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Pendant près de dix ans, Arlette Vidal a vécu au cœur d'un des plus grands réseaux de trafic de drogue au monde : la French Connection. Condamnée à 15 ans de prison et longtemps présentée comme l'un des cerveaux du réseau, elle sort du silence pour raconter sa vérité dans « Ma vie au cœur de la French » (Ed. Michel Lafon).
Arlette Vidal est l'invitée de Marc-Olivier Fogiel.
Regardez Face à Fogiel du 09 octobre 2026.
Arlette Vidal est l'invitée de Marc-Olivier Fogiel.
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00:00RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:06Avec Marc-Olivier Fogiel à 8h18, de Marseille aux Etats-Unis, c'est l'histoire d'un immense trafic de
00:11drogue, des fortunes et beaucoup de règlements de comptes aussi.
00:14Au milieu de tout ça, une femme, longtemps présentée comme le cerveau du réseau, elle sort aujourd'hui du silence
00:20pour raconter sa version de l'histoire et publie ce livre,
00:24« Ma vie au cœur de la French », c'est aux éditions Michel Laffont. Arlette Vidal est votre invitée
00:29ce matin, Marc-Olivier.
00:30Bonjour Arlette Vidal !
00:31Bonjour !
00:32Quelle voix ! Pendant près de 10 ans, vous avez vécu au cœur de la French Connection, l'héroïne donc,
00:38les millions, les armes, puis la prison, la seule femme de la French Connection qui est allée en prison.
00:44Aujourd'hui, plus de 50 ans après, vous publiez « Ma vie au cœur de la French » et vous
00:48dites « J'ai fermé ma gueule toute ma vie pour protéger tout le monde ».
00:52Pourquoi parler 50 ans après ?
00:54Pour des tas de raisons.
00:55Oui, j'imagine.
00:55D'abord parce que j'ai 78 ans, ensuite parce que tout le monde est mort, troisièmement parce qu'on
01:00a fait un peu trop de bouquins sur moi dans lesquels j'y suis et personne ne m'a demandé
01:04mon avis.
01:04Et donc là, vous dites la vérité, mais quand vous dites « Tout le monde est mort », c'est
01:07vrai que ce qui reste de l'image de la French Connection, à part les films, c'est beaucoup d
01:11'argent, des villas, des restaurants, des hommes puissants qui se croient intouchables, mais presque tous finissent morts.
01:16Ils sont morts et presque tous n'ont plus rien non plus parce qu'on l'a ratouperie quand même.
01:21Et en même temps, eux ont pris l'avis de tellement de gens avec l'héroïne, l'argent pour nos
01:26jeunes auditeurs. C'est quoi la French Connection déjà ?
01:28Alors, c'était une organisation qui travaillait pour transformer la morphine base en héroïne et qui les pédiait en Amérique.
01:36Votre mari, c'était le chimiste de la French Connection.
01:40Rien ne vous prédestinait à cette vie rocambolesque.
01:43Vous êtes la fille d'un ancien policier, vous grandissez dans une famille de cinq enfants, vos parents vous payent
01:48des cours de sténodactylo, ils vous imaginent une vie bien rangée.
01:51Mais vous, à 17 ans, vous claquez la porte, avant d'arriver dans la French Connection, d'abord pour le
01:55grand banditisme toulonais.
01:57Je suis tombée dans la marmite sans faire esprit, parce que mon beau-père, c'était à peu près le
02:00Al Capone de Toulon.
02:02Le Al Capone de Toulon.
02:03Ah oui, il était juge, comme on dit, juge de paix dans le milieu.
02:07J'ai fêté mes 18 ans, ça faisait un mois que j'étais avec mon futur mari.
02:12Je travaillais, m'ont de suite fait travailler dans les restaurants, dans les boîtes, dans les bars, je les tenais.
02:18Et un jour, mon beau-père m'a dit, si vous épousez mon fils, je vous donne en gestion le
02:24bar que j'ai à Marseille, pour mon plus grand malheur.
02:26C'était l'époque de la French Connection.
02:28Et c'est là où vous rencontrez le futur mari, le chimiste, et vous écrivez, c'est dans la merde
02:34que je viens de poser le pied en le rencontrant.
02:36En le rencontrant, exactement.
02:37Parce que ?
02:38Parce que je ne savais pas, et voilà tout ce qui m'est arrivé.
02:41C'est le basculement de votre vie, ce chimiste, Henri Balvézy.
02:45Racontez-nous comment ça se passait, en fait.
02:48La French Connection, c'était, vous l'avez dit, cette organisation qui transformait la base en héroïne.
02:53Ça se passait comment ?
02:54Alors, tout venait de Turquie, qui faisait venir ce qu'on appelle la morphine base.
02:59Mon mari, il l'a transformé en héroïne.
03:02Ensuite, il filait l'héroïne à ceux qui allaient la transporter en Amérique.
03:06Et ça se passait comme ça.
03:07Donc, dans les transports, c'était un peu rocambolax.
03:10Ils avaient des cages dans les voitures, ils avaient des cages dans les bateaux.
03:13Ils les faisaient plonger dans l'eau pour aller ramasser.
03:16Enfin, il y avait plein de systèmes.
03:18Tout simplement parce qu'il n'y avait pas tout ce qu'on a maintenant.
03:20Les GPS, tous les trucs électroniques, ça n'existait pas.
03:24On va parler de la DZ Mafia dans un instant, mais à l'époque, c'était énormément d'argent.
03:28Vous participiez au blanchiment de l'argent.
03:31Vous investissiez énormément des appartements, quatre studios, des terrains à Ajaccio, un programme immobilier à Marseille, deux studios à Praloup,
03:38des voitures.
03:39Même une vedette achetée 12 millions de francs.
03:42Vous crouliez sous l'argent au milieu de ce trafic de drogue.
03:45Absolument.
03:45Mon mari gagnait l'équivalent de 950 000 euros par mois.
03:49Ah oui, quand même ?
03:49Ah oui, quand même.
03:51Et vous, vous savez bien d'où est venu cet argent ?
03:52Ah ben, il n'y a pas de problème.
03:54Je ne dis pas que je suis innocente.
03:55Je dis que je ne méritais pas ce qu'on m'a fait alors que j'étais que sa femme.
03:58Ce qu'on vous a fait, c'est 15 ans de prison ?
04:00Parce qu'en fait, on vous a décrit comme le...
04:01On m'a condamné à 15 ans de prison.
04:02On m'a dit que j'étais la chef de l'organisation.
04:05C'était impossible que je sois une chef.
04:07Impossible.
04:08Quel était votre rôle ?
04:09Puisqu'on l'a bien compris, lui fabriquer la drogue.
04:11Vous, vous faites quoi ?
04:12Tourner la boutique ?
04:13J'étais la femme de ménage, si vous voulez.
04:15La femme de ménage de la French Connection ?
04:17Non, mais non.
04:18Vis-à-vis de mon mari.
04:20J'étais sa femme, je m'occupais de la maison, je m'occupais de tout, sauf de la drogue.
04:24Jamais ?
04:25Jamais.
04:25En revanche, vous saviez qui fabriquait de la drogue ?
04:26Absolument, je savais tout, mais je n'ai rien dit.
04:29Et je n'ai surtout pas balancé.
04:30Et pourquoi la police vous a prêté ce rôle, finalement, de chef ?
04:35Et ce qui a conduit à votre condamnation à 15 ans de prison ?
04:37Oui, alors je me suis toujours posé la question, parce qu'ils n'ont jamais rien eu contre moi qui
04:42prouvaient que j'avais participé.
04:44Rien.
04:45Mais tout cet argent, est-ce que jamais vous avez culpabilisé ?
04:47Il y avait, à l'époque, puisque cette héroïne partait aux Etats-Unis...
04:51Et personne ne voyait.
04:52Comment ça, personne ne voyait ?
04:53On voyait beaucoup de morts, on savait qu'il y avait beaucoup de morts quand même aux Etats-Unis.
04:56Mais pas tout à fait.
04:56Comment ça, pas tout à fait ?
04:57Parce que personne ne se souciait de ce qui s'est passé en Amérique.
05:00Ici, on faisait venir l'argent, mais les morts, personne ne les voyait.
05:04Et voilà, c'est quand ça a commencé en France que là, tout le monde s'est senti coupable.
05:07Mais ce n'était plus la French Connection.
05:09La French Connection, ça représentait combien de personnes, Arlette Vidal ?
05:12Beaucoup de personnes.
05:13Quand je suis arrivé à Marseille, c'est bien simple.
05:15Il y avait les policiers d'un côté et les trafiqueurs de l'autre.
05:18Et ces laboratoires, ça se passait comment ?
05:20Parce qu'on imagine des laboratoires clandestins, en sous-sol, dans des caves, ou pas du tout ?
05:24Mon mari, son laboratoire, celui que j'ai connu,
05:28il était en plein centre-ville, à côté d'un commissariat.
05:30Ah ouais ?
05:30Et ouais, il y avait une chambre pour sécher la marchandise qui arrivait,
05:35parce que cette marchandise, elle l'avait trempée dans l'eau.
05:38Après, vous en avez une autre où ils faisaient des bails avec de l'acide chlorhydrique.
05:42Après, il y en a une autre avec des fioles.
05:44Et la quatrième, c'était pour souder les paquets de drogue.
05:47Et le quotidien de la femme du chimiste, ça se passait comment ?
05:50C'était la clandestinité ?
05:51J'avais pignon sur rue, j'étais chez moi.
05:54Non, non.
05:54Mais personne ne se demandait comment arrivait tout cet argent ?
05:56Absolument pas.
05:57Comment ça n'est absolument pas ?
05:58Non, absolument pas.
05:59Personne ne s'est posé la question.
06:00On ne se dit pas comment vous rouliez sur l'or ?
06:03Non, même pas les impôts.
06:04Comment vous êtes tombé, en fait ?
06:05Qui vous a balancé ?
06:06Le comptable du Turc, il a été payé par le narcotique bureau américain pour balancer tout.
06:13Et c'est comme ça que vous êtes fait avoir ?
06:14Mais ça ne suffisait pas.
06:16Ils n'avaient pas de labo, ils n'avaient pas de matériel, ils n'avaient pas de drogue.
06:19Ils n'avaient que ça, l'argent et ce que je suis en train de vous dire.
06:22Et donc, ça a duré trois mois jusqu'à ce que mon mari ait la bonne idée de se balancer
06:26tout seul.
06:27Et là, d'un coup, ça s'est terminé derrière le barreau.
06:29Mais il était emmuré et puis là, c'est fini.
06:32Quand vous vous retournez aujourd'hui à 78 ans sur tout ça, sur cette vie qui pourrait être un film,
06:37la French Connection, mais avant même, donc le milieu toulonais, vous vous dites quoi ?
06:41Parce que moi, il y a une anecdote, par exemple, dans le livre qui m'a saisi.
06:43Quand finalement, vous passez de l'un à l'autre, du fils du caïd toulonais au chimiste de la French
06:49Connection,
06:49on paye pour que vous passiez de l'un à l'autre, d'une certaine manière.
06:53Exactement. C'est une vie de malfrat, mais je suis un caméléon.
06:56Quand je suis parti, je suis tombé sur le milieu toulonais.
06:59Moi, j'étais derrière au comptoir, je me fichais de ce qu'il faisait.
07:02Et après, je me suis adapté au milieu de la French Connection.
07:06Je me fichais royalement de ce qu'il faisait.
07:08Mais bon, après, j'étais quand même avec mes maris.
07:11Arlette, des valeurs, quand même, c'est important dans la vie, non ?
07:13C'est absolument important. Et mes valeurs, c'était mon mari.
07:16Vous diriez quoi ? Que c'est une époque, en fait ?
07:18C'est une époque que je regrette pour avoir connu M. Mavlésy.
07:22Tout le reste, je ne regrette pas.
07:24J'ai appris à vivre. J'ai appris à voir comment le monde était, comment les gens étaient.
07:29La prison, vous en avez fait ?
07:30Oui.
07:31Et beaucoup ?
07:32Oui.
07:32C'était en 1976, donc tout a basculé.
07:34Vous avez pris 15 ans. Vous êtes resté combien de temps en prison ?
07:3610 ans.
07:37Ça a changé une femme ?
07:38Ça ne m'a pas trop changé, moi.
07:39Je vois ça, oui.
07:40J'ai été comme j'étais avant, comme j'étais pendant et comme je suis maintenant.
07:45C'est-à-dire ?
07:45Eh bien, j'étais tout à fait normale. On n'avait pas besoin de me réinsérer. Je ne me suis
07:49jamais désinséré.
07:50Je vivais juste comme dans un aquarium où je voyais les gens bouger. Mais moi, je ne faisais rien.
07:55Depuis que vous êtes sorti de prison, vous faites quoi ?
07:57Oh, j'en fais des choses.
07:59Je suis d'abord, j'ai plein de diplômes. Je suis comptable de métier. J'ai fait 4 ans de
08:04droit. Et j'ai eu plein à faire.
08:05D'abord, quand j'étais en conditionnel, je travaillais dans une banque, il faut le faire quand même.
08:12Et quand j'avais fini ma conditionnelle, qui était de 2 ans, je suis redescendu à Praloup et je suis
08:17arrivé à récupérer ma boîte de lit.
08:19Et aujourd'hui, à l'époque, vous viviez à 150 000 euros par mois, vous disiez, puisque c'est à
08:23peu près ça ce que venait votre mari.
08:24Maintenant, je n'ai plus d'argent. Mais ça ne fait rien. Je me régale quand même. J'apprécie la
08:29vie.
08:29Depuis 36 ans, c'est dans la légalité absolue ?
08:31Plus de 36 ans. Je suis sorti il y a 40 ans. Je n'ai rien fait de rien. Même
08:35trop.
08:36Parce que contrairement à ce que les gens pensent, je suis d'une honnêteté exemplaire.
08:41Cherchez comme vous voulez, c'est comme ça.
08:43Vous qui avez été condamné pour être le cerveau de la French Connection, même si on entend bien vous démenter
08:48ça,
08:48mais en tout cas, à minimum, la complice, vous dites, en gros, vous ne vendriez pas un œuf à une
08:54poule.
08:54Non, vous pouvez me faire tout ce que vous voulez. Je ne bouge pas.
08:57Et quand vous voyez aujourd'hui ce qu'on appelle la DZ Mafia, qui est en gros la French Connection
09:02d'aujourd'hui, d'une certaine manière...
09:04Non, ça n'a rien à voir. La French Connection respectait les flics.
09:07Jamais il y a eu des morts qui ne faisaient pas partie de la French.
09:10La French, elle avait ses lois. Et moi, je dis, entre guillemets, ils étaient honorables.
09:16Entre guillemets. Ils s'entretuaient entre eux. C'est leur problème. On est bien d'accord ?
09:20Il y avait un code d'honneur. Et pourquoi ils s'entretuaient entre eux ?
09:23Ben, pour avoir un peu plus de drogue, pour être le chef, pour être... Voilà, des trucs comme ça, quoi.
09:28Mais aujourd'hui, donc, la DZ Mafia, ce n'est pas du tout les héritiers de la French Connection.
09:33Ça n'a rien à voir.
09:34Vous diriez donc que la French avait des valeurs que n'a pas aujourd'hui la DZ Mafia.
09:39Oui, oui, je le met tiens. Je le dis dans mon bouquet, je le met tiens.
09:43Arlette Vidal avec Bernard Lyons.
09:44Donc, ma vie au cœur de la French. L'incroyable destin d'une gangster.
09:48En fait, vous pourriez être dans un film avec les Gabins, les Lino Ventura et tout ça, en fait.
09:52C'est ça. C'est ça.
09:53C'est un peu la Simone Signoret.
09:54C'est ça. Bruggen Clyde, c'est ça.
09:57Merci d'être venu ce matin sur RTL. Merci à vous.
09:59Et merci, Marc-Olivier. On se retrouve évidemment.
10:01Merci à vous.
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