00:00L'éditeur politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet de Villers.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:07Vincent, aujourd'hui après l'échec programmé des dernières motions de censure,
00:10le budget 2026 devrait être définitivement adopté.
00:14Alors on a tout dit sur le coût économique et financier de cette loi de finances.
00:17En revanche sur le plan politique, quel bilan vous en tirez Vincent ?
00:20Bilan accablant Dimitri, le spectacle donné par cet examen budgétaire
00:24concentre tout ce qui nourrit la défiance vis-à-vis de la politique.
00:27L'absence totale de conviction d'abord, puisque les défenseurs de la réforme des retraites
00:31ont permis sa suspension et les contempteurs de l'impôt ont augmenté la pression fiscale.
00:36Le corollaire de ce cynisme, c'est que la parole publique n'a plus aucun sens.
00:40Quelques jours avant de céder sur les retraites, Sébastien Lecornu disait à ses interlocuteurs en privé
00:44que la réforme n'était pas négociable.
00:47Il a ensuite promis de ne plus utiliser le 49.3 pour finalement en faire usage.
00:51En fait, on a inversé la signification des mots.
00:54Le courage, c'était d'être lâche.
00:56La responsabilité, c'était de produire un budget irresponsable.
00:59La stabilité, c'était de sacrifier l'intérêt du pays
01:01pour protéger les places d'une vingtaine de ministres et d'une centaine de députés.
01:06Et tout cela s'est déroulé avec en arrière-plan le grand jeu diplomatique
01:08auquel le président de la République a essayé de participer.
01:11Mais comment installer un rapport de force quand on organise l'affaiblissement de son pays ?
01:17Nicolas Baverez, dans son excellent papier du Figaro de ce matin,
01:20parle de tiers-mondisation de la France.
01:22C'est ce budget, le dernier chapitre de cette triste chronique du déclassement.
01:26Mais politiquement, Sébastien Lecornu, que l'on disait en sursis,
01:29pourrait se maintenir grâce à cela jusqu'à la fin du quinquennat.
01:32Donc pour lui, c'est quand même une victoire.
01:34Mais quelle victoire, Dimitri, si l'on retire les huissiers à chaîne et les gyrophares ?
01:38Sébastien Lecornu, qui je pense se moque complètement de ses grandeurs d'établissement,
01:42était l'un des hommes politiques les plus doués de sa génération.
01:45Il pouvait incarner une relève pour la droite,
01:47et il a choisi d'être celui qui va éteindre la lumière du macronisme.
01:51Il a peut-être gagné quelques mois à Matignon,
01:53mais il a beaucoup perdu pour les années à venir.
01:56Non, le vrai vainqueur, le plus fin tacticien de cette histoire,
01:59ce n'est pas Sébastien Lecornu, c'est Olivier Faure.
02:02Tout le monde aura sous-estimé le patron du PS.
02:05En fait, c'est un cambrioleur de haut vol.
02:07Il aura tout pris.
02:08La réforme des retraites, celle de l'assurance chômage,
02:11les impôts sur les entreprises, les taxes sur les riches,
02:13la suppression des ZFE,
02:14et même le prix des restaurants universitaires.
02:16Vous savez, en politique, comme en affaire,
02:19il faut parfois accepter de passer pour une buse
02:20pour mieux faire les poches de ceux qui font les malins.
02:23C'est à peu près ce qui s'est passé entre Olivier Faure et la Macronie.
02:26Et la droite, LR, Vincent, j'ose à peine vous demander.
02:28Je vais vous répondre par une question, Dimitri.
02:32Après ce moment budgétaire,
02:33pouvez-vous me donner une seule raison
02:35pour un électeur de droite d'avoir envie de voter pour les LR ?
02:39J'ai cherché tout le week-end,
02:41et je n'en ai pas trouvé une,
02:43et apparemment, les électeurs de Haute-Savoie non plus,
02:46puisqu'ils ont préféré élire hier un député si autiste.
02:50Alors, il faut dire que les LR ont tout lâché
02:51sur les retraites, sur les impôts, sur les entreprises.
02:54Ils ont été les brancardiers du macronisme agonisant.
02:57Ils ont remis la gauche dans le jeu.
02:58Ils ont perdu l'avantage de compétence
03:00et de conviction économique qui les distingue du RN.
03:03Comment dire que Jordan Bardella est socialiste
03:05quand on concocte un budget avec le parti d'Olivier Faure ?
03:09Alors, pour couronner le tout,
03:10certains se félicitaient quand même
03:11d'avoir dissocié le PS et LFI.
03:15Mais depuis, les socialistes ont dit
03:16qu'ils étaient prêts à s'allier aux insoumis,
03:18aux élections municipales,
03:19tout comme le ministre des Relations avec le Parlement,
03:21d'ailleurs, M. Panifous.
03:23Bilan final, Dimitri.
03:24Un mauvais budget pour la France,
03:25une victoire des socialistes,
03:27un macronisme en lambeaux,
03:28une droite en charpie.
03:30Et pour finir,
03:30l'union électorale de la gauche autour de Mélenchon.
03:33Vous voyez qu'on est assez loin de Machiavel,
03:35mais bien dans les critères
03:36de la Fédération française de la Louse.
03:38L'édito politique sur Europe 1.
03:39Merci beaucoup, Vincent Trémolet de Villers.
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