mais je dis évidemment
10:58avec les mêmes ordres
11:00de fermeté et de retenue.
11:02parce que je rappelle
11:03que les vies de famille,
11:04elles sont mises
11:05à rude épreuve en ce moment
11:06et bien évidemment
11:07qu'ils seront mobilisés
11:08pour que ça se passe
11:08du mieux que possible.
11:09Maintenant,
11:10j'espère qu'on n'entendra pas
11:11des propos comme j'ai entendu
11:13où on fait des procès
11:14d'intention sur des plateaux télé
11:15alors qu'il y a des enquêtes
11:16qui sont ouvertes
11:17parce qu'il faut rappeler
11:17que dans un état de droit,
11:19ce sont les enquêtes de l'IGPN
11:20qui vont déterminer
11:21les mêmes choses qui sont appliquées.
11:21Et ni les journalistes
11:21ni les politiques
11:22ne sont dans des enquêteurs.
11:23Exactement.
11:24Et par contre,
11:24je remarque que Mme Tondelier
11:25n'a eu aucun mot
11:26pour les policiers,
11:27aucun mot pour les enseignants,
11:28aucun mot pour les 215 élèves
11:29qui ont été blessés
11:30et qui ne sont pas
11:30du fait de la police.
11:31Et ça, je trouve ça
11:32assez regrettable.
11:33Nous les avons eus tous,
11:34notamment avec Dominique Rizé
11:35et tous les invités
11:36ici même.
11:37Je vous remercie.