00:00Face à la grogne des lycéens, le gouvernement a promis en fin de semaine dernière de déployer 3000 professeurs remplaçants
00:07au plus tard,
00:08demain, dans les classes qui en manquent. On va en parler avec notre invitée. Bonjour Sophie Vénétité.
00:14Bonjour.
00:14Vous êtes secrétaire générale du SNES-FSU, professeure de sciences économiques et sociales dans un lycée de l'Essonne.
00:19Vous allez nous aider à tout comprendre.
00:21Première question, qui sont ces 3000 professeurs remplaçants ?
00:25Est-ce que ce sont des titulaires, des contractuels, des enseignants sans poste fixe ?
00:29Ce sont des professeurs titulaires, ça veut dire qu'ils ont eu le concours et ils sont ce qu'on
00:34appelle professeurs remplaçants,
00:36c'est-à-dire qu'ils peuvent être appelés à n'importe quel moment pour des remplacements de plus de
00:4015 jours.
00:41D'accord. Est-ce qu'il y aura demain une solution pour les quelques 500 lycées qui manquent de profs
00:48depuis la rentrée ?
00:49L'annonce du ministre est très ambitieuse et vraisemblablement assez déconnectée des réalités sur le terrain.
00:55On a eu tout au long du week-end des retours de collègues qui sont justement remplaçants.
00:59Et qu'ils nous disent qu'ils ont été appelés pour faire un remplacement dans une autre discipline que la
01:05leur.
01:05On a alerté le ministère sur ce sujet parce que quand vous êtes professeur de sciences économiques et sociales,
01:10vous ne pouvez pas aller faire cours de physique-chimie comme ça au pied élevé.
01:14Et donc le ministère nous dit que dans ce cas-là, ces professeurs ne feront pas le remplacement.
01:18Ils feront peut-être un peu de soutien ou autre, mais l'heure de cours restera perdue.
01:22Donc il faut bien voir que, contrairement à ce qu'a annoncé le ministre, on est dans une situation où
01:27on bricole et où il y aura encore des heures qui vont être perdues.
01:30On va revenir sur ce point-là dans quelques instants.
01:33Mais d'abord, le gouvernement explique qu'il a accéléré la mise en place d'un logiciel d'affectation dopé
01:37à l'intelligence artificielle qui était prévue, je crois, le mois prochain.
01:41Est-ce que ça veut dire que le seul obstacle à l'arrivée de profs remplaçants dans les classes, il
01:45était technique ?
01:47En tout cas, l'annonce du ministre nous a quand même beaucoup surpris parce qu'on voit bien qu'il
01:52y a quand même des établissements qui manquaient de professeurs depuis le début de l'année.
01:57Découvrir qu'il y a 3000 professeurs dont le ministère ne connaissait pas l'existence ou avait du mal, je
02:02cite, à les géolocaliser, c'est quand même un peu surprenant.
02:05Et puis, il faut rappeler aussi une chose, c'est que les professeurs remplaçants, quand ils n'ont pas de
02:09remplacement à faire, ils ne sont pas en train de se tourner les pouces chez eux.
02:12Ils doivent aller faire des activités dans l'établissement où ils sont rattachés, c'est-à-dire l'établissement qui
02:18est un peu leur centre administratif.
02:20Donc, il faut quand même rappeler...
02:20Ils doivent se signaler et dire tous les jours et pointer sur place, en quelque sorte ?
02:24Alors, pas exactement pointer, mais en tout cas, ils peuvent avoir un emploi du temps, par exemple, pour aller faire
02:27un peu d'aide aux élèves de la 6e B ou de la 2e 6.
02:31Donc, ils n'étaient pas en train de se tourner les pouces chez eux.
02:33Oui, c'est l'objet de la 2e question et du 2e point qu'on va soulever ce matin.
02:38Si ces 3 000 profs remplaçants existent, où étaient-ils et pourquoi a-t-il fallu attendre que la colère
02:44se fasse entendre dans la rue des lycéens pour pouvoir les nommer ?
02:47Il y a quand même manifestement une grosse carence du côté du ministère de l'Éducation nationale et des rectorats
02:52pour avoir attendu.
02:53Il a fallu attendre, là, le mois d'octobre, pour qu'on nous dise s'il y a des remplaçants
02:57disponibles.
02:58Alors que, dès la rentrée, par exemple, nous, on avait montré au SNES-FSU qu'il manquait près d'un
03:03professeur dans près de la moitié des collèges et des lycées.
03:07Donc, on se demande bien comment le ministère a pu en arriver à cette situation.
03:11Est-ce qu'il a fallu ce mouvement lycéen pour qu'il découvre qu'il y a des remplaçants ?
03:15Et puis, vraiment, insister sur une chose, nos collègues remplaçants ne sont pas chez eux en train d'attendre qu
03:21'on les appelle.
03:22Ils vont dans les établissements, dans leurs établissements, pour faire quelques activités pédagogiques et ainsi aider des élèves.
03:29Et d'ailleurs, c'est là tout le paradoxe.
03:30C'est qu'on a, par exemple, une collègue qui est actuellement en train de faire des activités de soutien
03:35auprès des élèves,
03:36qui a été appelée dans un lycée qui est actuellement bloqué, dans lequel il n'y a pas de cours.
03:41Donc, elle est en train de laisser ses élèves parce qu'elle a été appelée dans un lycée où il
03:44n'y a pas de cours.
03:45Enfin, là, on marche quand même sur la tête.
03:46Vous nous disiez, on propose à certains de vos collègues, ce sont les remontées de terrain que vous avez,
03:50d'enseigner une discipline qui n'est pas la leur.
03:53C'est prévu, ça, dans les statuts, dans le fonctionnement ?
03:57Un enseignant doit pouvoir être capable d'enseigner toutes les matières.
04:01Et est-ce que ça doit être fait dans une zone vraiment autour de chez lui ou il peut changer
04:05aussi d'académie ?
04:06En tout cas, ce qui est prévu, c'est que ce n'est pas possible parce qu'on est formé
04:09dans la discipline dans laquelle on a été recruté.
04:12Par exemple, moi, j'enseigne les sciences économiques et sociales.
04:14J'ai été formé, recruté pour enseigner les sciences économiques et sociales.
04:18Et ça serait mentir aux parents, ça serait leurrer les parents et les élèves que de laisser croire que je
04:22peux faire, par exemple, des mathématiques.
04:24Donc, tous les collègues qui, actuellement, sont appelés pour faire des remplacements dans d'autres disciplines que la leur,
04:30on les appelle vraiment à contester et à rappeler au rectorat que, de toute façon, on ne peut bien enseigner
04:36que la matière sur laquelle on a été recruté.
04:39Il ne s'agit pas de faire croire qu'on peut faire tout et n'importe quoi.
04:42On ne demande pas à quelqu'un d'improviser un autre métier.
04:44Et puis, par ailleurs, il y a des zones géographiques qu'il faut aussi respecter.
04:48C'est d'autant plus important.
04:49On le sait, par exemple, en ce moment, dans un contexte où le prix de l'essence a beaucoup augmenté.
04:53Dernier point, il y a plus de profs à partir de cette semaine, normalement.
04:59Mais pour combien de temps ces mesures d'urgence, est-ce qu'elles vont permettre de rattraper, d'abord, les
05:04heures de cours perdues ?
05:06Alors, elles ne vont pas forcément permettre de rattraper toutes les heures perdues,
05:09puisqu'on voit que tous les professeurs remplaçants ne correspondent pas forcément aux disciplines des heures perdues dans les lycées.
05:16Donc, les heures vont continuer à être perdues.
05:18Et puis, en mobilisant tous les remplaçants, là, maintenant, dans les prochains jours,
05:23finalement, on se prive aussi de remplaçants pour la période de novembre, décembre, janvier,
05:27où on sait qu'il y a quand même beaucoup d'absences à remplacer.
05:30Ça veut dire qu'on a puisé là, dans tout le vivier de remplaçants ?
05:32En tout cas, on a sans doute puisé dans une bonne partie du vivier de remplaçants.
05:35Et on peut craindre qu'au mois de novembre, décembre, janvier,
05:38on n'ait plus les remplaçants pour faire face à des absences.
05:41Et on en revient au problème principal, c'est que si vous voulez faire des remplacements,
05:45il faut des remplaçants en nombre suffisant.
05:47Et donc, pour ça, il faut créer les emplois de professeurs, et notamment de professeurs remplaçants.
05:51– Dernière question, on entendait dans le reportage, dans le journal de 7h,
05:55des parents, des élèves de Terminal qui s'inquiétaient,
05:58qui disaient « moi, je passe le bac cette année, j'ai peur que ces heures perdues,
06:02que ce soit en gros une année sacrifiée ».
06:04Rassurez-les, il y a quand même le temps d'ici la fin de l'année.
06:07Évidemment, il faut que la situation s'améliore, mais de rattraper.
06:10Ce n'est pas une année d'ores et déjà perdue.
06:12– Oui, bien sûr, et on ne peut que partager ses craintes.
06:14Vous savez, moi, je suis dans un lycée qui est fermé depuis 15 jours,
06:16je fais de l'école à distance depuis 15 jours,
06:18et je vois bien que ce n'est pas la même chose que l'école en présentiel.
06:21Donc là, on est au mois d'octobre, il nous reste encore du temps
06:24pour pouvoir finir l'année.
06:27Maintenant, il va falloir aussi pouvoir sortir par le haut de ce mouvement,
06:30et la balle est dans le camp du gouvernement.
06:31– Merci beaucoup, Sophie Vénétité, d'avoir été avec nous ce matin.
06:35– Sous-titrage MFP.