00:00Oui d'être avec nous, tout de suite nous allons discuter d'un sujet qui vous a tous préoccupé, celui
00:04des fortes chaleurs de cet été, c'est désormais officiel.
00:08Nous avons vécu l'été le plus chaud depuis 1990 selon Météo France, en première ligne les agriculteurs, avec nous
00:15Stéphane Gallet, paysan et porte-parole nationale de la Confédération Paysanne pour témoigner.
00:20Bonjour Stéphane.
00:22Bonjour.
00:22Bonjour Stéphane Gallet, merci d'être en direct avec nous sur Sud Radio, vous venez d'entendre la légendaire chanson
00:27de Jean Ferrat à la montagne
00:28qui raconte comment ces paysans de l'Ardèche petit à petit se sont métamorphosés en gens de la ville et
00:35en mangeant des poulets aux hormones.
00:36C'est un combat que la Confédération Paysanne mène depuis très longtemps, vous êtes aujourd'hui son porte-parole.
00:42Énième crise agricole, on n'en finira jamais, j'allais dire aggravé par l'incompétence, il faut dire ce qui
00:50est, des différents ministres de l'agriculture
00:52qui se sont succédés à part un ou deux au ministère de l'agriculture.
00:56Stéphane Gallet, la situation aujourd'hui après la sécheresse, une indemnité finalement de 1 milliard d'euros,
01:06dans quel état d'esprit aujourd'hui sont les paysans français confrontés à cette tragédie ?
01:11Ils sont désespérés ou très très en colère ?
01:15Je pense les deux, il y a à la fois beaucoup de souffrance et d'inquiétude pour l'avenir,
01:21c'est ce qui remonte de tous les territoires, vous savez quand on est paysan, il y a une chose
01:27qui est ultra importante,
01:28c'est de savoir comment on va transmettre son métier, comment on va transmettre sa ferme,
01:33et comment on perpétue un savoir-faire, des savoir-faires, et puis un métier qui a du sens aux futures
01:38générations.
01:38Et bien ça, cet horizon-là, il est obscurci, il est plus qu'obscurci, il devient complètement invisible,
01:46et ça, ça crée une grande angoisse, et puis très en colère aussi,
01:49parce que physiquement, concrètement, c'est vraiment très très compliqué de vivre de son métier.
01:55Alors bien sûr, c'est accéléré par la canicule et la sécheresse,
01:59mais il y a quand même une lame de fond depuis des années,
02:02c'est qu'on n'a jamais mis en place les outils nécessaires pour que les paysans puissent avoir du
02:07revenu.
02:08Donc sans revenu, c'est d'autant plus difficile de pouvoir s'adapter à la dérégulation du changement climatique.
02:14Est-ce qu'on peut quand même dire qu'il y a une catégorie d'activité agricole,
02:18la vraie paysannerie, qui ne sont pas sur des grandes exploitations, qui sont à échelle humaine,
02:24celle-là, elle est finalement moins bien traitée, moins bien considérée par les pouvoirs publics
02:28et par les subventions européennes que les grands lobbies, que les grands groupes céréaliers,
02:32que les grands propriétaires terriens qui sont dans le productivisme ?
02:35Oui, la Cour de compte, il y a encore deux jours, a fait un rapport
02:39qui flèche le fait que le gouvernement n'a pas su mettre en place une distribution de la PAC
02:47qui permet justement de faire face aux enjeux, à la fois des renouvellements de génération,
02:52mais aussi aux enjeux climatiques.
02:54Donc ils sont épinglés.
02:55Là, ce n'est pas un problème de l'Europe,
02:57c'est vraiment qu'est-ce que la France a fait de l'argent européen
03:01et comment elle a permis l'orientation des politiques agricoles pour maintenir une paysannerie dans les territoires ?
03:07En fait, elle n'a fait qu'accélérer la concentration des fermes
03:11pour une compétitivité dont on sait qu'elle est quand même très problématique,
03:16enfin du moins courir après cette compétitivité,
03:18alors qu'on a des différences de salaire entre pays concurrents qui sont énormes.
03:24Donc on voit mal en fait comment on pourra poursuivre un modèle productiviste aussi mortifère
03:32sans changer radicalement de paradigme et puis aussi en fait de pouvoir politique.
03:36Alissa nous dirait un petit mot, elle nous a donné quelques chiffres tout à l'heure
03:38sur la situation de l'agriculture.
03:41Stéphane Gallet, la sécheresse évidemment a été épouvantable.
03:44Il semblerait que l'été 2027 ne va pas non plus très tendre
03:48parce que c'est un phénomène qui est lié à El Niño,
03:50donc il faut se préparer à une sécheresse et à des températures encore excessives.
03:54Comment gérer l'eau sans tomber dans la grande polémique des bassines
03:57qui est assez caricaturale ?
03:59Est-ce qu'on peut considérer qu'il y a des endroits de France
04:01où l'on peut stocker l'eau en faveur de toute l'agriculture,
04:05tous ceux qui en ont besoin,
04:06et d'autres endroits où ne stocker que de l'eau
04:08que pour les gros producteurs c'est injuste ?
04:11Est-ce qu'il y a deux échelles dont il faut bien faire la différence ?
04:17Nous ce qu'on porte c'est une approche globale, holistique en fait,
04:22de la gestion de l'eau.
04:24On n'est pas contre l'irrigation,
04:25contrairement à ce qui est caricaturé souvent.
04:29On n'est pas contre le fait de stocker,
04:31mais par contre ça doit être fait au regard de la ressource
04:34et puis aussi en priorisant les usages.
04:38Stocker, oui, mais pour quoi faire ?
04:40Et encore une fois, si c'est pour continuer sur un modèle
04:43qui nous emmène tous dans le mur,
04:45qui nous empêche de vivre notre métier de paysan-paysanne
04:48et qui empêche d'installer des paysans et des paysans dans les territoires,
04:52je ne vois pas bien l'enjeu, l'intérêt du moins,
04:55et surtout ça va exacerber des concurrences qui sont déjà très réelles.
05:00Quand même dans la loi d'urgence, il faut le dire,
05:03beaucoup des députés, à droite notamment de l'échiquier,
05:07ont rejeté le fait de dire qu'on priorisait l'eau pour l'alimentation,
05:12les produits alimentaires, en rejetant une proposition
05:15qui excluait l'usage à destination des méthaniseurs.
05:19Ça, c'est quand même très incohérent.
05:21On ne pourra pas arroser du maïs pour alimenter des méthaniseurs,
05:25pour faire de l'énergie.
05:27Ça, ça n'a pas de sens.
05:28C'est une politique des chadocs.
05:30Donc il faut changer de vision.
05:32Et l'urgence, c'est priorisé.
05:35On a besoin d'eau pour les fruits et légumes en priorité,
05:38on a besoin d'eau pour l'arboriculture,
05:39on a besoin d'eau pour les productions agricoles,
05:42mais vous voyez bien qu'arroser du maïs pour mettre dans la méthanisation,
05:46ça n'a pas de sens.
05:46Donc ça, si on continue là-dedans, c'est complètement incohérent.
05:49Nous sommes d'accord.
05:50Anissa, quelques chiffres.
05:53Bien sûr, l'État sort le chéquier
05:55pour éviter que les agriculteurs ne mettent la clé sous la porte.
05:58Plus d'un milliard d'euros,
05:59avec de premiers versements normalement attendus dès le mois d'octobre.
06:03En tout cas, c'est ce qui est dit.
06:04Il faut dire qu'après l'été et qu'ils viennent de subir,
06:06chaque semaine compte canicule, sécheresse,
06:08510 récoltes parfois divisées par deux
06:10et réserve de fourrage déjà épuisée.
06:13Face aux alertes des préfets et des syndicats,
06:15le gouvernement a même retardé son annonce.
06:17Les dégâts avaient été sous-estimés.
06:19Alors ce milliard, où va-t-il ?
06:21520 millions pour indemniser les pertes.
06:23Nous avons 235 millions pour racheter rapidement du fourrage,
06:27des semences et des plants.
06:29Et puis le reste prend notamment la forme d'allègements,
06:32de taxes foncières, de cotisations sociales et d'aides sur le carburant.
06:35Sur le papier, l'État frappe fort, dans les champs beaucoup moins,
06:39car les pertes dépasseraient 10 milliards d'euros.
06:42Le plan en couvre donc à peine un dixième
06:46et tous milliards n'arrivera pas sur le compte des exploitants.
06:49Une partie correspond à des indemnisations déjà prévues,
06:52une autre à des exonérations quant aux agriculteurs non assurés,
06:55ce qui représente une bonne majorité.
06:57Ils ne récupéreront qu'une fraction de ce qu'ils ont perdu.
07:01Pour les 30 000 à 35 000 fermes déjà en grande difficulté,
07:03cet argent doit arriver vite, très vite.
07:05Il permettra de nourrir les bêtes, de refaire le semis,
07:08de payer les factures les plus urgentes.
07:09Merci Adissa.
07:11Stéphane Gallet, ce milliard, il vous semble dérisoire ou non par rapport à l'urgence ?
07:16Déjà, ce n'est pas suffisant.
07:18Tous les syndicats le disent.
07:21On fait front commun là-dessus.
07:22Et après, il y a la ventilation.
07:24Et comme vous l'avez dit, il y a 330 millions pour la taxe foncière non bâtie,
07:28qui ne retournera que très peu dans la poche des paysans et paysannes,
07:32puisqu'il y a plus de 53 % des surfaces qui sont en fermage.
07:37Donc, on voit bien que là, il y a eu des arbitrages qui ont été faits
07:40qui ne sont pas pour le soutien des paysans et paysannes.
07:44Donc, nous, on est assez en colère par rapport à ça.
07:46Encore une fois, sur l'absence d'enveloppes suffisantes vis-à-vis des enjeux.
07:51Parce que là, on est vraiment dans une situation catastrophique.
07:53Et puis, encore une fois, sur la ventilation, qui ne va pas permettre, en fait,
07:58d'accompagner l'ensemble des paysans et paysannes qui sont en souffrance.
08:02Alors, justement, Stéphane, nous avons Philippe, agriculteur, qui nous appelle de Casillac.
08:08Bonjour, Philippe.
08:09Perico, et bonjour, je suis le radio.
08:11Merci de donner la parole au sol du TN dans nos territoires.
08:15Vous êtes touché par la sécheresse, Philippe, ou non ?
08:17On est touché. On a eu 55 millimètres depuis le 1er mai.
08:22Ouh là !
08:22Dans notre secteur, 55 millimètres.
08:24Depuis le 1er mai ?
08:26Oui, oui, oui, oui.
08:28On a eu des petites pluies de 5-6 millimètres avec des températures comme partout de 38-40.
08:33Donc, l'évaporation était très intense. Voilà.
08:35Donc, le milliard, ça vous fait rigoler, quoi, presque.
08:38Le milliard, c'est toujours des effets d'annonce.
08:41Et on en discutait avec des collègues agriculteurs et des responsables.
08:45Le problème qu'on a, c'est que l'accès à cet argent, s'il ne change pas les règles,
08:51c'est inaccessible, quoi.
08:53Vous voyez ?
08:53Il y a des règles internes au niveau de la DDT que les gens ne rentrent pas dans les clauses.
09:00Donc, c'est pour ça que ça a été l'annonce, mais ça ne va pas marcher, quoi.
09:04Ça ne va pas marcher.
09:05Stéphane Gallet, vous sentez la colère de Philippe.
09:07Il a raison.
09:08Ça ne mène à rien, si je comprends bien.
09:11Ce petit saupoudrage.
09:12On va saupoudrer des petites sommes ici et là.
09:14Ça n'aboutira à rien d'efficace.
09:17C'est surtout que ça risque de laisser beaucoup de gens sur la route, en fait.
09:20On l'a dit avec l'indemnité de solidarité nationale qui exclut quasiment une grande partie des paysans et des
09:26paysannes non assurés,
09:27ou du moins qui ne leur permet pas d'avoir une enveloppe suffisante.
09:31Et puis, oui, ça peut laisser des gens qui ne sont pas dans les cases.
09:34Encore une fois, nous, on a appelé à élargir les critères et à être au plus proche du terrain et
09:40des difficultés parce qu'il n'y a rien de pire.
09:42Il n'y a rien de pire que de faire entendre ou laisser croire qu'il va y avoir des
09:45laissés pour compte.
09:46Ça, c'est la catastrophe.
09:48Encore une fois, on est dans une situation où on a besoin de toutes les fermes, tous les paysans et
09:52les paysannes,
09:53pas seulement pour le monde agricole, mais aussi pour la société en termes de souveraineté alimentaire
09:57et en termes de capacité à faire face aux enjeux sociétaux, notamment le réchauffement climatique.
10:02Donc, on n'a pas le loisir de perte des fermes.
10:05Je dirais presque, moi, c'est peut-être un peu cynique de dire ça,
10:09mais il y a quand même quelque chose qui est assez agaçant,
10:12c'est que la ministre de l'Agriculture, dans le salon de l'Agriculture, disait qu'il faut revoir la
10:16taille critique des fermes.
10:17Donc, elle actait en fait qu'il y avait une nécessité de concentration des fermes.
10:20Et là, elle nous développe un plan de soutien à l'agriculture qui va dans le sens de sa politique,
10:26c'est-à-dire concentrer les fermes.
10:27Donc, je ne sais pas si c'est volontaire ou pas.
10:29En tout cas, il faut vraiment, vraiment, vraiment qu'on change de part.
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