- il y a 5 semaines
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Télématin reçoit l'humoriste et comédien François-Xavier Demaison à l'affiche de la pièce "Laponie" au Théâtre de la Renaissance à Paris, et Jade, à la recherche de sa mère biologique.
Télématin reçoit l'humoriste et comédien François-Xavier Demaison à l'affiche de la pièce "Laponie" au Théâtre de la Renaissance à Paris, et Jade, à la recherche de sa mère biologique.
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00:00Oui, François-Xavier de Maison est avec nous.
00:06Bonjour, ça va bien ?
00:08Ça va bien vous ?
00:09Bonjour, ça va ?
00:11Oui.
00:12Alors est-ce que c'est important pour vous les toilettes ?
00:14Très, très important.
00:16C'est un sujet qui m'a passionné.
00:18Bah oui, ça va bien.
00:20Voilà, de toute façon on ne pouvait pas dire le contraire.
00:22Parce que 3 ans c'est...
00:22C'est vrai que c'est un endroit où on...
00:24Alors 3 ans c'est beaucoup quand même.
00:26Surtout sur les cumuls.
00:30C'est rare de faire tout d'un coup en même temps.
00:32Ça s'est passé comment ?
00:33Je me suis quand même pas mal isolé, je te cache pas.
00:36Je fais un petit break.
00:37On est très heureux de vous recevoir François-Xavier.
00:40Vous revenez au théâtre avec La Pony, une comédie.
00:42Ça ne nous étonne pas.
00:43C'est à partir du 18 septembre au théâtre de la Renaissance.
00:47Le 18 septembre on est croisés dans 3 jours.
00:48Oui, 3 jours là-bas.
00:49Ça monte là.
00:50Comment vous faites pour conjurer le trac ?
00:52Je viens faire Télématin.
00:53Oui, c'est ça.
00:54C'est une bienveillance comme ça que je ressens.
00:56Et puis on répète, on peaufine.
00:59Vous savez, c'est les auteurs du prénom.
01:01Mathieu Delaporte, Alexandre Lapatelière.
01:03C'est pas rien.
01:04Ça visse.
01:05C'est au corps d'eau.
01:06Voilà, c'est au corps d'eau.
01:07Patrick Mill a cette expression.
01:08Il dit que le prénom fait du ski, la pièce.
01:11Il y a de ça.
01:12C'est vrai qu'il y a de ça.
01:13Tout ça, très bien.
01:14Vous avez eu plein de vies, François.
01:16Vous avez deux maisons, on l'a dit tout à l'heure.
01:18Vous avez commencé dans la finance.
01:19Vous êtes producteur de vin.
01:21Est-ce que vous avez l'impression que vous avez réalisé tous vos rêves d'enfant ?
01:24Parce que moi, quand je vous regarde, je vois l'enfant chez vous.
01:27C'est vrai, je vois ce regard.
01:29L'éternel enfant.
01:31Oui, c'est vrai.
01:34En tout cas, j'ai eu le sentiment de m'être beaucoup ennuyé quand j'étais petit.
01:38D'avoir rêvé une vie que je vis, oui.
01:41C'est une bonne chose de s'ennuyer, petit.
01:43C'est très important.
01:44C'est très important, disait Nietzsche.
01:46Et l'ennui disparaît.
01:46Je suis venu citer Nietzsche quand même.
01:48Oui, au bout de 5 minutes, c'est quand même pas mal.
01:50Après, les toilettes.
01:52Moi, c'est compatible.
01:53Moi, je lis Nietzsche aux toilettes.
01:54Merci de remonter un peu le niveau.
01:56On a quelques chiffres pour vous, François-Xavier.
01:59Je commence par le 2.
02:00C'est certainement le chiffre qui vous va le mieux.
02:02Agathe le disait.
02:03Cette double carrière que vous avez menée avant de monter sur scène.
02:06Vous avez travaillé dans la finance internationale à New York.
02:08Est-ce qui est fou dans votre histoire ?
02:10Moi, ça, je ne savais pas, c'est qu'à un moment, vous aviez vraiment ces deux vies.
02:14Vous étiez dans l'atlas libre du cours Florent, qui est accessible sur concours.
02:18C'est difficile d'y rentrer.
02:20Et puis, vous étiez en même temps à Sciences Po, où là aussi, vous aviez à passer un concours.
02:24Ce n'est pas facile d'y rentrer.
02:26Je me dis qu'à l'époque, vous deviez vraiment être complètement déchiré entre ces deux voies possibles.
02:31Ce qui s'appelle la ski.
02:31Oui, c'est ça.
02:32Oui, effectivement, j'ai toujours eu ce côté artiste, salle d'un banque.
02:38Et bon élève.
02:41Après, mes parents m'avaient fait comprendre aussi que c'était de bon ton de continuer mes études.
02:46Plutôt le côté bon élève.
02:47Si on a eu coupé les vivres.
02:48Donc, c'est vrai qu'il y avait ce côté…
02:52Je sentais qu'il fallait quand même que j'aille cocher la case.
02:57J'ai fait Sciences Po et puis j'ai été pendant sept ans, six ans, dans un grand cabinet d
03:03'audité de conseil à Paris et puis à New York.
03:06Moi, je rêvais de New York.
03:08Et puis, il y a eu ces événements du 11 septembre qui m'ont accéléré un peu mon processus de
03:14remise en question.
03:15Il faut que je change de vie.
03:16Voilà, et j'ai tout plaqué pour devenir acteur.
03:17C'était il y a 25 ans.
03:20Donc, voilà, le temps passe.
03:22Et depuis, 60 films au compteur quand même, François-Xavier Demaison.
03:27Alors, moi, je pense bien sûr, on pense tous à Coluche qui a marqué, au Petit Nicolas, tellement proche aussi,
03:33qui est tellement drôle.
03:35Agathe, elle est en boucle sur ça depuis hier.
03:37Non, mais vous savez, c'est simple.
03:38Tous les 28 décembre, on regarde ce film.
03:41C'est vraiment, on attend, on dit, on est le 27 demain.
03:43Ah oui, c'est mon proche, c'est génial.
03:43Il y a comme des frères aussi, qui est un film très beau, avec Pierre Ninet aussi, que je vous
03:47recommande.
03:48Et alors, comme pour tous les acteurs, je pense aussi à des films qui ont moins bien marché pour vous,
03:52qu'on ne va pas forcément citer là.
03:54Mais la question que je me pose, c'est à quel moment, en tant qu'acteur, on se rend compte
03:59qu'on est embarqué dans un truc qui ne va pas fonctionner ?
04:01Est-ce que ça peut être dès la lecture, mais on se dit j'y vais quand même ?
04:04Est-ce que c'est au tournage ?
04:05Moi, j'ai fait des films où on était sur le plateau, avec un partenaire, on se dit, mais qu
04:10'est-ce qu'on est en train de faire ?
04:12Et puis finalement, ça a été un gros succès.
04:14Voilà, il y a eu des films comme ça, des très belles surprises.
04:17On ne sait jamais, en fait.
04:19Et puis, on ne sait jamais comment ça va être reçu.
04:21On a l'impression d'avoir fait un film super et qui n'intéressait absolument personne.
04:24Vous avez eu des grosses déceptions comme ça ?
04:25Oui, oui, beaucoup sur 60 films.
04:28Mais c'est vrai que je ne pensais pas autant, d'ailleurs.
04:30C'est fou, vous avez compté ?
04:3260 films.
04:3260 films, oh la vache.
04:35Parfois, il y a des petits rôles, évidemment.
04:37Oui, oui, bien sûr.
04:38Mais il aime bien donner des chiffres qui foutent le cafard, des fois.
04:42Alors, attends, c'est de l'ordre.
04:44C'est toilette, si je peux dire.
04:45C'est votre âge.
04:45J'ai un chiffre encore plus fort, 8000.
04:47Est-ce que vous savez ce que c'est, ça, 8000 ?
04:49Ça vous parle ou pas ?
04:50Si je vous dis que ça se boit ?
04:52Ça se boit ?
04:53Ça se boit.
04:54Ah, c'est le nombre de bouteilles ?
04:55Oui.
04:56Bah oui.
04:57Ingurgité en un an, parfois, c'est votre consommation.
05:01Non, non, c'est votre production annuelle de bouteilles.
05:03Ça dépend, c'est très varié.
05:04Vous savez, en fonction de la météo.
05:05Alors là, cette année, parce que vous avez fait les vendanges.
05:07Il y en aura peut-être un peu moins avec la sécheresse, vraiment très forte, qui sévit.
05:11Mais oui, c'est une belle aventure, ça.
05:13C'est une vraie passion, en tout cas, pour moi.
05:14Donc, c'est dans le sud, dans le roussillon.
05:17Avec Dominique Laporte, que je chalue, d'ailleurs, qui vient de faire les vendanges pendant que j'étais en train
05:21de répéter.
05:21Donc, merci, Dominique.
05:22Voilà, et on rappelle, à bonne ententeur, que l'alcool est dangereux pour la santé et est à consommer avec
05:27modération.
05:29François-Xavier Demaison, je vais vous présenter Jade.
05:31Vous savez que dans cette émission, on aime bien provoquer des rencontres inattendues.
05:34Le 17 novembre 2004, quelques heures à peine après sa naissance, elle a été abandonnée au pied d'un immeuble,
05:41dans une boîte à chaussures.
05:42Je ne sais pas si vous vous rendez compte, sa vie aurait pu s'arrêter là si une passante ne
05:46l'avait pas trouvée.
05:47Aujourd'hui, elle a 22 ans, elle a une famille qu'elle adore, mais toujours avec la même quête en
05:53tête, retrouver sa mère biologique.
05:56Elle est avec nous pour nous raconter son histoire.
06:01Bonjour Jade.
06:02Bonjour Jade.
06:04Bienvenue, bienvenue.
06:07Installez-vous.
06:08Alors, Jade, on est très heureux de vous accueillir parce que vous avez une histoire.
06:13Incroyable.
06:14Je vous présente François-Xavier Demaison.
06:15Bonjour.
06:16Je pense que vous n'étiez jamais rencontré.
06:18Qui en loge.
06:19Vous avez un peu discuté quand même.
06:21Tout à fait.
06:22Alors, ce que je disais, c'est que le 17 novembre 2004, vous venez à peine de naître, qu'une
06:26femme vous a trouvée dans la rue.
06:28Il faut préciser que la température de votre corps, de ce tout petit bébé, était tombée à 32 degrés, donc
06:34on vous croyait perdu.
06:36Qu'est-ce qu'on vous a raconté de ces premières heures ? Comment ça s'est passé ?
06:39Alors, on m'a raconté que vers à peu près 10 heures du matin, on m'avait retrouvée donc près
06:45du boulevard Jean-Allemagne à Argenteuil et qu'une dame avait crié « Baby, baby » dans la rue, dans
06:52un petit carton.
06:53Et que donc, les femmes qui m'ont sauvée, en fait, sont descendues et sont venues voir en pensant que
07:00c'était une petite poupée et du coup, c'était moi dans le carton.
07:04Oui, c'est-à-dire qu'au début, on s'est dit « Oui, c'est pas un vrai bébé.
07:07»
07:07Oui, c'est ça, exactement.
07:08Et puis après, ils ont vu la petite main bouger.
07:10Oui, c'est ça, exactement.
07:11C'est ce qui leur a fait penser que c'était un bébé, mais qui était vraiment en hypothermie et
07:17pas simplement une poupée.
07:19Votre histoire, elle est incroyable.
07:20On dirait vraiment un début de film.
07:22Très rapidement, vous avez été adoptée par une famille dans les Landes et cette famille a filmé vos toutes premières
07:29rencontres.
07:30qu'on va regarder.
07:35Bisous.
07:38Un gros caca ?
07:40Un gros caca ?
07:42Allez, on va voir ça.
07:44Regarde, ça va.
07:46Coucou, papa.
07:47Coucou, Jeanne-Alaïs.
07:49Regarde, papa.
07:50Coucou, papa.
07:52Sa première sortie.
07:55Vous aviez quel âge, là, Jade ?
07:57Là, j'avais trois mois.
07:59C'était au mois de mars.
08:00Donc, c'est ça, trois mois et demi, quatre mois.
08:02Voilà, c'est pour ça que vous aviez repris un petit peu de poil de la bête.
08:04Et on entend que votre papa, enfin votre maman, dit Anaïs, Anaïs.
08:09Donc, vous vous appeliez Anaïs à ce moment-là ?
08:10Oui, à l'époque, oui, parce que le pompier, l'un des pompiers, du coup, qui m'a sauvée à
08:16l'époque,
08:17quand il m'a fait du pot à pot, en arrivant à la maternité,
08:22on devait donner un prénom à l'enfant pour éviter d'avoir, de nommer l'enfant Sousy,
08:29que c'est vraiment lui donner une identité.
08:33Et donc, il a décidé de m'appeler Anaïs.
08:35Ce qui est fou quand on voit le démarrage de votre vie,
08:38c'est qu'on vous voit, là, toute épanouie, joyeuse.
08:43On se dit, comment est-ce qu'on peut se construire quand le début,
08:47la mise en route a été aussi chaotique ?
08:49Vous avez eu une enfance très heureuse, en fait, avec vos parents.
08:52Oui, dans les Landes, avec une très grande famille, des parents aimants,
08:58et des grands-parents, des cousins, cousines aimants.
09:01Puis, c'est vrai que les Landes, c'est un beau cadre, quand même, pour grandir.
09:04On est près de l'océan.
09:06C'est quand même assez… on se détruit.
09:08Est-ce que vous avez passé votre enfance, François-Xavier, vous ?
09:11À Annières-sur-Seine.
09:12À Annières.
09:12Alors, on est moins proches de l'océan, on ne va pas se mentir.
09:15Vous avez eu une enfance heureuse ?
09:17Mais oui.
09:18Mais oui.
09:19Oui, franchement…
09:20On ne va pas se plaindre.
09:21Voilà, on ne va pas se plaindre.
09:22Ça, c'est sûr que quand on voit votre histoire, on a tendance à ne pas se plaindre.
09:26Qu'est-ce qu'ils vous ont raconté, vos parents ?
09:28Est-ce qu'ils vous ont toujours dit ?
09:30Comment est-ce que vous étiez née ?
09:32Oui, l'ADAS leur avait expliqué que c'était important,
09:36dès le moment de l'adoption, de m'expliquer d'où je venais, le contexte,
09:40que j'étais adoptée, que j'avais été à la naissance retrouvée dans une petite boîte.
09:49Et en fait, toute ma vie, on me l'a racontée, jusqu'à ce que je sois en âge de
09:53comprendre.
09:54Ce qui fait que ça n'a pas été un choc quand je l'ai compris,
09:56quand j'avais 8, 9, 10 ans, et on ne me l'a jamais cachée.
10:00Et quand vous étiez toute petite, ce n'était pas quelque chose qui vous rendait triste ?
10:05Non.
10:05Ce n'est pas quelque chose que je comprenais forcément,
10:08parce que du coup, j'étais quand même, j'avais 3, 4 mois, même en grandissant.
10:12Je l'ai plus compris vers mes 9, 10 ans.
10:14Mais ça ne m'a jamais rendue triste, parce que je me suis rendue compte,
10:15en fait, de la chance que j'avais d'être adoptée par une famille aimante.
10:20Oui, puis vous avez quand même failli mourir, il faut le dire.
10:22Vous êtes un petit bébé qui aurait pu mourir.
10:26Alors, il y a l'enfance dans laquelle vous vous sentez très bien, etc.
10:29Après, il y a l'adolescence.
10:30On sait que pour tous les enfants, c'est compliqué,
10:33mais pour les enfants adoptés, a fortiori, comment elle s'est passée, cette adolescence ?
10:40Le début, ça a été assez, comme tous les adolescents, un petit peu calme.
10:44Après, il y a la crise d'adolescence qui est arrivée.
10:46Et c'est là que j'ai eu les premières vraies questions sur mes origines,
10:50sur d'où je venais, qu'est-ce qui s'était passé, etc.
10:54Et c'est là que j'ai donc voulu en savoir plus.
10:58Mais c'est vrai que...
10:59Donc, vous avez cherché des informations sur votre mère biologique.
11:01Oui, exactement.
11:02Dès l'âge de 14 ans.
11:03Oui.
11:03Comment vous y êtes prise ?
11:05Alors, j'ai demandé au conseil...
11:07Enfin, c'était une assistante sociale, en fait, près de la ville où j'habitais,
11:12qui a contacté le CNAOP,
11:14donc c'est le Conseil National d'Accès aux Origines Personnelles.
11:17Et mes parents m'ont accompagnée.
11:20Et donc, elle a pu m'expliquer les informations que moi, je n'avais pas forcément,
11:24que mes parents n'avaient pas forcément aussi à l'époque.
11:27Oui, parce que vos parents ne savaient pas grand-chose non plus ?
11:29Alors, ils savaient que j'avais été retrouvée dans votre boîte de chaussures,
11:34que j'avais failli mourir,
11:35que j'étais allée, du coup, à la maternité, sous couveuse, etc.
11:39Mais, par exemple, ils ne savaient pas que j'avais été...
11:41Enfin, que ma génitrice était sous curatelle à l'époque.
11:46Et, par exemple, aussi, sa sœur avait voulu m'adopter, en fait,
11:50pour que je reste dans la famille.
11:51Ces informations, elle les avait...
11:52Mais donc, vous avez eu son nom et son prénom ?
11:55Oui, c'est ça, exactement.
11:57D'accord.
11:57J'ai cherché, du coup, un petit peu aussi...
12:00Oui, j'imagine.
12:02Parce qu'aujourd'hui, quand on a un nom et un prénom,
12:03mais donc, vous avez déjà vu sa photo ou pas ?
12:05Non, du tout.
12:06Non, jamais.
12:07Jamais, même avec le nom et le prénom,
12:09vous n'avez pas réussi à voir qui c'était.
12:11Ils vous ont appris aussi au CNEP
12:13que votre maman avait eu...
12:15Enfin, votre mère biologique avait eu un procès ?
12:18Oui, parce que quand ils ont retrouvé, en fait,
12:22la boîte à chaussures,
12:23ils ont pu retrouver, en fait, tout.
12:26Alors, expliquez-nous, parce que cette histoire,
12:28elle est folle.
12:28Ils retrouvent la boîte à chaussures,
12:30il y a un code-barre dessus, c'est ça ?
12:32C'est ça.
12:32Oui, avec le code-barre,
12:33ils ont pu remonter au magasin,
12:35oui, au magasin où elle avait acheté la paire de chaussures,
12:38à la carte de crédit qui avait servi au paiement.
12:40Ils ont pu la retrouver et, normalement,
12:43on a trois mois, il me semble,
12:45oui, c'est ça, trois mois pour récupérer,
12:47en fait, l'enfant qu'on a adopté,
12:48enfin, qu'on a abandonné.
12:51Et comme c'était l'abandon d'enfant,
12:53en plein hiver,
12:55sans vêtements, sans couche, rien du tout,
12:58forcément, du coup, derrière,
12:59il y a eu un procès.
13:01Voilà.
13:01Et donc, il n'y a pas eu de condamnation
13:02parce qu'elle a été considérée
13:04comme étant en détresse psychologique ?
13:06Exactement.
13:07Elle était...
13:08Elle avait très peu, voire pas d'entourage,
13:13pas d'amis, pas de cercle social, pas d'argent.
13:15Et donc, en fait, tout ça a fait
13:18qu'elle ne pouvait pas être condamnée.
13:20Mais vous, Jade,
13:21comment vous avez réagi du haut de vos 14 ans
13:24quand vous avez appris tout ça ?
13:25C'est quand même d'une grande violence.
13:30Quand j'étais petite,
13:31j'étais toujours énervée.
13:33et quand j'ai appris, en fait, à 14 ans
13:35que j'ai pris d'autres éléments,
13:37elle était sous curatelle.
13:38Donc, déjà, si elle voulait me rencontrer,
13:40c'est beaucoup plus compliqué.
13:41C'est son père qui était, en fait,
13:45en charge de la curatelle.
13:47Donc, j'ai eu plus d'énervement contre lui
13:49et plus d'empathie envers elle.
13:50Parce que, en fait, j'ai pris pas mal d'éléments.
13:52C'est vrai que...
13:53Enfin, c'est pas facile.
13:54Je sais pas comment moi j'aurais réagi
13:55si j'avais été dans la même situation.
13:57Vous la comprenez, en fait.
13:58Je la comprends totalement.
13:59Ah oui.
13:59Je peux...
14:00Vous la pardonnez ?
14:01Ah oui, totalement.
14:02A l'époque, non,
14:03parce que j'avais pas tous les éléments
14:04que j'ai maintenant.
14:05Mais, oui, oui, je la pardonne.
14:07Je me dis qu'on aurait tous réagi
14:10d'une manière différente
14:11face à la situation.
14:13Bien sûr.
14:14Avec la détresse.
14:14Et puis, après,
14:16ce qui est terrible
14:17dans les histoires d'enfants adoptés,
14:18c'est cette histoire d'identité, en fait.
14:20Ça, vous regardez dans la glace,
14:22vous demandez à qui vous ressemblez.
14:23Oui.
14:23C'était une grande obsession, ça.
14:25Oui, pendant très longtemps.
14:26Maintenant, ça va un peu mieux.
14:28Même si, des fois, ça m'arrive
14:29de me demander
14:29j'ai les deux qui,
14:30la bouche, les yeux, etc.
14:32Les cheveux.
14:33Mais c'est vrai qu'on...
14:34Enfin, on se demande, en fait,
14:36à qui on ressemble.
14:37Et par rapport à d'autres enfants
14:39qu'on voit avec leurs parents,
14:40on se dit
14:41« Ah, il ressemble plus à sa mère,
14:42à son père, à son grand-père, etc. »
14:44C'est vrai que, du coup,
14:45je me demande, en fait,
14:46à qui je dois ressembler.
14:47C'est incroyable, cette histoire,
14:48François Léon.
14:49C'est incroyable.
14:50On dirait un début de film, quoi.
14:52Oui, oui.
14:53Avec ces pompiers qui vous sauvent,
14:54franchement, c'est...
14:55Alors, c'est pas fini.
14:56On n'est pas prêts.
14:57Vous décidez de poursuivre
14:59les recherches sur Internet.
15:00Ça ne vous mène à rien.
15:01Pas d'informations supplémentaires,
15:02vous l'avez dit.
15:03Jusqu'à ce qu'il y a un an,
15:05tout bascule.
15:06Vous fouillez dans un vieux carton
15:07de votre grand-mère adoptive.
15:09Et là, vous tombez sur un article
15:10qui raconte l'histoire d'un bébé
15:12retrouvé dans une boîte à chaussures.
15:14Ce bébé, bien sûr, c'est vous.
15:15Alors, qu'est-ce qui est dit
15:16dans cet article
15:17et qu'est-ce que ça provoque chez vous ?
15:19Donc, j'avais déjà connaissance
15:21de l'article,
15:22mais je ne l'avais jamais feuilleté
15:24parce que ça ne m'avait jamais
15:25trop perturbée, entre guillemets.
15:29Et en fait, je me rends compte, du coup,
15:32que le lendemain de ma naissance,
15:33il y avait eu un article comme ça
15:34avec toutes les informations.
15:39Et ça n'a pas été un choc,
15:40mais ça m'a un peu surprise.
15:42Je me suis dit, mais c'est quand même fou.
15:44C'est quand même fou ce qui se passe.
15:47Vous n'avez pas eu envie
15:48de contacter de journaliste ?
15:50Si, et du coup, je l'ai contacté.
15:52Alors, je ne pensais pas
15:52qu'ils allaient me répondre.
15:53Je les ai contactés sur Instagram
15:55et sur leur site.
15:58Ils ont une sorte de petite boîte de contact.
16:00Et donc, j'ai laissé un message.
16:01Je pensais sans réponse,
16:02juste en disant, voilà,
16:04je suis en vie, tout va bien.
16:05Bonne continuation à vous.
16:06Et le lendemain matin, à 9h,
16:08un appel du journaliste en me disant
16:11« Oui, mais c'est moi qui ai écrit
16:12l'article à l'époque.
16:13Vous êtes encore vivante ?
16:14Je ne savais pas.
16:15Parce que je ne sais pas
16:16comment ça s'est passé. »
16:17Et donc, il me dit
16:18« La boucle est bouclée, en fait. »
16:20Et j'ai pu le rencontrer par la suite.
16:22Donc, la boucle était vraiment bouclée.
16:24Alors, justement, à propos
16:26des personnes qui vous ont recueillies
16:28ce jour-là,
16:29il y a quelqu'un qui tenait
16:29à vous laisser un petit message.
16:31Bonjour Auréane Dubois
16:33et bonjour à toute l'émission
16:34de Télé Matin.
16:36Bonjour Jade.
16:37C'était pour te dire
16:38que ma famille et moi,
16:40nous étions très contents
16:41de te retrouver 20 ans après.
16:44Et on attend ta visite sur Paris
16:47avec impatience.
16:50Voilà.
16:50Je t'embrasse.
16:51Et tu as le bisou
16:53de ma sœur Kamar et ma mère.
16:55À bientôt.
16:58Alors, vous pouvez nous dire
16:58qui c'est ?
16:59C'est Sana.
17:00C'est l'une des personnes
17:02qui m'avait retrouvée
17:03à l'époque dans la petite boîte
17:05avec sa maman et sa sœur.
17:07Voilà.
17:07Et que vous avez revues depuis ?
17:08Oui.
17:09L'année dernière,
17:10je les ai rencontrées
17:12avec les pompiers
17:12qui m'ont sauvée à l'époque
17:13et donc le journaliste
17:15du Parisien aussi.
17:17Tout le monde était là, quoi.
17:18Oui, c'est ça.
17:19Vous étiez tous avec ma maman,
17:20du coup.
17:20Vous étiez tous rencontrés.
17:22On avait mangé ensemble.
17:24Comment vous avez vécu
17:25ces retrouvailles ?
17:25Parce que toutes ces personnes-là,
17:27c'est ce collectif
17:28qui a permis
17:29que vous soyez en vie aujourd'hui.
17:30Ah ben,
17:31c'était très émouvant
17:32parce que je me suis dit
17:33que j'étais en vie
17:34grâce à toutes ces personnes.
17:36Donc, c'est quand même un choc
17:38de se dire qu'il y a eu
17:39autant de personnes
17:39qui ont contribué
17:40à la vie que j'ai maintenant
17:42et simplement le fait
17:43d'être en vie.
17:45Et tout le monde a pleuré.
17:48Voilà.
17:48En fait,
17:49tout le monde a attendu
17:50que j'entre dans la pièce
17:51et quand je suis entrée,
17:52tout le monde a regardé
17:52et tout le monde a pleuré.
17:54Tout le monde avait des questions.
17:56Donc, non,
17:56c'était très émouvant.
17:58Alors là,
17:58vous n'avez donc
17:59toujours pas retrouvé
18:00votre mère biologique.
18:01C'est un peu la raison
18:02de votre présence ici.
18:03C'est ça.
18:03Qu'est-ce que vous voudriez lui dire
18:05si elle vous regarde ?
18:06J'aimerais lui dire
18:07que du coup,
18:08je la...
18:08Alors, attendez,
18:09la caméra,
18:09c'est celle-ci.
18:10C'est elle.
18:11J'aimerais dire
18:12que je la pardonne,
18:13que je comprends
18:16les raisons
18:16de mon abandon,
18:19de ce qu'elle a fait
18:20à l'époque
18:21et que si elle aimerait
18:22me rencontrer,
18:23moi, j'en serais ravie
18:24et je pense que ça pourrait
18:25nous aider toutes les deux
18:28à avancer
18:29et je pense que ce serait...
18:31Enfin, j'aimerais vraiment
18:31qu'on se rencontre.
18:33Voilà,
18:33mais le message est passé
18:34et nous,
18:34on est très touchés
18:35que vous nous ayez choisis
18:37comme haut-parleurs
18:38pour faire passer
18:39ce message.
18:40Vous restez avec nous,
18:41Jade, hein ?
18:41Voilà, ça c'est sûr.
18:43Et puis dans un instant,
18:44on va parler de l'actualité
18:44de François-Xavier de Maison,
18:46son retour sur scène
18:47avec la pièce de théâtre
18:49Laponie.