00:04Et c'est l'heure de la chronique d'Hervé désormais.
00:07Hervé, tu parles de patients en légitime défense et tu vas au-delà de la sécurité des soins.
00:12Oui, on a parlé de la sécurité des soins et c'est tout à fait passionnant ce que vous avez
00:15raconté.
00:16Juste un petit mot là-dessus, j'ai vu qu'en 2025, ça avait progressé,
00:21il y a plus de 20% d'effets indésirables qui ont été déclarés.
00:23Et c'est bien, je me dis juste que peut-être ça n'est pas encore tous les effets indésirables
00:28qui sont déclarés, voire on en est loin.
00:31Et vous l'avez évoqué, il y a une culture de la sécurité à l'hôpital qui n'est pas
00:34tout à fait optimale.
00:36On est un peu protégé, moi je suis médecin quand même par le secret médical, il faut quand même le
00:39dire.
00:40Et puis il y a le sous-effectif qui a été abordé.
00:42Ça prend du temps de reconnaître qu'on a fait une faute et de faire l'enquête et tout ça.
00:46Donc voilà, c'est un sujet important.
00:49Que penses-tu du patient partenaire ?
00:51Alors super idée, patient partenaire évidemment, c'est intéressant.
00:54Il doit aider les professionnels de soins.
00:56Il doit rappeler qu'il a une allergie à la pénicilline.
00:59Il doit rappeler au chirurgien que c'est le genou gauche et pas le genou droit.
01:03Des trucs comme ça.
01:03Il doit participer à la prévention des infections.
01:06Tout ça c'est très bien.
01:07Il y a juste une petite limite je trouve.
01:09C'est que quand on prend l'avion, on ne demande pas aux passagers de l'avion de vérifier l
01:13'altimètre
01:13parce qu'il manque un copilote.
01:15Et je vous dis ça, c'est une métaphore.
01:16Mais pourquoi il y a tout ça aussi ?
01:18C'est parce qu'on est en sous-effectif à l'hôpital.
01:19Et que 45% des effets indésirables, d'après les études que j'ai lues,
01:23relèvent d'un problème d'organisation des soins.
01:26Et tu voudrais nous parler d'une autre insécurité qui se développe à l'hôpital,
01:28celle des vols et des agressions physiques.
01:31Ah oui, ça c'est un sujet que j'ai trouvé incroyable.
01:33Moi, je n'avais pas conscience de ça.
01:35Et on en parle peu, pourtant ça existe.
01:37La preuve, la DGOS, Direction Générale de l'Organisation des Soins,
01:41a créé en 2005 un Observatoire National des Violences en Santé.
01:46L'ONVS, c'est un acronyme que je ne connaissais pas.
01:48Et donc, sans surprise, cet observatoire observe.
01:51C'est-à-dire qu'il rend des rapports.
01:53Il n'y a jamais derrière une main courante, une plainte.
01:57Non, c'est une observation.
01:59Ce qui fait qu'on voit une hausse régulière des agressions et des vols,
02:03plus 7% entre 2003 et 2024.
02:06Mais on peut se demander si c'est vrai,
02:07parce que même cet observatoire reconnaît qu'il y a une certaine lassitude
02:10à déclarer ce genre de choses.
02:13Neuf fois sur dix, il n'y a pas de suite.
02:14Il y a des vols à l'hôpital.
02:15Il y a beaucoup de vols à l'hôpital.
02:16C'est incroyable.
02:17C'est ça qui m'a choqué.
02:18Les smartphones, les bijoux, les portefeuilles, l'argent liquide.
02:22En 2024, dans les hôpitaux parisiens, 2400 déclarations.
02:27Et j'ai regardé, mais qui vole à l'hôpital ?
02:30Alors, il y a des bandes organisées qui viennent.
02:32C'est assez facile de rentrer dans un hôpital.
02:33Il y a un flux permanent.
02:34On ne sait pas trop qui va voir qui.
02:36Donc, il y a des bandes de délinquants.
02:38Il y a des patients à dédicat
02:39qui, quand même, piquent le smartphone de la petite vieille
02:42qui dort dans le lit à côté.
02:43C'est quand même génial.
02:43Et de façon plus rare, mais néanmoins documentée,
02:47il y a des membres du personnel
02:48qui ont donc une drôle de définition de l'aide à la personne.
02:51Et les agressions physiques et verbales ?
02:53Alors, en 2024, près de 20 000 atteintes à la personne,
02:57dont 9 000 atteintes physiques.
02:587 fois sur 10, c'est un patient qui frappe un soignant.
03:02Et d'ailleurs, la ministre de la Santé en 2023,
03:06je ne vous demande pas qui c'était, parce que c'est trop compliqué.
03:08Ça change tout le temps.
03:09Donc, Agnès Firmin-Lebaudot,
03:10on en a eu 10 en peu de temps, on ne sait plus qui est qui,
03:14a commandité une campagne
03:16que je trouve étonnante.
03:17Je vous la livre.
03:18Il faut être malade pour s'en prendre un professionnel de santé.
03:22Quand on est un peu sensibilisé à la maladie psychiatrique,
03:25ça veut dire quoi ?
03:26Que les gens qui sont agressifs sont des malades mentaux,
03:28mais c'est très dénigrant pour les malades qui souffrent de troubles mentaux,
03:31je trouve ça même scandaleux pour le dire,
03:33et voire en plus des responsabilisants.
03:34Ah, ce n'est pas de leur faute, ils sont malades mentaux.
03:37Donc, une campagne qui est basée, à mon avis,
03:39sur un bien mauvais jeu de mots.
03:41Et voilà.
03:41Donc, les patients sont frappés,
03:43les soignants sont frappés, mais pas qu'eux.
03:45Il y a aussi des patients qui sont frappés,
03:47et 4 fois sur 5,
03:48par un patient qui est dans la même chambre.
03:50Ta conclusion ?
03:51Ma conclusion, c'est qu'un patient qui doit surveiller,
03:55si c'est le bon genou,
03:56surveiller son voisin et cacher son iPhone,
03:58n'est pas exactement un patient partenaire,
04:00c'est donc un patient en état de légitime défense.
04:03Merci Hervé, pour ce point de vue, et tu as une question ?
04:06J'ai une question.
04:07Est-ce qu'il y a une corrélation entre tous ces sujets ?
04:10Est-ce que c'est la culture de la sécurité à l'hôpital
04:12qui est à rebâtir ou à construire aujourd'hui ?
04:16Moi, de votre chronique,
04:19moi, je retiens quand même un élément,
04:21c'est que, sur la comparaison aussi avec l'avion,
04:23c'est qu'en fait, ce qu'on compare,
04:24et ce qu'on met en travail,
04:26c'est l'expert de la maladie
04:28avec l'expert de la vie avec la maladie.
04:30Donc, il ne s'agit pas de contrôler
04:32l'expertise des professionnels de santé
04:35sur le fond de son savoir,
04:36il s'agit de rajouter une perspective
04:38qui, jusqu'à présent, était peu travaillée ensemble.
04:40Sur le deuxième point, je suis assez d'accord
04:42que les enjeux de sécurité,
04:44les gens doivent se sentir en sécurité.
04:46Il y a la manière aussi dont, je pense,
04:49l'hôpital peut imaginer l'accueil des personnes.
04:52Il y a aussi la manière dont les patients
04:58vivent aussi de violence à l'hôpital
05:00sur le soin lui-même.
05:02Donc, c'est un élément très complexe.
05:04Et je pense que les solutions,
05:05elles émergent justement par des travaux coopératifs
05:08entre les uns et les autres.
05:10C'est ça qui fera progresser, au fond,
05:11une vision commune de ce que doit être
05:13le soin gentil, le soin bienveillant,
05:15l'accompagnement bienveillant.
05:17Voilà.
05:17Et c'est comme ça qu'on se sécurise
05:19les uns les autres.
05:21Vous voulez ajouter quelque chose ?
05:23Moi, c'est la qualité.
05:24Je pense que vraiment,
05:25la qualité est indissociable de la sécurité.
05:27C'est vraiment ça qu'il faut mettre en avant.
05:29Donc, il y a énormément de choses dans la qualité.
05:33Mais je suis d'accord avec vous,
05:34il faut vraiment que ce soit avec de la bienveillance.
05:36Il ne faut surtout pas oublier ça.
05:38Malheureusement, la qualité peut donner
05:41des indicateurs déconnectés du terrain.
05:43Or, la qualité, c'est d'abord sur le terrain.
05:46Et donc, c'est d'abord avec bienveillance.
05:47Et si on retient déjà ces deux principes,
05:49je pense qu'on a fait une bonne partie du chemin.
05:52Merci beaucoup.
05:53Merci à tous les trois.
05:54Merci beaucoup, Hervé.
05:55Merci, Didier Lecointe.
05:56Merci, Thomas Agnès.
05:58On passe tout de suite à la pépite santé.
06:00Merci, Thomas Agnès.