00:00Place à votre signature Europe 1 du jeudi, bonjour Charlotte Dornelas.
00:03Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Charlotte, hier on va parler éducation ce matin.
00:07La cour de cassation a écarté hier l'existence de tout droit de correction parentale.
00:12Droit de correction, alors comment vous accueillez cette nouvelle ?
00:15La dépêche laisse un sentiment étrange à vrai dire.
00:18Car la cour de cassation se penchait sur le cas d'un père de famille,
00:21poursuivi par son ex-femme et deux enfants.
00:24Cet homme avait été condamné en première instance, puis relaxé en cours d'appel.
00:27Cette dernière avait justifié sa relaxe, en notant que le droit de correction de ce père pouvait être reconnu,
00:33dans la mesure où les violences n'ont pas, je cite, causé un dommage à l'enfant,
00:37qu'elles restent proportionnées au manquement commis, et qu'elles ne présentent pas de caractère humiliant.
00:43La cour de cassation, elle, a dit niet.
00:45Certes, ce droit est reconnu depuis 1819, mais explique-t-elle,
00:49il ne se retrouve pas dans la jurisprudence contemporaine, et, argument intéressant, nous avons changé d'époque.
00:55C'est également ce qu'ont soutenu plusieurs associations de protection de l'enfance,
00:59qui rappellent que la loi anti-fessée de 2019, qui a inscrit dans le code civil,
01:03que l'autorité parentale devait s'exercer sans violence physique, verbale ou psychologique.
01:09Quand je parle de sentiments étranges, c'est que personne ne se lève le matin avec l'envie d'être pour la fessée,
01:13la violence verbale ou psychologique, évidemment.
01:15Mais je fais partie de ceux qui jugent, pourtant, que tout ne peut pas être apprécié de la même manière,
01:21et que l'usage de la force parentale, évidemment proportionnée...
01:24Oui, pas la violence, la force parentale.
01:25La force parentale, évidemment proportionnée et certainement pas systématique,
01:30peut se révéler nécessaire avec certains enfants.
01:33Car si certains deviennent violents en raison de la violence intrafamiliale,
01:36dont ils ont été victimes ou spectateurs, et qui méritent d'être punis,
01:40d'autres enfants exercent la violence à défaut d'avoir expérimenté un jour la limite,
01:44la frustration, l'interdit ou la privation.
01:47Et je me demande comment les parents peuvent s'y retrouver avec de telles interdictions
01:50qui sapent, a priori, dans l'espace public comme dans les tribunaux,
01:54tout usage de la correction parentale par principe.
01:57Mais est-ce qu'il ne faut pas se féliciter du rejet de la violence dans l'éducation contemporaine ?
02:02Apparemment, c'est une évidence, mais le diable se cache toujours dans les détails.
02:05Je ne connais pas ceux de cette affaire en particulier,
02:07les appréciations diffèrent, et je me contente donc de commenter le principe
02:11de ce qui est ou non défendu.
02:13Or, il me semble judicieux de noter que sous le terme de violences éducatives ordinaires,
02:17qui sont donc punies,
02:18on trouve aussi bien crier que donner une fessée,
02:20bousculer un enfant, le menacer ou tenir des propos rabaissants.
02:24Or, les leçons de morale éducative d'un pays qui cherche par tous les moyens,
02:28par ailleurs, à retrouver l'autorité qu'il s'est appliquée à sa paix,
02:32vont toutes dans le même sens,
02:33celui d'une extension du domaine de ce qui est considéré comme une violence
02:36vis-à-vis d'enfants, qui seraient tous bons a priori et en toutes circonstances.
02:41Or, mettre un enfant dans un parc,
02:43le priver de dessert, le frustrer,
02:45le menacer de sévir,
02:46c'est-à-dire le prévenir et lui permettre d'ajuster son comportement,
02:50et sévir, s'il ne s'y plie pas,
02:52ne relève pas nécessairement de la violence gratuite,
02:54incompréhensible et traumatisante.
02:56Elle peut même parfois être considérée comme un bienfait immense
02:59pour l'enfant qui n'aura pas à chercher sans cesse la limite
03:01qu'il ne connaît pas plus tard,
03:03dans les commissariats ou devant les tribunaux.
03:05Mais est-ce qu'il n'y a pas d'autre moyen de l'appliquer ?
03:07Et est-ce que la justice n'est pas légitime pour chercher une voie non-violente ?
03:12Que les choses soient claires, encore une fois,
03:14certaines familles sont juste violentes et méritent d'être sanctionnées.
03:18Que ces débats interrogent toutes nos attitudes éducatives est une bonne chose.
03:21Mais la force et la violence ne se confondent pas toujours
03:24sur le terrain de la nécessaire autorité.
03:26Remarquons d'ailleurs que l'absence du père,
03:28souvent associée à ces violences éducatives,
03:30est désormais omniprésente dans nos débats,
03:32comme dans les tribunaux, qui se penchent sur les enfants devenus délinquants ou criminels.
03:36Que manque-t-il exactement à l'adolescent qui frappe ou tue,
03:39pour un regard, une remarque, un jeu vidéo perdu ou un interdit professoral ?
03:44Les situations varient sans doute,
03:45mais beaucoup n'ont jamais eu la chance
03:46d'être éduqués par quelqu'un qui, par amour,
03:49a cherché les moyens de dire stop fermement.
03:52Tourner tous les interdits en dérision avant de les criminaliser
03:55peut aussi être considérés comme une violence,
03:57car l'âge enfantin est également celui
03:59où des parents aimants et responsables
04:01doivent faire comprendre à leur enfant
04:02que tous les désirs ne méritent pas d'être assouvis.
04:05L'amour, ça va de pair avec la loi,
04:07dialectique féconde de ses opposés, de ses contraires.
04:10Merci d'avoir exploré ces questions difficiles et profondes
04:13pour nous ce matin.
04:14Charlotte Dornelas, sur Europe 1, 8h.
04:16Merci d'avoir regardé cette vidéo !