00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:02L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro.
00:05Bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:07Bonjour Dimitri, bonjour Ongli.
00:08Bonjour à tous.
00:09Vincent, Le Figaro publie ce matin un sondage IFOP d'intention de vote pour les élections de 2027.
00:15Jordan Bardella est plus haut que jamais, avec dans certaines configurations un vote à 37% au premier tour.
00:21Je crois que c'est du jamais vu dans l'histoire de la Vème République.
00:24Comment vous expliquez cette progression Vincent ?
00:26Le premier agent électoral du RN, ce n'est pas l'immigration, pas non plus la médiocrité du personnel politique,
00:32pas la volonté d'alternance des Français, tout cela compte évidemment,
00:36mais le premier agent électoral du RN, c'est d'abord l'institution qui dresse contre elle une partie de
00:41plus en plus grande des électeurs,
00:43c'est-à-dire l'autorité judiciaire.
00:45Le 7 juillet, des magistrats décideront qui sera candidat en 2027 entre Jordan Bardella et Marine Le Pen
00:51et on pourrait croire qu'ils tiennent là leur triomphe, puisqu'après avoir disqualifié François Fillon,
00:56empêché Nicolas Sarkozy, ils ont le pouvoir d'écarter la favori de l'élection présidentielle.
01:01Mais ce qu'ils ne voient pas, c'est que leur corporation alimente ce qu'elles croient combattre.
01:06Ceux qui s'autoproclament défenseurs du sanctuaire de l'État de droit le mettent en péril
01:10en provoquant contre eux ce qui ressemble de plus en plus à une révolte démocratique.
01:14Le nœud de la crise actuelle se trouve là.
01:17Des juges qui pensent protéger la démocratie des colères populaires
01:20et le peuple qui considère que les juges ne les protègent plus.
01:24La personnalité du candidat du RN compte moins dans cette histoire que cette polarisation de plus en plus radicale.
01:29Et même les esprits modérés, et fort heureusement il en reste,
01:32qui refusent d'entrer dans cette dialectique,
01:34restent effarés quand ils égrènent le chapelet de décision de justice invraisemblable.
01:39Alors à quelle décision est-ce que vous pensez Vincent ?
01:41Il y a, j'imagine, l'absence d'esprit de décision dans l'affaire Liana.
01:45Évidemment, un l'ombre porté de ce fiasco tragique s'étant désormais sur toutes les décisions de l'autorité judiciaire.
01:50Mais avant elle, on peut relever la dissonance entre les violences barbares dans les rues,
01:54le soir de la victoire du Paris Saint-Germain et la faiblesse des peines prononcées.
01:58Sur 572 gardes à vue, seulement 3 individus ont écopé de prison ferme.
02:04Comment voulez-vous que ça ne se reproduise pas à la fête de la musique,
02:07et même quand il n'y a ni fête ni musique ?
02:10Les adolescents qui ont l'instinct de la transgression ont compris qu'ils pouvaient pousser toujours plus loin.
02:14Désormais, ils se filment en pleine après-midi le long du canal Saint-Martin,
02:17en train de jeter des chaises de bistrot ou de poursuivre un cycliste qui a eu la mauvaise idée de
02:20passer là.
02:21C'est la forme ludique du sentiment d'impunité, la forme tragique.
02:25Ce sont les bourreaux de Narbonne qui se filment aussi en train de tabasser un jeune de 17 ans
02:29et laisse Louis mort sur un chantier.
02:31La justice n'est pas directement en cause dans ces drames.
02:33Mais le drame, justement, c'est que la possibilité d'une sanction sévère
02:37prononcée par les représentants de l'autorité judiciaire
02:39a disparu des esprits de toute une partie de la jeunesse en France,
02:43puisque l'État ne punit plus, tout est permis.
02:46Mais avant la justice, il y a la police qui doit maintenir l'ordre.
02:49Elle le fait le mieux possible, mais avec l'impression de labourer la mer.
02:54Les forces de l'ordre sont devenues des régulateurs du chaos.
02:57La preuve, après la fête de la musique, le Premier ministre considère que ça s'est relativement bien passé.
03:02Cela veut dire que la police a limité la casse.
03:04Mais là encore, la sanction se fera attendre.
03:07Alors on nous dira que les juges appliquent la loi, ce qui est vrai.
03:10Mais quand on veut changer la loi, les cours suprêmes crient au crime contre la démocratie.
03:15Dernier exemple, Dimitri, de cette inconséquence dangereuse de l'autorité judiciaire.
03:20Lorsqu'un maire refuse, comme Robert Ménard, de marier un clandestin, donc un hors-la-loi,
03:24c'est l'élu, l'officier d'État civil, qui est condamné à une peine sévère, je la rappelle,
03:28amende de 75 000 euros, 5 ans de prison.
03:31Et en prime, le maire devient inéligible.
03:33On a l'impression d'être dans le film de Mel Brooks, le shérif est en prison.
03:37Mais malheureusement, ça n'est pas une comédie.
03:39C'est la réalité de la France contemporaine.
03:41Et c'est beaucoup moins drôle.
03:43L'édito politique sur Europe 1, merci beaucoup Vincent Trémolet de Villers.
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