00:00Je rappelle que le chaos poursuit dans le pays. Un policier a été violemment frappé aujourd'hui à Belfort.
00:04Les faits se sont déroulés ce matin aux abords d'un lycée. L'officiant civil venait d'interpeller un jeune
00:07homme.
00:08Selon le procureur de Belfort, le policier a été pris à partie par une horde sauvage de jeunes qui l
00:13'ont fait tomber au sol
00:13et roué de coups de poing et de pied, notamment au niveau de la tête.
00:17Des renforts de police sont rapidement intervenus pour disperser le groupe d'agresseurs.
00:20Vous avez peut-être vu les images et porter secours au policier.
00:22Il a eu une brève perte de connaissance et présente plusieurs plaies au visage.
00:25Hier a apparu une jeune lieutenant stagiaire de la préfecture de police a été poursuivie, projetée au sol, agressée par
00:32plusieurs individus.
00:33Et le parquet de Belfort a ouvert une enquête pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique
00:39en réunion.
00:39Mais on est avec Laurent et puis on avait un peu dévié parce que Laurent est enseignant dans l'Aveyron.
00:46Et puis il est pour le blocus et il nous disait en France on a l'impression qu'on est
00:50protégé puis on ne l'est finalement pas, on ne peut pas trouver de dentiste.
00:53Donc on pourra revenir tout à l'heure sur ce dentiste monsieur le bourgeois et essayer pourquoi pas d'avoir
00:58un échange avec lui.
00:59Mais pourquoi vous êtes Laurent en tant qu'enseignant favorable au blocus ?
01:05Ouais donc bonjour Pascal et l'équipe.
01:08Moi j'y suis favorable, alors on s'entend 95% des gamins qui font grève le fond parce qu
01:14'ils ne veulent pas aller à l'école, on est les corps.
01:16Ils ne veulent pas aller sur les bancs d'école, ils sont très contents.
01:18Ils jouent au Lego grandeur nature avec des poubelles, donc c'est pas bien ça et tout ce que j
01:24'entends au niveau de la police etc c'est une horreur.
01:27Ces gens-là nous défendent à 365 sur 365, on n'a pas le droit de faire des choses comme
01:32ça.
01:33Donc je suis anti-violence, en tout cas anti-violence de ce type-là.
01:37Mais par contre effectivement moi je vois très bien mes enfants qui ont été à l'école, qui sont encore
01:41pour certains.
01:42Et je vois moi, les gamins que j'ai devant moi, alors je précise tout de suite, je ne suis
01:45pas enseignant en éducation nationale.
01:48D'accord ? Je suis sur un CFA, donc c'est quelque chose de...
01:50C'est quoi un CFA ?
01:52C'est un centre de formation, un centre d'apprentissage, d'accord ?
01:56Donc mais c'est payé par l'État ?
01:59Non, justement non.
02:00Ah bon bah oui, mais alors là vous ne pouvez pas vous plaindre des installations ou des infrastructures, puisque c
02:07'est privé.
02:08Alors c'est privé, mais on vient du public. On est passé du public au privé très récemment.
02:15Et puis j'ai fait aussi des remplacements dans l'éducation nationale, donc je connais...
02:19Voilà, qu'est-ce que vous contestez ?
02:21Qu'est-ce que vous contestez ?
02:22Alors ce que je conteste, c'est le pognon que l'État fout dans l'éducation nationale, vous l'avez
02:26dit vous-même sur vos plateaux, et ce qu'on en fait.
02:29Puisqu'on vous cogne pour exemple l'Estonie, effectivement, avec des budgets largement moindres, qui sont systématiquement premières.
02:35Moi je pense qu'on a un gros problème. Je vous donne un exemple très simple. Mon fils est en
02:38première au lycée.
02:40Il a eu une des revendications des élèves, des manifestants, c'est le problème de l'amplitude horaire.
02:46D'accord ? Et hier je vous ai entendu justement avec ce jeune, vous lui disiez mais 8-18 machin,
02:52t'es jeune mon gars, etc.
02:53Vous avez tout à fait raison. Le problème, il n'est pas là. C'est que lui, il fait du
02:578-18, mais tenez-vous bien, il a 3 heures de pause déjeuner au milieu de la journée.
03:02Oui, et alors ?
03:03Et alors ?
03:04Et ce n'est pas tous les jours sans doute les 3 heures, parce que c'est toujours pareil. Mais
03:08non !
03:09Mais la difficulté de ça, c'est que quand tu vérifies, d'abord ce n'est pas tous les jours
03:138 heures, 18 heures, ce n'est pas vrai.
03:16Et quand tu vérifies, c'est peut-être une fois dans la journée où effectivement il est à 11 heures,
03:20il va reprendre à 15 heures.
03:22Parce que moi je vais vous dire, j'ai reçu un message depuis l'émission d'hier, et je vais
03:26vous le lire.
03:27Parce que vraiment, c'est vrai que c'est un peu fatigant, ces gens qui se plaignent toujours et tout
03:32le temps.
03:33C'est un homme qui a 85 ans, et qui était au lycée Louis-le-Grand.
03:40Donc il était au lycée Louis-le-Grand, il est né sans doute en 1940, et il était en 1955.
03:47Et il m'a envoyé ce petit message parce qu'il nous a écoutés hier.
03:51Il m'a dit, les détails me reviennent.
03:56Voilà, je fus pensionnaire dans ce lycée à 17 ans.
03:59Louis-le-Grand, parce qu'il a fait une prépa à Paris, et après, je crois qu'il a fait
04:04normal-sup.
04:04Et il nous écoutait.
04:05« Nous dormions à 60 dans un dortoir sans cloison. La nourriture était infecte. Nous avions une douche tous les
04:16huit jours.
04:17Il nous était interdit de sortir de l'établissement en dehors des week-ends.
04:21Nul ne se plaignait, car nous n'étions pas là pour passer des vacances, mais pour réussir à des concours
04:27basés sur le seul mérite. »
04:29Vous entendez cette phrase, basée sur le seul mérite, parce que lui raconte, par ailleurs, parce que le texto que
04:34j'ai, qui est très long, était d'un milieu plutôt modeste.
04:37C'est-à-dire des facultés naturelles démultipliées par la volonté et le travail, dit-il, pour étayer cette dernière
04:44phrase.
04:44Après, il me dit, les détails me reviennent en mémoire.
04:46« Malgré les douze heures de travail par jour, certains poursuivaient à la lueur de la lampe électrique sous les
04:51draps.
04:52Nos blouses grises, uniformes obligatoires, étaient d'une saleté repoussante, sorte d'emblème de notre détachement à l'égard de
05:00la vie quotidienne.
05:01Tous les mois, permission de sortie exceptionnelle, une seule destination autorisée, le palais de Chailloux, c'est-à-dire le
05:06TNP,
05:07Théâtre National Populaire de Jean Villard et Gérard Philippe,
05:10« J'ai vu le prince de Hambourg », où les élèves des classes préparatoires côtoyaient les comités d'entreprise
05:15de la CGT venus de banlieues par autobus entier.
05:18J'oubliais le plus important, les modestes colis de nourriture envoyés de province par ma mère, reçus comme des dons
05:24du ciel.
05:25Un autre monde, vous dis-je. Voilà ce que m'a écrit ce monsieur.
05:30C'est tout.
05:31Donc on est en 1956 ou 1957.
05:35Vous êtes toujours là, Laurent ?
05:37Tout à fait, je vous écoute, Pascal.
05:38Bon, et cet homme raconte qu'il a fait une carrière, effectivement, de haut niveau, visiblement il a fait l
05:44'ENA, il a fait l'administration,
05:46il est en retraite aujourd'hui, on voulait d'ailleurs piquer un peu d'argent, comme toujours chez les retraités.
05:52Et le monde, alors on n'est peut-être pas assez d'un excès à l'autre, je ne vous
05:56dis pas qu'il faut revenir à ce monde-là, bien sûr.
05:59Mais cette affaire d'amplitude horaire, vous aviez hier, comment s'appelait le jeune homme avec qui nous étions ?
06:07Clovis.
06:08Clovis, il t'expliquait que la convention de l'enfant doit régir les classes de terminal.
06:14Non, c'était Nathanael, ça.
06:14C'était Nathanael, non ?
06:15C'était Nathanael.
06:16C'était Nathanael.
06:18Bon, l'amplitude, elle a toujours existé, l'amplitude.
06:21Nous, on commençait les cours à 8h, tu termines pas tous les jours à 18h, d'ailleurs, c'est pas
06:25vrai, de temps en temps, tu dois travailler une ou deux fois par semaine à 18h.
06:28Je te signale qu'ils ne travaillent même plus le mercredi et qu'ils ne travaillent plus le samedi.
06:32Enfin, ils travaillent 4 jours par semaine, quand même.
06:35Alors que même moi, de mon temps, si j'ose dire, on travaillait le mercredi matin ou le samedi matin.
06:40Les lycéens travaillent le mercredi, là, encore.
06:42Ils travaillent le mercredi, oui.
06:43Les lycéens, les lycéens, et même, il y en a qui travaillent le samedi aussi, samedi matin.
06:46Vous voyez, on les a remis au travail depuis hier.
06:48Par contre, la douche tous les 8 jours que vous avez raconté, je ne savais pas, ça.
06:51C'est incroyable.
06:53Mais vous êtes des enfants, parfois.
06:55Ma mère me raconte qu'il n'y avait pas de salle de bain dans les appartements.
07:01Enfin, vous croyez quoi qu'il y avait des appartements ?
07:03Ah oui, je pensais qu'il y avait des salles de bain, oui.
07:05Ah bah désolé.
07:06Les salles de bain, ça arrive entre 50 et 60.
07:10Les gens se lavaient aux gants.
07:12Au gant de toilette.
07:14Au lavabo.
07:14Au lavabo.
07:15Ça revient un petit peu le gant.
07:16Mais moi, je suis né quand...
07:18Ça revient pas le gant.
07:19C'est plein de bactéries, par contre.
07:20Moi, quand je suis né, quand j'allais à Bretigny-le-sur-Mer, on me lavait dans une bassine.
07:26Ça a changé.
07:26Chez mes grands-parents.
07:27Ça a changé.
07:28Dans la rivière aussi, parfois.
07:29Il n'y avait pas de rivière chez mes grands-parents.
07:32Il n'y avait pas de douche chez mes grands-parents à Bretigny-le-sur-Mer.
07:35Et on allait l'été.
07:37Et quand on sortait de la plage, trempé, guené, et que nous étions...
07:41Il y avait du sable partout.
07:42Bah, voilà.
07:43Même en ville, dans les appartements.
07:45On se baignait dans la mer.
07:46Il est 16h26.
07:47Ça tout de suite.