00:00Europe 1
00:02Pascal Pro et vous
00:03Et 17h17, c'est vraiment passionnant d'écouter
00:06les auditeurs. Patrick Bruel
00:08renonce à sa tournée, on en parle
00:09depuis quasiment une heure, un quart,
00:11on a eu beaucoup d'auditeurs et d'auditrices,
00:13on a Jacques qui est avec nous, et puis
00:15dans ce studio, Mathilda,
00:18porte-parole du collectif Némésis.
00:19Jacques, qui a, alors je vais
00:22dire aussi votre âge Jacques, parce que
00:23je parle souvent de la fracture générationnelle,
00:25vous avez 68 ans, et
00:27un homme c'est son époque,
00:29disait Jean-Paul Sartre.
00:32Et je trouve que
00:33cette formule, souvent je l'utilise parce qu'elle
00:36dit tellement de choses. Un homme
00:38c'est son époque, c'est-à-dire que
00:39vous raisonnez comme un homme de 68 ans
00:41avec la vie qui a été la vôtre, avec
00:43l'éducation qui a été la vôtre, et
00:45aujourd'hui, les gens de 68 ans
00:48ne pensent pas comme les gens de 20 ans, Jacques,
00:50sur ces sujets-là notamment.
00:52Je suis d'accord avec vous Pascal,
00:53mais je vais vous dire une chose, je respecte
00:55la parole des femmes, et je respecte
00:58les femmes, et je suis
01:00le premier à me tuer si je vois
01:02une femme qui commence à se faire
01:03violer. Ce que je déteste
01:05aujourd'hui, c'est la vindicte
01:07populaire. C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
01:09on a une personne qui est poursuivie
01:11pour une plainte, pour lequel il y a
01:13trois juges d'instruction, et qui n'est
01:15pas jugé aujourd'hui. On a eu
01:17le phénomène avec Harry Habitant,
01:19avec Sébastien Coé, avec
01:21différentes personnes, qu'on a mis
01:23à la poubelle avant même qu'ils soient jugés.
01:26Et ça, je trouve ça complètement inadmissible.
01:29On a des délais de justice.
01:30La carrière de Patrick Bruel est foutue
01:32aujourd'hui, elle est morte.
01:33Même si dans cinq ans, parce que la
01:36procédure va prendre au moins cinq ans,
01:38et dans cinq ans, Patrick Bruel
01:39n'existera plus, et il ne pourra plus rien faire.
01:42Il y a eu des vedettes de la chanson
01:44française, vous parlez d'une époque
01:46dont j'ai 68 ans,
01:48mais néanmoins, j'ai toujours
01:50navigué dans le show business, puisque je vous dis
01:51que ma famille a inventé le métier d'impresario, et que Jacques
01:53Bruel disait que la nuit, quand il n'arrivait pas à dormir, il comptait
01:56des membres de ma famille.
01:58Comment vous vous appelez ? Vous êtes
02:00Marouani ? Vous vous appelez Marouani ?
02:02Par exemple, oui.
02:03Oui, parce qu'effectivement, la famille la plus célèbre de France
02:06en matière d'impresario, c'était
02:07Marouani, et c'était Charles et Marouani qui était...
02:10Qui était mon cousin, oui.
02:12D'accord.
02:13Je précise que c'est vous qui nous avez appelés
02:16au standard, c'est vous.
02:18Oui, tout à fait.
02:19Je ne vous connais pas, je le dis pour les auditeurs
02:21qui n'y a pas d'ambiguïté.
02:24Pascal, on se découvre, et c'est pour avoir
02:27navigué...
02:29On va rester couverts quand même, mais bon...
02:31Oui, mais enfin...
02:32Pour rester couverts, il faut laisser ça
02:34à M. De Chavanne.
02:37Donc on se découvre...
02:38Non, mais oui, mais une autre époque, bien sûr
02:40que tout ça était une autre époque, mais convenez
02:42que ce n'est pas parce que c'était une autre époque
02:43que c'était mieux, quoi.
02:45Non, mais je ne dis pas que c'est mieux,
02:46non, mais quoi qu'il en soit, ce n'est pas ce que je dis.
02:48Je dis aujourd'hui qu'on jette à la vindicte populaire
02:51un artiste, alors que la justice n'a pas fait son travail.
02:56Et là où j'ai aussi un léger doute aussi sur cette affaire,
03:01parce que cette affaire a été initiée par un média
03:04qui s'appelle Mediapart, que j'exècre,
03:07et pour lequel j'ai toutes les réserves possibles et imaginables.
03:12Non, mais tout ça, ce que vous dites est vrai.
03:14C'est-à-dire que s'il n'y a pas Mediapart
03:16qui fait cette enquête et qui va chercher
03:18à rassembler tous les témoignages
03:21contre Patrick Buel,
03:23cette affaire ne sort pas.
03:24Tout ça est vrai, et croyez-moi,
03:25je connais les partis pris de Mediapart,
03:28et effectivement, comme vous,
03:31ils peuvent m'insupporter.
03:33Mais il n'empêche qu'il y a ces témoignages,
03:35et que 33 témoignages créent un soupçon
03:38que je peux qualifier de légitime.
03:41– Mais moi aussi, je le qualifie légitime.
03:44– C'est ce que je dis, mais…
03:46– Non, mais je ne suis pas d'accord avec vous, Pascal.
03:49– Mais il y a quatre juges d'instruction
03:51qui sont en train d'instruire cette affaire aujourd'hui,
03:54et il y a a priori qu'il y a huit plaintes de retenues
03:58sur les 30 aujourd'hui,
03:59et laissons la justice faire son travail,
04:02mais n'assassinons pas une personne…
04:03– Mais de toute façon, c'est lui qui a décidé,
04:05c'est Patrick Bruel,
04:06c'est lui qui a décidé d'arrêter,
04:08c'est ce qu'a dit très justement Mathilda tout à l'heure.
04:10Alors bien sûr, il y avait une pression,
04:12bien sûr, il y a peut-être également des choses
04:14que nous ignorons.
04:17Il est possible que Patrick Bruel soit au courant,
04:21qu'il sera entendu très prochainement,
04:23que ça venait percuter sa tournée,
04:26et qu'il peut de nouveau être mis en examen,
04:29et peut-être davantage.
04:30– Il est possible que ses avocats lui aient dit cela.
04:34– Oui, mais ça on ne le maîtrise pas n'importe comment.
04:37– Oui, donc, enfin,
04:40il a été entendu une première fois,
04:42je pense qu'il sera entendu une seconde fois.
04:45– Il va être entendu plusieurs fois,
04:47puisque je vous dis, je crois qu'il y a trois ou quatre instructions.
04:50– Oui, mais il a été mis en garde à vue une première fois,
04:54garde à vue qui a duré assez longtemps,
04:57et il est possible qu'une nouvelle garde à vue arrive,
05:00et à ce moment-là, si une nouvelle garde à vue arrive
05:02avec de nouvelles plaintes sur des faits aussi graves,
05:08forcément, ce qui se jouera pour Patrick Bruel,
05:11c'est l'incarcération.
05:13Bien sûr que la question, en tout cas, sera posée.
05:16D'ailleurs, je crois que le parquet avait demandé
05:19l'incarcération, il me semble,
05:20à la fin de la garde à vue, me semble-t-il.
05:22Mais ça, il faut peut-être le vérifier, Patrick.
05:25– Quoi qu'il en soit, Pascal, je vais vous rassurer, Pascal et Mathilda,
05:30si Patrick Bruel est coupable de faits répréhensibles,
05:34il n'aura que ce qu'il mérite, vedette ou pas vedette, c'est tout.
05:39Moi, ce qui me dérange, c'est la vindicte populaire
05:43qui le condamne avant même la justice.
05:46– C'est hélas la rançon de la gloire,
05:48c'est-à-dire que quand tu es connu, il y a des avantages,
05:51et quand tout va bien, c'est parfait,
05:53mais quand, effectivement, tout va mal,
05:55la rançon de la gloire se met en place.
05:57On va terminer, peut-être ?
05:58– J'ai un petit peu de mal avec l'argument de dire
05:59que la carrière de Patrick Bruel sera détruite,
06:01quoi qu'il arrive, dans cinq ans.
06:02Enfin, là, c'est ce que j'ai cru entendre.
06:04Enfin, je crois qu'on a quand même pas mal de contre-exemples
06:06d'hommes qui ont été accusés,
06:07même d'hommes qui ont été condamnés
06:09et à qui la carrière n'a pas été détruite.
06:11Je pense, par exemple, à Bertrand Cantat,
06:12qui a continué de se produire,
06:13a continué de faire des concerts,
06:14a continué de produire des albums
06:15après son incarcération pour l'assassinat de Marie Trintignant.
06:19Donc, j'ai un petit peu de mal avec cet argument-là.
06:21On ne sait pas ce qu'il va advenir de la carrière de Patrick Bruel.
06:23On ne sait pas s'il va être condamné ou pas.
06:25– Non, ce qui me choque, moi, je vais vous dire aujourd'hui,
06:28c'est l'affaire Harry Habitant.
06:29– Oui, l'affaire Harry Habitant, bien sûr,
06:30mais il y a des exemples qui vendent dans ce sujet-là.
06:32– Il a été blanchi, en l'occurrence.
06:33– Que je l'aime beaucoup, qu'il a du talent
06:36et qu'il a bénéficié d'un non-lieu.
06:39Il n'y a rien.
06:41Et malgré cela, lorsqu'il est sur scène,
06:45et qu'il l'empêche de travailler, je suis très choqué de ça.
06:48– Je ne pense pas que ce soit comparable à Patrick Bruel,
06:50qui pour l'instant n'a pas été blanchi.
06:51– Je suis d'accord avec vous, mais j'aimerais que les féministes,
06:54les collectifs féministes, par exemple, pourquoi pas Démisis,
06:57prennent la défense lorsqu'un homme,
07:00comme cela, qui a été accusé à tort, manifestement,
07:04est toujours victime d'une forme de harcèlement,
07:08ce qui s'est passé avec Harry Habitant,
07:10lorsque j'étais en plus présent, moi, dans son concert,
07:14dans son gala, lorsque des jeunes femmes sont entrées,
07:19précisément, et il y avait eu également ce qu'avait dit
07:21Brigitte Macron ce jour-là,
07:23qui avait remis, effectivement, une pièce dans la machine.
07:26Et je trouve ça dommage pour Harry, parce qu'il en souffre.
07:28Je le connais, je peux vous dire que sa carrière est à l'arrêt,
07:31et c'est extrêmement pénible pour lui.
07:35Parce qu'il ne mérite pas ça, en fait.
07:36– Tout à fait.
07:36– C'est injuste.
07:37– Je suis d'accord avec vous là-dessus, c'est injuste.
07:39En revanche, ça ne justifie pas le fait qu'on doit dire
07:43que la carrière de Patrick Bréel va être détruite.
07:45– Merci en tout cas Mathilda, vous êtes en parole du collectif Némi.