- il y a 13 heures
Cinq jours après l'attentat terroriste raciste de Trappes qui a fait un mort et cinq blessés, l'émotion reste vive. La chanteuse Shy'm est née et a grandi dans cette ville des Yvelines à laquelle elle reste très attachée. Comment a-t-elle vécu cette attaque ? Et quel regard porte-t-elle sur la lutte contre le racisme en France ?
Shy'm est l'invitée de Marc-Olivier Fogiel jeudi 29 octobre à 8h15 dans RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 29 octobre 2026.
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00:017h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:04Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h18, 5 jours après l'attentat terroriste raciste de Trappes,
00:10des habitants encore sous le choc.
00:11Et ce matin c'est une enfant de la ville justement qui témoigne sur RTL.
00:15Les français la connaissent bien, la chanteuse Chaim est votre invité Marc-Olivier.
00:20Bonjour Chaim.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être en ligne avec nous, on vous connaît depuis 20 ans, depuis notamment Femmes de Couleur.
00:26Vous, l'enfant de Trappes, Trappes touchée en plein cœur, la tragédie la semaine dernière.
00:32Qu'est-ce qui prédomine ce matin pour vous ? L'émotion, la colère ?
00:36Il y a beaucoup de choses. D'abord de la tristesse.
00:39La tristesse de voir la ville dans laquelle on est né, la ville dans laquelle on a grandi,
00:44les souvenirs qui s'y rattachent de solidarité, de paix, d'amour.
00:49L'incompréhension, ça c'est certain.
00:51On a l'impression de faire des pas de géant en arrière,
00:54alors qu'on fait tout pour que les choses évoluent sur tellement de sujets.
00:57De l'incompréhension et puis de l'inquiétude.
01:00De l'inquiétude pour cette nouvelle génération,
01:03pour tous mes amis aussi qui habitent encore là-bas et qui m'ont dit
01:05« je suis là-bas avec mes filles tous les jours » et qui ont peur aujourd'hui.
01:09Ce n'est pas possible d'avoir peur de sortir, d'être dans la rue, d'être chez soi.
01:14Ça nous arrive ici en France, c'est trop dur, c'est trop dur à accepter.
01:17Vous, vous avez grandi à Trappes, on va y revenir.
01:19Trappes qui est très caricaturée, Trappes aussi qui, malgré tout, a un bilan, on va y venir.
01:24Vous l'avez dit, vous avez eu des amis là-bas, vous avez grandi là-bas.
01:27Vous avez toujours des amis qui y vivent, vous les avez appelés donc ?
01:31Oui, on s'est évidemment appelés, on a essayé de se rassurer aussi.
01:35Ce n'est pas seulement Trappes la vie dans laquelle je suis née et j'ai grandi jusqu'à mes
01:3911-12 ans.
01:40C'est Morpa, c'est Montigny-le-Brotonneux où ma mère habite encore, ses voisins.
01:43J'ai encore toutes mes racines effectivement là-bas.
01:46Je ne peux pas croire qu'il se soit passé ça, c'est inimaginable.
01:49Vous avez souvent raconté, vous, votre enfance à Trappes avec pas beaucoup de moyens,
01:53une enfant extrêmement timide qui a trouvé refuge dans la danse,
01:56dans une famille antillaise ou enchantée, en dansait partout,
01:59une vie de quartier où tout le monde se connaissait comme une grande famille.
02:02On n'a pas cette image-là de Trappes.
02:04Vous, quelle image vous avez de Trappes ?
02:06C'était quoi le Trappes de votre enfance, Tamara Chaim ?
02:09Évidemment que Trappes a souvent été, pendant longtemps, stigmatisé, caricaturé.
02:14Dès qu'on sortait de Trappes, il y avait une étiquette qui était collée à notre front.
02:18Ça a été mon cas lorsque j'habitais encore à Trappes
02:20et que j'allais à l'école à Montigny-le-Brotonneux, par exemple.
02:22On était mal vus.
02:23C'était d'un sentiment de sérénité, de sécurité, un sentiment de mélange.
02:28Il y avait des Noirs, des Arabes, des Blancs.
02:30Ce n'était pas notre couleur qui nous définissait.
02:31C'était juste notre manque d'argent, on va dire.
02:34Il y avait une forte solidarité entre tous ou à tous les étages,
02:39dans les immeubles dans lesquels on vivait.
02:42Si on ne pouvait pas nous venir chercher à l'école,
02:44il y avait une maman qui venait nous chercher à l'école.
02:46Tout le monde s'amusait en bas des rues ensemble.
02:48S'il y avait une dispute ou quelque chose,
02:50il y avait toujours un grand frère à la fenêtre qui criait pour qu'on se calme.
02:54Il y avait un regard bienveillant sur toute cette jeunesse,
02:58un regard bienveillant entre les adultes aussi.
03:00Je me souviens d'un vivre ensemble qui était beau.
03:06Sans caricaturer comme d'autres l'ont fait,
03:07mais Trappes, c'est aussi entre 2013 et 2016,
03:10la ville qui a été celle où sont partis le plus de jeunes pour le djihad en Syrie et en
03:14Irak.
03:1567 selon l'enquête de nos consœurs du Monde,
03:17Raphaël Baké, Ariane Chemin,
03:18qu'on ne peut pas soupçonner d'une seconde de racisme,
03:20un record même en France et en Europe.
03:22Trappes, ça a été aussi ça.
03:23Qu'est-ce qui s'est passé dans cette ville,
03:25pour ce que vous nous décrivez, si beau, si solidaire, si mélangé,
03:28soit aussi cette ville-là, à un moment donné ?
03:32À la base, c'était censé être des villes éphémères.
03:35On n'était pas censé rester dans ces grands immeubles.
03:39C'était des villes de transition.
03:41Il y a eu, je pense, un regroupement de familles,
03:44de gens qui, dans ces conditions un peu précaires
03:48et un peu mises de côté,
03:50ont été, je pense, au fur et à mesure des années,
03:54frustrés, en colère,
03:55à ne pas pouvoir trouver du travail facilement
03:58parce que cette ville a été stigmatisée et l'est encore.
04:01Les gens ont eu, certains en tout cas,
04:03ont eu besoin de se chercher d'autres idéaux,
04:06d'autres moyens d'exister et d'être importants.
04:09Après, je ne suis personne pour juger les choix de chacun,
04:12mais c'est sûr qu'on a été dans un vivier
04:14qui n'a pas toujours été évident.
04:16Il y a des gens qui s'en sont remarquablement bien sortis.
04:19Jamel Debbouze, Omar Sy, Lafouine, Nicolas Nelka,
04:21vous, Tamara, Chaim.
04:23Et puis, il y en a d'autres, on l'a dit,
04:24dans les cas extrêmes, la Syrie, la ridiculisation.
04:28Et puis, d'autres, la délinquance.
04:29Cette délinquance-là, vous avez vu aussi des jeunes totalement dérivés ?
04:32J'ai oublié dire d'une certaine génération,
04:34quand j'ai quitté Trappes,
04:36oui, il y a des gens qui ont mal tourné,
04:37mais je crois dans beaucoup d'autres situations,
04:40villes ou pays, où ça arrive.
04:42Après, Trappes, effectivement,
04:43le manque de moyens et la pauvreté
04:45fait qu'on trouve des chemins
04:47qui ne sont pas forcément toujours légaux
04:50pour s'en sortir,
04:51mais c'est le cas de toutes les cités.
04:52Pouvoir se trouver un chemin,
04:53une passion réelle
04:54et de sortir du lot,
04:56comme ça a été le cas pour tous les gens que vous avez cités,
04:59on est quand même des cas très à part,
05:00avec une chance inouïe,
05:02et pas juste une chance que ça ait marché,
05:04mais une chance d'avoir une passion
05:05et de se sortir de là.
05:05Et c'est pour ça aussi qu'au fur et à mesure des années à Trappes,
05:07on a construit des infrastructures pour les jeunes,
05:09parce qu'on a compris que c'était ça
05:10qui pouvait les empêcher
05:12de se tourner vers la délinquance,
05:14vers les bêtises par ennui
05:16ou par souci d'argent.
05:17Et on est peu dans ce cas-là,
05:19mais c'est vrai que quand on a vécu à Trappes,
05:21malgré tous les bons souvenirs qu'on en a,
05:22parce que la pauvreté aussi
05:24emmène de la beauté,
05:24de la solidarité encore une fois,
05:26moi je me trouve chanceuse
05:28d'avoir été passionnée de danse et de musique.
05:32Et effectivement,
05:33notre souhait a été
05:34de pouvoir réussir
05:36et de pouvoir être à l'aise.
05:38Déjà, pouvoir être à l'aise financièrement.
05:39C'est vrai que quand on grandit là-dedans,
05:40on se dit,
05:41si je pouvais habiter dans un immeuble
05:43où l'ascenseur fonctionne,
05:44où ça ne sent pas le pipi,
05:45je serais déjà très heureuse.
05:47Donc c'est effectivement une envie
05:48qui nourrit ces jeunes,
05:50qui nous a nourris nous aussi,
05:51et qui font qu'on a une force aussi,
05:53un caractère très jeune,
05:54des responsabilités très jeunes
05:55qui font qu'on grandit différemment.
05:56Pour revenir à l'actualité,
05:58et évidemment ce drame,
05:59cet attentat terroriste,
06:00quand vous entendez Jordan Bardella
06:02en 2021 qualifier Trappes
06:04de république islamique en miniature,
06:06ou après ce qui s'est passé
06:08le 17 octobre en France,
06:09le débat a glissé vers l'immigration
06:11et ses banlieues,
06:11quand vous entendez Marion Maréchal
06:13parler d'émeutes ethniques,
06:14Éric Zemmour de hordes
06:15de barbares maghrébines et africaines,
06:19ça vous inspire quoi, vous ?
06:20De l'écœurement.
06:22Je n'ai pas d'autre mot.
06:24De l'écœurement,
06:25c'est entendre des gens
06:25qui n'ont jamais vécu dans cette ville,
06:27dans ces villes,
06:28dans ces contextes,
06:29dans ces situations.
06:30C'est des gens qui ne connaissent pas
06:32les cités,
06:33les habitants de ces cités aussi.
06:35C'est biaiser une information
06:37pour stigmatiser,
06:40pour créer des peurs,
06:40des craintes,
06:41et je crois au final pour diviser.
06:43Est-ce que vous allez jusqu'à dire
06:44que leur mot arme le détraqué Kevin T,
06:48qui lui est passé à l'acte ?
06:49Certains donc ont fait ce lien-là.
06:51Est-ce que vous,
06:52vous dites que ces mots-là
06:53arment les détraqués
06:54et vous faites un lien
06:55avec l'attentat de la semaine dernière ?
06:57Mais évidemment que ça alimente.
06:58Ça fait des années
07:00qu'on nous martèle des choses
07:01dans la tête
07:01de façon insidieuse,
07:03consciente ou inconsciente.
07:05Et évidemment que ça fait son travail
07:06au bout d'un moment.
07:07Évidemment qu'on n'arrive plus
07:09à dissocier les choses,
07:11à voir l'individu,
07:12à voir l'humain,
07:13à se faire une propre idée aussi.
07:15Les informations
07:16dont on se nourrit
07:17sur les réseaux sociaux,
07:18c'est compliqué
07:19de pouvoir se faire un avis juste,
07:22d'avoir une tête froide aussi
07:24et objective.
07:25C'est trop difficile.
07:26Donc vous nous dites
07:27avec vos mots ce matin
07:28qu'ils ont une part
07:29de responsabilité pour vous
07:30dans le drame
07:31qui a eu lieu ?
07:32Mais à mon sens, oui.
07:33À mon sens, oui.
07:35Cet attentat,
07:36il a été qualifié de raciste.
07:37Vous l'employez aussi
07:38ce terme raciste ?
07:40Il n'y a pas
07:40dans la langue française
07:41un autre mot
07:42pour qualifier cet acte.
07:44Je crois que ça a été
07:45très clair
07:46au-delà de ses dispositions
07:48psychologiques à ce monsieur.
07:50C'est difficile
07:50de parler autrement
07:51et en même temps,
07:52j'ai peur d'utiliser
07:53ce mot aujourd'hui
07:54parce qu'avec tout ce qu'on a vécu,
07:56tous les combats
07:57qu'on mène,
07:58comment c'est possible
07:59aujourd'hui
08:00de pouvoir encore
08:01parler de ça ?
08:02C'est terrible.
08:03Vous êtes mobilisé
08:04contre le racisme
08:05et notamment
08:05avec votre chanson d'abord
08:06mais pas que.
08:07Black Lives Matter
08:08après évidemment
08:10la mort de George Floyd,
08:11vous avez été
08:12assez militante.
08:13Vous vous dites
08:13qu'aujourd'hui,
08:14ces combats,
08:14ils n'ont servi à rien ?
08:16Déjà, en France,
08:17qu'on utilise ce hashtag,
08:19pour moi,
08:20ça a été très difficile
08:21à l'accepter
08:21parce qu'on n'a pas
08:22la même histoire
08:23qu'aux Etats-Unis
08:24et puis de devoir dire,
08:25de devoir spécifier
08:26par un hashtag
08:26et de devoir passer partout
08:27la vie des Noirs importe.
08:30À quel moment
08:31on a besoin de le dire ?
08:32En fait,
08:32en 2026,
08:33de revenir à ça,
08:35c'est incompréhensible
08:37et effectivement,
08:38l'humanité avance.
08:40On fait tout
08:41pour qu'il y ait
08:42une solidarité,
08:43une bienveillance,
08:44une humanité
08:45tout simplement en paix
08:46et j'ai l'impression
08:47qu'on fait des pas
08:48en arrière
08:49qui sont insensés
08:50et qui font peur.
08:51Et en même temps,
08:51il y a un paradoxe.
08:52Selon la Commission nationale
08:53consultative des droits
08:54de l'homme,
08:54les Français n'ont presque
08:55jamais été aussi tolérants.
08:56L'indice de tolérance
08:57est de 64 sur 100,
08:58l'un des meilleurs niveaux
08:59depuis 90.
09:00Malgré tout,
09:01collectivement,
09:02on va de l'avant
09:02même s'il y a
09:03des brebis galeuses
09:04d'une certaine manière.
09:05Oui,
09:05mais je crois qu'il y en a
09:06beaucoup des brebis galeuses
09:07sur les réseaux sociaux
09:07qui ont cette facilité
09:09à se retrouver
09:10et ne pas se considérer
09:12comme galeuses
09:12justement
09:13parce qu'elles se retrouvent
09:14dans un microcosme
09:16qui est l'Internet
09:17et de pouvoir
09:18donner ces idées
09:20aussi horribles soient-elles.
09:21Aujourd'hui,
09:21on en a le droit.
09:23Aujourd'hui,
09:23on le fait.
09:24Aujourd'hui,
09:24ça ne pose pas de problème.
09:25Aujourd'hui,
09:25on n'est pas réprimandé
09:27pour ça.
09:28Et puis,
09:29on se nourrit.
09:29Elle se nourrit entre elles.
09:31Alors,
09:31il y a des lois évidemment
09:32qui sont difficilement
09:33impliquées sur les réseaux sociaux
09:34mais il y a quand même
09:34évidemment des lois.
09:36Pour terminer,
09:37vous,
09:37la femme de couleur,
09:38ce racisme,
09:39vous l'avez vécu
09:39dans votre peau ?
09:40Je l'ai vécu jeune,
09:42en primaire,
09:43notamment une fois.
09:44Ça m'a vraiment
09:45beaucoup marquée.
09:46Et puis,
09:47oui,
09:47plus grande
09:48dans le monde du travail
09:49et puis là,
09:50en tant qu'artiste,
09:51chanteuse,
09:52évidemment,
09:52vous imaginez bien
09:53que sur les réseaux sociaux,
09:54on envoie des vertes
09:55et des pas mûres
09:56et dans ce cas-là,
09:57je ne lis pas justement
09:59parce que je ne veux pas
09:59être nourrie de colère
10:00ou d'injustice.
10:02Je plains ces gens surtout.
10:04Merci d'avoir pris le temps
10:05de dire tout ça ce matin
10:06sur RTL.
10:06On va terminer avec
10:07Femmes de couleur.
10:07Merci Tamara,
10:08merci Chaim.
10:09Merci à vous Marc-Olivier.
10:10Merci,
10:10à bientôt.
10:24Merci Marc-Olivier.
10:26À demain pour Face à Faugé.