00:02R.M.C. jusqu'à 9h. Apolline Matin. Apolline de Malherbe.
00:097h42 sur R.M.C. Le ministre de l'Intérieur doit s'expliquer.
00:13Voilà ce que vous demandez Boris Vallaud. Bonjour.
00:15Vous êtes le président du groupe socialiste à l'Assemblée. Vous êtes député des Landes.
00:18Vous demandez donc l'audition de Laurent Nunez. Il semble qu'il ait répondu favorablement.
00:22Cette audition aura lieu devant la Commission des lois ce mercredi. Vous allez lui demander quoi ?
00:27Je vais lui demander comment il justifie qu'à un mouvement lycéen, il soit d'abord répondu par des mesures
00:34de police.
00:36Pourquoi face à des mineurs, à des enfants, les opérations de maintien de l'ordre sont souvent d'une grande
00:43brutalité ?
00:43Comment il justifie que la doctrine du maintien de l'ordre n'ait pas évoluée, qu'elle ne soit pas
00:47à l'identique de l'Allemagne, une doctrine de désescalade ?
00:50Pourquoi sont encore utilisées dans les manifestations des grenades de désencerclement quand il s'agit de mineurs, de jeunes,
00:56et des LBD ? Pourquoi la pratique des NAS avec les lycéens prime sur la recherche du dialogue, de la
01:06désescalade ?
01:07Je suis très inquiet, je dois vous dire.
01:09Vous êtes très inquiet ?
01:09Oui, je suis très inquiet de ce que j'observe, je suis très inquiet des blessures graves que l'on
01:14a...
01:14On a parlé évidemment de ce jeune lycéen de 15 ans, c'est le dernier épisode, il a eu sa
01:19main arrachée hier matin devant son lycée, c'était à Lens.
01:23Vous savez, ni l'Allemagne, ni bien d'autres pays de l'Union Européenne n'utilisent ces moyens en matière
01:30de maintien de l'ordre.
01:31De désencerclement, comme on le dit, ne sont pas utilisés par nos voisins.
01:34A fortiori, quand il s'agit de manifestations lycéennes.
01:38Et je dois vous dire que c'est une des inquiétudes et une des questions, une des interpellations anciennes que
01:43nous formulons à l'endroit du gouvernement,
01:45et l'endroit de M. Nouniez en particulier, puisqu'il est le ministre de l'Intérieur.
01:49Garant, non seulement de l'ordre public, mais de la possibilité d'exercer un certain nombre de libertés publiques.
01:54Et non seulement, nous interrogerons M. Nouniez, mais nous déposerons une proposition de loi pour que, lorsqu'il s'agit
01:59de manifestations lycéennes avec une majorité de mineurs,
02:02ce que vient de confirmer le profil de ceux et de celles qui ont été interpellés...
02:0585% des personnes, des jeunes arrêtés sont mineurs.
02:07Eh bien, nous voulons une proposition de loi qui, comme en Allemagne, comme en Belgique, comme dans les pays nordiques,
02:13fait que quand il y a des manifestations, je parle de manifestations de lycéens, c'est-à-dire pour l
02:16'essentiel de mineurs,
02:17il n'y ait pas d'utilisation de grenades de désencerclement, de LBD,
02:23et que des pratiques, qui sont des pratiques brutales, comme l'entranglement, ne soient pas utilisées.
02:28Mais Boris Vallaud, il y a des pratiques brutales en face.
02:31C'est-à-dire que les manifs lycéennes, on a eu d'ailleurs de nombreux auditeurs depuis ce matin qui
02:36disent
02:36« mais moi j'ai manifesté quand j'avais 15 ans, 20 ans, mais on ne cassait pas ».
02:41Alors d'abord, il y a toujours eu malheureusement des casseurs, et il faut évidemment condamner toutes les formes de
02:45violence,
02:46et les lycéens eux-mêmes, devant leurs établissements, quand il y a des blocus,
02:49réclament que ces manifestations soient pacifiques pour faire entendre leur message,
02:52parce que c'est d'abord leur message qu'il faut entendre.
02:56Ceux d'une angoisse face à l'avenir, de la dénonciation de conditions de travail qui sont inadmissibles,
03:02d'emploi du temps surchargés, il y a besoin d'une réponse à ces lycéens.
03:07Et aujourd'hui, je ne l'entends pas.
03:09Aujourd'hui, je souhaite que les manifestations soient pacifiques,
03:12que ce soit un moment d'expression des revendications,
03:14et surtout qu'elles soient entendues par un gouvernement qui est aux responsabilités depuis 10 ans,
03:1910 ans durant lesquels la situation de l'école n'a cessé de se dégrader,
03:23et la part de l'école dans les dépenses publiques a régressé.
03:25– Et Boris Valot, ça ne vous inquiète pas que des collèges,
03:29c'est-à-dire des enfants de 11 ans, soient bloqués ?
03:31Je veux dire, c'est quand même une question de société, ça.
03:34Il n'y a pas un problème, là, quelque part ?
03:35Des collégiens, des enfants de 11 ans, qui bloquent un lycée,
03:38et vous demandez à la police de vous adapter à cette situation ?
03:41– Mais pourquoi vous suggérez-vous qu'ils lancent des grenades des encarclements devant les collèges ?
03:46– Pas du tout, je dis juste que le problème de société…
03:49– Je dis juste que compte tenu de la nature de ces mobilisations avec des enfants,
03:53il faut que la doctrine de le maintien de l'ordre corresponde à la nature de la manifestation.
03:57– Mais vous ne pensez pas qu'on doit aussi s'interroger sur ce qui se passe dans cette société
03:59avec les enfants ?
04:00– Bien sûr, est-ce que l'on peut aussi s'interroger sur ce qui se passe en Allemagne ou
04:03en Belgique
04:04en matière de maintien de l'ordre ?
04:05Ça ne se passe pas de cette manière-là.
04:07Par ailleurs, vous avez raison, oui, il y a un problème avec l'éducation de la société.
04:09– Oui, il y a un problème d'angoisse d'une jeunesse qui se dit
04:12« Mais finalement, on m'envoie dans une école dont le niveau regresse,
04:15qui accroît les inégalités, avec des conditions de travail qui sont dégradées. »
04:19– C'est-à-dire, Boris Vallaud, est-ce qu'on ne parle pas de deux choses différentes ?
04:21C'est-à-dire que lorsqu'on écoute Éric Delbecq tout à l'heure, Alain Boer hier,
04:25qui était lui-même l'ancien président de l'UNEF, vice-président de l'UNEF,
04:27qui a bien connu des manifestations, il dit « Aujourd'hui, nous avons deux groupes distincts,
04:31qui en réalité d'ailleurs, même physiquement, sur les trottoirs des lycées, ne se mélangent pas.
04:37Les lycéens au pied de leurs écoles et des groupes de casseurs qui sont parfois même plus nombreux. »
04:42– Vous évoquez le nombre des interpellations, des interpellations de mineurs,
04:45des interpellations de lycéens, de lycéens, voilà, de lycéens.
04:50– Qu'il y ait des casseurs et que, je ne dis pas qu'il ne faut pas qu'il
04:54y ait de maintien de l'ordre,
04:55je dis « Oui, il faut qu'il y ait du maintien de l'ordre, mais il faut qu'il
04:57y ait un maintien de l'ordre
04:57qui soit adapté à la nature des manifestants. »
05:00C'est ça qui est important. C'est-à-dire, c'est nos enfants, c'est nos gamins qui sont
05:03devant leurs détails.
05:06– Est-ce que vous appelez aussi les parents à se mobiliser ?
05:08Je voudrais qu'on donne la parole à Christelle, vous allez pouvoir lui répondre.
05:10Bonjour Christelle. – Bonjour.
05:12– Christelle, vous nous appelez de Seine-et-Marne, vous êtes vous-même d'ailleurs, je crois, enseignante,
05:15et par ailleurs, maman de trois enfants.
05:19Et c'est vrai que ce mouvement, je le trouve légitime, je comprends en fait les revendications des lycéens.
05:26Ce que je ne comprends pas, c'est la violence en fait des deux côtés.
05:29Parce qu'on parle beaucoup de la violence policière, mais il y a aussi, il ne faut pas oublier,
05:36des enseignants, des personnels de l'éducation qui ont été touchés,
05:39et pas par des lycéens, du coup souvent de l'établissement,
05:45mais d'autres groupes qui viennent et qui perturbent le mouvement lycéen pacifique.
05:52Et c'est à ce niveau-là que je souhaite intervenir, parce qu'en fait, il y a une peur
05:56en tant que parents pour nos enfants.
05:58– Vous avez, je crois, parmi vos enfants, un lycéen et un étudiant ?
06:03– Oui, tout à fait. Et c'est vrai que jusqu'à présent, on s'était relativement calme.
06:08Là, comme le mouvement s'étend, ils sont impactés.
06:12– Et vous leur dites quoi ? De rester chez eux ou alors au contraire, d'y aller ?
06:16– Alors là, au niveau du lycée, les courses sont en distanciel.
06:20– D'accord.
06:21– Mais pour l'instant, au niveau de l'université, c'est encore en présentiel.
06:26– Mais vous dites « j'ai peur ».
06:29– Oui. Alors, en tant que lycéenne, je me souviens avoir manifesté,
06:33avoir essayé pour défendre nos droits.
06:37Là, j'ai peur parce que franchement, c'est ultra violent.
06:43Mon fils est rentré choqué hier, suite aux événements
06:45qu'il a pu y avoir devant son lycée.
06:48– Choqué par les autres jeunes ou choqué par la police ?
06:51– Des deux côtés, en fait.
06:53Par les jeunes qui n'étaient pas de son établissement
06:58et qui sont venus clairement pour casser, pour frapper.
07:02– Boris Vallaud, je voudrais que justement,
07:03vous puissiez réagir à ce que dit Christelle.
07:05Au fond, est-ce qu'on n'est pas devant deux phénomènes,
07:07des manifs lycéennes et des violences urbaines ?
07:10– Mais peut-être. Moi, je ne suis pas ministre de l'Intérieur.
07:13Je le dis avec netteté.
07:16On ne s'en prend pas aux établissements scolaires.
07:18On ne s'en prend pas aux personnels enseignants.
07:21Évidemment, et d'évidence.
07:22– Ce qui est compliqué, Boris Vallaud, c'est qu'il n'y a pas de loi à retirer
07:25pour calmer la colère.
07:26– Monsieur, est-ce que vous me parlez de revendications lycéennes ce matin ?
07:29Non, elles sont étouffées.
07:33– Alors, vous-même, Boris Vallaud, votre objet aujourd'hui
07:38et ce qui vous intéresse, c'est la question du maintien de l'ordre.
07:42Votre mobilisation aujourd'hui, c'est pour demander aux ministres de l'Intérieur.
07:44Donc, n'inversez pas les choses.
07:45Je veux dire, c'est important.
07:46– Parce que la cellule de crise, face au mouvement des lycéens,
07:50elle s'organise place Beauvau et par rue de Grenelle
07:53au ministère de l'Éducation nationale.
07:54Et je souhaite que la réponse, elle soit d'abord, évidemment, une réponse éducative.
07:59Je veux qu'il y ait un dialogue qui s'engage, non seulement au sein du ministère,
08:02mais au sein des académies, au sein des départements, établissements par établissement,
08:06que la démocratie lycéenne puisse s'exprimer, que les moyens soient mobilisés.
08:11On sera en soutien de cette mobilisation.
08:13Et puis, vous le savez, les services d'ordre, je crois, des organisations syndicales,
08:15des partis politiques seront là pour encadrer, parce que nous souhaitons toutes et tous,
08:19pour nos enfants, pour l'avenir, que les choses se passent bien.
08:22Et je crois que cette préoccupation, elle doit aussi être celle du gouvernement.
08:25C'est ce que nous attendons.
08:26– Une dernière question, Boris Vallot.
08:27Je reçois tout à l'heure Gérard Larcher, le président du Sénat.
08:30La loi casseur-payeur qui a été accélérée pour être examinée par le Sénat
08:36dès le 27 octobre, ça, c'est une des réponses que vous pouvez tout à fait déclamer.
08:39– Honnêtement, c'est un hochet.
08:40Moi, je veux bien qu'on fasse plaisir, mais cette loi ne servira à rien.
08:44Il y a déjà un certain nombre de dispositifs légaux qui peuvent être activés.
08:47Par ailleurs, vous avez bien compris le principe de cette loi.
08:50C'est que vous pouvez être dans une manifestation de façon parfaitement pacifique
08:55et finalement payer la facture pour les autres.
08:57Non, le principe, c'est que quand on est responsable, d'abord de ces actes.
09:02– Merci beaucoup, Boris Vallot, d'être venu sur RMC ce matin.
09:05Vous êtes le président du groupe socialiste à l'Assemblée.
09:07Vous êtes à l'origine de cette convocation à laquelle, semble-t-il,
09:11le ministre de l'Intérieur a décidé de répondre oui.
09:14– Et d'une proposition de loi que nous déposons.
09:15– Et votre proposition de loi, effectivement, pour une désescalade
09:19face à des manifestants mineurs.
09:21– Merci parce que vous avez avez aussi lebe,
09:21– Merci.
09:21Merci.