00:027h42
00:03La grande matinale sur France Inter
00:08Voici l'édito politique. Patrick Cohen, contre le gouvernement des juges, on met des guillemets à cette expression,
00:15Bruno Retailleau voudrait qu'en cas de censure du Conseil constitutionnel, le peuple est le dernier mot.
00:21Pour contourner le Conseil et censurer la censure, autrement dit ce que propose le candidat LR,
00:27c'est que les Français puissent approuver une loi inconstitutionnelle et aussi se prononcer sur toute autre question législative
00:34en élargissant le champ du référendum défini à l'article 11.
00:37Alors c'est une variante moins brutale que le projet du RN, cette réforme constitutionnelle que Marine Le Pen voudrait
00:44soumettre aux Français
00:45dès son arrivée au pouvoir pour instaurer la préférence nationale, supprimer le droit du sol et mettre fin au primat
00:51du droit européen,
00:52moins brutale et plus respectueuse des formes, puisque Bruno Retailleau passerait par le Parlement et l'article 89,
00:59la voie normale pour réviser la constitution, mais en l'occurrence c'est pour mieux la déverrouiller.
01:04Ce verrou, c'est celui de l'état de droit ?
01:06Oui, notre constitution est l'un des garants de cet état de droit dont Bruno Retailleau avait dit il y
01:11a deux ans qu'il n'était
01:12ni intangible, ni sacré et dont il dénonce aujourd'hui son dévoiement, le dévoiement idéologique.
01:18Retailleau n'est pas le seul à attaquer l'état de droit et ses gardiens naturels, les juges, à brandir
01:23la légitimité de l'élection contre celle du droit,
01:25la souveraineté populaire contre celle des magistrats, la vague populiste et mondiale.
01:31Donald Trump a ouvert la voie.
01:32Mais comment, Patrick, définir ce qu'est l'état de droit ?
01:35C'est pas facile. L'avocat au Conseil d'État et à l'accord de cassation, Patrice Spinozy, a l
01:39'habitude de dire que le plus simple est d'imaginer son contraire.
01:42L'état de non-droit, c'est une société où vous pouvez être arrêté de façon arbitraire, où les forces
01:47de police peuvent pénétrer chez vous à tout moment,
01:49où une justice aux ordres fait condamner des innocents, où la presse est contrôlée par le gouvernement, etc.
01:55L'état de droit, c'est par exemple, à l'inverse, l'article 10 de la Déclaration des droits de
01:59l'homme.
02:00Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses.
02:04Un principe qui s'oppose, on en a parlé, à l'interdiction du port du voile dans l'espace public.
02:09Mais l'état de droit, c'est aussi l'égalité devant la loi, la liberté d'entreprendre, le droit de
02:14propriété qui a contrarié la vague de nationalisation de la présidence Mitterrand.
02:18Et mille autres choses qui nous protègent de l'arbitraire de l'État et qui sont indissociables de la vie
02:24en démocratie.
02:25Bruno Rotaillot voudrait enfin s'affranchir, dans certains cas, de la primauté du droit européen et des traités.
02:31Oui, alors il est là beaucoup plus prudent que le Rassemblement national qui veut lui renverser ce qu'on appelle
02:37la hiérarchie des normes.
02:38Mais il est utile de rappeler pourquoi nous sommes liés à ces accords internationaux.
02:43Si la supériorité des traités s'est imposée partout en Europe après la guerre, c'est justement que le continent
02:49sortait de la guerre, de la barbarie nazie,
02:51et que les États ont voulu se prémunir mutuellement du retour des régimes fascistes et totalitaires.
02:57En Allemagne, la percée électorale inédite de nostalgique du Troisième Reich nous rappelle pourquoi il ne faut pas faire sauter
03:04les garde-fous
03:05pour ne pas laisser les fous agir à leur guise s'ils prennent le pouvoir.
03:09Merci Patrick Cohen.