Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 13 minutes
Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:0518h31, Jérôme Gage est l'invité d'Europe 1 Soir et c'est Eric Tegner qui vous interroge.
00:09Alors, souvent quand on parle du Parti Socialiste, il y a quand même un mot qui revient à l'oreille
00:13de certains, c'est le mot de trahison.
00:15D'une certaine façon, le Parti Socialiste, la gauche, je ne parle pas fondamentalement de vous,
00:19ils ont trahi d'abord les ouvriers qui sont partis massivement du côté du Rassemblement National à votre corps défendant.
00:24Ils ont trahi ensuite les homosexuels en ne voyant pas les problématiques notamment liées à l'insécurité, à l'islamisme
00:30dans certains quartiers.
00:31Ensuite, ils ont trahi les juifs suite au 7 octobre.
00:34Encore une fois, je ne parle pas de votre cas spécifique qui est d'une certaine façon très à part.
00:38Et ma question est la suivante, qui avez-vous prévu de trahir d'autres ?
00:42Bon, alors évidemment vous avez une vision pour le moins caricaturale.
00:50Moi je ne vais pas nier qu'il y a eu de la distance, qu'il y a eu parfois
00:54le sentiment de ne pas répondre aux attentes.
00:57Vous savez, il y a des principes, moi je défends la laïcité et la gauche a renoncé à défendre et
01:02promouvoir la laïcité.
01:03Je défends la nation et parfois la gauche a considéré que le patriotisme républicain, c'était un gros mot.
01:12Je défends le travail, comme devant payé dignement, et que parfois on a préféré s'intéresser à des sujets sociétaux.
01:21Et dans les sujets sociétaux, contrairement à ce que vous avez dit, on a été force d'émancipation et de
01:26droits nouveaux.
01:28Quand la gauche du Pax au mariage pour tous est capable de conquérir et de permettre l'arrivée de nouveaux
01:36droits.
01:36Mais c'est un quartier, c'est droit recul.
01:38Notamment en raison d'une immigration de masse, favorisée notamment par le parti socialiste.
01:42Je m'attendais, ça a duré une minute trente avant que les marottes de frontières ne soient mises sur la
01:47table.
01:48Moi je ne suis pas dans le déni.
01:50Mais je ne suis pas dans la monomanie.
01:53Si vous considérez que notre société ne doit être regardée qu'au prisme de la question migratoire, de la question
01:59de l'identité, de la question religieuse, vous vous fourvoyez.
02:02Et vous êtes aussi hémiplégique, je n'aime pas l'expression, que ceux qui en sens inverse pensent que toutes
02:09ces questions-là ne sont pas un problème.
02:10Moi je combats radicalement l'islamisme, mais je défends la laïcité qui doit protéger, y compris les musulmans.
02:15Je ne suis pas de ceux qui disent que l'islam n'est pas compatible avec la République.
02:19Je ne suis pas dans l'obsession de frontières qui pensent que les musulmans sont la source de tous les
02:23maux de notre société.
02:24Et je suis capable d'être intransigeant dans le combat contre l'islamisme, mais de considérer qu'on est capable
02:29de faire société avec ceux qui s'inscrivent dans les lois de la République,
02:32qui participent à la richesse, à la diversité et à l'intérêt de ce pays.
02:36Et sur la question migratoire, je vous l'ai dit tout à l'heure, je fais partie de cette gauche
02:40qui est lucide.
02:40Je ne suis pas un sans-frontieriste.
02:43Et je ne suis pas un défenseur du grand remplacement.
02:47Je veux éviter cette espèce de tenaille qui ne sert absolument à rien.
02:50C'est une politique publique qui, comme toutes les autres, doit être évaluée, organisée et planifiée.
02:55Je revendique le concept d'une immigration planifiée.
02:57Parce que c'est une prérogative de souveraineté pour un pays que de décider qui peut entrer et qui doit
03:02sortir de son territoire.
03:03Mais en faire le sujet central, un peu comme le Rassemblement National le fait quand il est en mal en
03:09point sur les questions économiques,
03:10il nous sort un jour une polémique sur le voile ou des propositions absolument irréalistes.
03:17Ce que vous voulez dire, Jérôme Guel, c'est qu'il y a un sujet sur l'immigration, il n
03:21'est peut-être pas central pour vous, mais on peut s'y intéresser.
03:24Mais évidemment, je vous dis exactement ça.
03:26Je vous dis que ce serait complètement irréaliste, et là pour le coup, une trahison de tout simplement la demande
03:34de l'ensemble de nos concitoyens
03:36qui se posent la question de savoir vers où on va.
03:41Et moi, plutôt que de subir, je préfère planifier.
03:45Et donc je dis, ni immigration zéro, parce que c'est irréaliste, ni frontière ouverte, parce que ce n'est
03:53pas pratique.
03:54Jérôme Guel, puisque vous dites que les citoyens français se posent cette question également,
03:58est-ce que la meilleure façon d'y répondre, ce ne serait pas justement un référendum sur l'immigration ?
04:02Mais tout dépend des questions qu'on pose. Si c'est un référendum pour introduire la préférence nationale et le
04:09fait...
04:10Non mais je dis ça parce que ceux qui proposent aujourd'hui un référendum sur la question de l'immigration,
04:15c'est historiquement le Rassemblement National qui, au détour, propose en fait de changer totalement nos institutions
04:21en changeant une vingtaine d'articles de la Constitution pour rien introduire à la préférence nationale,
04:26pour sortir du cadre européen, parce que contester un certain nombre de principes
04:31qui ont été posés à l'échelle européenne. Moi je suis un Européen qui sait être critique
04:36sur la construction européenne, notamment quand elle transforme l'Europe en un vaste grand marché
04:40dans lequel c'est la compétition des uns contre les autres.
04:42Mais par contre, je sais aussi mesurer en quoi, en termes de valeurs et de principes,
04:47nous avons une singularité européenne à faire valoir face aux Etats-Unis, face à la Chine, face à la Russie.
04:54Et donc je ne passe pas par-dessus bord quelques-uns des principes, des droits fondamentaux
04:58qui doivent être dans le patrimoine commun et qui font qu'on n'est pas à faire de l'étranger,
05:03de l'altérité, le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas dans le pays.
05:06Mais on ne demande pas, je ne demande pas non plus, est-ce que la gauche que vous représentez
05:10devienne d'une certaine façon nationaliste, qu'elle devienne de droite ?
05:13Mais est-ce que vous ne vous sentez pas seul quand même dans cette défense d'une gauche laïque,
05:18d'une gauche républicaine ? Et est-ce que finalement votre réflexe de dire que dès qu'on parle d
05:21'immigration,
05:22c'est notre marotte qu'on met en avant, n'est pas finalement le symptôme du fait que vous n
05:26'arrivez pas
05:27à régler ce problème, qui est quand même pris en compte notamment par une partie de vos électeurs
05:31dans les différents sondages qui sont posés ?
05:32Le reproche que je vous fais, c'est que vous mettez au cœur de tout la question de l'immigration
05:37pour évacuer la question sociale, la question du quotidien.
05:41Vous avez parlé de la trahison des ouvriers tout à l'heure, la trahison des ouvriers c'est plus lié
05:45par exemple à désindustrialisation, pour le coup ça n'a rien à voir avec l'immigration,
05:49ce n'est pas ce sujet que j'ai mis en avant.
05:50Oui mais précisément sur ces enjeux de désindustrialisation, sur ces enjeux de réarmement
05:56de l'appareil productif, moi je suis pour l'alliance des productifs et de tous ceux qui travaillent,
06:02ce qui a pour conséquence en matière d'immigration, je le dis, là où certains défendent la préférence nationale,
06:07moi je revendique la préférence travail, c'est-à-dire que celles et ceux qui viennent travailler
06:11et qui répondent à des besoins qui ont été identifiés, qui ont été planifiés,
06:15qui ont été répartis, discutés avec les branches professionnelles,
06:18lesquelles ne peuvent pas faire de l'immigration une variable d'ajustement pour la pression des salaires à la baisse.
06:24Vous voyez, il y a des branches entières, les métiers du bâtiment, les métiers des services à la personne,
06:29notamment pour accompagner les personnes vulnérables, l'agriculture évidemment,
06:33où il y a un besoin de main-d'oeuvre étrangère.
06:38On a 8% de chômage, Jérôme.
06:40C'est la raison pour laquelle je dis que d'une certaine manière, dans cette planification de l'immigration,
06:44une des propositions que je fais et que je formule d'ailleurs dans mon livre,
06:47c'est de dire que là où on va identifier des besoins, et ils existent,
06:52il faut s'assurer au préalable que les branches professionnelles ont d'abord vérifié
06:56qu'on améliorait les conditions de travail, les conditions de rémunération,
06:59pour éviter de dire qu'il y a des métiers en tension.
07:02Ben oui, c'est normal, il y a des métiers que les gens n'ont pas envie d'aller faire
07:03parce qu'ils sont mal payés, parce que c'est des conditions de travail dégueulasses, etc.
07:06Il y a 1,4 millions d'étrangers qui ne travaillent pas aujourd'hui.
07:08Et que du coup, ce sont des étrangers avec des conditions elles-mêmes indignes de travail
07:13qui sont parfois mobilisés sur ces questions-là.
07:16On a besoin de faire nation dans un pays dans lequel on continuera à avoir...
07:21Vous savez, moi je suis sur le plateau de Saclay, dans ma circonscription,
07:24et il y a des chercheurs étrangers, il y a des médecins étrangers,
07:30il y a des professeurs contractuels de l'éducation nationale qui sont étrangers,
07:36et je peux vous assurer qu'ils font tourner le pays,
07:38et on est bien content de les avoir quand vous allez aux urgences
07:41et que vous avez ce qu'on appelle un pas dû qui vous accueille.
07:44Vous avez un peu amorcé la discussion aussi sur le terrain de l'économie.
07:47Comment on réconcilie la gauche avec les entreprises,
07:50avec l'économie au sens de ce qu'elle doit apporter la nation ?
07:53Qu'est-ce que vous faites avec la croissance ?
07:55Qu'est-ce que vous en faites sur une priorité ?
07:56Est-ce que la compétitivité vous préoccupe ?
07:59Est-ce que la simplification fait partie de vos sujets ?
08:01Comment vous abordez ces questions-là ?
08:03Parce qu'elles sont fondamentalement essentielles pour l'avenir,
08:06sinon ce sera plus d'impôts, plus de charges, plus de prestations sociales,
08:09et puis on continuera à s'enfoncer.
08:10Évidemment, moi je suis assez basique,
08:12il faut produire de la richesse pour le moment venu pouvoir la partager.
08:17C'est bien de l'entendre à gauche.
08:18Mais non, mais ça me paraît une évidence.
08:20Je ne suis pas un décroissant.
08:23Je pense qu'il faut produire plus,
08:25et pour cela, il faut travailler tous et travailler mieux.
08:27Et pour produire plus, il faut assumer ce que j'ai évoqué tout à l'heure,
08:33ce que j'appelle l'alliance des productifs.
08:34L'alliance des productifs, c'est le salarié,
08:37mais c'est aussi le chef d'entreprise,
08:39l'investisseur, celui qui prend le risque,
08:40le patron de PME, l'artisan, le commerçant.
08:43Et ça, je l'oppose, pas pour diviser le pays,
08:47mais avec une économie de la rente,
08:50une économie financiarisée,
08:52dont on se pose parfois la question de savoir
08:54si elle s'inscrit dans le temps long de cette alliance des productifs.
08:57Voilà, et vous savez, un patron de PME
08:59qui galère à recruter dans son territoire
09:02des gens bien formés,
09:03et qui a envie de pouvoir les payer,
09:05il faut entendre ce qu'il a à nous dire.
09:07Donc moi, je n'ai aucun problème.
09:08La caricature qui consiste à dire que la gauche
09:10a un problème avec les entreprises,
09:12je trouve qu'elle est souvent injuste.
09:14C'est un point d'équilibre.
09:15La taxe Zuckmann, vous, vous ne la reprenez pas ?
09:17Moi, je suis pour la justice fiscale.
09:19C'est-à-dire que, posons-nous la question,
09:22non, mais la question de la concentration des patrimoines
09:25est un sujet qu'on doit regarder.
09:27Voilà, les extrêmes concentrations de patrimoine
09:29sont aujourd'hui une source de questionnement
09:33sur comment ils contribuent plus et mieux
09:35au financement de notre modèle social.
09:36Vous voulez moins de gens européens et français,
09:38donc dans la compétition mondiale,
09:40on disparaît complètement ?
09:40Non, c'est pour ça que je suis pour trouver
09:42le point d'équilibre qui permet à la fois
09:44de mettre à contribution des niveaux de patrimoine
09:47qui se sont extrêmement concentrés,
09:50mais sans s'aborder l'appareil.
09:52Vous voyez, par exemple, sur les pistes,
09:53sur la taxe Zuckmann,
09:55je fais partie de ceux qui posaient la question
09:57de celles des entreprises en forte croissance,
10:01start-up, prélicorne ou autres,
10:04pour lesquelles la valorisation du patrimoine
10:08posait problème pour le paiement d'attaque Zuckmann.
10:11On ne peut pas vendre ses actions pour payer des impôts,
10:13ce n'est pas possible.
10:13C'est la raison pour laquelle je pense
10:15qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain
10:18et qu'il y a des modalités,
10:20que ce soit sur l'héritage, sur le patrimoine,
10:23sur la transmission d'entreprise.
10:25On parle beaucoup du pacte d'Utreil,
10:26c'est un outil qui a sa pertinence,
10:29mais qui a aussi ses dévoiements et ses abus.
10:31C'est la raison pour laquelle je propose aussi
10:32qu'on mette en place des outils
10:34qui permettent la transmission d'entreprises,
10:36parce qu'on va avoir une grande transmission,
10:37on peut être 300 000 entreprises
10:38dans les 10 années à venir
10:39qui n'ont pas forcément de repreneurs.
10:41Et que s'il y a bien un sujet dans lequel
10:42on peut justement incarner cette alliance des productifs,
10:45c'est de voir dans quelle situation
10:46on peut avoir la reprise des entreprises
10:48par les salariés eux-mêmes.
10:49Il va nous falloir plus qu'une émission,
10:51cher Jérôme Gage.
10:52Mais parce que j'ai plein de propositions
10:53à mettre sur la table
10:54et à tordre le cou à la vision binaire,
10:56manichéenne et parfois un peu caricaturale
10:58que vous pouvez avoir ici ou là,
11:00les uns et les autres sur l'opinion.
11:03C'est là pour laquelle je viens ici,
11:04y compris débattre avec Frontière,
11:06avec lequel je suis à peu près d'accord sur rien.
11:07Mais moi, je parle du principe
11:08que je m'adresse à tout le monde.
11:09Je m'adresse à tous les électeurs,
11:11à tous les courants de pensée.
11:13J'aime me limer la cervelle,
11:14j'aime la confrontation.
11:15Quand la politique est de la dispute apaisée,
11:17ça me va bien.
11:18Et puis à la fin,
11:18la magie du chiffrage universel
11:20font que les gens choisissent.
11:21Évidemment.
11:21Merci beaucoup Jérôme Gage,
11:22La République, c'est nous.
11:23C'est votre livre aux éditions de l'Observatoire.
11:25Merci beaucoup.
Commentaires

Recommandations