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Kigali, avril 1994, alors qu'éclate le génocide, plus de 2000 civils tutsis trouvent refuge dans l'enceinte de l'Ecole technique officielle, base de deux pelotons du régiment para-commando belge de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR). Le drapeau onusien et les Casques bleus empêchent les tueurs hutus de pénétrer dans l'enceinte de l'école. Quatre jours plus tard, les soldats belges reçoivent l'ordre de quitter les lieux. Ils abandonnent les civils qui sont massacrés. Moins de 70 survivront. Ce drame pose une question essentielle : faut-il reconnaître pour les militaires, un devoir de désobéissance face à un ordre manifestement illégal ?
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00:00Na noite do 6 avril de 1994, duas bols de feio atravessam o céu de Kigali.
00:08Deve detonations que résonnent em toda a capital rwanda.
00:13O falcon do presidente do Rwanda, o Utu, Juvinal Abiyarimana, foi abatido.
00:21Tentão, Kigali é quadrilhado por a armado e a milice.
00:30Os extremistas Utu dizemem os Tutsis como responsáveis.
00:36Uma verdadeira chasse à l'homme des buts.
00:40Em apenas 100 dias, 1 million de pessoas são exécutadas.
00:53A comunidade internacional estava ainda presente, por um ano, para manter a paz.
01:01Malgrés todos os signos anunciadores, ela não é intervenu, no nome da neutralidade.
01:10Esse genocida resta na história como o último genocida do XXe século.
01:16O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
01:22Um genocida que deveria ser evitada.
01:52O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
01:55O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
02:22O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
02:40O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
02:46O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
03:14O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
03:26O genocida dos Tutsis ao Rwanda.
03:47O genocida dos Tutsis ao Rwanda dos Tutsis ao Rwanda.
04:07O genocida dos Tutsis ao Rwanda dos Tutsis ao Rwanda.
04:28O que obriga a comunidade internacional a reagir.
04:35Ela contraiu então os beligérantes a signar os acordos de paix.
04:39Acordo signado no 4 aoito 1993 à Arusha, em Tanzânia.
04:49Os acordos de paix prévois notamment o partilho do poder entre as diferentes
04:53e as grandes forces políticas rwandaise para, a termes, organizar des élections démocratiques.
04:59O rôle des casques bleus de la Minuar sur le terrain consiste à accompagner le processus,
05:05sans jamais faire usage de la force.
05:08La première décision du général Dallaire é de répartir les casques bleus sur 14 sites différents.
05:17Le contingent le plus important, composé de 97 soldats, tous de nationalité belge,
05:22s'installe à l'école technique officielle, l'ETO.
05:28Situé dans Kigali, cet établissement est dirigé par des religieux de la communauté salésienne.
05:34On occupe quelques bâtiments des pères.
05:38Le contexte est bon, l'ambiance est détendue, ça passe très bien avec les pères salésiens.
05:47Les casques bleus tiennent aussi à rassurer les élèves sur leur présence à l'école.
05:50Et à Kigali.
05:51Donc le processus de paix va pouvoir commencer.
05:53Donc j'estime qu'il y a des casques bleus qui vont arriver ici.
05:55En fait, casques bleus, je préfère parler de béret bleu.
05:59Des bérets bleus.
06:01Parce qu'on n'est pas ici pour se battre.
06:02C'est une mission de l'ONU, c'est une mission de la paix.
06:04Ça c'est important.
06:05Et je crois que, aussi bien vous que nous,
06:09aspirons à ce que la paix soit rétablie ici au Rwanda.
06:17Dans la capitale rwandaise, la situation semble sous contrôle.
06:25C'est une opération limite plus de police qu'une opération militaire.
06:30On va là pour patrouiller, pour occuper le terrain, pour collecter du renseignement.
06:38Entre les casques bleus et la population, l'ambiance paraît bonne.
06:44A tel point que certains parlent de mission Club Med ou Coca-Cola.
06:50Il y avait des sorties qui étaient autorisées.
06:52Une partie de la compagnie pouvait sortir une fois par semaine ou deux fois par semaine,
06:56aller manger à un bout d'un restaurant, sortir dans un signe au centre-ville.
07:03C'est dans cette atmosphère presque décontractée
07:06que les casques bleus accompagnent la première phase des accords de paix d'Arusha.
07:13Il s'agit d'escorter un bataillon des troupes du FPR de Polkagame jusqu'à Kigali.
07:19Pour qu'à terme, ces soldats intègrent la nouvelle armée nationale.
07:23Cette opération est appelée Clean Corridor.
07:29Elle est bien accueillie par une partie de la population,
07:32mais la frange extrémiste Hutu ne partage pas le même enthousiasme.
07:38Réunis au sein d'un clan baptisé Lakazu,
07:41ces Hutus radicaux sont très proches du pouvoir.
07:44Aux commandes, l'épouse du président, Agatha Bialiman,
07:48son frère, Protet, connu sous le nom de Monsieur Z,
07:52ou encore Théoneste Bagosora, un colonel des armées.
07:56Ces extrémistes Hutus stigmatisent la population Tutsi
08:00au nom d'un racisme ou racines anciennes.
08:06Hutus et Tutsi ne sont pourtant pas des ethnies,
08:08encore moins des races différentes.
08:10Mais le régime à Bialimana,
08:12obsédé de statistiques raciales,
08:14a établi un recensement général en 1991.
08:18Selon eux, les Hutus représenteraient 90% de la population,
08:22alors que les Tutsis seraient moins de 10%.
08:24Pour diffuser leurs idées,
08:26ils disposent d'une arme redoutable.
08:28Les médias.
08:32Bienvenue sur votre radio libre à Kigali,
08:35la radio sympa sur 106 FM.
08:38Chers auditeurs, bonjour.
08:41Vous êtes à l'écoute de RTLM.
08:47RTLM, la radio d'Émile Colline.
08:49Une radio privée qui attise la haine contre les Tutsis.
08:55Pourtant, même eux sont branchés sur cette fréquence.
09:00Ah oui, oui, on l'écoutait, oui.
09:01On l'écoutait parce que c'était une radio
09:03qui mettait de la musique moderne.
09:06Donc nous, en tant qu'ado,
09:08on adorait écouter justement les chansons qui passaient.
09:12Mais c'était une radio de propagande
09:13et qui, entre deux chansons,
09:16déversait la haine.
09:18Il faut méfier-vous des femmes Tutsis,
09:22c'est des manipulatrices.
09:25Les Tutsis furieux,
09:26les Tutsis furieux du front patriotique rwandais
09:30veulent s'emparer du pouvoir
09:32et le prendre avec des armes.
09:34Il est impensable qu'un groupuscule de 10%,
09:37d'ailleurs, ils ne sont pas plus que 8%,
09:40n'emporte sur 92% de personnes.
09:44La radio d'Émile Colline n'est pas le seul média
09:46à diaboliser les Tutsis.
09:48Le journal Kangoura joue également un rôle actif.
09:55Il fallait voir les journaux,
09:57la haine qui se déversait.
10:00Les Tutsis, vous allez retourner,
10:01vous allez remonter vers le Nil,
10:02vous allez retourner de là où vous venez.
10:05Il y avait un discours qui était décomplexé raciste, vraiment.
10:11Cet imaginaire de l'ennemi Tutsi
10:14qui est assoiffé de pouvoir
10:17et qui serait en train de comploter
10:20pour exterminer les Hutus,
10:22il se diffuse aussi dans des espaces de sociabilité
10:26tels que les marchés
10:27ou bien le soir dans les familles.
10:42Pour saboter le processus de paix,
10:45il faut aussi que cette population
10:46soit prête à combattre,
10:47le moment venu.
10:51La Kazou a donc recruté
10:52parmi la jeunesse des œuvrés,
10:54lui a fourni des armes
10:55et un entraînement.
10:58Regroupés en milices,
10:59ces jeunes se nomment entre eux
11:01les Ineramwe,
11:02littéralement,
11:03ceux qui travaillent ensemble.
11:07Toute cette préparation,
11:08la propagande anti-Tutsis,
11:10la formation de milices,
11:12passent sous les radars
11:12de la communauté internationale
11:14qui, elles,
11:14se concentrent sur la mise en place
11:16des accords de paix.
11:195 janvier 1994.
11:23Deux mois après l'arrivée
11:24des Casques Bleus au Rwanda,
11:26des représentants des Nations Unies
11:27arrivent à Kigali.
11:28Pour une cérémonie d'installation
11:30des institutions de transition
11:32au Parlement.
11:33En présence du président
11:34Abiyal Imahana
11:35et de la première ministre,
11:37Agathe Wilingi Imahana,
11:39une outo favorable
11:40au partage du pouvoir.
11:44Moi, Abiyal Imahana Akbenar,
11:49au nom du Dieu Tout-Puissant,
11:51je jure solennellement à la nation
11:53de remplir loyalement mes fonctions,
11:57de garder fidélité à la République
12:00de respecter les institutions de l'État
12:03et de promouvoir les intérêts
12:05du peuple rwandais
12:06dans le respect de la loi fondamentale
12:09et des autres lois.
12:13Six jours seulement après cette cérémonie,
12:16le 11 janvier 1994,
12:18première alerte.
12:27Le général canadien
12:30Roméo Dallaire
12:31recueille les confidences
12:32d'un transfuge
12:33des milices
12:34qui explique
12:36que tout l'appareil
12:38du parti présidentiel
12:40s'est organisé
12:41et est capable
12:43d'assassiner
12:44au moins
12:451000 Tutsis
12:46toutes les 20 minutes.
12:48Selon cette source,
12:49des listes de Tutsis
12:50auraient été établies.
12:53Des soldats belges
12:54pourraient également être ciblés
12:55dans le but de forcer
12:57la Belgique
12:57à retirer ses troupes.
13:00Les Belges
13:01sont l'épine dorsale
13:02des forces du maintien
13:02de la paix.
13:03Ce retrait serait catastrophique
13:05et ce n'est pas tout.
13:06Il y a des stocks d'armes
13:07qui sont disséminés
13:09dans toute la capitale,
13:11des stocks d'armes
13:11qui dépassent de loin
13:13le nombre de soldats
13:15réguliers
13:15de l'armée rwandaise
13:16et qui n'ont pas
13:17pour vocation
13:18de servir
13:18sur le front.
13:20Désormais convaincu
13:21qu'un massacre
13:22est en préparation,
13:24le général Dallaire
13:25adresse un fax
13:26urgent à l'ONU
13:27pour obtenir
13:28l'autorisation d'agir.
13:30Il alerte sa hiérarchie
13:32à New York
13:33et il demande
13:34l'autorisation
13:35d'aller dans ses caches
13:37d'armes
13:37et de prendre
13:38ses armes,
13:39de les confisquer
13:40et New York
13:42répond non.
13:43L'opération
13:44a été montée
13:44dans le cadre
13:45de ce qu'on appelle
13:46le chapitre 6
13:47de la Charte
13:47des Nations Unies,
13:48c'est-à-dire
13:49en quelque sorte
13:49on envoie des troupes
13:50qui n'ont pas le droit
13:51d'intervenir,
13:52qui doivent rester
13:53a priori neutres,
13:54elles peuvent assister
13:55mais pratiquement
13:56elles n'ont aucun droit.
13:58L'ONU refuse
13:59d'élargir le mandat
13:59d'origine de la Minuar.
14:01En clair,
14:02les soldats de la paix
14:03ne sont pas autorisés
14:04à faire usage
14:04de la force.
14:06Il conseille plutôt
14:06au général Dallaire
14:07de demander une audience
14:08au président rwandais
14:09afin qu'il lance
14:10une enquête.
14:12Jouvenal Abiyarimahana
14:13accepte de le recevoir
14:15mais ne dirigeant
14:16aucune enquête.
14:20À Kigali,
14:21les soldats
14:22de la Minuar
14:22poursuivent
14:23la mission initiale.
14:25La mise en place
14:26du processus de paix
14:27prend cependant
14:28plus de temps
14:28que prévu.
14:30Le secrétaire général
14:31des Nations Unies,
14:32Boutros Boutros Rally,
14:34décide alors
14:35de prolonger
14:35le mandat
14:36des casques bleus
14:36sans le changer
14:37et ce,
14:39malgré les signes
14:40d'alerte.
14:476 avril 1994,
14:49nous sommes à quelques heures
14:50du déclenchement
14:51du génocide.
14:53Dans le pays,
14:54tout semble calme.
14:59À l'école technique
15:00officielle,
15:01l'étau,
15:02les élèves
15:02ont déserté
15:03les bancs,
15:04le temps
15:04des vacances
15:04de Pâques.
15:06Les soldats
15:07envisagent eux aussi
15:08de prendre un peu
15:08de repos.
15:10Dans la matinée,
15:11on a une réunion
15:12au niveau
15:13de l'état-major
15:14du bataillon.
15:15Le sujet principal
15:16de cette réunion,
15:17c'était les vacances.
15:18On discutait
15:19en compte du choix
15:19qu'on allait donner
15:20soit de pouvoir
15:21rentrer en Belgique
15:21pour ceux qui désiraient
15:23revoir leur famille,
15:24soit de faire venir
15:25les familles au Rwanda.
15:26Donc on était vraiment
15:27dans l'optique
15:28de dire
15:28que tout se passe bien
15:30ici,
15:30il ne va rien se passer.
15:34Un message diffusé
15:35quelques jours auparavant
15:36sur la radio
15:36d'Émile Colline
15:38n'a semble-t-il
15:39inquiété personne.
15:43Dans le FPR,
15:44on a des complices.
15:46Ils nous ont dit
15:47que le 3,
15:48le 4 et le 5,
15:50il se passera quelque chose
15:51dans la ville de Kigali.
15:54Même le 7 et le 8.
15:56Trouvez donc
15:56des armes à feu
15:57ou des grenades.
15:58Tout ça,
15:59c'est à cause
16:00des Tutsis
16:00qui foutent le bordel.
16:03Dans la soirée
16:04du 6 avril,
16:05l'annonce diffusée
16:06à la radio
16:07prend soudain
16:07tout son sens.
16:10On regardait un film,
16:11c'était un film
16:12avec un crash d'un avion.
16:14Et à un moment donné,
16:15l'opérateur radio
16:17vient me dire
16:18« Mon lieutenant,
16:19il y a un avion
16:21qui a été abattu
16:23près de l'aéroport. »
16:25J'ai dit
16:25« Oui, oui, c'est ça.
16:26C'est une blague. »
16:31Vers 20h30,
16:33l'employé de maison
16:35de chez nous
16:36vient taper à la porte
16:38en disant
16:39« L'avion du président
16:41du Rwanda
16:42vient d'être abattu. »
16:44À l'étranger,
16:44le président du Rwanda
16:45et celui du Burundi
16:47tués dans un attentat.
16:48Leur avion était pris
16:49pour cible
16:49par des tirs de roquettes
16:50alors qu'ils allaient
16:51atterrir à Kigali.
16:53Dès l'annonce
16:54de l'attentat,
16:55les Tutsis savent
16:56que la mort brutale
16:57du président Hutu
16:58va leur être imputée.
17:00« Mon père reste éveillé.
17:02Nous, on se couche.
17:03On n'est quand même
17:04pas rassurés. »
17:05Et puis,
17:05vers 5h du matin,
17:06mon père,
17:07il vient nous réveiller
17:08en disant
17:08« Il faut se partir
17:09du domicile
17:10parce qu'on est dans
17:11un quartier
17:12où tout le monde
17:12se connaît.
17:13On sait très bien
17:14que nous nous sommes tous. »
17:18Dans la demi-heure qui suit,
17:20Kigali connaît
17:21les premiers déferlements
17:22de violences.
17:23Les militaires
17:24et les miliciens
17:25inéramoués
17:25dressent des barrières
17:27dans la ville
17:27et brandissent leurs armes.
17:29« Il y a beaucoup de tensions.
17:31On entend des tirs,
17:33des explosions,
17:34grenades.
17:35Il y a des maisons
17:36qui sont pillées.
17:37La sécurité est telle
17:39qu'on ne peut pas
17:40se déplacer.
17:41C'est simplement
17:41trop dangereux
17:42pour tout le monde. »
17:44« On tire.
17:46On est terrorisés.
17:47On est allés
17:48à des lieux des maisons.
17:49On est couchés par terre. »
17:51Pour la première ministre,
17:53ce sont les extrémistes
17:54Hutu de la Kazoo
17:55qui font un coup d'État.
17:57« Elle a essayé
17:58d'entrer en contact
17:59avec l'état-major
18:00de l'armée gouvernementale
18:01en vain.
18:02L'absence de réponse
18:03semble indiquer
18:04que ce sont bien
18:05des militaires
18:06qui tirent dans
18:06les rues de Kigali. »
18:09Le président décédé,
18:10c'est désormais à elle
18:11d'assurer l'intérim
18:12du pouvoir.
18:14Elle doit apaiser
18:15la situation
18:16et appeler au calme
18:17sur les ondes
18:17de radio Rwanda,
18:18la radio officielle.
18:20Comme le pouvoir
18:21est centralisé,
18:22si Kigali s'embrase,
18:23c'est tout le pays
18:24qui prend feu.
18:25« Je reçois
18:28de la part
18:29du colonel Marshall
18:30l'ordre
18:30d'envoyer
18:31une escorte
18:32pour la première ministre
18:34qui allait faire
18:35une déclaration
18:35à la radio.
18:36Je dis directement
18:37au colonel Marshall
18:38« Si je n'ai pas
18:39des gendarmes
18:40rwandais avec moi
18:41qui me permettent
18:42de franchir
18:43les barrages,
18:44on va être tout de suite
18:45bloqués. »
18:46C'est là qu'il me dit
18:46« Non, il n'y a pas
18:47de souci.
18:47La gendarmerie
18:48a dit qu'elle allait
18:49collaborer. »
18:51Le lieutenant-colonel
18:52Dewey assigne
18:53cette mission
18:53au peloton
18:54du lieutenant
18:55Lotin.
18:56« Lotin, il part
18:57et puis il me dit
18:58« Je suis bloqué
18:59à un premier barrage
19:00et je reçois
19:01également les informations
19:02de la part
19:03des deux sections
19:04à qui j'avais demandé
19:06d'aller jusqu'à
19:07Radio Rwanda.
19:07Ils sont bloqués
19:08au premier carrefour
19:10avec des autres
19:11mitrailleuses légères
19:12face à eux. »
19:15« Après des négociations
19:16difficiles,
19:17Lotin et ses hommes
19:18passent les barrages
19:19et atteignent le domicile
19:20de la première ministre.
19:23Sur place,
19:24la situation s'est aggravée. »
19:27« Puisque le chef
19:28de l'État est mort,
19:29c'est elle qui est censée
19:30assurer la continuité
19:32institutionnelle
19:33ainsi que le président
19:34de la Cour suprême,
19:35Joseph Caval-Ouganda.
19:37Et tout de suite,
19:38il s'agit pour les extrémistes
19:39d'éviter à tout prix
19:40que ce soit des démocrates
19:43ou tout favorable
19:44au partage du pouvoir
19:45et bien qui prennent le relais. »
19:49La première ministre
19:50a compris que sa vie
19:51ne tenait plus qu'à un fil.
19:52Elle choisit de fuir
19:53son domicile.
19:54Le lieutenant Letain
19:55avertit son supérieur.
19:59« Il m'a dit
19:59« Madame Agathe veut
20:01s'enfuir,
20:02est-ce que je dois
20:02l'accompagner ? »
20:03« Ah, je dis,
20:04ben non, hors de question.
20:05En plus de ça,
20:06comme le seul moyen
20:07de liaison que j'ai avec toi,
20:08c'est la radio
20:10qui se trouve dans la Jeep,
20:11j'aurais plus de contact
20:12avec toi. »
20:12Donc il est « non. »
20:14Après la fuite
20:15de la première ministre,
20:17la situation se dégrade
20:18aussi pour les hommes
20:18de l'OTAN.
20:19« Ah, je vous explique,
20:20j'ai un petit sévère. »
20:21Les gendarmes rwandais
20:22avec lesquels ils sont
20:23censés collaborer
20:23sont en réalité
20:24très agressifs.
20:27« Il faut réagir maintenant
20:28parce qu'on va être encerclé
20:29par les gens
20:30de la gendarmerie. »
20:32« Si vous êtes contraints
20:35à tirer,
20:36dans un premier temps,
20:37vous tirez uniquement
20:38enlève. »
20:40« Tiens,
20:41mais va être encerclé
20:42un de plein de gendarmes
20:42avec des armes
20:43des paracommandos.
20:44Ils n'ont pas envie
20:44d'y enlève. »
20:48Les casques bleus
20:49sont ensuite sommés
20:50par un major rwandais,
20:51un certain Bernard
20:52Nuiahagwa,
20:54de déposer leurs armes.
20:55Une demande
20:56totalement incompréhensible.
20:58« Les majors rwandais,
20:59en principe,
21:01ils collaborent
21:01avec l'ONU.
21:02Donc il n'y a pas
21:04de motifs
21:05de se rendre.
21:06Je dis à l'OTAN,
21:08ben non,
21:09pourquoi te rendre ?
21:10Tu n'as pas tiré sur lui,
21:12vous n'êtes pas
21:13en conflit, etc.
21:15Je dis,
21:15mais par contre,
21:16discute avec lui
21:17et fais en sorte
21:18qu'il assure
21:20ta protection
21:20et que tu sois évacué
21:22vers un cantonnement
21:22de l'ONU. »
21:26L'OTAN et ses hommes
21:27sont finalement contraints
21:28de remettre leurs armes.
21:30Les gendarmes rwandais
21:31les font ensuite monter
21:32à bord d'un minibus
21:33pour une destination
21:34soi-disant sécurisée.
21:37À l'école technique
21:38officielle Leto,
21:40les soldats ont appris
21:41que le peloton de l'OTAN
21:42et d'autres unités
21:44de la Minuar
21:44étaient en difficulté.
21:46« Tous ces éléments
21:48qui sont en train
21:48de se déplacer
21:49dans Kigali
21:49ont tous des problèmes
21:50avec l'armée rwandaise
21:52ou des milices
21:55inter-amouées.
21:56Donc à ce moment-là,
21:57on se rend compte
21:58que Kigali
22:00a complètement changé.
22:03Les casques bleus
22:04jugent alors préférables
22:05de se mettre
22:05en position de défense
22:07malgré l'absence
22:07d'ordre clair
22:08de la hiérarchie.
22:11C'est à ce moment-là
22:12qu'on a commencé
22:12à construire
22:13des bunkers
22:15autour de l'ETO.
22:17C'est des bunkers,
22:17c'est des sacs de sable
22:19et on a fait des positions
22:20qu'on a sorti
22:21des armes automatiques.
22:23On a sorti également
22:24les armes lourdes
22:25qu'on ne pouvait pas sortir.
22:26Donc à ce moment-là,
22:27on a commencé à dire
22:28« bon, voilà,
22:28il y a des règles
22:29et puis il y a la réalité. »
22:34La présence de soldats
22:35de la paix armés
22:36au sein de l'école
22:37technique officielle
22:38rassure la population
22:39Tutsi.
22:42On habitait à 500 mètres
22:44de l'école technique officielle
22:46et je me suis dit
22:47« si je mets le pied là-bas,
22:49je suis sauvée. »
22:53C'était l'endroit
22:54où il fallait être
22:54pour être sauvée.
22:55C'était plus que ça.
22:58C'était un endroit sécurisé.
23:02C'est un endroit neutre.
23:06En cours de journée,
23:07des réfugiés
23:07ont commencé à venir
23:09se présenter à l'école.
23:11J'ai demandé à ce moment-là
23:12quelle était l'attitude
23:13que je devais avoir
23:13puisqu'au départ,
23:14notre mandat ne prévoyait pas
23:15de défendre des Rwandais.
23:16On m'a dit
23:17« dans l'immédiat,
23:19les Pères sont chez eux
23:19donc s'ils acceptent
23:20de prendre des réfugiés,
23:21pas de problème. »
23:24Pendant que les Casques Bleus
23:25s'organisent
23:26pour accueillir les réfugiés,
23:28une information inquiétante
23:29commence à circuler.
23:32Onze soldats belges
23:34de la mission
23:34des Nations Unies Rwanda
23:35auraient été tués
23:37par des membres
23:37de la garde présidentielle
23:38après avoir été désarmés.
23:39C'est en tout cas
23:40ce qu'a indiqué
23:41à l'agence France Presse
23:42le porte-parole
23:44des Nations Unies
23:45à Kigali.
23:46Mais attention,
23:47cette information
23:48n'est pas du tout confirmée
23:50par le commandant
23:51des Casques Bleus
23:51Belges au Rwanda.
23:53Les soldats
23:54qui effectuaient
23:55les patrouilles
23:55et les gardes
23:57de sécurité
23:59pour les ministres
24:01qui ont été faits
24:02prisonniers
24:03pour emmener
24:04dans un camp
24:04où là,
24:06on a perdu le contact.
24:10Quelques heures plus tard,
24:12l'information est confirmée.
24:14À Kigali,
24:15des Casques Bleus
24:16Belges ont été assassinés.
24:17Dix militaires belges
24:18ont été enlevés
24:19et puis tués.
24:22Au camp
24:23où ils ont été emmenés,
24:25l'OTAN et ses hommes
24:25ont été lynchés
24:26par des militaires rwandais.
24:29Les renseignements
24:30fournis par l'informateur
24:31Jean-Pierre
24:32au mois de janvier
24:33sont en train
24:34de se vérifier.
24:36En fait,
24:37il y a un pari.
24:38Le pari,
24:38c'est qu'après avoir exterminé
24:39un certain nombre
24:40de Casques Bleus,
24:42eh bien,
24:42ils forceraient
24:43en quelque sorte
24:43les Belges
24:44à partir.
24:46Dans la même journée,
24:47l'assassinat
24:48de la première ministre,
24:49là où tout démocrate
24:50Agathe Willingui-Mahana
24:52est lui aussi confirmé.
24:55Le drame se serait
24:56déroulé ici
24:57à Kigali
24:57devant le domicile
24:58du premier ministre.
25:00Menacée,
25:00Madame Agathe
25:01ou Willingui-Mahana
25:02bénéficiait
25:02de la protection
25:03de l'ONU.
25:04Beaucoup de ces
25:05personnalités
25:06Hutus
25:07et Tutsis
25:09qui avaient
25:09bien lutté
25:10soit sur le plan politique
25:12soit dans la société
25:13civile
25:13pour dénoncer
25:14les crimes
25:16du régime
25:16à Biarrimana,
25:17elles sont
25:18les premières
25:19à être éliminées
25:20dès le 7 avril.
25:21Les premières
25:22victimes
25:22génocides
25:22des Tutsis
25:23ne seront pas
25:23forcément
25:23des Tutsis
25:24mais ce sont
25:25tous ceux
25:25qui seraient
25:25susceptibles
25:26d'empêcher
25:27l'extermination
25:27des Tutsis.
25:29Depuis la France,
25:30la dégradation
25:30brutale
25:31de la situation
25:32à Kigali
25:32est jugée
25:32inquiétante.
25:34Le ministre
25:35des Affaires étrangères,
25:36Alain Juppé,
25:37n'est pas favorable
25:38à une intervention
25:38de militaires français
25:39au Rwanda,
25:41malgré les liens étroits
25:42entretenus
25:43entre l'Elysée
25:43et le régime.
25:46Il demande seulement
25:47à l'ambassadeur
25:48de France
25:48d'apprécier
25:49l'opportunité
25:49d'une évacuation rapide
25:50des ressortissants français.
25:56En Belgique,
25:57le pays plonge
25:58dans la crise.
25:59La nation
26:00a perdu
26:00dix des siens.
26:02Leur décès
26:03a rendu
26:03l'opinion publique
26:04hostile
26:05à l'opération
26:05au Rwanda.
26:08Le gouvernement
26:09décide
26:09de faire revenir
26:09le roi Albert II
26:10en déplacement
26:11à l'étranger.
26:12Il est le symbole
26:13et le garant
26:14de l'unité nationale.
26:17Le premier ministre
26:18Jean-Luc Dehaene
26:19convoque
26:20le conseil
26:20des ministres
26:20en urgence.
26:23C'est le premier ministre
26:24qui fera la déclaration.
26:25Est-ce qu'il y aura
26:26une évacuation ?
26:27C'est le premier ministre
26:28qui fera la déclaration.
26:29Si la décision
26:30d'évacuer
26:31les ressortissants belges
26:32n'est pas actée,
26:33la Belgique demande
26:34en revanche
26:34un élargissement immédiat
26:36du mandat de l'ONU.
26:38Elle veut que les soldats
26:39aient l'autorisation
26:40de faire usage
26:40de leurs armes.
26:41Il y a une constante.
26:42Depuis,
26:43on peut dire,
26:43janvier 94,
26:45il y a une constante,
26:46c'est-à-dire
26:46aussi bien d'allaire,
26:47aussi bien que les Belges
26:48demandent effectivement
26:49de changer le mandat,
26:50de permettre
26:51aux troupes belges
26:52si possible
26:53d'utiliser leur arme.
26:55Une fois de plus,
26:56le conseil de sécurité
26:57campe sur ses positions
26:58d'attente passive.
27:00Ses membres
27:01refusent de reconnaître
27:02la véritable nature
27:03du crime en cours.
27:05Les diplomates américains
27:06ont même interdiction
27:07de prononcer
27:08le terme génocide,
27:09ce qui contraindrait
27:10les Nations Unies
27:11à intervenir.
27:14L'inaction
27:15de la communauté
27:16internationale
27:17inquiète les soldats
27:18sur place.
27:19Ils savent
27:19que les Hutus radicaux
27:20sauront en profiter.
27:24Ils ont l'impression
27:25qu'ils peuvent poursuivre
27:27tout simplement
27:28leur plan
27:29et leur plan,
27:30c'est l'extermination
27:31de la population
27:31de la minorité Tutsi.
27:32Hommes,
27:33femmes,
27:33enfants,
27:33vieillards.
27:35Dans les lieux
27:36sous bannière de l'ONU,
27:37les réfugiés
27:38continuent d'affluer
27:39par milliers
27:40et ils sont bientôt
27:41trop nombreux.
27:46Il y a de plus en plus
27:47de réfugiés.
27:49Celui-là,
27:50ils ne peuvent pas rentrer,
27:51il n'y a pas de place
27:51à salle intérieure.
27:54On est déjà
27:55douce à réfugiés,
27:56on ne peut plus en accueillir
27:57donc on est à l'extérieur.
28:06Ils commencent à nous dire
28:07qu'il n'y aura pas
28:07assez de place
28:08pour accueillir tout le monde
28:09et qu'on ne peut pas
28:10assurer la sécurité
28:11de tout le monde
28:11parce que l'école
28:12n'est pas dimensionnée
28:13pour cela.
28:15Et là,
28:15je me dis,
28:16mais les autres,
28:17ils vont aller où ?
28:18Si on les refuse,
28:20ils vont mourir,
28:21c'est sûr.
28:27À l'école technique
28:28officielle
28:29et dans les autres
28:30cantonnements de l'ONU,
28:31les casques bleus
28:32font ce qu'ils peuvent
28:33pour gérer
28:34l'afflux de réfugiés.
28:35Les soldats poursuivent
28:37aussi les patrouilles
28:38dans Kigali
28:38pour rapatrier
28:39les occidentaux
28:40et les mettre en sécurité.
28:45On a l'impression
28:46d'être dans une machine
28:46à laver, en fait.
28:47Ça tourne.
28:49Mais on est dans la machine.
28:52Et parfois,
28:53on se demande
28:54à quoi on est confronté
28:56et comment ça va évoluer.
28:58La seule chose
28:58qui est importante
28:59à ce moment-là,
29:00finalement,
29:00c'est se protéger
29:01notre personnel,
29:03faire les évacuations
29:03puisque ça fait partie
29:06des missions historiques
29:07du régiment paracommando.
29:09Donc, on se raccroche
29:10à nos missions de base.
29:11Je me dis,
29:12ce n'est pas juste.
29:13Je me le dis à ma tête.
29:14Mais ce n'est pas juste
29:15parce qu'ils vont chercher
29:19tous les occidentaux
29:20dans le quartier
29:21en Akigali
29:22et on les ramène.
29:23Et en fait,
29:24je me dis,
29:25ce n'est pas juste
29:25parce que
29:27c'est que les occidentaux,
29:29c'est les derniers
29:29à être inquiétés
29:30de leur vie
29:30parce que les Hutus,
29:32ils ne cherchent pas
29:33les occidentaux.
29:33Ils cherchent les Tutsis.
29:35Les Tutsis
29:36et les Hutus démocrates.
29:39Boniface Moulinzira,
29:41un ancien ministre,
29:42grand artisan
29:43des accords de paix,
29:44a lui aussi été
29:45mis sous protection
29:45avec sa famille
29:46à l'école technique officielle.
29:48Parallèlement,
29:50les extrémistes Hutus,
29:51membres de la Kazoo,
29:52comme Agatha Vialimana,
29:53ont eux aussi demandé
29:54à être protégés,
29:56mais par la France.
29:57Ils craignent
29:58une conquête rapide
29:59de la capitale
29:59par les troupes du FPR
30:01en réaction
30:01au premier massacre.
30:03En amie fidèle du régime,
30:05François Mitterrand accepte.
30:07C'est vrai que la majorité
30:08des gens qui s'étaient
30:09réfugiés à l'ambassade
30:10étaient plutôt effectivement
30:11des gens qui étaient
30:11proches du président
30:12Abiyar Imadant.
30:16Pour combler le vide
30:17institutionnel dans le pays,
30:18l'Elysée a aussi autorisé
30:20les extrémistes Hutus
30:21à tenir des réunions
30:22au sein même
30:23de l'ambassade de France
30:24en vue de composer
30:25le gouvernement intérimaire
30:27rwandais
30:27sous la férule
30:28de Théoneste,
30:29Bagosora.
30:32Bagosora est l'architecte
30:34du génocide Tutsi.
30:36La création
30:36au sein même
30:37de l'ambassade de France
30:39du gouvernement provisoire,
30:41ça signifie quoi ?
30:42Ça signifie que la France
30:43est l'alliée de ces gens-là
30:44puisque d'ailleurs
30:45le seul État
30:45qui reconnaît
30:46ce gouvernement provisoire,
30:47c'est la France.
30:51Les extrémistes Hutus
30:52désormais au pouvoir
30:53ont toute l'attitude
30:54pour accélérer
30:55la mise en œuvre
30:55de leur plan d'extermination.
31:01Vous devez savoir
31:02vous défendre.
31:03C'est pour cela
31:04que nous avons demandé
31:05que la population
31:06reçoive une formation militaire.
31:08Vous ne devez plus
31:09avoir peur.
31:10Vous ne devez plus
31:11vous cacher
31:12quand vous entendez
31:12le bruit d'une balle.
31:14Le fusil ne doit plus
31:15être réservé aux militaires.
31:17Une arme à feu,
31:18tout le monde
31:19peut en avoir une.
31:20Et si on te tire dessus,
31:21toi aussi tu pourras
31:22répliquer
31:23car tu auras aussi
31:24la tienne.
31:29Une fois la population armée,
31:32on s'organise
31:32aux barrières.
31:48Les règles mises en place
31:49sont strictes,
31:51au point que certains
31:52appellent ça le travail.
31:58Bien sûr que c'était
31:59un travail.
32:01Tu devais te lever
32:01à 6 heures
32:02et pointer.
32:04Et quand tu étais absent,
32:06il racontait partout
32:07que tu étais complice.
32:10Je faisais partie
32:11des plus vieux.
32:13Il nous avait dit
32:14« Les vieux,
32:16vous venez le matin
32:17et vous rentrez
32:18chez vous l'après-midi. »
32:21Mais avant de partir,
32:22on allait voir
32:23le chef de barrière
32:24pour lui dire
32:25qu'on ne l'avait pas
32:26attrapé d'ennemis.
32:27Et il nous laissait rentrer.
32:29Et on était
32:31remplacés par les plus jeunes.
32:37Pour encourager
32:38celles et ceux
32:38qui sont aux barrières,
32:40la radio d'Émile Colline,
32:41maintenant surnommée
32:42Radio Machette,
32:44lance des appels
32:44aux meurtres
32:45quotidiennement.
32:48Il nous disait
32:49de chercher partout
32:50où se cache l'ennemi
32:51où se cachent
32:52les cafards.
32:55Nous félicitons donc
32:57nos forces armées
32:58pour l'effort
33:00qu'elles continuent
33:01à fournir.
33:02Nous félicitons également
33:04toutes les personnes
33:05qui faisaient
33:06vos barrières,
33:07y compris les épouses
33:08qui supportent
33:09par moments
33:10les mauvaises humeurs
33:11de leurs maris
33:11qui ont travaillé
33:13toute la journée
33:13à la sécurité du pays.
33:15Le Rwanda bascule
33:17définitivement
33:17dans le génocide,
33:19minutieusement préparé.
33:25De son côté,
33:27le front patriotique
33:28rwandais
33:28reprend l'offensive.
33:31Les troupes
33:32basées à Kigali
33:33depuis novembre 1993
33:34entament la jonction
33:36avec les bataillons
33:37situés dans le nord du pays.
33:44La France, elle,
33:45a décidé d'évacuer
33:46les ressortissants français
33:47et étrangers.
33:49Les paracommandos
33:50basés à proximité,
33:51en Centrafrique,
33:52reçoivent leur ordre
33:53de mission.
33:55Je reçois la mission,
33:56bien évidemment,
33:56qui est de prendre
33:57le contrôle
33:58de l'aéroport
34:01pour évacuer
34:02les retortissants
34:03en adoptant
34:05une position neutre
34:06vis-à-vis
34:07de tous les acteurs
34:07sur le terrain.
34:10Les Français
34:10atterrissent à Kigali
34:11dans la nuit
34:12du 9 avril,
34:12soit deux jours
34:13après le début
34:14des massacres.
34:16Quand on se pose
34:16sur l'aéroport
34:17de Kigali,
34:18il est 3 heures du matin.
34:20Donc,
34:20au petit jour,
34:21on découvre
34:22les premières traces
34:24du chaos.
34:25Et c'est donc
34:26les coopérants militaires
34:28français qui sont là
34:28qui vont me faire
34:30un point de situation.
34:32La Belgique aussi
34:33a pris la décision
34:34de rapatrier
34:34ses ressortissants.
34:36Ses forces,
34:37sous casque bleu,
34:39étant réduites,
34:40elles décident
34:40d'appeler en renfort
34:41un contingent
34:42de 500 paracommandos.
34:46Ils arrivent de Belgique
34:48le 10 avril,
34:49le lendemain des Français,
34:50qui ont pour mission
34:51de protéger
34:52leur déploiement.
34:55Il va falloir
34:56négocier
34:57avec les Rwandais,
34:58les forces armées
34:58rwandaises
34:59qui occupent
34:59une partie
35:00de la région
35:00de l'aéroport
35:01et en particulier
35:02le bout de piste
35:03pour qu'ils n'ouvrent
35:05pas le feu
35:05sur les avions belges
35:07car derrière,
35:08il y a le passif
35:09de l'assassinat
35:10des 10 paras belges
35:12sous casque bleu
35:14qui est dans
35:14toutes les têtes.
35:16À l'ambassade de France,
35:17les fonctionnaires
35:18se préparent eux aussi
35:19à partir.
35:21Et tu brûles
35:22parce qu'il y a
35:22des documents
35:23qui n'étaient pas roulés.
35:25On les brûle
35:26pour que ça ne soit pas visible.
35:30Les ressortissants français
35:32appelés à quitter
35:32le pays
35:33sont regroupés
35:34à l'école française
35:35Saint-Exupéry.
35:46Tous sont ensuite
35:48acheminés
35:48jusqu'à l'aéroport
35:49dans l'attente du départ.
35:52Parmi les premiers évacués
35:54se trouvent
35:54les protégés
35:55de l'Elysée,
35:56Agathe Abiyarimana
35:57et ses proches.
35:59C'est l'ambassade
36:01qui fixe
36:01les personnes
36:02qui ont l'évacue.
36:02Ce n'est pas
36:02les militaires
36:03qui choisissent.
36:05La famille proche,
36:06l'épouse du président
36:07Abiyarimana
36:08et sa famille proche,
36:10une douzaine de personnes,
36:12sont évacuées
36:12en même temps
36:13qu'un contingent
36:14de ressortissants
36:15français et étrangers.
36:17C'est une décision politique.
36:19Moi,
36:19j'exécute là-dedans.
36:20C'est une décision
36:21tellement politique
36:22d'accepter au fond
36:24que la France accueille
36:25quelqu'un dont on se dit
36:26qu'elle a joué
36:27un rôle clé
36:28dans les événements
36:29au Rwanda,
36:30que c'est toujours
36:31du ressort
36:31de l'Elysée.
36:3411 avril 1994,
36:37cinq jours après
36:38le déclenchement
36:38du génocide,
36:40l'ONU a refusé
36:41d'élargir le mandat
36:42des casques bleus.
36:43En réaction,
36:45Bruxelles durcit le ton.
36:47Les soldats belges
36:49sous Béret Bleu
36:49vont quitter le Rwanda.
36:54La décision
36:55de les faire partir,
36:55elle appartient
36:56à la Belgique aussi
36:57puisque c'est la Belgique
36:58qui prête,
36:58comme le Bangladesh
36:59prête,
36:59comme le Ghana,
37:00prête des soldats.
37:01On a l'information
37:02le jour même,
37:04je pense.
37:04L'heure exacte,
37:05on ne la connaissait pas.
37:06Mais on savait
37:07qu'on allait devoir évacuer.
37:08J'ai compris qu'il y avait
37:11des mouvements
37:12qui se préparaient,
37:13il y avait des départs
37:14qui se préparaient.
37:16À l'école technique
37:17officielle,
37:18la perspective
37:19d'un départ imminent
37:20met tout le monde
37:20à cran.
37:21Les soldats belges
37:22sont les seuls
37:23casques bleus
37:23capables de faire
37:24barrage aux génocidaires.
37:26Certains réfugiés
37:27essayent de négocier
37:27leur départ.
37:31C'est le cas
37:32de Boniface Moulin-Zira,
37:34où tout démocrate
37:35est artisan
37:35des accords de paix
37:36qui demande
37:37à être évacué
37:37avec femme et enfant.
37:41Il essaie
37:42de négocier son départ.
37:44Il dit
37:45« S'il vous plaît,
37:45vous ne pouvez pas,
37:46vous savez,
37:47je suis en danger. »
37:48Et il dit
37:50à un casque bleu.
37:52Et il répond
37:54« Non, monsieur,
37:55on ne peut pas
37:55vous prendre. »
37:56C'est trop dingue
37:56pour nous.
37:59Alors que la France
38:00évacue les Hutus
38:01extrémistes,
38:02l'ONU abandonne
38:03à leur sort
38:04les Hutus démocrates.
38:08Les seuls
38:09à quitter
38:09l'école technique
38:10officielle
38:10avec le contingent
38:11de la Minuar
38:12sont les Persalésiens
38:13et une centaine
38:14d'expatriés
38:14de toute nationalité.
38:192500 réfugiés,
38:21hommes,
38:21femmes,
38:22enfants
38:23sont en revanche
38:24abandonnés
38:25aux mains
38:25des génocidaires
38:26Hutus.
38:27Les premiers camions
38:28démarrent.
38:29C'est la panique,
38:30en fait.
38:30Et on crie
38:33« Mais prenne-nous,
38:34les parents
38:35qui essaient
38:35de donner leurs enfants.
38:36Prenne-nous,
38:37mon enfant. »
38:39Et en fait,
38:39« Non,
38:40on ne prend personne. »
38:40Et eux aussi,
38:41ils sont nerveux,
38:42en fait.
38:42On voit qu'ils sont nerveux.
38:43« Non,
38:44on ne prend personne.
38:44Allez, allez. »
38:47« Les véhicules partent,
38:48les gens essayent
38:49de s'accrocher
38:49et les véhicules continuent. »
38:51« On se couche par terre
38:52et ils tirent en l'air
38:56et en fait,
38:57on a eu peur. »
38:58« On a été face
38:59au désarroi des personnes,
39:02les hommes,
39:02les femmes,
39:03les enfants
39:03qui étaient autour de nous.
39:04Évidemment,
39:05j'aurais fait la même chose
39:07et j'aurais été également
39:08dans un grand désarroi. »
39:17Abandonnés par les soldats
39:18de l'ONU,
39:20les réfugiés se retrouvent seuls,
39:22sans possibilité
39:23de se défendre.
39:33Je me rappelle
39:35de cet état
39:39de sidération,
39:41de se dire
39:42« Mais en fait,
39:45là, on comprend
39:46qu'on va mourir. »
39:50Et on se dit
39:51« Comment est-ce possible ? »
40:03« Dans la minute
40:04qui suit le départ
40:05des casques bleus,
40:07les militaires
40:08et les miliciens Hutus
40:09pénètrent dans l'école.
40:12Les réfugiés
40:13qui tentaient de s'enfuir
40:14sont massacrés sur place.
40:16Les autres sont emmenés
40:18à quelques kilomètres de là,
40:20à Nianza,
40:20en réalité,
40:21une décharge
40:22à la sortie de Kigali.
40:25La dernière marche
40:26de la mort du XXe siècle.
40:30« Les gens,
40:31ils marchent,
40:31ils marchent,
40:32ils sont...
40:38Ils marchent vers la mort, quoi. »
40:49« Je voyais que ma mère,
40:51elle était déjà...
40:53Elle avait combré
40:54et que...
40:57Elle avait...
40:59Elle avait presque accepté
41:01de mourir.
41:03Donc, je restais à côté
41:05avec ma sœur.
41:08Vincent qui disait
41:09« Mais maman,
41:11je partirai,
41:11je resterai tout le temps
41:12à côté de toi. »
41:19Et il y avait
41:20les Hutus du quartier
41:22qui étaient au bord
41:22de la route
41:23qui nous regardaient.
41:33Pendant que les réfugiés
41:35marchent vers une mort
41:35certaine,
41:38les expatriés embarquent
41:39dans les C-130 français
41:41et belges.
41:48Dans tout le pays,
41:50les évacuations
41:50des Occidentaux
41:51se poursuivent.
42:03Les paracommandos belges
42:05ont justement été informés
42:06qu'une dizaine
42:07de leurs ressortissants
42:08s'étaient barricadés
42:09dans un hôpital psychiatrique,
42:10en banlieue de Kigali.
42:13Lorsque les militaires
42:14arrivent sur zone,
42:15le bâtiment
42:15semble abandonné.
42:17Mais cette impression
42:19est de courte durée.
42:21Des centaines
42:22et des centaines
42:22de réfugiés
42:23courent à leur rencontre.
42:30Et le véhicule,
42:31à qui est la type de la route ?
42:36Depuis trois jours,
42:37il y a déjà des cadavres
42:38là-dedans.
42:39Il y a énormément
42:40de blessés.
42:41Il y a 300 personnes,
42:43hommes, femmes,
42:44vieillades.
42:46Je ne sais pas où mes enfants sont.
42:49On a brûlé ma mémoire.
42:51Qui fait ça ?
42:52Qui fait ça ?
42:53C'est des militaires,
42:55des militaires,
42:55des GPE,
42:55des recettes,
42:57des interarmes.
42:59Ils ont pillé partout.
43:01Ils viennent avec des armes,
43:02des grenades,
43:02des physiques.
43:04Ils ont des physiques.
43:08On a des blessés là-bas.
43:10Des enfants,
43:11des vieilles.
43:13Qui ne sont pas soignés.
43:15Il n'y a pas de téléphone.
43:17On n'a pas besoin d'en manger.
43:19Si on pouvait sauver notre vie,
43:20on n'est pas assez non plus ici.
43:22Vous devez résoudre
43:23vos problèmes.
43:24Venez prendre des photos.
43:30Encore une bonne ?
43:38Malgré les supplications
43:39des réfugiés,
43:40les paracommandos belges,
43:42inflexibles,
43:43obéissent aux ordres
43:44et n'évacuent que les occidentaux.
43:48Je crois qu'on essaie
43:49de ne pas avoir des sentiments,
43:50mais c'est un immense
43:51sentiment d'impuissance
43:53et un très grand regret.
43:56Il faut choisir
43:57ou bien on ne prend personne.
44:00Et si on prend
44:01des ressortissants rwandais,
44:02c'est toute l'opération
44:03qui est hypothéquée
44:05parce que les bruits
44:07circulent très vite ici.
44:08et les colonnes
44:09ne pourraient faire face
44:10à des difficultés
44:11ou à des contrôles
44:12très, très méchants.
44:15Les paracommandos belges
44:16quitteront le pays
44:17avec les derniers ressortissants.
44:19Les casques bleus belges
44:20de la Minuar,
44:21eux,
44:22sont déjà rentrés
44:22pour témoigner
44:23de leur colère
44:24face à l'inaction
44:25de l'ONU.
44:26Une inaction
44:26qui les a conduits
44:27à abandonner
44:28la population Tutsi
44:29qu'ils avaient d'abord
44:30tenté de protéger.
44:32Ils tailladent
44:33leurs bérets
44:33devant les caméras.
44:35Un geste
44:36de contestation
44:36inédit
44:37de la part
44:37de militaires.
44:40On a quand même
44:41un sentiment
44:42de...
44:43un certain
44:44sentiment
44:45de frustration.
44:47En ce sens
44:48que la mission
44:48qui était vue
44:50n'a pas été
44:51remplie
44:52comme elle aurait dû être.
45:02A la cathédrale
45:03Saint-Aubin
45:03de Namur,
45:04lors de la messe
45:05en la mémoire
45:06des dix casques bleus belges
45:07assassinés par les militaires
45:08rwandais,
45:10les épouses
45:10exprimeront aussi
45:11leur colère
45:12et leur incompréhension
45:13face à des décisions
45:14politiques inappropriées.
45:16Nous les épouses
45:18avons une prière
45:19à formuler.
45:22S'il vous plaît,
45:25n'envoyez plus jamais
45:26de paracomandos
45:28sous l'Égypte
45:28du berret bleu.
45:30Leur métier
45:31et ce pourquoi
45:33ils se sont engagés
45:35c'est le berret rouge
45:37dont, à ce moment-là,
45:40ils en connaissent
45:41les risques.
45:45Sous-titrage Société Radio-Canada
46:06Au Rwanda,
46:07les Tutsis
46:08se sont retrouvés
46:09prisonniers d'un huis clos
46:10avec les tueurs outous.
46:15Ils ont demandé
46:19s'il y avait encore
46:20des autos
46:22qui se soient perdus
46:23dans la foule
46:24qui sortent.
46:25Et là,
46:25ils ont commencé
46:26à jeter des grenades
46:27et c'est là
46:28où j'ai perdu
46:33ma mère
46:33et mes soeurs.
46:35Et moi,
46:36je suis tombée,
46:38les jambes sont tombées
46:39dessus.
46:52Jeanne restera cachée
46:53pendant trois jours
46:54parmi les cadavres.
46:56Elle ne devra son salut
46:58qu'à l'arrivée
46:58des soldats du FPR,
47:00le Front Patriotique
47:01Kroindé.
47:04Je me dis
47:05que je vais voir
47:06qui,
47:06cette fois-ci.
47:11quelles sont
47:12ces personnes.
47:13Et en fait,
47:13j'ouvre les yeux,
47:14je vois que c'est
47:15le militaire du FPR
47:17qui nous touche
47:17pour voir
47:18si on est encore
47:20en vie.
47:21Et du coup,
47:22ils me touchent
47:23la joue,
47:23ils me demandent
47:23comme ça va.
47:36C'est en fait...
47:41C'est à nouveau
47:43l'humanité
47:43qui apparaît.
47:52On a été déshumanisés
47:53par les Wutus.
47:56Pour pouvoir nous massacrer,
47:57on nous a d'abord
47:59comparé à des insectes,
48:02à des étrangers,
48:04à des gens qui...
48:08qui n'avaient pas
48:09l'aspect
48:11d'un humain.
48:18Les casques bleus
48:19et les militaires,
48:20françaises et belges,
48:21auraient peut-être
48:22pu empêcher le drame
48:23s'ils avaient assuré
48:24la protection des civils
48:25rwandais.
48:25Malgré les ordres,
48:27ils ne l'ont pas fait.
48:33Quand on est face
48:34à une situation
48:35comme ça,
48:36je pense que la question,
48:37ce n'est pas de dire
48:38je refuse d'obéir
48:39et je ne vais pas faire ça.
48:40C'est de dire
48:40c'est quoi l'alternative ?
48:42Si vous additionnez
48:43les 500 parabèles
48:44qui sont arrivés
48:45avec le Connel-Roman,
48:46mes 500 parachutistes
48:48qu'on aurait pu renforcer
48:49puisqu'il y a d'autres
48:50renforts qui étaient
48:50arrivés à Bangui,
48:52les 3 000 soldats
48:54de la minuaire,
48:55on aurait monté
48:56à 5 ou 6 000 hommes.
48:57Oui, on aurait pu changer
48:58la donne
48:59mais ça n'a pas été le cas.
49:01Il y a des moments
49:02dans votre vie
49:04qui ne s'effaceront jamais.
49:05Pour moi,
49:05c'est un moment
49:05qui ne s'effacera jamais
49:06dans ma mémoire.
49:08Le moment où j'ai quitté,
49:09je me vois encore
49:10devant la petite classe
49:12où se trouvaient
49:13les bâtiments des pères
49:16et à un moment donné,
49:17les camions sont partis
49:18et des gens ont essayé
49:19de s'accrocher aux camions
49:20et nous, on devait partir.
49:23C'était...
49:26dur.
49:27Et c'est toujours dur.
49:31Si c'était resté,
49:35j'aurais eu ma mère.
49:40J'aurais eu ma soeur.
49:44J'aurais eu
49:46certaines cousines,
49:48les amis de mes parents,
49:50mes voisins,
49:51mon monde.
49:53Notre monde.
50:00Sur les 2 500 réfugiés
50:02de l'école technique officielle,
50:04comme Jeanne,
50:05seuls 70 ont survécu.
50:08Sur les centaines de Tutsis
50:09qui ont trouvé refuge
50:10à l'hôpital psychiatrique,
50:12une dizaine a échappé au massacre.
50:17En moins de 100 jours,
50:19plus d'un million de victimes
50:20ont été massacrés
50:21dans tout le Rwanda.
50:24Un million sur une population
50:26de 7 millions de Rwandais.
50:30Faute de mandats adaptés,
50:32les casques bleus présents
50:33se sont retrouvés impuissants.
50:35La Belgique et la France
50:37ont privilégié
50:38l'évacuation de leurs ressortissants,
50:40exigeant de leurs militaires
50:41de détourner le regard.
50:49Le dernier génocide
50:51de l'histoire du XXe siècle
50:52s'est produit
50:53sous les yeux passifs du monde.
50:56Il faudra attendre
50:56plusieurs années
50:57pour que les responsabilités
50:59soient assumées,
51:00les faillites admises,
51:02les fautes pleinement reconnues.
51:15Sous-titrage Société Radio-Canada
51:52en direct sur France Télé.