00:00Bonjour Sébastien Gravier. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. La semaine dernière, vous avez inauguré la première usine
00:05européenne dédiée aux pièces en métaux amorphes. De quoi s'agit-il ?
00:09Alors c'est à la fois simple et compliqué. De manière simple, on va dire que tous les métaux sont
00:15organisés au niveau atomique.
00:17Nous, ce qu'on a fait, c'est qu'on a désorganisé la matière, mais pas n'importe comment. On
00:22maîtrise ce désordre afin d'optimiser les propriétés des pièces qu'on est capable de produire.
00:26Et ça veut dire que vous mélangez plusieurs alliages ?
00:29Alors on mélange plusieurs métaux pour former un alliage. Et en mélangeant ces métaux de manière réfléchie, de la bonne
00:36manière aussi en termes de procédés de fabrication,
00:39on arrive à désorganiser cette matière. Et ça, ça nous permet de faire de la mise en forme et de
00:42fabriquer des pièces.
00:43Et ce qu'on fait, ce n'est pas vraiment de la matière. Ce qu'on fait, c'est qu
00:45'on va jusqu'au bout et on vend les pièces à nos clients.
00:48C'est quoi la particularité des métaux amorphes ?
00:52Alors il y en a deux. La première particularité, c'est qu'on a des matériaux qui se mettent en
00:56forme un petit peu comme des plastiques.
00:58Donc ça veut dire qu'on a des métaux qu'on peut mettre dans des moules pour faire de la
01:02production en grande série,
01:03à des coûts qui sont bas par rapport à de la métallurgie classique et avec des qualités de fabrication qui
01:09sont très très élevées.
01:10Et la deuxième qualité, c'est des propriétés qui sont fonctionnelles au niveau des pièces qu'on fabrique.
01:16On a des matériaux qui sont beaucoup plus résistants, on a des matériaux qui s'usent beaucoup moins.
01:20Donc on augmente la durabilité.
01:21Je les ai trois fois plus performants que des métaux traditionnels.
01:23C'est ça.
01:24Mais alors par exemple, un de vos débougés, c'est l'horlogerie.
01:28Très concrètement, dans une montre, qu'est-ce que votre pièce va faire qu'une pièce en métal ou en
01:32titane ne peut pas faire ?
01:33C'est plus résistant encore que du titane, par exemple ?
01:35Alors il y a différentes choses qu'on peut faire.
01:38Alors si on parle des pièces d'habillage qui sont les pièces extérieures de la montre,
01:41on est capable d'avoir des matériaux qui sont à peu près trois fois plus durs que ce qui existe
01:45actuellement.
01:46Trois fois plus durs, ça veut dire qu'on augmente la durabilité des pièces,
01:48moins de rayures, meilleure résistance à la corrosion, donc tenue dans le temps.
01:52Donc on est sur de la durabilité.
01:54Et puis à l'intérieur des mécanismes, on a des pièces qui frottent beaucoup moins,
01:58qui s'usent beaucoup moins.
01:59Et donc pareil, durabilité, augmentation de la durée de vie.
02:01Et pourquoi on ne les utilise pas partout alors ces pièces qui sont extraordinaires ?
02:04Vous êtes les seuls à avoir inventé ce type de matériaux-là ?
02:08Les choses commencent à arriver au niveau international.
02:11Il n'y a pas beaucoup d'acteurs.
02:12Il y a juste ce qu'il faut pour montrer qu'il y a une saine concurrence qui va se
02:15mettre en place.
02:17Pourquoi on ne les utilise pas encore partout ?
02:18Parce que jusqu'à présent, la production était limitée à des volumes qui étaient relativement faibles,
02:23donc à des prix qui étaient quand même relativement élevés.
02:24Et le fait d'avoir cette usine qui est en train de se mettre en place et qui est en
02:27train d'accélérer,
02:28ça va permettre de baisser les coûts.
02:30Et puis ça va nous permettre de nous développer sur d'autres marchés.
02:33Parce que là on parlait de l'horlogerie, mais on peut imaginer des applications dans l'aéronautique.
02:36À part l'horlogerie, parce que c'est 50% de votre chiffre d'affaires je crois.
02:40Le reste c'est quoi ?
02:41À l'heure actuelle, l'horlogerie c'est 50%.
02:43Les autres marchés sur lesquels on est, c'est des marchés de type aéronautique par exemple,
02:47avec miniaturisation des systèmes, donc allègement de tous les systèmes mécaniques qu'il y a dans les avions par exemple.
02:52C'est des marchés de type sport automobile, dans lesquels on ne joue pas,
02:57non pas vraiment sur la propriété extrême des matériaux,
03:01mais plutôt sur la capacité de fabriquer des pièces avec une répétabilité qui est très très élevée.
03:05Ça permet de maîtriser les défauts et donc d'avoir toujours le même résultat.
03:09Comment on invente ces matériaux-là ?
03:12Vous nous dites en gros qu'on a des matériaux, on a désorganisé au niveau atomique,
03:17mais comment on sait que ce niveau-là de désorganisation va générer les propriétés dont vous venez de nous parler
03:22?
03:22Comment on le devine, on teste ?
03:25C'est en laboratoire, c'est de l'intelligence artificielle ?
03:27Comment ça fonctionne ?
03:28C'est pas de l'intelligence artificielle, je me suis réveillé un matin et puis j'y ai pensé.
03:32C'était vraiment ?
03:33Non, c'est pas vrai.
03:34Il y a des années de recherche, il y a 30 ans de recherche derrière tout ça.
03:38Donc Vulcam est issu de pas mal d'années de recherche académique.
03:43Et puis ça fait maintenant 9 ans qu'on a créé l'entreprise.
03:46La recherche académique a permis de comprendre les fondements.
03:48Et puis l'entreprise permet maintenant de maîtriser de manière plus fine les choses,
03:53de multiplier aussi les gammes de matériaux,
03:55parce qu'on n'a pas juste un matériau qui va s'appliquer à tout.
03:57C'est un peu comme dans la métallurgie classique,
04:00on développe des matériaux par vertical marché afin d'optimiser les propriétés.
04:05Alors là c'est une usine à 15 millions d'euros,
04:08c'est quand le retour sur investissement ?
04:10Le retour sur investissement c'est 2030 à peu près.
04:13Dans les 15 millions, alors quand on parle d'usine à 15 millions,
04:16il y a le bâtiment qui compte à peu près pour un tiers,
04:19c'est surtout les moyens de production qui sont à l'intérieur,
04:22qui vont permettre de monter en volume.
04:24Et ça, ça coûte de l'argent, ça nécessite de mettre de l'argent sur la...
04:27Monter en volume, ça veut dire livrer combien de pièces ?
04:29Ça veut dire que la première ligne de production qu'on a mis en place,
04:32elle est capable de monter jusqu'à 2 millions de pièces.
04:35Donc la production démarre dès 2027,
04:37on a nos premiers clients qui sont dans le domaine du luxe.
04:39Vous avez cité l'horlogerie, mais c'est un petit peu plus large que ça,
04:42le domaine du luxe, avec qui on démarre des productions.
04:45C'est quoi alors si c'est pas l'horlogerie, à part le luxe ?
04:48À part l'horlogerie ? Dans le luxe ?
04:50Oui.
04:50Par exemple, des bagues, des alliances.
04:53Et du coup, c'est quoi le nom de ces...
04:54On parle de métaux amorphes, c'est ça ?
04:57Mais ils ont un nom, c'est quoi le nom de ce métal-là ?
04:59C'est des vulc-alloy.
05:01Comment on dit vulc-alloy ?
05:03Vulc comme vulc-am,
05:04des alliages en anglais, vulc-alloy.
05:06Des vulc-alloy.
05:07Et c'est quoi votre prochaine étape ?
05:08Notre prochaine étape, c'est doubler la capacité de production,
05:12étendre l'usine,
05:13et puis s'implanter en Suisse,
05:14parce qu'on a un gros marché en Suisse,
05:16et il va falloir qu'on crée une filiale là-bas.
05:18Le marché de l'horlogerie.
05:19Merci.
05:21Merci Sébastien Gravier, PDG de Vulcam,
05:23d'avoir été avec nous ce matin.
05:24Une interview à retrouver, un podcast et un replay
05:26sur l'application BFM Business.
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