00:00Bonsoir, Jules Thores est là.
00:00Bonsoir Pierre, bonsoir à tous.
00:01Bonsoir Jules, journaliste politique au journal du dimanche.
00:04Nous sommes avec Anne, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
00:08Bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:08Merci d'être avec nous.
00:10Aujourd'hui, au Sénat, ont eu lieu des auditions très très importantes
00:16et très très attendues, surtout par la commission d'enquête sénatoriale sur le périscolaire,
00:21dont le rapporteur est Agnès Evren.
00:24Auditionnée ce matin au Sénat, l'ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo,
00:28a renvoyé la responsabilité aux institutions, dit-elle, qui ont failli,
00:31ajoutant que c'est un échec collectif.
00:34Si nous sommes ici devant vous aujourd'hui, c'est parce que nos institutions,
00:39maire de Paris, collectivité locale, éducation nationale, police, justice,
00:44malgré les actes posés et malgré la conscience réelle des abus sexuels
00:48dont sont victimes nos enfants dans notre pays,
00:51nos institutions ont failli dans la protection de nos enfants.
00:55Et c'est un échec collectif.
00:57Voilà donc une façon de se disculper, en tout cas partiellement, Anne Hidalgo.
01:01Ensuite, c'était l'audition de Patrick Bloch, qui était l'adjoint à la petite enfance.
01:06On a beaucoup parlé avec vous, Anne, et avec Elisabeth Gutmann,
01:10c'est-à-dire vous les deux fondatrices de SES Périscolaire,
01:14comme quoi il avait été le respect-sceptacle des mails des parents
01:18qui essayaient d'en savoir un peu plus sur comment ça se fait.
01:22Il y a des choses étranges qui se passent, à tout le moins dans les écoles.
01:26Pas de réponse, vous nous disiez, depuis le début du scandale du périscolaire.
01:31Il ne répondait pas ou alors il répondait des inepties.
01:35Patrick Bloch, lui aussi, a été auditionné.
01:38Et il vous charge, Patrick Bloch.
01:41Je les reçois le 12 janvier 2022.
01:45Ils évoquent les risques, et notamment de violences verbales, physiques ou sexuelles.
01:51Et je leur dis, écoutez, donnez-moi les coordonnées des parents qui vous ont sollicité.
01:57Ce à quoi ils m'ont dit, non, on ne pourra pas vous les donner,
02:00ils veulent garder l'anonymat, bon, très bien.
02:02J'ai dit à ce moment-là, donnez-moi au moins le nom des écoles
02:05dans lesquelles vous avez eu des signalements.
02:07L'association SOS Périscolaire revient vers moi, si je veux dire, 5 mois plus tard.
02:13Nous ne vous transmettrons pas le nom d'école.
02:15En effet, pour certaines, la DESCO a déjà été alertée en vain.
02:19Et pour d'autres, nous leur avons conseillé de s'adresser directement à la DESCO
02:23afin de ne pas servir d'intermédiaire, ce qui n'est pas notre rôle.
02:27La DESCO, c'est la direction...
02:29Des affaires scolaires.
02:30Des affaires scolaires.
02:31Là, qu'est-ce qu'il lit, Patrick Bloch ?
02:34Patrick Bloch lit une partie seulement.
02:37La partie qui l'intéressait.
02:39D'un mail, effectivement, d'un des mails
02:42que nous lui avons envoyé à cette époque pour l'alerter.
02:46Et effectivement, nous disons dans le début de ce mail
02:50que ce n'est pas à nous d'être l'intermédiaire,
02:52que c'est à la DESCO de prendre ses responsabilités,
02:55de répondre,
02:56que la plupart des familles se sont déjà heurtées
02:58à une administration qui ne leur donne pas
03:01de réponse satisfaisante ou pas de réponse du tout.
03:03Et en fait, surtout, on ne voulait pas nourrir cette façon
03:07qu'on avait tout de suite repérée,
03:09qui faisait justement que nous disions que c'était systémique,
03:12de traiter les affaires les unes décorrélées des autres.
03:16Donc quand, à ce moment-là, Patrick Bloch nous demande,
03:18encore une fois, très habilement, le nom des écoles,
03:21comme si...
03:22Le nom des parents aussi.
03:23Et des parents qui, d'ailleurs, voulaient rester anonymes
03:25parce qu'il y avait beaucoup de terreurs, de peurs,
03:27notamment de représailles sur les enfants.
03:28Il y avait déjà le traumatisme.
03:29Des choses qui ont eu du mal à émerger.
03:32Mais lui, on avait l'impression qu'il découvrait.
03:34Donc on a quand même été contentes d'apprendre que,
03:36dans son audition, il dit que non, non, non,
03:38il était en conscience bien avant 2017.
03:41Il l'a dit pendant l'audition,
03:42ce qui entre en contradiction totale
03:44avec ce qu'il nous dit justement à ce moment-là,
03:46qui est qu'il ne nous croit pas en réalité.
03:49Et il dit qu'on en fait trop, qu'on en rajoute.
03:51Et donc dans cet email,
03:53on ne voulait pas lui donner une liste d'écoles
03:56qu'il aurait en fait peut-être gérée comme ça,
03:59dans un silence, au cas par cas,
04:01parce que nous voulions des changements structurels
04:04d'une administration dysfonctionnelle.
04:05Mais est-ce que vous lui avez, dans ce mail ou dans un autre,
04:08relaté la gravité des faits sur des enfants très jeunes ?
04:11Bien sûr, bien sûr.
04:12Nous avons notre premier mail que je peux vous transmettre
04:15et à qui le veut,
04:16où nous faisons déjà un constat
04:18que malheureusement,
04:20on aurait pu envoyer peut-être il y a six mois.
04:23Maintenant, nous constatons qu'à la mairie de Paris,
04:25il y a quand même des choses qui ont évolué,
04:27qui ne sont pas encore pleinement satisfaisantes,
04:29mais qui sont sur la bonne voie.
04:30Nous essayons quand même d'être optimistes.
04:32Et Paris fait quand même plus d'efforts
04:34que beaucoup d'autres villes et communes
04:36ailleurs sur le territoire français.
04:38Mais néanmoins, ce tout premier mail,
04:40c'est terrible.
04:40On aurait pu l'envoyer encore il y a six mois,
04:42puisqu'on faisait état,
04:43d'une manière très précise,
04:46de dysfonctionnement,
04:46qui était répandu,
04:48qui était vraiment, pour nous,
04:50encore une fois, systémique,
04:51de toute nature,
04:52des violences physiques, psychologiques,
04:54sexuelles,
04:55dans beaucoup d'écoles.
04:56Et ça, ce premier mail,
04:57il est à quelle date ?
04:58Parce que là, il parlait de 2021.
05:00Ce premier mail, oui.
05:00En fait, nous, effectivement,
05:02comme il le dit,
05:02il nous reçoit assez rapidement,
05:04c'est vrai.
05:05Mais enfin, recevoir les gens
05:06pour leur administrer une petite tape
05:08sur l'épaule bien paternaliste,
05:10ça n'a pas d'intérêt.
05:11Et c'est comme ça qu'il nous a traités.
05:13Racontez-nous ce rendez-vous.
05:14Vous arrivez chez Patrick Bloch,
05:16vous avez des dossiers,
05:17vous avez des témoignages,
05:19vous vous retrouvez face à lui.
05:21Qu'est-ce qui se passe ?
05:22Déjà, c'est une visio.
05:23C'est une visio.
05:25Mais bon, il nous la concède.
05:27Donc, ce n'est pas grave.
05:28Nous, on est preneuse de tout.
05:29Si vous voulez, nous,
05:30on est dans une naïveté à l'époque
05:31où on se dit,
05:32c'est tellement grave
05:33que s'ils ne font rien,
05:34c'est sans doute
05:34qu'ils ne sont pas au courant.
05:36Donc, on imagine
05:37qu'il va tout de suite
05:38se passer quelque chose.
05:38Quand on va alerter,
05:39on était d'une naïveté adorable.
05:41Donc, on est face à lui.
05:42On lui explique
05:43qu'on a tant de familles,
05:44qu'on a eu très vite
05:45beaucoup de témoignages,
05:46que ces témoignages sont gravissimes,
05:47qu'on a un constat immédiat,
05:50c'est-à-dire que tous les témoignages
05:51se ressemblent un petit peu.
05:52On voit tout de suite,
05:53immédiatement,
05:54des dysfonctionnements
05:55au niveau de la formation,
05:56au niveau de la posture professionnelle.
05:58Et lui, il écoute ?
05:58Il prend des notes ?
05:59Il fait quoi ?
06:00Oui, il le coûte.
06:00Il le coûte gentiment.
06:01Mais vous savez,
06:02il nous a vraiment traités
06:03par le mépris.
06:04Il y a eu une véritable...
06:05Ça veut dire quoi,
06:06traité par le mépris ?
06:07Soyez précise.
06:07Bon, alors, je vais vous le dire.
06:08D'accord, je vais vous le dire.
06:09Qu'est-ce qu'il dit ?
06:10Qu'est-ce qu'il dit ?
06:11À nous, rien.
06:12En off, il dit qu'on est
06:13un peu hystérique.
06:14Et il le dira à des journalistes
06:15qui nous offriront
06:16notre premier article.
06:18Donc, en gros,
06:18on se prend une petite table
06:19paternaliste sur l'épaule.
06:20On est un peu agité.
06:22Et en réalité,
06:24évidemment,
06:24malheureusement pour lui,
06:25cet entretien,
06:26on l'a enregistré.
06:27Les emails,
06:28on les a tous gardés.
06:30Et donc, très rapidement,
06:31on s'aperçoit
06:32que nous sommes structurés,
06:33que nous sommes raisonnables,
06:34que nous sommes nuancés
06:35et que nous lui apportons
06:36un constat
06:37qui est travaillé
06:38avec, à la clé,
06:39en plus,
06:40dès 2022,
06:41des propositions d'action
06:43pour résoudre ce problème
06:45qui, je le martèle encore aujourd'hui,
06:47est déjà pour nous
06:48à l'époque systémique.
06:49Et ça a été
06:50notre grand désaccord avec lui
06:52qui fait qu'il n'y a eu moyen...
06:54Encore aujourd'hui au Sénat
06:55entre Agnès Évren et Anne Hidalgo
06:56sur le mot systémique.
06:58Jules Thorez.
06:58Les premiers signalements,
07:00notamment faits par M. Lecoq,
07:01ont lieu, je crois,
07:02en 2015.
07:03Là, on est en 2022.
07:05Comment vous expliquez...
07:05M. Lecoq,
07:06qui est le maire du 6e arrondissement,
07:09qui avait porté ce sujet
07:10dans les premiers.
07:11Comment vous expliquez
07:12que le scandale du périscolaire,
07:13notamment parisien,
07:14n'éclate
07:15qu'après les élections municipales
07:17de 2026 ?
07:18On l'explique
07:19et on le voit
07:20très très bien.
07:21En réalité,
07:22nous,
07:22quand on arrive,
07:23encore une fois,
07:24on a refait,
07:25en quelque sorte,
07:26le rapport de 2015.
07:27On ne connaissait pas
07:28l'existence de ce rapport.
07:29Donc,
07:29quand il se dit très étonné,
07:31nous le croyons.
07:32Oui,
07:33en 2022,
07:34pardon,
07:34il ne vous dit pas
07:35qu'il a déjà eu des signalements.
07:36Il ne dit pas qu'il y a déjà
07:36ce rapport
07:37qui raconte exactement
07:38la même chose
07:38que ce que nous,
07:39on vient lui dire.
07:40Il ne nous le dit pas.
07:41Pourtant,
07:41il ne l'ignore pas.
07:42D'ailleurs,
07:42il ne dit pas qu'il l'a lu.
07:44Il s'en vante même,
07:45alors qu'il ferait mieux,
07:46peut-être,
07:46de ne pas trop s'en vanter.
07:48Mais toujours est-il
07:49que pour vous répondre,
07:50ce qui s'est passé,
07:51c'est que jusque-là,
07:52justement,
07:52ces affaires étaient,
07:53par exemple,
07:53traitées dans la presse
07:54de manière séparée.
07:57Toutes les semaines,
07:57c'était un fait divers
07:58dans une école,
07:59un animateur,
07:59blablabla.
08:00Et en fait,
08:00ce qui se passe,
08:00c'est qu'en septembre 2025,
08:01très précisément,
08:02vos confrères du Parisien
08:04sortent une infographie,
08:05la carte de Paris,
08:05avec des points rouges
08:07quand il y a une plainte.
08:08Et là,
08:09d'un coup,
08:09Paris est très très rouge.
08:10Et il y a des arrondissements
08:11qui clignotent même.
08:12C'est-à-dire que sur la CASP 11-12,
08:13c'est-à-dire la CASP,
08:14c'est les bureaux
08:16qui gèrent le périscolaire
08:17par arrondissement.
08:17Donc les responsables
08:18des arrondissements 11-12,
08:20ils sont quand même
08:20dans la tempête
08:21parce que là,
08:21les arrondissements
08:22sont très très rouges.
08:23Il y a également la CASP 7-15,
08:24dont on sait que c'est
08:25la seconde CASP
08:26qui est très problématique.
08:27Aujourd'hui,
08:27on voit que la CASP
08:28du 13e arrondissement,
08:295-13,
08:30des arrondissements 5 et 13,
08:31est également problématique.
08:32À ce moment-là,
08:33cette carte,
08:34c'est une détonation.
08:35D'un coup,
08:42et c'est là effectivement
08:43que toutes nos rédactions
08:44sont mobilisées sur ce sujet.
08:45L'intérêt médiatique arrive
08:47et ensuite sort en janvier.
08:49Nous, on arrive au fait
08:51de fin d'année
08:51complètement lessivés
08:52par une médiatisation
08:53que nous avions beaucoup attendue,
08:55que nous avons embrassée.
08:56Mais arrive en janvier
08:58le cache-investigation
08:59qui met définitivement
09:01le feu au point.
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