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Aujourd'hui, dans les "4V", Francis Letellier revient sur les questions qui font l'actualité avec Patrick Martin, président du MEDEF.
Aujourd'hui, dans les "4V", Francis Letellier revient sur les questions qui font l'actualité avec Patrick Martin, président du MEDEF.
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00:03Bonjour Maya, bonjour à tous, bienvenue dans les cas de vérité.
00:05Mon invité est aujourd'hui le président du MEDEF, Patrick Martin.
00:07Bonjour Patrick Martin, merci d'être sur ce plateau.
00:09On va beaucoup parler du prix des carburants avec des annonces attendues encore de la part du gouvernement aujourd'hui.
00:14Vous êtes aussi chef d'entreprise, un groupe de 3000 salariés.
00:16Est-ce que ça commence à peser concrètement sur votre activité ?
00:19Bien sûr, directement sur le coût du carburant, on est d'ores et déjà à 1 million d'euros de
00:23dépenses supplémentaires.
00:24Puis indirectement parce que nos factures, et c'est légitime, les transporteurs,
00:27ou le prix d'un certain nombre de produits qu'on achète.
00:30Donc oui, les entreprises elles aussi sont sévèrement impactées par cette inflation.
00:35Et ça risque de se répercuter sur les prix à la consommation d'après vous ?
00:39Malheureusement, on prend pour nous un certain nombre d'augmentations de ces prix-là.
00:42On voit que les marges des entreprises sont en train de se contracter,
00:45ce qui évidemment limite leurs possibilités, en particulier de primes ou de revalorisation salariale.
00:51Est-ce qu'il y a des salariés qui ne peuvent plus venir au travail ?
00:55Par exception, oui. Je prends à nouveau le cas de ma propre entreprise qui a 220 sites à travers toute
01:00la France,
01:00dont dans des régions assez rurales, pas de transport en commun.
01:04Et c'est vrai que ça leur coûte de l'argent de se déplacer.
01:09Donc ils ne viennent pas au travail ?
01:10Je n'ai pas de cas de gens qui ne viennent pas au travail.
01:13À ce jour, non.
01:14Le gouvernement envisage de nouvelles aides pour les gros rouleurs,
01:16notamment pour ceux qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler.
01:19Vous, patron du MEDEF, est-ce que vous dites qu'il faut garder le principe des aides ciblées ou il
01:24faut élargir ?
01:26Il faut malheureusement garder le principe des aides ciblées,
01:29parce qu'on est en train de percuter le mur.
01:31Alors, et moi j'en veux pour tout vous dire, à tous ceux, je parle de certaines formations politiques,
01:36qui n'ont jamais voulu faire d'économie, alors même qu'on tirait le signal d'alarme,
01:39y compris le MEDEF, pour dire il n'y a plus un sou dans les caisses,
01:42ben voilà, on y est.
01:43Et ce ne sont pas les derniers, ceux qui n'ont pas voulu faire d'économie,
01:45qui aujourd'hui demandent des aides.
01:47Il y a un principe de réalité, la France est apécunieuse,
01:51et je reste prudent en disant ça.
01:52Alors, vous savez qu'il y a aussi le procès fait à l'État
01:55qui se ferait des profits sur le dos d'augmentation des carburants.
01:58À l'instant, on apprend, c'est une information en France Télévisions,
02:00que le gouvernement inscrirait dans la loi que l'État ferait 0% de profit
02:05sur l'augmentation des carburants.
02:06Est-ce que vous y voyez un bon signe ?
02:09Je crois que si on prend en compte l'ensemble de la situation,
02:11l'État est perdant.
02:13L'État est perdant.
02:14D'abord, il y a une consommation en volume qui baisse,
02:16et c'est normal, on regarde l'augmentation des prix,
02:19et puis il y a toutes sortes de coûts induits pour l'État comme pour les entreprises.
02:22Donc l'État est perdant.
02:23Je m'en désole d'une certaine manière.
02:24Non, vous allez à contre-courant de certains discours politiques.
02:26Mais bien sûr.
02:27Notamment du RM qui dit que l'État s'en met plein les prix.
02:29Non, mais on est dans un concours de démagogie.
02:31On sait pourquoi il y a des élections qui se rapprochent assez vite.
02:34Et nous, on est très soucieux d'apporter d'abord du respect dans les échanges
02:38et de la rationalité.
02:39La rationalité, c'est de dire qu'il n'y a plus de marge de manœuvre.
02:42Et je le redis, je m'en désole.
02:44Et tout le monde y perd, l'État comme les entreprises.
02:47Jean-Paul Farandou, le ministre du Travail, propose, lui,
02:49s'il n'y a plus de possibilité d'aller au travail parce que le carburant coûte trop cher,
02:52de revenir plus au télétravail.
02:55Qu'est-ce que vous en pensez ?
02:56Écoutez, on a signé au moment du Covid,
02:59les partenaires sociaux ont signé un accord cadre sur le télétravail.
03:02Il existe toujours.
03:04Donc c'est à l'appréciation de chaque entreprise.
03:06Après, il y a des contrats opérationnels.
03:08Et moi, je suis toujours très soucieux des discriminations.
03:11C'est-à-dire qu'il y a des postes sur lesquels on ne peut pas être en télétravail.
03:14Et donc, il faut faire attention dans l'entreprise à ce que le collectif ne se fracture pas
03:18au motif que certains pourraient rester chez eux et d'autres pas.
03:21Mais revenir, je dis bien revenir au télétravail, le redévelopper, pour vous,
03:24ce n'est pas un obstacle ?
03:25Non, mais le télétravail, pardon, n'a jamais disparu.
03:30En moyenne, dans les entreprises et sur les fonctions qui peuvent être télétravaillées,
03:34on a encore un jour et demi à deux jours de télétravail par semaine.
03:37Je recite le cas de mon entreprise, si vous me permettez.
03:39C'est le cas pour certaines fonctions administratives.
03:42Donc, ce n'est pas tout ou rien.
03:44Il y a du télétravail.
03:45Est-ce qu'il faut, dans la période, l'augmenter un petit peu à l'appréciation de chaque entreprise ?
03:49Pourquoi pas ?
03:49Selon les échos, Sébastien Lecornu va demander aux partenaires sociaux
03:52de trouver 600 millions d'euros d'économies sur les arrêts maladie.
03:57Est-ce que c'est là, à vos yeux, qu'il faut faire des économies ?
03:59Alors, on nous demande beaucoup d'économies.
04:01Mais ce sont des économies pour l'État et forcément pour les entreprises.
04:04J'y reviendrai si on a le temps.
04:06Bien sûr qu'il faut faire des économies sur les arrêts de travail
04:09parce qu'il y a une augmentation, au-delà de l'effet basse,
04:12c'est-à-dire plus de salariés et des augmentations de salaires.
04:15Au-delà de cet effet basse, il y a un nombre d'arrêts maladie de courte durée
04:18qui augmente d'une manière parfois suspecte.
04:21Donc, il faut prendre des décisions.
04:22Mais si c'est pour faire supporter aux entreprises et aux salariés,
04:26à travers les complémentaires santé,
04:27ce que l'assurance maladie de base ne prendrait plus en charge, ça ne va pas.
04:32Donc, où est-ce que vous voyez des économies à faire sur les arrêts maladie ?
04:34Je crains, je crains là aussi, pardon de prendre l'expression,
04:36qu'il faille des arrêts maladie dits d'ordre public,
04:40c'est-à-dire qu'ils ne soient plus remboursés ni par le régime de base,
04:44ni par les complémentaires santé, quand elles existent d'ailleurs, ces complémentaires santé.
04:48Parce que là, ça aura un effet comportemental.
04:50Vous voulez dire que les jours de carence doivent être des jours de carence à 100% ?
04:53Non, mais je me garde de généraliser, évidemment.
04:56Mais on sait bien, et ça crée des tensions dans les entreprises,
04:59que certains salariés peuvent être tentés de prendre des arrêts maladie
05:02qui ne sont pas parfaits pour justifier,
05:04si ça ne leur coûte rien,
05:06c'est-à-dire que c'est pris en charge par l'entreprise
05:08plutôt que par l'assurance maladie, aucun effet comportemental.
05:10En clair, vous voulez des jours de carence ?
05:11Non remboursés.
05:12Non remboursés.
05:13Dans certaines limites, bien sûr.
05:14J'ai bien compris.
05:15Édouard Philippe, que vous aviez invité à l'université d'été de rentrée du MEDEF,
05:18avait parlé d'open bar sur les arrêts maladie.
05:20Vous le rejoignez là-dessus.
05:22Non, mais moi, je ne fais pas de politique.
05:24Non, mais il avait dit ça.
05:25Open bar sur les arrêts maladie.
05:26Est-ce que c'est une expression que vous reprendriez ?
05:27C'est ce qu'on appelle des punchlines.
05:29Et vous la reprendez ?
05:30Non, je ne l'endosse pas.
05:31Je ne l'endosse pas, mais on voit bien.
05:32Et les salariés eux-mêmes voient bien qu'il y a une dérive
05:35de la part de certains de leurs collègues
05:37qui considèrent effectivement avoir un droit aux arrêts maladie
05:40alors que leur état de santé ne le justifie pas forcément.
05:42Vous allez vouloir peser dans cette campagne présidentielle.
05:45Ce n'est pas par hasard si vous sortez en ce moment
05:47Génération Empétrée.
05:48Vous dites qu'il faut s'intéresser aux jeunes.
05:50Empêcher, pardon.
05:51Vous vous intéressez aux jeunes.
05:53Tous les candidats à la présidentielle parlent des jeunes d'ailleurs.
05:55Donc, vous êtes au cœur des enjeux de la présidentielle.
05:58Vous plaidez pour que la jeunesse soit grande cause nationale.
06:00Et vous dites que l'entreprise doit être plus impliquée
06:02dans la formation des jeunes, l'accueil des stagiaires.
06:05Ça veut dire que les entreprises ne le sont pas assez.
06:07Mais pourquoi ?
06:09Peut-être que tous les politiques parlent des jeunes,
06:11mais ils ne font rien.
06:12Il y a un scandale français.
06:14On a un taux d'emploi des jeunes qui est 35%,
06:1651% en Allemagne, 75% aux Pays-Bas.
06:19On a un taux de chômage des jeunes qui est deux fois supérieur
06:22à la moyenne européenne.
06:23Sept fois supérieur à celui de la Suisse.
06:24Alors, je ne sais pas s'ils en parlent dans la période électorale,
06:27mais ils ne font pas grand-chose.
06:27Vous vous reposez un question, à cause de qui ?
06:29Alors, à cause de qui ?
06:30Parce qu'on est victime d'une espèce de sclérose.
06:33Il y a des programmes de formation qui ont été élaborés il y a 20 ans,
06:36il y a 30 ans, qui étaient pertinents il y a 20 ans,
06:38il y a 30 ans, qui ne le sont plus.
06:39On voit nos classements PISA internationaux qui s'effondrent.
06:42Et surtout, si on regarde où les jeunes sont les mieux traités
06:46à travers le monde, c'est là où il y a une relation étroite
06:48entre l'entreprise et le monde de l'enseignement.
06:51Est-ce qu'on remplit nos...
06:53Est-ce qu'on assume nos responsabilités ?
06:5698% des apprentis sont dans les entreprises privées.
06:59Moins de 2% dans le secteur public, qui par ailleurs représente 25% de l'emploi.
07:03On accueille chaque année.
07:05Mais bien sûr.
07:05Et puis vous parlez aussi dans votre livre...
07:06Il faut travailler en confiance.
07:07Des inégalités entre jeunes.
07:09Inégalités sociales, inégalités de parcours, inégalités d'expérience,
07:12et surtout, la déconnexion de la vie réelle.
07:15Oui, bien sûr, parce qu'il y a des jeunes qui, bien sûr, malgré eux,
07:18sont dans une espèce de bulle un peu artificielle.
07:20Et si on ne les connecte pas en réalité,
07:22et l'entreprise fait partie des réalités,
07:23on ne peut pas leur en vouloir de se tromper dans leur orientation
07:26pour commencer de choisir un métier, parce qu'ils aiment ce métier,
07:29mais sans déboucher professionnel.
07:31Mais je voudrais insister sur un point.
07:33Si on règle le sujet de la jeunesse, on règle tous nos problèmes.
07:35Tous nos problèmes.
07:36Y compris les retraites.
07:37Mais ça, on ne va pas ouvrir le débat ce matin.
07:39On le reviendra une autre fois.
07:40Merci Patrick Martin d'avoir accepté notre invitation
07:42dans les cas de vérité où vous nous avez dit ce matin
07:44que vous réclamez que les jours de carence pour arrêt maladie
07:47ne soient plus pris en charge,
07:49ni par les entreprises, ni par les mutuelles.
07:51Merci.