00:00L'an passé, mes prix sont passés de 50 centimes à 35.
00:03On a des trésoreries qui sont, on peut dire, inexistantes.
00:07On ne sait plus comment faire pour joindre les deux bouts.
00:10Je suis parti ce matin de ma ferme familiale où j'élève des volailles en agriculture biologique,
00:15depuis maintenant 4 ans, assez tôt, pour venir ici au salon de l'agriculture,
00:18rencontrer toutes ces paysannes et ces paysans qui sont au cœur de la crise depuis maintenant quelques temps.
00:23Suivez-moi !
00:23Moi, dans mon cas, par exemple, je valorise les agneaux en ce moment à 9,50 euros du kilo.
00:28Il faudrait que ce prix-là soit quasiment le même toute l'année.
00:30Il ne faudrait pas que ça descende en dessous.
00:32Mais le souci, c'est qu'on ne peut pas continuer à augmenter ce prix de vente-là. Pourquoi ?
00:35Si on augmente ce prix, on va augmenter encore le prix après en supermarché.
00:40Et bien, effectivement, derrière, la viande est encore plus chère.
00:42Et derrière, le consommateur n'en achète plus.
00:44S'il n'en achète plus, tout reste en ferme.
00:45A l'inverse, par contre, c'est peut-être redistribuer la marge des GMS,
00:50peut-être ordonner un peu plus à l'éleveur,
00:52et qui se prélève peut-être un peu moins dessus,
00:54pour que nous, justement, on soit rémunéré comme il faut, sans que le consommateur trinque derrière.
00:59À ce sujet, il y a des syndicats agricoles, comme le MoDef,
01:02qui proposent le coefficient multiplicateur,
01:04qui permet, justement, dans la construction du prix final,
01:07que chaque intermédiaire prenne sa marge,
01:10mais juste ce qu'il faut pour que le paysan soit bien rémunéré,
01:13et qu'au final, le consommateur paye quelque chose à un prix qui soit correct.
01:21Il y a 30 ans, on vendait nos bêtes presque aussi chères qu'aujourd'hui,
01:25mais pas avec le même coût de revient.
01:27Les coûts de production augmentent, et puis le prix sur pied ou de carcasse, ça n'augmente pas ?
01:31Ça n'augmente pas, ça reste bloqué à des 50 centimes, c'est comme ça.
01:37Il y a 20 ans, on vendait une bête de 4,80 euros,
01:40avec un fuel qui nous coûtait 50 centimes.
01:43Aujourd'hui, notre bête allait payer 6,50, et le fuel, il va à 1,30.
01:48Les engrais comptent triplé.
01:50Si les prix planchers sont décidés par les paysans, par filière, par région,
01:55et j'ai envie même de dire par période de l'année,
01:57ça pourrait commencer à réfléchir un peu autrement peut-être ?
02:01Si on a un prix assuré qui reste tout au long de l'année,
02:06c'est sûr, ça nous permettrait de voir autre chose, et puis de vivre.
02:13Ce que nous, on vend, que ce soit au même prix que ce que soit à l'étranger.
02:18Surtout qu'il y a les normes aussi.
02:20Si nous, on a des normes à respecter en France pour vendre nos produits,
02:24et puis qu'à l'étranger, ils ont d'autres normes,
02:25il y a un problème d'égalité, donc il faut rebréjeter à la solde.
02:29Surtout que la France, on a quand même beaucoup de normes à respecter,
02:33donc ce n'est pas très juste.
02:34Et qu'est-ce qu'il faudrait faire pour que l'installation soit plus facile
02:37et qu'on ait plus de jeunes pour reprendre nos fermes ?
02:39Des aides, plus d'aides peut-être, je ne sais pas.
02:42Il y a un meilleur prix aussi ?
02:44Oui, aussi, des aides un peu plus...
02:46Parce que, mine de rien, le prix d'exploitation, c'est cher.
02:48Quand on est jeune et qu'on débarque,
02:50on n'a pas forcément un saut en caisse pour commencer.
02:53S'installer, c'est très compliqué.
02:55Déjà, on n'a pas forcément envie quand on voit tout ce qui se passe.
02:57Et puis, il faut une entrée d'argent quand on s'installe.
03:04On travaille avec des négociants qui vendent principalement
03:07à des industriels pour la pomme à compote,
03:10donc pour les compotes de pommes.
03:12Et là, les prix ne sont pas encadrés
03:13et avec des marges pas du tout encadrées non plus.
03:16On a des fluctuations de prix très importantes,
03:18notamment en 2023, quand le prix du bio s'est effondré.
03:21Par exemple, quand avant, je vendais les pommes
03:23aux alentours de 50 centimes le kilo hors taxe.
03:25Donc, c'est des prix qui étaient rémunérateurs
03:29difficilement suivant les années,
03:30parce qu'en cas de gel, par exemple,
03:3250 centimes, on s'en sort difficilement.
03:34Et donc, du coup, l'an passé,
03:35mes prix sont passés de 50 centimes à 35.
03:38On a des trésoreries qui sont, on peut dire, inexistantes.
03:42On ne sait plus comment faire pour joindre les deux bouts.
03:45Ça va ?
03:45Ça pourrait aller mieux, on va dire.
03:47Vous arrivez à vous sortir de salaire ou pas ?
03:49Pour que vous puissiez en vivre,
03:50il faudrait que vous le vendiez à combien ?
03:52Ce qui est difficile dans nos métiers,
03:55c'est les aléas climatiques.
03:56Et mon prix de revient, il peut aller du simple au double,
03:59en cas de gelée, par exemple.
04:00Justement, l'agriculture,
04:01ce n'est pas une marchandise comme les autres.
04:05Elle dépend, il y a un facteur vivant,
04:07il y a un facteur climatique.
04:08Et c'est pour ça qu'il faut un système
04:09qui vous garantisse,
04:11en cas d'aléas climatiques mauvais,
04:12que vous ayez une compensation.
04:14Et il vous faut ensuite
04:15qu'il y ait des prix garantis, rémunérateurs,
04:17qui vous permettent de sortir un salaire minimum.
04:20Et c'est ce à quoi on travaille,
04:21qu'importe le nom.
04:22Parce que la question des prix planchers
04:24que, enfin, le président de la République a verbalisé,
04:27avec André Chassaigne, nous défendons le modèle.
04:30Depuis 30 ans.
04:31Depuis 30 ans, ça y est, c'est mis sur la table.
04:34Si la filière ne se met pas d'accord,
04:36mais que l'État intervienne
04:37pour qu'il y ait une juste répartition
04:39de la marge, de la valeur ajoutée.
04:41C'est pas normal qu'il n'y ait que le transformateur
04:43ou la grande surface qui gagne des sous,
04:45et parfois beaucoup de sous.
04:46Il faut que vous, vous puissiez en gagner aussi.
04:48Et que vous puissiez vous payer avec ça.
04:50En fait, là, je suis avec Luma,
04:51qui me suit dans une déambulation
04:52où j'ai rencontré pas mal de paysans, etc.
04:54Notamment dans le salon d'élevage,
04:56parce que je suis un éleveur aussi, quoi.
04:57C'est les prix planchers.
04:59Moi, sur la ferme familiale,
05:00j'ai regardé les chiffres de mon grand-père
05:02quand il emmenait du blé à la coopérative.
05:04C'était 100 francs le quintal en 83.
05:06J'ai fait le calcul avec l'INSEE, là,
05:09voir comment ça faisait en euros constants aujourd'hui.
05:11Et on est à 350 euros constants
05:15la tonne de blé en 83.
05:18Aujourd'hui, elle est à 200 et même un peu moins, etc.
05:20A l'époque, il y avait un office public du blé.
05:22C'est révélateur.
05:23Ces chiffres que vous me donnez,
05:25et j'en entends plein comme ça,
05:27montrent que sur les marges
05:28qui sont réalisées dans l'agriculture,
05:31c'est vous qui souffrez le plus.
05:33C'est-à-dire que c'est sur votre dos
05:35que l'industrie et les grandes surfaces
05:37se font du blé.
05:39Ils gagnent beaucoup d'argent.
05:40Ils se font du blé, ils se font du beurre,
05:41ils se font de l'oseille.
05:42Ça reste dans le monde agricole.
05:43Mais c'est sur votre dos que ça se fait.
05:45Et donc, il faut aujourd'hui rétablir
05:48plus de justice fiscale, sociale,
05:51c'est-à-dire faire en sorte que sur la marge réalisée,
05:54vous, agriculteurs, producteurs,
05:56vous puissiez non seulement vous payer un salaire,
05:59payer des cotisations
06:00pour votre retraite, pour votre santé,
06:02mais aussi tirer du bénéfice
06:04pour pouvoir investir,
06:06tenir compte des aléas climatiques,
06:08d'une maladie qui intervienne.
06:09Et donc, c'est pour ça qu'il faut avoir
06:11des prix garantis, minimum,
06:13rémunérateurs, planchers,
06:14qu'importe le mot.
06:16Mais en tout cas,
06:17que l'on vous garantisse
06:18des revenus suffisants
06:19vous permettant de voir l'avenir
06:21et de vivre.