00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro.
00:05Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Vincent, la campagne présidentielle a démarré très fort.
00:12On a des propositions, des polémiques, des sondages,
00:14mais selon vous Vincent, toute une partie du pays n'écoute cela que d'une oreille indifférente
00:19quand elle n'est pas hostile, parce que cette part des Français a d'autres soucis en tête.
00:24A quelle France, songez-vous ?
00:26Ce matin, Dimitri, nous allons parler de la France de la bagnole.
00:29Ces millions de concitoyens qui, chaque jour, pour aller travailler ou déposer leurs enfants à l'école
00:33ou emmener leur vieille mère chez le médecin, doivent prendre leur voiture.
00:36Pour eux, il n'y a ni piste cyclable, ni mobilité douce, ni vélo-cargo,
00:39mais des routes départementales où les radars ne pardonnent pas un dépassement de 10 km heure.
00:44Dans ces paysages, on ne voit pas non plus beaucoup de Tesla, de SUV électriques
00:48qui échappent à la pression financière du carburant.
00:50Cette France-là apprend son vieux monospace, sa vaillante Twingo.
00:53A chaque fois qu'elle fait le plein, elle voit son salaire ou sa retraite
00:57sérieusement entamée par le prix de l'essence.
00:59L'INSEE nous dit qu'en 2021, plus de 2 millions de Français
01:02mettaient chaque année plus d'un mois de salaire dans leur plein d'essence.
01:05Et depuis, la situation a sérieusement empiré.
01:08Autre chiffre éloquent.
01:10Aujourd'hui, il faut débourser 2,20 euros pour un litre de sang-plombe de gasoil.
01:14Au début de la crise des Gilets jaunes, le lit oscillait autour d'un euro 50.
01:18Si le taux de colère est directement corrélé au prix de l'essence,
01:21nous ne sommes pas la veille d'une révolte, Dimitri, mais d'une révolution.
01:24Oui, d'autant que les solutions sont rares, si ce n'est inexistantes.
01:27On voit revenir les mêmes propositions de blocage des prix ou d'aide gouvernementale.
01:31Oui, mais cette fois, tout le monde a compris que l'État ne peut rien.
01:34Bloquer les prix, c'est prendre le risque de la pénurie,
01:36puisque les producteurs peuvent être tentés d'aller vendre leur essence ailleurs.
01:39Et l'État ne peut pas grand-chose non plus pour les Français.
01:41Il y a bien le maintien de quelques aides ciblées.
01:43Mais puisque les caisses sont vides, impossible pour Sébastien Lecornu d'aller plus loin.
01:47Si l'on était prospère, on pourrait baisser les taxes qui alourdissent le prix de l'essence.
01:51Mais malheureusement, nos dettes écrasent tout.
01:53La pompe d'argent public est à sec.
01:55Vous pensez que cette crise de l'essence va devenir centrale dans la campagne présidentielle, Vincent ?
01:59Dans la conversation médiatique, certainement pas.
02:02Pour les habitants des métropoles, tout cela est virtuel.
02:05Les pompes à essence appartiennent au passé.
02:08On n'en voit plus d'ailleurs dans le paysage urbain.
02:10C'est un souvenir, c'est une image sépia, c'est collu dans Tchaopantin.
02:13Aucun membre du gouvernement ne fait le plein,
02:15pas plus que les conseillers de cabinet ministériel.
02:18Et on peut dire la même chose des journalistes, dans lesquels je m'inclus.
02:23C'est ce que dit la belle chanson de Gauvin Serres.
02:25On est les oubliés, les ringards, les paumés.
02:27Les trop loin de Paris, le cadet de leurs soucis.
02:30Ce sentiment d'être invisible renforce la défiance politique.
02:33Est-ce qu'il parle de nous ?
02:34C'est ce que disent ces Français quand ils voient un homme politique sur un écran.
02:37Et si ce n'est pas le cas, ils changent de chaîne.
02:39Pour Paris, donc, la crise de l'essence, c'est théorique.
02:41Mais pour ceux qui en ont un besoin vital de carburant, c'est la vérification hebdomadaire d'un appauvrissement inexorable.
02:48Et c'est très compliqué de musérer les effets sociaux de ce ras-le-bol.
02:52Ces humeurs populaires sont d'abord gazeuses et puis elles se solidifient tout un coup.
02:56C'est le 1er juillet 2018 que le gouvernement d'Edouard Philippe met en place les 80 km heure.
03:00Et c'est 5 mois plus tard, avec le déclencheur de la taxe carbone, que commence le mouvement des Gilets
03:05jaunes.
03:06Alors cette fois, il y a une élection à l'horizon.
03:08Marine Le Pen, qui depuis longtemps a fait du prix de l'essence et plus largement du prix de l
03:11'énergie, un cheval de bataille, a pris beaucoup d'avance.
03:14Si les autres candidats lui laissent le monopole de la France de la bagnole,
03:18il y a fort à parier que les citoyens ne se donnent pas rendez-vous sur les ronds-points,
03:21mais décident cette fois d'une insurrection civique dans les urnes.
03:24On est l'édito politique sur Europe 1. Merci Vincent Trémolet de Villers.
03:27La une du Figaro ce jour, j'ai oublié de la noter.
03:30Vincent, si de mémoire vous la retrouvez, au secours.
03:32Je vais passer sur la croissance en panne et l'économie française en panne.
03:36L'économie française.
03:37Ce que Olivier a magnifiquement décrit à cet emmoignage.
03:39En panne sèche, effectivement. Merci à vous Vincent. Bon week-end, on vous retrouve.
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