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  • il y a 15 heures
Avec Nathalie Janson, professeur d’économie à la NEOMA Business School, présidente du think tank Génération Libre
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##PARLONS_CASH-2026-10-06##

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Transcription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, Parlons Cash.
00:03Et c'est l'heure de Parlons Cash, on parle de notre dette, Clara Piernay vous nous avez rejoint et
00:08de cette dette française.
00:10Alors j'ai trouvé une formule pour essayer de vulgariser, de simplifier au maximum la situation,
00:14parce que c'est vrai que ces termes-là, lorsqu'on nous parle de dette, on a l'impression que
00:18c'est très virtuel.
00:19Alors voilà, imaginez la situation, votre banquier vous appelle ce matin et vous dit,
00:24on arrête votre prêt, remboursez tout maintenant, et bien en résumé, c'est un peu le cauchemar que la France
00:29veut éviter.
00:30Attention, je ne dis pas qu'on en est là, mais je dis que le risque c'est celui-là.
00:34Alors en ce moment même, que se passe-t-il ?
00:36De grands fonds internationaux commencent à douter de la France et préfèrent aller voir d'autres pays pour leur prêter
00:42de l'argent,
00:43parce qu'il y a des échanges sur les marchés toutes les semaines, tous les jours.
00:47J'avais même vu ça dans une autre vie, des plateformes à Londres avec des traders
00:53qui s'occupent d'acheter, de revendre de la dette, et actuellement,
00:57et bien les investisseurs étrangers préfèrent acheter de la dette allemande ou japonaise,
01:01qui est jugée plus sûre. Clara Piernay, pourquoi font-ils cela ?
01:05Parce qu'ils ne font plus confiance à la trajectoire financière de la France.
01:08Alors pas de panique, la France peut encore emprunter sans problème,
01:11mais ces fonds préfèrent aller ailleurs.
01:13Deux raisons, l'instabilité politique en France depuis des mois,
01:17et une dette publique qui ne cesse de grandir, elle dépasse aujourd'hui les 3600 milliards d'euros.
01:22C'est énorme. Si les acheteurs se font plus rares, l'État doit payer plus cher pour emprunter.
01:26C'est déjà le cas ?
01:27Oui, et ça se mesure très concrètement.
01:29Pour emprunter à 10 ans, la France paye aujourd'hui bien plus que l'Allemagne.
01:33L'écart entre les deux pays n'a pas été aussi grand depuis 2012.
01:37Sur une dette de 3600 milliards payée un peu plus cher chaque année,
01:41et bien ça se compte en milliards d'euros supplémentaires d'intérêts,
01:44de l'argent qui ne va pas ailleurs, dans les hôpitaux, les écoles ou les routes par exemple.
01:48Et oui, et où en est-on exactement sur l'échelle du danger ?
01:54C'est un signal d'alarme ou le début de quelque chose de plus grave ?
01:56Pour l'instant, ça reste un signal d'alarme, pas une crise.
01:59La France n'est pas la Grèce de 2011, mais la confiance s'érode
02:03et ce mouvement peut s'accélérer très vite si la situation politique ou budgétaire se détériore encore.
02:09Alors où est la limite et à quel moment est-ce que ça devient vraiment dangereux ?
02:13Oui, et bien précisément, c'est la question qu'on va poser à Nathalie Jansson,
02:16qui est professeure d'économie à la Neoma Business School,
02:20présidente également du Think Tank Génération Libre.
02:23Bonjour Nathalie Jansson.
02:25Bonjour.
02:26Soyez la bienvenue sur Sud Radio.
02:28On vient de poser les bases du problème, on va plus loin avec vous.
02:31Est-ce que ce phénomène doit commencer à nous inquiéter ?
02:36Disons que pour la première fois, on voit effectivement des investisseurs qui,
02:40puisque nous dépendons des investisseurs internationaux,
02:43il faut dire que c'est une particularité de la dette française par rapport à d'autres pays européens.
02:47Nous avons effectivement un peu plus de la moitié de la dette qui est détenue par des investisseurs internationaux,
02:53ce qui veut dire qu'effectivement ils nous regardent, ils regardent la qualité de la signature.
02:57C'est effectivement bien différent de pays comme l'Italie,
03:00où en fait la dette est plutôt détenue par des nationaux.
03:03Et donc quand la question de la fiabilité, en tout cas de la maîtrise des déficits publics
03:10est remise en question comme aujourd'hui,
03:12et bien les investisseurs internationaux se posent des questions en termes,
03:15si vous voulez, eux ils ont un horizon en termes d'investissement au niveau international.
03:20Ils arbitrent tout simplement entre les signatures et la qualité de ces signatures.
03:25Et pour la première fois, on voit qu'il y a un changement dans cette évaluation de la qualité.
03:30Alors, qu'est-ce qui fait peur aux investisseurs ?
03:33Est-ce que c'est l'actualité ?
03:34Par exemple, là depuis dix jours, ils voient qu'il y a cette colère lycéenne qui se propage un peu
03:39partout en France
03:39et qui malheureusement occasionne ou provoque également des violences.
03:45Et ils se disent, les perspectives ne sont pas très bonnes, il y a un contexte qui est compliqué.
03:50Certes, il y a des élections en 2027, mais ça paraît très très loin au vu de ce qui se
03:55passe tous les jours en France.
03:56Est-ce que ça, par exemple, ça pèse sur le moral de ces investisseurs qui se disent,
04:00je ne sais pas si je retrouverai mon argent et dans quelles conditions, donc je me détourne et je vais
04:05voir d'autres pays ?
04:08Alors, ils n'en sont peut-être pas à se dire qu'ils ne vont pas retrouver leur argent,
04:11mais ce qui les inquiète très certainement, c'est cette absence de contrôle du déficit.
04:16Parce qu'en fait, on n'en est pas à notre première année de déficit qui n'est pas à
04:20la hauteur de ce qui avait été dit au départ,
04:23c'est ce qui avait été annoncé.
04:25Donc là, évidemment, on est à la troisième année où en fait, finalement, notre déficit sera supérieur à celui annoncé.
04:31On a un contexte, effectivement, avec les lycéens qui sont clairement en colère,
04:36qui montrent que ça m'étonnerait qu'on arrive à tenir encore un budget.
04:40Le budget qui sera voté va être difficile, il va être difficile à être voté.
04:43et il va être difficile à être voté dans le sens d'une baisse des dépenses.
04:48En tout cas, essayer de contenir ces dépenses et l'interrogation, bien évidemment, des élections qui vont suivre.
04:55C'est-à-dire que non seulement on ne croit pas à un budget vraiment sérieux et austère maintenant qui
05:02sera voté,
05:03puisqu'il y a la perspective des élections présidentielles,
05:07et donc on imagine mal des gens se mettent d'accord alors que de toute façon, dans quelques mois, on
05:10va voter à nouveau.
05:11Donc, en fait, tout ce contexte d'incertitude, effectivement, remet en question cette capacité de la France à gérer les
05:19déficits publics.
05:20Et puis, je vous rappelle, entre quelqu'un comme Mélenchon qui va annoncer qu'on va brûler la dette,
05:26ou alors qu'une partie, en tout cas, de la dette ne serait mise de côté par la Banque de
05:31France,
05:32toutes ces annonces, en fait, inquiètent sur le futur.
05:34En fait, c'est la trajectoire qui est en question.
05:36Dernière question, Nathalie Jansson, professeure d'économie à la Neoma Business School et présidente du Think Tank Génération Libre.
05:44Le gouvernement, vous le disiez, annonce 54 milliards d'économies dans le prochain budget, qui n'est pas encore voté.
05:50Que se passerait-il si les marchés s'aperçoivent et voient que ce budget n'est pas voté ?
05:56Est-ce que là, à ce moment-là, il peut y avoir encore une perte de confiance ?
06:00Et est-ce qu'on peut perdre des investisseurs à ce moment-là ?
06:03Alors ça, c'est la question, effectivement, à laquelle on a quand même difficilement une réponse aujourd'hui.
06:07C'est-à-dire que là, on a vu qu'il y avait une recomposition.
06:10C'est-à-dire que là, clairement, avec le contexte actuel, les investisseurs ont pris en compte la difficulté de
06:17la situation actuelle.
06:18Par contre, est-ce qu'ils renforceraient leur méfiance si jamais ce budget se passait mal ?
06:25C'est-à-dire qu'effectivement, ils ne seraient pas adoptés ou ils mettraient du temps à adopter ?
06:28C'est un petit peu plus difficile à comprendre.
06:30D'autant plus que, malheureusement, la France est dans un contexte international, avec des remontées de taux également, par exemple,
06:36aux États-Unis.
06:37Et donc, il n'est pas non plus à exclure que les investisseurs préfèrent quand même repartir vers les États
06:43-Unis,
06:43plutôt que la France, ou alors, au sein de l'Europe, ils préfèrent délaisser la France et repartir sur des
06:48pays beaucoup plus sûrs.
06:49Donc, ça, c'est effectivement plus difficile à mesurer.
06:51Nathalie Jansson, merci. Vous êtes professeure d'économie à la Neoma Business School et présidente du Think Tank Génération Libre.

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