Passer au playerPasser au contenu principal
Avec : Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po et entrepreneur / Arnaud de Bertier, auteur de « Un prof venu d’ailleurs »


Retrouvez Le Numérique pour tous avec Vanessa Perez tous les dimanches à 16h30 sur #SudRadio.
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry

———————————————————————

▶️ Suivez le direct : https://www.dailymotion.com/video/x75yzts
🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/

———————————————————————

🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴

▪️ Facebook : https://www.facebook.com/SudRadioOfficiel
▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————

☀️ Et pour plus de vidéos du Numérique pour tous : https://www.youtube.com/playlist?list=PLaXVMKmPLMDR4AnvSdAZjJkIhzXsyJ9fd

##LE_NUMERIQUE_POUR_TOUS-2026-09-06##

Catégorie

🤖
Technologie
Transcription
00:00Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:03Bonjour et bienvenue dans le numérique pour tous, l'émission dédiée au numérique et à l'innovation dans notre quotidien.
00:09Alors j'espère que vous avez passé un bel été car cette émission est la première de la saison
00:13et je suis sincèrement ravie de vous retrouver pour encore plus de débats et pour découvrir des innovations
00:17qui vont changer notre quotidien aujourd'hui et surtout demain.
00:21Et pour ceux qui étaient un peu connectés cet été, l'actualité du numérique a été bien intense
00:26et aujourd'hui, comme c'est la rentrée, c'est la semaine de la rentrée, on a décidé de vous
00:30parler de l'interdiction des réseaux sociaux
00:32aux moins de 15 ans, ce projet de loi qui a été retoqué pendant l'été.
00:35Alors que cacher véritablement ce projet de loi ?
00:38Empêcher les réseaux sociaux mineurs, est-ce vraiment le fond du problème pour protéger les plus jeunes ?
00:43Et les réseaux sociaux sont-ils le véritable ennemi de l'école ?
00:46C'est ce que nous allons tenter de comprendre aujourd'hui avec nos invités.
00:49C'est parti, c'est tout de suite, c'est dans le numérique pour tous et c'est sur Sud
00:52Radio.
00:53Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:56Et pour commencer cette émission, un enseignant mais aussi un entrepreneur, Fabrice Eppelboin.
01:01Bonjour !
01:02Donc Fabrice, je le disais, cet été, une proposition de loi visant à interdire strictement l'accès aux réseaux sociaux
01:07aux moins de 15 ans a été censurée par le Conseil constitutionnel pour atteindre la vie privée
01:13et le cadre en vigueur a été laissé.
01:17Est-ce que vous pourriez nous rappeler le contexte et bien préciser réseaux sociaux et téléphones mobiles
01:22et après on va voir ce que cachait ce projet de loi ?
01:24Alors les téléphones mobiles, ils sont interdits à l'école.
01:27C'est une autre loi qui pour le coup est passée et devrait être en application,
01:31devait être en application et devra être en application à la rentrée prochaine.
01:35Elle est en application déjà puisque nos certaines blondes sont rentrées ce mardi.
01:38On ne sait pas très bien comment on va pouvoir la mettre en application
01:41parce que la réalité concrète d'interdire les téléphones dans un collège ou un lycée,
01:44c'est autrement plus compliqué qu'il fauter une loi.
01:46C'est vrai, il y a plusieurs modalités. En revanche, effectivement, le texte est passé.
01:49Le texte est passé. Là-dessus, il n'y a pas de problème.
01:51Le texte est passé. Enfin, on peut discuter de l'utilité d'interdire les téléphones
01:54dans l'éducation sociale, mais le texte est passé.
01:58Le texte qui n'est pas passé, c'était interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans.
02:02Et effectivement, le Conseil constitutionnel l'a retoqué
02:04pour atteinte à la liberté d'expression et à la vie privée,
02:08ce qui fait un peu beaucoup, mais il ne peut que se réjouir
02:11que pour une fois ce genre de choses soient défendues.
02:14et il était complètement contradictoire avec le DSA.
02:17Alors, on va faire simple. Déjà, c'est quoi les dangers les plus sérieux qui visaient ?
02:23Les dangers des réseaux sociaux, c'est les mêmes pour les enfants et les adultes.
02:26C'est ces phénomènes qu'on apparente à l'addiction, même si ce n'est pas similaire à de la
02:30drogue.
02:30Il y a une forme d'addiction, il y a une décharge constante d'adrénaline
02:36qui n'est pas très sain dans son usage au quotidien.
02:39La spécificité des enfants, c'est que leur cerveau est en développement.
02:41Il y a aussi le cyberharcèlement, enfin ne l'oublions pas.
02:44Il y a le cyberharcèlement qui touche les adultes comme les enfants,
02:46mais effectivement, les enfants sont forcément beaucoup plus sensibles à ça.
02:49Et qui fait que le phénomène de harcèlement qu'on a tous connu,
02:52nous les boomers, quand on était jeunes,
02:54se perpétue au-delà de l'école,
02:57ce qui n'était pas du tout du tout de notre cas quand on était jeunes.
03:00Mais le principal problème, c'est que le cerveau des enfants est en développement
03:03jusqu'à 18-19 ans et qu'on est face au exactement le même phénomène qu'avec l'alcool.
03:09Ce n'est pas un drame de boire de l'alcool de temps à autre quand on est adulte,
03:12quand on est enfant ou pire encore qu'on est une femme enceinte.
03:16Là, ça peut avoir des impacts neurologiques très lourds.
03:18Donc c'est vraiment une question de temporalité sur le développement neurologique des gamins
03:24et leur confrontation à des outils qui ne sont pas très très sains.
03:27Alors pour vous, le réel objectif de ce projet, quel était-il selon vous ?
03:32Alors, on a l'avantage d'avoir un pays, l'Australie,
03:35qui a fait passer des lois tout à fait similaires il y a un an
03:39et qui est fait face à un échec latent de tout ça.
03:43On a, selon les études, entre 65 et 85% des gammes en Australie qui contournent la loi.
03:48Donc on sait que ce genre de loi sera contourné.
03:51Ce qui n'est pas très très sain, étant adolescent, d'apprendre à utiliser un VPN, un proxy.
03:57Il y a mille façons de le contourner, mais ce n'est vraiment pas très compliqué.
04:00Et on va pousser les gamins à apprendre à contourner les règles de l'État dès le plus jeune âge.
04:05Ce qui n'est pas une initiation à l'éducation civique fantastique.
04:09L'enjeu, selon moi, c'est d'escalader suite à un constat d'échec
04:14pour amener vers les réelles intentions du gouvernement
04:17et qui proposait d'associer à chaque compte sur un réseau social
04:22une identité civile accessible par l'administration.
04:24Ce qui est la voie royale vers du fichage politique des populations.
04:29On ira vers ça d'une façon ou d'une autre,
04:32parce que c'est très clairement, et on peut le voir à travers différents amendements
04:35et différentes prises de parole du parti, de la majorité présidentielle,
04:39c'est vers ça qu'ils veulent aller.
04:41Là, on est sur la fin de la liberté d'expression, la fin des lanceurs d'alerte.
04:46Rappelons que les fonctionnaires d'État sont tenus à un devoir de réserve,
04:49que les fonctionnaires d'État, ça fait près de 6 millions de personnes en France,
04:51et que donc, de facto, ces fonctionnaires d'État ne pourraient pas s'exprimer
04:55sur les réseaux sociaux, sur leurs conditions de travail.
04:57Il suffit de voir ce qu'on apprend en ce moment sur les coulisses
05:00des services informatiques, des services des impôts.
05:02Alors ça, c'est une autre émission, mais je rappelle que vos propos n'engagent que vous,
05:05mais néanmoins, là, vous mettez un petit peu la faute sur l'État.
05:07Mais derrière ça, il y a aussi la question de la responsabilité des parents,
05:12la question de la responsabilité des plateformes.
05:14Est-ce qu'on ne mélange pas un petit peu tout avec ce projet de loi ?
05:17Alors, on mélange, c'est-à-dire qu'on oublie la possibilité d'une autorité parentale.
05:23Rappelons quand même que n'importe quel parent peut installer des filtres parentaux
05:26sur l'ordinateur familial, sur un smartphone, et que l'État pourrait tout à fait imposer
05:30ces filtres parentaux. J'ai moi-même fait une proposition de loi allant dans ce sens,
05:34de façon à ce que les parents soient obligés de paramétrer un filtre parental
05:39qui serait imposé par défaut sur toutes les machines.
05:42et à défaut de se reposer sur l'autorité parentale,
05:47on substitue l'autorité parentale, l'État.
05:49Et vous pensez qu'une rentrée sans réseau social pour les enfants
05:52va permettre de mieux travailler, de dédier davantage de temps, peut-être,
05:56de temps d'écran qui va être reporté sur du temps de lecture
05:59ou du temps d'apprentissage ?
06:00Est-ce que ça va faire du bien ?
06:03On va voir. Ce qu'on sait pour avoir des études sur le temps,
06:08le fameux classement PISA, si on prend un peu de recul sur la focale habituelle
06:13du classement PISA qui sont le niveau en mathématiques,
06:15le classement PISA c'est plus de 200 mesures qui touchent absolument tout.
06:18Sur ce classement PISA, il y a des mesures qui touchent la discipline,
06:22on pourra y revenir, et dans ces mesures touchant la discipline,
06:26il y a une mesure touchant la nuisance des écrans dans le cadre scolaire.
06:30Il se trouve que sur la discipline, on fait partie des derniers du classement,
06:33aussi bien au niveau de l'OCDE qu'au niveau de l'Europe,
06:35on est vraiment tout en bas du classement,
06:37mais par contre, pour ce qui est de la nuisance des écrans dans le cadre éducatif,
06:41on est dans la moyenne.
06:42Donc il ne semble pas y avoir un problème spécifique à la France
06:46sur la présence des écrans dans un cadre scolaire.
06:49Après, c'est assez évident que si on a un problème pour maintenir l'attention en classe
06:54et qu'on a des gamins qui utilisent leur smartphone plutôt que d'écouter le prof,
06:58c'est un réel souci là-dessus.
07:00Il n'y a absolument aucun doute.
07:01Et selon vous, là, avec ce projet de loi qui a été retoqué,
07:04est-ce qu'on s'attaquait plutôt à la cause ou à la conséquence ?
07:07Non, on s'attaque à un bouc émissaire qui sont,
07:11pour ce qui est de la majorité présidentielle,
07:13les réseaux sociaux et les russes.
07:15Là, en l'occurrence, c'est difficile de trouver des russes à l'école.
07:18Donc on va plutôt s'attaquer aux réseaux sociaux.
07:20Et les réseaux sociaux sont la source de tous les mots.
07:23Or, clairement, ce que nous donnent ces mesures,
07:26revient sur PISA, c'est qu'il n'y a pas de problème spécifique à la France
07:30pour les réseaux sociaux.
07:31Il y a un énorme problème de discipline,
07:33énorme, qui est vraiment spécifique à la France,
07:34où là, clairement, la France est tout en bas,
07:36tous les classements,
07:38sur la capacité des enseignants à maintenir le calme dans une classe,
07:43sur la capacité des enseignants à imposer le calme avant de démarrer leur classe,
07:48sur la possibilité même de faire cours.
07:49Il y a une quantité faramineuse de cours qui n'ont pas lieu en collège et lycée,
07:54faute de pouvoir imposer le calme dans la classe.
07:56Alors souhaitons que ça se passe mieux pour cette rentrée de 2026.
07:59Merci beaucoup Fabrice Eppelboin.
08:00Restez avec nous.
08:01On marque une courte pause avant de rencontrer un prof venu d'ailleurs.
08:06Comme il se définit lui-même,
08:07il nous partagera les coulisses de l'enseignement.
08:09Mais je ne vous en dis pas plus.
08:10Le numérique pour tous, spécial mineurs et réseaux sociaux,
08:13ça continue dans quelques instants.
08:14Et c'est sur Sud Radio.
08:16Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
08:19Et pour continuer cette émission, un prof venu d'ailleurs,
08:23ancien dirigeant au sein d'un cabinet de conseil international.
08:25Il devient professeur contractuel de mathématiques
08:27dans un collège de Massy classé en éducation prioritaire.
08:31Arnaud Overtier, bonjour.
08:33On est ravis de vous avoir en plateau.
08:35Donc vous publiez un livre intitulé
08:37Un prof venu d'ailleurs paru aux éditions Fayard
08:39qui sera disponible à partir du 16 septembre.
08:42La première question que j'ai envie de vous poser,
08:44c'est quand on est polytechnicien,
08:45que là on a passé 30 ans dans un cabinet de conseil
08:48de notoriété internationale,
08:49avoir envie d'aller dans ce qu'on appelle une REP,
08:51donc un réseau d'éducation prioritaire anciennement ZEP,
08:55c'est motivé par quoi ?
08:58Écoutez, je crois qu'un point sur lequel
09:00on est tous d'accord dans ce pays,
09:01c'est qu'il n'y a pas plus d'importance
09:03que l'éducation pour nos enfants.
09:06Et au bout d'un moment,
09:07à force d'en parler, de voir des films,
09:09de lire des choses intelligentes là-dessus,
09:12j'ai eu envie de le faire.
09:14Et donc j'ai décidé d'aller me plonger
09:17dans l'éducation, dans ce cas de plus important,
09:19et j'ai voulu le faire là où c'est difficile,
09:21avec des collégiens en éducation prioritaire.
09:24Alors quand on arrive dans une classe,
09:25le premier constat,
09:26quand on passe de bureau avec la moquette épaisse
09:29à une salle de classe dans une REP,
09:31c'est quoi le premier constat ?
09:32Beaucoup de premiers constats.
09:34Le premier constat, c'est qu'on est assez seul
09:36comme prof face à sa classe.
09:39La deuxième, c'est qu'on est tout de suite jugé,
09:44jaugé par les élèves.
09:46Et il faut capter leur attention,
09:49il faut garder leur attention.
09:51Et ça, c'est pas facile,
09:53et on va en parler un peu plus.
09:54Alors justement, parce que vous évoquiez
09:56le temps d'attention est un peu conditionné
09:58par le temps qui est la norme,
10:00on va dire, sur TikTok,
10:00c'est-à-dire 12 secondes.
10:02Quand on est professeur,
10:04on n'a pas de 12 secondes pour expliquer
10:05et faire son cours et capter l'attention.
10:07Comment vous gérez ?
10:08Alors voilà, effectivement,
10:10moi j'ai le souvenir brûlant, je dirais,
10:13d'un élève qui me pose une question,
10:15intelligente d'ailleurs,
10:17qui écoute ma réponse pendant 25 secondes
10:20et ensuite regarde par la fenêtre,
10:21regarde ses copains, etc.
10:22Donc capter l'attention,
10:25c'est fondamental
10:26et je dirais que, en fait,
10:30ça élève la barre pour les profs.
10:32C'est-à-dire que c'est plus difficile
10:34parce que les élèves ont plus de mal
10:36à être concentrés,
10:38à nous de le faire.
10:39Vous voyez, un très bon souvenir que j'ai,
10:41c'est une session, une séance
10:46où il y a eu un peu un truc magique
10:48où les élèves se sont mobilisés,
10:49ont travaillé,
10:50ils étaient en concurrence les uns avec les autres
10:52et un élève, plutôt un pas très bon élève d'ailleurs,
10:55à la fin de la séance m'a dit
10:56« Monsieur, j'ai cru que mon cerveau allait exploser ».
10:58Bon, ben voilà, ça c'est un bon exemple
11:00et puis à côté de ça,
11:01il y a plein d'exemples où on rame.
11:03Alors, on parle des téléphones mobiles
11:05et puis de cette interdiction
11:06de projets de loi sur les réseaux sociaux.
11:09Vous avez l'impression, vous,
11:10vous avez le sentiment
11:10que vous êtes un peu en compétition
11:12avec ces types de médias,
11:13aussi bien le contenu que le contenant,
11:15le téléphone mobile et les réseaux sociaux ?
11:16Alors, moi, je pense que c'est deux choses très différentes.
11:20Sur le téléphone portable,
11:21moi j'étais au collège depuis 2018,
11:23pas de téléphone au collège,
11:24c'est absolument strict.
11:27Vous prenez un élève avec un téléphone portable,
11:30ça va directement chez le chef d'établissement
11:32et les parents doivent se déplacer au collège
11:34pour récupérer le téléphone.
11:35Donc ça, ça rigole pas et ça marche.
11:38Il n'y a pas de téléphone portable au collège,
11:39en tout cas ce que j'ai vécu.
11:42Sur, ensuite, les réseaux sociaux,
11:45je pense qu'il y a plein de problèmes,
11:47on va en parler.
11:48Il y a un problème de capacité de concentration
11:52et puis il y a le problème du cyberharcèlement.
11:55Et le harcèlement, effectivement,
11:57comme disait votre autre invité tout à l'heure,
12:00il sort de l'école, il est à la maison.
12:02L'autre différence par rapport à avant,
12:04c'est que sur ces réseaux sociaux,
12:07on envoie des photos, des vidéos, etc.
12:10Et donc c'est du harcèlement qui peut être
12:12beaucoup plus brutal et violent qu'avant.
12:15Et vous avez un exemple d'élève
12:17qui a été effectivement pénalisé
12:20dans son quotidien scolaire,
12:22justement, par ces réseaux sociaux ?
12:24Oui, alors, on ne sait pas forcément
12:27tout ce qui se passe,
12:28mais évidemment, beaucoup est mis en œuvre
12:31pour essayer de détecter ce harcèlement.
12:33Ce n'est pas facile, d'ailleurs,
12:34quand on est prof, de détecter ça.
12:39Mais là encore, moi, je crois que le rôle du prof
12:43et le rôle de la communauté éducative,
12:46c'est de donner les codes aux élèves
12:50en disant, ça, c'est une menace,
12:52ça, ça s'appelle du harcèlement,
12:54ça, c'est une atteinte à la vie privée.
12:55Et je crois que c'est à nous de leur donner les codes
12:58et c'est pour ça que l'école est fondamentale.
12:59Et vous avez le sentiment que les professeurs
13:01ne sont pas assez formés, justement,
13:02à cette nouvelle ère numérique,
13:05on va dire, qui, quand même,
13:07est de plus en plus prégnante
13:08dans le quotidien, personnel ou professionnel,
13:10ou scolaire ?
13:13Alors, moi, je pense que les profs
13:16sont en train de s'emparer, par exemple, de l'IA.
13:18Oui, on va en parler, oui.
13:19On va en parler, et ça, je pense qu'il y a beaucoup à faire
13:22et ça va être un outil formidable.
13:25sur le fait d'être formé sur la compréhension
13:30de l'utilisation du numérique par les élèves.
13:34Moi, je pense que, heureusement,
13:35il y a beaucoup de profs qui sont très jeunes.
13:37Et donc, je pense qu'on peut aussi apprendre d'eux.
13:42Mais je dirais que le plus important pour moi,
13:45ce n'est pas forcément d'apprendre les codes des enfants,
13:48c'est leur donner les codes de notre société.
13:51Vous dites, alors, vous parlez justement
13:52de l'intelligence artificielle
13:53et vous dites qu'elle peut devenir un professeur particulier,
13:56accessible à ceux qui n'ont pas forcément le moyen
13:58de se payer des petits cours.
14:00C'est quelque chose que vous voyez de plus en plus ?
14:02Ou qui est une opportunité ?
14:03Alors, moi, ce que je vois, c'est beaucoup de développement,
14:06donc en nettech, en technologie appliquée à l'éducation.
14:11Et effectivement, un exemple qui est assez prometteur, je pense,
14:16c'est un agent IA qui aiderait l'élève
14:20à comprendre ce qu'il ne comprend pas
14:22et lui dire, tiens, j'ai l'impression que tu as du mal sur cet exercice.
14:25Il y a peut-être des notions de l'année dernière
14:26que tu ne maîtrises pas.
14:27Je te redonne deux exercices de l'année dernière
14:29pour voir comment tu y arrives.
14:31Donc, un agent qui ne fait pas à la place de l'élève,
14:34mais qui joue un rôle d'accompagnement.
14:37Et ça, dans un monde qui s'empare de ces technologies,
14:42ça peut coûter beaucoup moins cher que des petits cours particuliers
14:45qui coûtent 50 euros de l'heure.
14:46Et vous, de votre côté, en tant que professeur,
14:48est-ce que vous avez utilisé l'intelligence artificielle
14:50pour édiger vos cours ?
14:51Alors, ça commence, je dirais, ça commence et ça se développe.
14:57Je vous prends un autre exemple très simple.
15:00Dans une classe, en collège, on a toujours quelques élèves
15:04à besoins particuliers.
15:05Parce qu'ils sont dyslexiques, parce qu'ils ont des besoins d'adaptation.
15:10Bon, adapter le cours pour ces élèves-là, ça prend du temps.
15:13L'IA peut le faire très facilement et très rapidement.
15:16Donc, pour faire gagner du temps aux profs, ça va être formidable.
15:20Les classes que vous gérez, elles ont un niveau homogène.
15:24C'est quoi la difficulté quand on est dans une REP,
15:28avec ce zone d'enseignement prioritaire ?
15:30Oui, alors, il y a beaucoup de problèmes différents,
15:33mais celui que vous citez est très important,
15:36c'est-à-dire une immense hétérogénéité de niveau des élèves.
15:40Dans une classe de quatrième, vous avez un élève
15:43avec lequel vous allez discuter du théorème de Pythagore
15:46sans problème, et l'autre qui ne sait pas faire une division.
15:51Donc, vous avez quatre à cinq années de différence
15:54entre les élèves que vous avez dans votre classe.
15:57Donc, il faut aider ceux qui sont les plus en difficulté,
16:03il faut nourrir les plus forts pour qu'ils ne s'ennuient pas,
16:06il faut emmener toute la classe, et ça, c'est extrêmement difficile.
16:09Vous seriez pour des classes de niveau, vous ?
16:10Alors, moi, je suis absolument pour qu'on fasse des classes de niveau.
16:15Il y a une réforme qui a été passée pour faire des groupes de niveau
16:18qu'on appelle groupes de besoins.
16:20C'est, je dirais, une variation sur le thème,
16:23mais l'idée est la même.
16:24L'idée, c'est de faire en sorte que chaque élève apprenne à son rythme,
16:29au niveau qui est le sien.
16:33Et ça, on voit ça, par exemple, dans le sport.
16:38Mais Arnaud, selon vous, pourquoi il y a cette différence de niveau ?
16:40Justement, vous parliez de quatre à cinq années.
16:42D'où vient cette accumulation, on va dire, de retard au fur et à mesure ?
16:46Alors, ça, il y a des chercheurs qui répondraient mieux que moi.
16:49Moi, j'ai essayé de comprendre ce qui se passait en primaire,
16:52parce que ce qui est très frappant, c'est de voir des élèves arriver en sixième
16:55avec des niveaux aussi différents.
16:57Et j'ai été d'ailleurs assisté à des classes de primaire pour essayer de comprendre.
17:00Et ce que vous disent les professeurs des écoles, c'est,
17:03attends, mais en CP, les élèves arrivent déjà avec des niveaux incroyablement différents.
17:08Et donc, on a l'impression, comme toujours, qu'on remonte, on remonte, on remonte,
17:11et on arrive à la petite enfance,
17:13et on arrive également à ce qui se passe dans la famille, bien sûr.
17:15Et donc, ce que vous dites, vous pointez du doigt quelque chose d'une dimension sociologique, on va dire ?
17:19On part avec un bagage un peu plus lourd au début ?
17:22Bien entendu, on n'a pas du tout le même bagage de départ
17:26dans une famille qui lit des histoires, qui pose des questions,
17:31et une famille où il y a beaucoup moins de discussions.
17:34Et l'école doit absolument tout faire pour attraper ça,
17:38et il faut se constater qu'on y arrive insuffisamment, bien sûr.
17:40Il y a une fatalité dans les classes que vous animez, on va dire ça comme ça ?
17:45Est-ce que les jeunes qui sont dans ces classes-là sont promis à un avenir qui est déjà écrit,
17:48ou alors on peut s'en sortir ?
17:50Non, moi je crois beaucoup, et j'ai vu des parcours formidables d'élèves de famille vraiment très défavorisés,
18:00qui font des études excellentes et ont des métiers super.
18:04Et d'ailleurs, une chose que j'ai faite dans le collège où j'étais,
18:07c'est de faire revenir ces anciens élèves pour témoigner,
18:10parce qu'il n'y a rien de tel qu'un jeune professionnel qui peut dire,
18:16voilà, j'étais à ta place il y a dix ans,
18:18et tu vois, en travaillant, on peut devenir ingénieur, on peut devenir médecin.
18:23La question quand même derrière ce que vous évoquez,
18:25bien sûr, c'est parfait d'être inspiré en devenant patron ou en devenant salarié d'une boîte du CAC
18:3140,
18:31mais quand vous avez de l'influence, on vous dit,
18:34tu peux gagner en vendant de la drogue 3 ou 4 000 euros très rapidement sans faire d'études,
18:38et si tu fais des études, tu pourras avoir un salaire de 3 ou 4 000 euros,
18:41mais beaucoup plus tard dans une boîte du CAC 40,
18:44c'est pas un petit peu dissuasif pour ces jeunes générations ?
18:46Non, valéable ?
18:47Non, valéable, moi je crois que le problème ne se pose pas du tout comme ça.
18:50Moi, mes élèves, ils ont envie de faire des métiers intéressants,
18:56d'être institutrices, d'être médecins, d'être avocates, d'être footballeurs, d'être influenceuses,
19:05mais bien sûr, il y a des ados à la dérive qui se retrouvent dans les points de deal, etc.
19:12Bien sûr, mais ça ne se pose pas comme vous l'avez formulé.
19:16Moi, je pense que l'immense majorité de nos ados, ils ont envie de trouver une place dans la société.
19:24Alors, si vous étiez ministre de l'éducation nationale, c'est tendance, il y aura peut-être des postes à
19:27pourvoir.
19:27Arnaud, quelles seraient vos trois mesures phares ?
19:29Alors, moi, je pense que la première et la plus importante, c'est de mettre tout le paquet sur les
19:37profs, les former, les faire progresser, les évaluer, les rémunérer, valoriser leur métier, les faire travailler plus en équipe qu
19:48'aujourd'hui, etc.
19:49Donc, il y a tout un immense volet qui est le plus important pour moi, qui est revaloriser ce métier
19:55de prof.
19:56Une deuxième chose, c'est donner de la latitude, de la liberté, du pouvoir aux chefs d'établissement,
20:03que les établissements puissent décider de leur projet pédagogique beaucoup plus qu'aujourd'hui.
20:09Et puis, la troisième, moi, on en a parlé, ces classes ou ces groupes de niveau, je pense que c
20:15'est fondamental pour que chacun apprenne à son rythme.
20:18Merci beaucoup, Arnaud de Berthier. Je rappelle le titre de votre livre, Un Prof venu d'ailleurs, paru aux éditions
20:23Fayard.
20:23Une minute pour conclure, Fabrice et Peulboin, il y a quand même un véritable espoir qui se dessine avec le
20:27numérique et l'intelligence artificielle vis-à-vis des nouvelles générations.
20:30Si vous deviez vous en emparer, vous proposeriez quoi, justement, à ces étudiants du futur ? On va dire ça
20:34comme ça.
20:34Je pense qu'il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses à faire avec l'IA en matière d'éducation.
20:38Il faudrait trouver une forme d'incentive, utiliser l'éducation nationale comme terrain d'expérimentation pour tester des choses, un
20:47rapport avec l'IA.
20:48Aussi bien des technologies éducatives pensées pour faire de l'éducation que des rapports avec des chatbots tout à fait
20:53classiques.
20:54Essayer de comprendre ce que des élèves peuvent apprendre avec des chatbots.
20:59Il y a mille choses à faire avec l'IA.
21:02Et c'est peut-être une technologie qui va nous permettre de réduire les inégalités qui sont effectivement absolument criantes
21:08dès le départ.
21:10Là-dessus, on ne pourra rien changer au fait que certains gamins sortent de milieux qui sont culturellement privilégiés et
21:16vont avoir un immense avantage dans le système scolaire.
21:18d'autres non.
21:19L'IA, par contre, peut être la même.
21:21Je pense à des pays comme la Corée du Sud qui viennent de...
21:24L'IA peut être la même.
21:24On va s'arrêter sur cette phrase-là, positive, avec un numérique au service de l'éducation du futur.
21:29Le numérique pour tous, c'est fini pour aujourd'hui.
21:31Cette semaine encore, retrouvez-nous sur les réseaux sociaux.
21:34On va réactiver les discussions, les débats, les commentaires.
21:37Et moi, je vous dis à la semaine prochaine.

Recommandations