00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Jacques Cardoze.
00:06Vous nous écoutez des quatre coins de notre territoire, 7h12, soyez les bienvenus dans le Grand Matin, bon début de
00:12matinée en notre compagnie.
00:13C'est votre rendez-vous, témoignage à 7h12, que pensent les enseignants et les proviseurs de la colère étudiante ?
00:20Est-ce un soutien inconditionnel, un soutien avec réserve ?
00:24On est avec Elisabeth Alain Moreno qui est secrétaire générale de S-Unsa.
00:28Bonjour Elisabeth Alain Moreno.
00:30Bonjour.
00:32La situation, on l'a vu hier, elle était très grave, ici ou là, à Marseille, à Bordeaux, en région
00:38parisienne bien sûr.
00:39Première question toute simple, est-ce qu'elle vous inquiète ?
00:43Alors, elle nous inquiète dans la mesure où les violences, effectivement, ne semblent plus contrôlables à certains endroits,
00:49et que les personnels et les élèves, de nombreux élèves, sont bien en danger.
00:54Après, il va falloir entendre ces revendications, je vais dire cette colère, mais en tout cas ces revendications qui sont
00:58tout à fait légitimes,
00:59et qui sont pour grande partie partagées par les personnels de l'éducation nationale.
01:03Est-ce que vous êtes dans un dilemme aujourd'hui ?
01:07C'est-à-dire, à la fois, vous vous dites qu'il y a des revendications qui sont tout à
01:12fait légitimes,
01:12et en même temps, on assiste à un mouvement dont on sent bien qu'il échappe à ceux qui ont
01:17envie d'avancer des revendications ?
01:20De toute façon, chaque fois qu'on a des mobilisations et des mouvements sociaux,
01:24il faut faire une distinction entre les revendications légitimes initiales,
01:28de la part de grands nombres de lycéens, et qu'il faut pouvoir entendre,
01:32et ensuite, les récupérations qu'il peut y avoir, à la fois politiques, en plus en année de campagne présidentielle,
01:38mais également les autres violences urbaines qui s'y greffent très régulièrement.
01:41Et ça, c'est de notre devoir, effectivement, de faire cette distinction-là.
01:45Comment vous avez réagi lorsque vous avez vu certains enseignants molester ?
01:49On a vu un enseignant qui essayait, par exemple, d'éteindre un feu de poubelle, se faire taper à terre.
01:56On a vu d'autres scènes où des proviseurs ont été pris à partie.
02:02Je pense notamment à cette image extrêmement choquante dans une cour d'école,
02:05où on voit un jeune arriver absolument sans raison et donner un coup de poing à une proviseure dans le
02:12sud de la France,
02:12si je me souviens bien. Comment vous réagissez à tout cela ?
02:16Ça nous inquiète grandement parce que les personnels sont là pour faire leur métier,
02:20ils sont là pour protéger les jeunes, et quand ils interviennent, en général, c'est pour les protéger,
02:24ou pour aussi protéger les locaux de l'établissement, parce que c'est notre lieu de travail.
02:29Après, parfois, ce ne sont pas des élèves, ça peut être des instructions extérieures aussi,
02:32mais c'est en ça qu'on a nécessité à ce que le gouvernement réponde très rapidement,
02:36ouvre des espaces d'écoute pour que la colère puisse baisser, en tout cas dans un premier temps,
02:41parce que ça ne sera qu'une première étape, mais aussi pouvoir faire la distinction avec d'autres personnes
02:47qui ne sont pas des lycéens et qui ne cherchent pas la construction et un avenir meilleur pour la jeunesse.
02:53Si vous étiez aux responsabilités aujourd'hui, qu'est-ce que vous diriez au ministre de l'Éducation ?
02:57Qu'est-ce que vous feriez ? Est-ce qu'il y a des priorités ?
03:00Est-ce qu'il y a effectivement aujourd'hui, on parle d'absence de professeurs dans certains établissements,
03:06on entendait tout à l'heure dans le 7h une élève dire qu'elle n'avait pas eu de physique,
03:09je crois, pendant 6 mois.
03:12Quelle est la priorité aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous diriez au gouvernement
03:15pour essayer de calmer cette colère si on revient aux revendications et qu'on met la violence de côté ?
03:21Le ministre, effectivement, on échange régulièrement avec lui.
03:24Après, il est un ministre qui est arrivé après une autre succession importante de ministres, malheureusement.
03:30Donc, comme vous le dites, c'est davantage à Emmanuel Macron qu'il faudrait s'adresser,
03:34mais je vais dire aussi que c'est un petit peu tard.
03:36Ça fait quand même quasiment 10 ans maintenant qu'on est sous une politique macronienne
03:40qui s'est complètement désengagée des services publics d'éducation, de santé et de défense
03:45qui, pour moi, n'a absolument pas investi dans la jeunesse
03:48et encore moins dans la santé mentale de nos jeunes,
03:51alors que pourtant tous les rapports nous montrent à quel point elle s'est dégradée.
03:54On a bien une dégradation des conditions d'apprentissage des élèves,
03:57mais aussi d'exercice des personnels.
03:59Ça fait des années qu'on le dénonce.
04:00Donc, aujourd'hui, on a franchi vraiment une ligne rouge,
04:03ce qui peut montrer aussi les situations incontrôlables
04:06et la difficulté à contenir la colère.
04:09Donc, nous, on est aussi en colère justement par rapport à cette politique depuis des années.
04:13Donc, évidemment, veille de discussion sur le budget,
04:17c'est complètement une politique qu'il faut inflégir
04:20et réinvestir dans les services publics d'éducation,
04:22réinvestir dans la jeunesse et leur avenir,
04:24pouvoir permettre que les heures qui, aujourd'hui, ne sont pas effectivement effectuées de cours,
04:29et qui sont nombreuses, puissent être assurées auprès de nos jeunes,
04:33parce que l'école en France, elle est non seulement obligatoire,
04:36mais elle a une promesse, c'est d'assurer le même service public de qualité à tous les élèves.
04:41Et aujourd'hui, ça n'est pas le cas.
04:43Si je comprends bien, les revendications sont là.
04:45Elisabeth Alain Moreno, secrétaire générale de SEUNSA,
04:48mais évidemment, j'imagine que vous condamnez les violences.
04:52Juste un mot, Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale,
04:55annonce ouvrir une plateforme de concertation.
04:58C'est suffisant ? C'est une bonne idée ?
05:00Ou c'est peine perdue ?
05:02C'est une réponse d'espace de parole,
05:04parce qu'effectivement, aujourd'hui, à part les conseils de vie lycéenne,
05:08il y a peu d'espace d'écoute pour les jeunes,
05:10et en tout cas, c'est souvent au niveau local.
05:12Donc, un recensement national, une coordination,
05:14c'est au moins pouvoir permettre d'entendre des jeunes
05:18qui ne pourraient pas s'exprimer autrement.
05:19Après, ça ne sera pas suffisant, c'est évident.
05:22Il va falloir que derrière, il y ait des moyens et des actes.
05:25Et ça, c'est vraiment un tout autre problème,
05:26parce que, comme je le disais, ça fait 10 ans qu'on ne l'a pas vu.
05:29Merci beaucoup, Elisabeth Alain Moreno, de nous avoir éclairé ce matin.
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