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  • il y a 11 minutes
Tous les matins à 8h15, le parti pris argumenté d'un invité sur un sujet d'actualité, avec les témoignages et les réactions des auditeurs de RMC en direct au 3216.

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Transcription
00:00À un moment donné, la violence peut être légitime, même si à chaque fois qu'on peut l'éviter, c
00:05'est mieux.
00:05Voilà l'expression de maire LFI de Saint-Denis, Bali Bagayoko, hier devant un lycée.
00:12Benjamin Morel est avec nous, politologue, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas.
00:17Bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Est-ce que vous estimez qu'un élu qui justifie la violence, c'est un basculement ?
00:27Alors, c'est un basculement. Est-ce que c'est complètement nouveau ?
00:31Il faut voir qu'on vit une période de relative accalmie dans la violence en politique.
00:36Mais il ne faut jamais oublier que dans les années 60, au moment de la guerre d'Algérie,
00:40bien avant, dans les années 1940, avec des mouvements qui à l'époque sont révolutionnaires,
00:46les communistes sont en porte du pouvoir, on a déjà eu des flambées de violences,
00:50et que la violence faisait partie des registres souvent employés dans le débat politique.
00:54Ce que fait Bagayoko ici, c'est d'une certaine façon jouer sur une forme d'ambiguïté.
01:02C'est-à-dire que quand vous écoutez ses propos, il comprend la violence, il la nomme,
01:07pour mieux dire que ce faisant, elle pourrait être contrôlée,
01:11mais également pour laisser entendre que si elle peut être contrôlée,
01:14elle peut être un outil qui peut être un outil de menace vis-à-vis des pouvoirs publics,
01:18vis-à-vis des autres partis politiques.
01:19Toujours jouer sur cette ambivalence qui, d'une certaine façon, vous permet d'être à la fois le thermostat et
01:25le déclencheur de la violence sociale.
01:27Le thermostat et le déclencheur.
01:28C'est-à-dire que hier, j'évoquais avec Sophie Binet, la patronne de la CGT,
01:34la question des débordements qu'il y avait eu devant les lycées.
01:37Et elle disait, mais les débordements, je lui demandais, appelez-vous au calme,
01:40et elle disait, c'est les policiers que j'appelle au calme.
01:43Et je lui disais, mais c'est l'œuf ou la poule ?
01:44C'est-à-dire, vous vous estimez que c'est à cause des policiers qu'il y a la violence,
01:49d'autres à droite disent que c'est parce qu'il y a les lycéens qu'il y a les
01:52policiers,
01:53et que donc il y a confrontation.
01:55On est vraiment sur une lecture de la frontière entre violence ou pas,
02:00et à qui est-ce qu'elle est imputable ?
02:03Et on est sur, également, je suis d'accord avec vous,
02:06on est également sur la frontière sur la légitimité potentielle d'une violence.
02:12Ce que dit Bagayoko, c'est qu'au fond, la violence de la police légitime d'une certaine façon en
02:18réponse
02:19la violence de la société, et notamment des jeunes dans le cadre des quartiers.
02:24Et ça, évidemment, c'est quelque chose que dans un état qui est un état de droit,
02:29avec une police qui a le monopole de la violence au sein de la société,
02:34qu'on ne peut pas réellement entendre.
02:35Mais en même temps, pour Bagayoko, ça permet de dire deux choses.
02:38Ça permet de dire, regardez, moi je suis de votre côté, à toute cette jeunesse,
02:45et donc à partir de là, je vous comprends, et j'entends la légitimité qui est celle de vos actions.
02:51Et de l'autre côté, ça permet de dire aux pouvoirs publics, aux autres forces politiques,
02:56au fond, je fais partie des rares personnes qui sont entendues par cette jeunesse,
03:00et qui donc peuvent, demain, enlever le couvercle.
03:03Et si j'enlève le couvercle, tout explose.
03:05Et on rappelle que dans un état de droit, comme la France, la seule violence légitime,
03:11c'est le monopole de l'État, évidemment, dans l'usage de la violence légitime.
03:15Florian nous appelle Dugar. Bonjour Florian.
03:17Bonjour.
03:18Florian, vous êtes aide-soignant, vous n'êtes pas forcément choqué par les propos de Badi Bagayoko ?
03:23Je ne suis même absolument pas choqué par les propos de Badi Bagayoko.
03:26Vous avez d'ailleurs rappelé quelque chose, c'est qu'il y a une proportion de...
03:32Comment dire ? C'est un peu binaire tout ça, c'est-à-dire que si la police intervient,
03:35les jeunes ripostent, si les jeunes cassent, la police intervient.
03:38Moi, je crois surtout qu'il y a une case sociale depuis des années,
03:41que ça dure depuis plus de dix ans, parce qu'on parle de Macron,
03:44parce qu'on vient de manger deux mandats de Macron,
03:46et qu'effectivement, ce n'est pas franchement les deux mandats les plus glorieux qu'on ait eus.
03:50Ceci dit, des révoltes populaires, il y en a eu plusieurs, je crois, dans l'histoire de notre pays.
03:56Et il me semble quand même qu'à chaque fois que les gens se sentent un peu lésés,
04:02qu'ils se sentent complètement oubliés par l'État,
04:05ce qui est le cas depuis très très très longtemps,
04:07je pense qu'à un moment donné, la révolte, elle est plus que légitime.
04:10Est-ce que ça veut dire, Florian, que vous vous dites même qu'il faudrait une forme de révolution ?
04:15Je suis totalement révolutionnaire, on ne va pas se mentir,
04:18je pense même, alors j'aime beaucoup M. Bagayoko,
04:23par contre, je suis plus à gauche que lui,
04:25et donc du coup, je pense que c'est moi...
04:26Vous seriez plutôt du côté de Révolution Permanente,
04:27qui a été élu d'ailleurs à Saint-Denis ?
04:30C'est-à-dire qu'à un moment donné, on donne quoi comme réponse aux Français
04:42et aux gens d'ailleurs d'autres peuples aussi, dans l'Europe, de manière générale ?
04:47Florian, c'est très intéressant d'entendre votre réaction et votre témoignage.
04:51Florian, est-ce que vous votez ?
04:53Ça dépend. Cette année, je vais voter.
04:55Cette année, vous allez voter ?
04:57Oui.
04:57Vous allez voter à la fille ?
04:58Je vais voter Mélenchon.
04:59Oui, c'est ça.
05:00Et pourtant, je n'ai pas du tout le personnage.
05:02De base, je ne suis pas LFI, je suis plutôt anticapitaliste, bien marqué.
05:09Je suis comme tout le monde, je vis dans notre société,
05:12donc je participe aussi à ça par défaut.
05:14J'aimerais bien que les choses changent pour tout le monde,
05:16que ça soit plus équitable.
05:18Ça fait dix ans qu'on nous baratine avec...
05:21Voilà, il faut payer plus, il faut marcher, il faut...
05:23Après, être révolutionnaire, c'est une carrière, pourquoi pas ?
05:28Ça existe, ça fait partie de la vie.
05:30Être député de la République, c'est pas la même chose.
05:32Et là, en l'occurrence, on parle de représentants, un maire d'une très grande ville,
05:36Balibaka Yoko, de députés de la France Insoumise,
05:38qui sont payés par cette République, qui ont été élus pour la défendre,
05:41et qui maintenant se mettent du côté de la Révolution.
05:42Donc, à la limite, moi, vous voulez mener une carrière de révolutionnaire,
05:45pourquoi pas ?
05:46Mais c'est pas le travail des élus de la République,
05:48ils se font payer avec de la République.
05:49Je suis d'accord, mais ça fait quand même des années qu'on vote pour le moins pire,
05:52qu'on fait des parages à l'extrême droite, des choses comme ça.
05:55On vote pas par choix, pas par conviction,
05:58on vote parce qu'on veut pas l'un tel, on veut pas un tel.
06:01Moi, je suis désolé, mais ça s'appelle pas vraiment ça une démocratie,
06:03je suis désolé.
06:04Alors, M. Bagayoko s'est présenté, il a été élu,
06:07c'est très bien, il va lui de faire ce qu'il a envie.
06:10Je respecte son choix aussi,
06:11parce que sinon, je serais un peu à l'encontre de mes convictions.
06:14Cependant, je reste persuadé que même avec la France insoumise,
06:18rien ne sera parfait.
06:19Et d'ailleurs, je pense pas qu'il y ait grand chose qui puisse être parfait,
06:22notamment dans le monde actuel.
06:24Mais vous vous dites que c'est déjà un bon début.
06:25Merci beaucoup, Florian, pour votre témoignage et votre réaction.
06:28Florian, qui nous appelait du Gard et qui est aide-soignant,
06:3140 ans, qui nous appelait d'égalier.
06:33Ce que je trouve très intéressant, Florian,
06:35c'est qu'effectivement, c'est un propos,
06:37je trouve important sur l'AMC qu'on puisse tous vous entendre,
06:40et c'est un propos qu'on n'avait pas entendu.
06:41Je crois d'ailleurs que c'est la première fois que je vous accueille, Florian.
06:42Revenez quand vous voulez.
06:438h19, merci évidemment à Benjamin Morel aussi
06:46de nous avoir fait l'histoire aussi
06:50de cette question de l'usage ou non de la violence en politique.
06:53Il est 8h19.
06:54de l'usage ou non de la violence en politique,
06:54Merci à vous.
06:54Merci à vous.

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