00:00C'est le jour J pour Zinedine Zidane, c'est pas Zidane, notre invité d'actu, mais presque, vous allez
00:04voir.
00:04A 18h, on saura enfin à quoi ressemble l'équipe de France version Zizou.
00:08Le nouveau sélectionneur des Bleus va dévoiler sa toute première liste avec peut-être quelques surprises.
00:13Frédéric Hermel, bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Presque Zidane, vous êtes journaliste.
00:17Au niveau des cheveux, oui.
00:18Oui, et puis vous êtes l'un des journalistes qui le connaît mieux puisque vous le suivez depuis près de
00:2220 ans.
00:24Vous l'avez su à Madrid, vous avez recueilli ses confidences.
00:27Zizou sélectionneur, Frédéric, ce n'était pas forcément une évidence, en tout cas pas pour lui, je crois.
00:31Pas du tout, mais même entraîneur.
00:33Je l'avais interrogé à ce sujet quelques mois avant l'arrêt de sa carrière.
00:37J'étais en octobre-novembre 2005, j'étais à Madrid comme correspondant.
00:42Je lui ai dit, mais toi, tu n'aimerais pas être un jour entraîneur ?
00:44Il a dit, moi, ça ne va pas, mais il s'était moqué de moi, de moi, jamais de la
00:47vie.
00:48Il m'avait dit à l'époque, il avait du nez, il n'y a que deux joueurs de France
00:5198 qui peuvent devenir entraîneurs, c'est Deschamps et Blanc.
00:54Lui, il n'imaginait pas du tout cela, mais il y a eu un petit événement final à la Coupe
00:58du Monde 2006.
00:59Vous vous souvenez du coup de boule ?
01:01Un petit coup de tête, un petit coup de boule.
01:03Et ça, c'est ma théorie depuis le début, je l'ai partagé.
01:05Je pense qu'il est devenu entraîneur parce qu'il n'avait pas bien terminé sa carrière de footballeur.
01:11Il fallait qu'il revienne dans le football pour mieux terminer, et mieux terminer en tant que sélectionneur de l
01:16'équipe de France.
01:17Alors justement, après 14 ans de Didier Deschamps, c'est quoi la première chose que Zidane doit faire ?
01:22Sa première mission, ça devrait être quoi ?
01:24Changer les choses ou surtout ne rien bouleverser trop vite ?
01:28Ce n'est pas un révolutionnaire, Zidane, mais il va apporter des changements petit à petit.
01:31Le défi est immense.
01:32Deschamps est le meilleur sélectionneur de l'histoire de l'équipe de France au niveau des résultats.
01:37Rapport aux résultats.
01:38C'est une évidence.
01:39Donc il faut faire aussi bien ou s'en rapprocher au niveau des résultats, mais aussi peut-être améliorer le
01:45jeu.
01:45Et le grand défaut...
01:48Défaut ou défi ?
01:49C'est intéressant.
01:49L'absus ?
01:50Ce l'absus est intéressant.
01:51Le grand défaut, c'est qu'il veut bien jouer au football aussi.
01:53Et que parfois, dans le football moderne, c'est plutôt les résultats qui comptent.
01:57On peut jouer mal tant qu'on marque un but.
02:00Tant qu'on gagne, on vous laisse tranquille.
02:01Donc jouer bien et perdre, ça ne marche pas.
02:02Donc lui, il veut apporter un football peut-être un peu plus offensif à cette équipe de France, mais le
02:07défi est énorme.
02:08Enfin, Zidane, c'est un homme de défi.
02:09Oui, vous parlez de défi.
02:11Il y en a un autre aussi.
02:12C'est la relation avec ses joueurs pour qui il est une icône.
02:15Évidemment, Bappé, il dit, c'est Zizou National.
02:18Oui, mais ça marche une semaine, ça.
02:20Justement, comment on passe d'icône à patron ?
02:21C'est une semaine, il faut séduire.
02:23C'est-à-dire que, je me souviens, j'en avais parlé avec un joueur qui s'appelait Arbeloa, qui
02:26jouait au Real Madrid.
02:27Quand Zidane est nommé entraîneur du Real Madrid en 2016, qui est sa première grande expérience,
02:33les joueurs me disaient, mais en fait, pendant une semaine,
02:36tu as des lumières, des petites étoiles dans les yeux.
02:38On ne joue pas, on le regarde, quoi.
02:39Oui, mais sauf qu'au bout d'une semaine, tu regardes l'entraîneur et tu as envie que les entraînements
02:42soient bons.
02:44Donc, les joueurs ont l'habitude de travailler à un très haut niveau.
02:46Donc, si Zidane n'est pas bon, les joueurs vont se dire, c'est génial, super joueur,
02:50mais sélectionneur, ce n'est pas ça.
02:51Donc, il faut qu'ils séduisent aussi les joueurs au quotidien dans le travail.
02:55Et justement, au quotidien, vous avez commencé à l'aborder, vous avez évoqué quelque chose dont on ne veut plus
03:01parler,
03:01mais qui était quand même ce petit coup de chaud lors de son dernier match.
03:05On a aussi l'image du Zidane très silencieux.
03:07Dans le vestiaire, il va être comment ?
03:09Vous le découvrirez dans votre livre, comme un être explosif, sensibilité exacerbée.
03:14Ça, ça peut lui porter préjudice en tant qu'entraîneur ?
03:18Il a vieilli, lui aussi.
03:20Il s'est assagi.
03:20Il s'est assagi, c'est-à-dire le coup de boule, il y a 20 ans, aujourd'hui, c
03:23'est un cinquantenaire.
03:24Et vous savez, il nous laisse un cinquantenaire à partir d'un certain moment, on est beaucoup plus sage.
03:27Non, il a appris beaucoup de ça.
03:30En plus, dans le vestiaire, il parle aux joueurs comme entraîneurs, mais comme anciens joueurs.
03:34C'est-à-dire qu'ils ne supportent pas ce qui ennuie les footballeurs.
03:38Il me dit, moi, les messages d'une demi-heure, ça…
03:41Philosophique.
03:41Ah oui, je détestais ça dans le vestiaire, donc je ne vais pas imposer ça à mes joueurs.
03:44Les joueurs ont besoin d'un, deux messages, c'est simple.
03:47Et surtout, il y a une chose que font beaucoup d'entraîneurs et que lui ne fait jamais,
03:51c'est qu'il ne sert jamais des caméras, de la télévision, des conférences de presse
03:55pour attaquer les joueurs, pour envoyer des messages.
03:58C'est toujours en tête-à-tête dans le vestiaire.
04:00Et ça, les joueurs apprécient beaucoup.
04:02On connaît tous Zidane La Légende.
04:04Vous, vous connaissez aussi l'homme.
04:05Il a grandi dans une famille modeste à Marseille.
04:08Son père était gardien de nuit, sa mère au foyer.
04:12Est-ce qu'il vous a fait des confidences sur cette époque ?
04:15Et en quoi ça influence l'homme et l'entraîneur qu'il va devenir aujourd'hui ?
04:18Beaucoup.
04:18Nous avons passé 20 ans presque côte à côte à Madrid quand j'étais correspondant là-bas.
04:22Donc, il y a eu beaucoup, beaucoup de confiance.
04:24En plus, c'était une époque où il y avait un vrai contact avec les joueurs.
04:26On allait en entraînement tous les jours.
04:28Je lui parlais tous les jours.
04:28Aujourd'hui, ce n'est plus possible.
04:30Non, non, le football a totalement changé.
04:31Donc, cette époque dorée a fait que j'ai pu comprendre qui était Zidane.
04:34Aussi en rencontrant Smaïl, son papa.
04:36Monsieur d'une modestie incroyable.
04:39J'ai compris Zidane le jour où j'ai rencontré le papa.
04:42Il y a une phrase qui est restée très forte.
04:44Il y en a beaucoup, mais le jour où il m'a dit,
04:46« Tu sais, Fred, quand à la maison, il y avait un biftec, c'était jour de fête. »
04:50Il faut voir d'où il vient quand même.
04:52Il faut voir d'où il vient.
04:52Et ça, je pense qu'on parle toujours du mérite républicain, etc.
04:57Mais ça existe encore.
04:58Zidane, on est la preuve.
04:59En France, on peut réussir en partant de très, très bas.
05:02Et alors, ce soir, vous qui le connaissez bien,
05:04on va finir quand même sur quelques infos.
05:06Peut-être que vous avez sur les joueurs dont il va s'entourer ?
05:08Justement, les infos avec Zidane, c'est qu'on n'a pas d'infos.
05:11Il est obsédé par cela.
05:14Le mutisme.
05:15Ah, le mutisme.
05:16Il déteste…
05:17Alors, on a fait beaucoup de off, comme on dit, on parlait, etc.
05:20Mais il savait que je n'allais pas le révéler tout de suite.
05:23Ah quoi ? Il vous a donné des infos ?
05:25Non, non, non, pas là.
05:26Je vais recontinuer à Madrid.
05:26Sinon, on va vous les extorquer.
05:28Je vous connais.
05:28Je vous connais.
05:29Non, mais c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui préfère travailler dans la tranquillité.
05:33Et donc, c'est quelqu'un, même en conférence de presse,
05:35parfois, on a l'impression qu'il ne raconte pas grand-chose.
05:37Mais il dit, mais je ne veux pas donner d'éléments aux adversaires.
05:40Et il a raison.
05:40Donc, le secret va faire aussi partie de cette nouvelle vague avec Zidane.
05:47Et il est comment, d'après vous ?
05:48Il a la pression ?
05:49Parce qu'il va y avoir un monde fou ce soir.
05:51pour assister à cette première vague.
05:53Est-ce qu'il est excité ?
05:54Oui, il est très excité.
05:55Il est très ému.
05:56C'est pour lui, entraîneur de l'équipe de France, c'est une consécration.
06:00C'est ce qu'il a toujours voulu.
06:01On l'a vu lors de sa première conférence de presse,
06:03quand il a été intronisé, il y avait beaucoup, beaucoup d'émotions.
06:06Après, Zidane a passé pendant quasiment cinq ans entraîneur
06:10du plus grand club de l'histoire du football, qui s'appelle Real Madrid.
06:12Je peux vous dire que les questions de mes collègues espagnols,
06:15il y a une certaine pression qu'il n'y a pas ici.
06:18Il est entraîné.
06:19Il a l'habitude.
06:20Merci beaucoup, Frédéric Herbel.
06:22On rappelle le titre de votre livre passionnant, difficile de se tromper.
06:25C'est sobrement intitulé Zidane.
06:27C'est chez Flammarion.
06:29Vous restez encore un peu avec nous ?
06:30Avec grand plaisir.
06:30Merci.