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  • il y a 4 minutes
El Mouhoub Mouhoud, président de l'Université PSL, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mercredi 16 septembre. Il est revenu sur la proposition du Sénat de rendre plus sélective l'entrée à l'université et de multiplier par cinq les droits d'inscription, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Al Mouboud, bonjour. Vous êtes président de l'université PSL Paris Sciences et Letts.
00:05C'est 13 établissements regroupés dont, j'en cite quelques-uns pour ceux qui vous connaissent,
00:10Collège de France, Dauphine, l'école normale supérieure ou les mines de Paris.
00:13Et vous êtes également professeur d'économie à Dauphine.
00:16Je voulais vous parler d'abord d'un rapport sénatorial qui a été rendu début septembre
00:19qui provoque des réactions et des manifestations car il propose de rendre plus sélective l'entrée à l'université
00:24et de multiplier par cinq les droits d'inscription.
00:27Est-ce que le risque, ce n'est pas de creuser les inégalités et de réserver les études supérieures aux
00:33plus riches ?
00:34Oui, alors le constat qui est fait est un constat juste.
00:37On a un problème vraiment d'échecs en licence qui n'est plus soutenable, 40% d'échecs en licence.
00:45On a un problème de filière sélective malthusienne qui pourrait prendre 15 à 20% d'étudiants,
00:53ça c'est mon point de vue, et qui ont le même niveau que ceux qui sont admis
00:56mais qui pour des raisons vraiment de restriction les ferment.
01:01Et on a un problème aussi effectivement d'écart des dotations par étudiant
01:06selon qu'on est dans des filières sélectives ou dans des filières non sélectives.
01:09Quand on est dans des filières sélectives, on a quatre fois plus de dotations par étudiant
01:13que dans les filières de masse, dans les filières non sélectives.
01:16Donc le constat est un constat que j'appelle moi d'équilibre bas de l'enseignement supérieur français.
01:20et donc il convient d'apporter des remèdes.
01:23Ça veut dire qu'il faut supprimer l'entrée automatique ?
01:26Alors moi je partage un certain nombre de diagnostics du rapport,
01:31mais je ne suis pas sur les mêmes positions en matière de proposition.
01:35Pour moi, il faut ouvrir davantage les filières sélectives
01:42et désengorger les filières de masse,
01:44mais donner beaucoup plus de moyens par étudiant dans les filières de masse.
01:47Mais comment on ouvre ces filières sélectives ?
01:50Il faut simplement donner des moyens à l'université.
01:52On sous-investit dans l'université en France.
01:55Donc pour moi, augmenter les droits d'inscription par exemple
01:57de manière symétrique, c'est-à-dire à 900 euros et à 1300 euros.
02:02C'est ça, à peu près 900 euros pour la licence, 1300 euros en master.
02:05La même chose pour tous, ce n'est pas ce qu'il faut faire, surtout pas.
02:07Vous êtes pour des droits progressifs ?
02:10Exactement, pour des droits progressifs, en fonction des revenus des familles.
02:13Parce que sinon, ça ne revient pas à augmenter le niveau de l'université,
02:17mais au contraire, à le fermer davantage.
02:19Alors qu'il y a une problématique, encore une fois,
02:22malthusienne dans les filières très sélectives,
02:24qui sont avec des tout petits effectifs,
02:27qui étaient valables dans les années 1960,
02:30mais dans la mondialisation, c'est invisible.
02:32Donc il faut absolument faire un effort un peu plus, disons, courageux,
02:36qui est certainement de financer différemment l'enseignement supérieur,
02:40sans désengager l'État,
02:41et évidemment, les droits progressifs en fonction des revenus des familles,
02:45c'est ce que nous préconisons,
02:46parce qu'elles sont plus équitables, plus justes,
02:49et aussi plus efficaces.
02:50Donc si on plafonne à 10-15 000,
02:53et qu'on favorise le paiement de l'inscription pour les très riches,
02:57ça me paraît être la solution.
02:58Vous savez qu'on a 17% des étudiants qui proviennent des familles
03:04qui ont les 10% de revenus les plus élevés,
03:07donc les plus riches,
03:08et sur ces 17% d'étudiants,
03:1180% sont dans les filières très sélectives.
03:14Et donc ça veut dire qu'elles bénéficient de dotations par étudiant
03:17beaucoup plus élevées,
03:18et par conséquent,
03:19payer la même somme que ceux qui sont dans les filières de masse,
03:22c'est aberrant.
03:23Mais donc ce n'est pas la solution de les augmenter de manière symétrique.
03:27Plus de la moitié des universités qui étaient en situation déficitaire en 2025,
03:31donc il y a la possibilité d'augmenter les droits d'inscription,
03:34il y a aussi la possibilité d'augmenter le budget,
03:38le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche.
03:40Est-ce que vous savez à quelle sauce vous allez être mangé pour 2027 ?
03:43Non, on ne sait pas.
03:45Ces dernières années ont été des années dures
03:47pour l'enseignement supérieur et la recherche.
03:49Non seulement, encore une fois, on sous-investit,
03:51quand on prend la dépense intérieure de recherche et développement française,
03:54on est à 2,18%, ça stagne,
03:56contre 3,5% aux Etats-Unis,
03:59plus de 3,3% en Allemagne, etc.
04:025% en Corée du Sud,
04:04on comprend pourquoi la France décroche dans un certain nombre d'indicateurs,
04:10mais en plus, les budgets qui ont été votés ces dernières années
04:13sont des budgets qui étaient en baisse en termes réels,
04:17en pouvoir d'achat, ça a diminué très fortement.
04:19On a pris des mesures de revalorisation indiciaire,
04:22ce qui était très bien,
04:23mais qui n'ont pas été compensées par l'État
04:25et qui ont été à la charge des universités.
04:28Donc si les universités sont en déficit,
04:30ça n'est pas leur faute,
04:31c'est simplement parce qu'on a pris des mesures non compensées
04:34et on les a mis en difficulté,
04:35sans parler des questions énergétiques, etc.
04:37Si on n'augmente pas le budget de l'enseignement supérieur
04:40en intégrant l'inflation,
04:43on le baisse en termes réels,
04:45et ça fait plusieurs années, depuis 10 ans,
04:47qu'on ne le revalorise pas en termes nominal
04:51pour absorber l'inflation,
04:54et donc on baisse.
04:54Est-ce qu'il ne faut pas rationaliser ça
04:56et faire quelques grands pôles d'excellence ?
04:59C'est ce qui se passe déjà.
05:00On investit beaucoup dans les PSL,
05:02on éteint, ça clé, etc.
05:04Mais ça ne suffit pas,
05:05tout ça est complémentaire.
05:06Il y a une thèse qui a été justement soutenue
05:08à l'Université Paris-Dauphine,
05:09qui montre que les universités dans les territoires
05:11ont un rôle central dans l'élévation du niveau général
05:14de la qualification des gens,
05:16et c'est très important pour la compétitivité
05:18et la souveraineté de notre pays.
05:20L'enseignement supérieur, la recherche, l'université,
05:23ce n'est pas une dépense,
05:24c'est un investissement.
05:25Un investissement majeur est très rentable,
05:27parce que quand un euro est mis par l'État
05:29dans l'enseignement supérieur,
05:31il le récupère, plus qu'il ne le récupère d'ailleurs.
05:34Donc en fait, pour moi,
05:35changer la voilure,
05:37l'orientation de l'enseignement supérieur,
05:39et en sortant de cet équilibre bas,
05:41en faisant en sorte que les filières sélectives
05:42soient un peu plus ouvertes,
05:44sans réduire la qualité,
05:45qu'on favorise l'orientation
05:48et qu'on diversifie les filières d'entrée
05:51à l'enseignement supérieur,
05:52c'est ça qu'il faut faire,
05:53et c'est sûrement pas supprimer le bac
05:54comme premier diplôme d'accès à l'enseignement supérieur.
05:58Vous êtes 33e mondial,
06:00vous êtes très bien classé
06:02avec le plateau de Saclay,
06:04mais pourtant, en France,
06:05on voit que ça décroche,
06:06qu'on a du mal à recruter,
06:08qu'on a des sous-investissements,
06:09des manques de moyens,
06:10c'est ce que vous nous dites.
06:11Est-ce que les étudiants qui ont les moyens,
06:13et si vous augmentez les droits d'inscription à l'université,
06:16ils ne vont pas encore plus se tourner vers l'étranger ?
06:18Est-ce qu'aujourd'hui,
06:19ce n'est pas aussi valorisant d'avoir un CV
06:21où on a fait ses études dans un pays étranger ?
06:25Non, en fait, vraiment,
06:27la qualité de notre système est très bonne.
06:29D'ailleurs, on le voit dans l'attractivité internationale
06:32que nous avons,
06:32en dépit de notre désavantage salarial,
06:35parce qu'il faut parler de tout ça.
06:37C'est les salaires des enseignants-chercheurs,
06:39les salaires des enseignants tout court
06:41sont beaucoup plus bas que dans les pays de l'OCDE.
06:44Et en dépit de ça,
06:45on est attractifs en France,
06:47dans les domaines qui sont les nôtres,
06:48les mathématiques, la physique,
06:51toutes les disciplines scientifiques,
06:53mais aussi dans les sciences sociales.
06:55On l'a vu lorsque l'administration de Trump
06:57a attaqué massivement et terriblement
07:00la recherche de l'enseignement supérieur
07:01et la liberté académique.
07:03Nous avons reçu beaucoup...
07:04Et on a vu qu'on était attractifs aussi
07:06pour des Américains qui sont venus chez nous.
07:07Mais franchement,
07:07ça ne tiendra pas la route
07:08si on ne considère pas l'enseignement supérieur
07:12et la recherche, les universités,
07:14comme un secteur aussi stratégique que l'armée.
07:16Aujourd'hui, il faut mettre l'université
07:18au même niveau que l'armée.
07:20Mais vous n'avez pas les moyens ?
07:21Vous investissez quand même un peu dans l'IA ?
07:23Il faut que, bien sûr,
07:24les universités passent leur vie
07:25à aller chercher des ressources propres.
07:27La formation continue,
07:28on va chercher des relations
07:30avec les partenariats industriels.
07:31L'université a changé
07:33et les perceptions sont encore anciennes.
07:36Il faut que les perceptions changent
07:38et il faut que l'université devienne
07:39vraiment le secteur stratégique
07:42parce que c'est l'avenir tout simplement de demain
07:44et c'est la condition de notre souveraineté.
07:47Sinon, évidemment,
07:48on va continuer à décrocher dans la compétitivité
07:51et on va être au menu
07:52du technoglobalisme chinois et américain.
07:55Merci El Moumoud
07:56d'avoir été avec nous ce matin,
07:59président de PSL Paris Sciences et Lettres.
08:02Une interview à retrouver en podcast
08:03et en replay sur l'application BFM Business.
08:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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