00:00On va commencer par autre chose, des propos polémiques signés par les écolos et les insoumis sur l'élection présidentielle.
00:07Et en cas de victoire du RN, Mathilde Panot, chef de file des députés LFI, qui organise déjà la désobéissance.
00:15C'était sur BFM TV il y a quelques jours.
00:17Nous résisterons de toutes les manières qu'il faut, évidemment.
00:19Est-ce que vous appelez-vous la désobéissance ?
00:21Mais moi je ne vais pas aller sur ce terrain d'agir.
00:24Ça vient quoi résister ? S'opposer de toutes les manières possibles.
00:27Vous savez, même la désobéissance aujourd'hui, on la soutient.
00:31Même sous Emmanuel Macron.
00:32Parce que Marine Le Pen, si elle est élue par une majorité des Français, est-ce que vous direz, c
00:38'est le jeu, elle est élue ?
00:39Non, ce que nous faisons à ce moment-là, c'est en ce moment d'empêcher de toutes nos forces
00:43que l'extrême droite puisse gagner dans ce pays.
00:45Mais est-ce que vous vous engagez à respecter les règles du jeu démocratique ?
00:47Mais évidemment, nous sommes des démocrates et nous voulons faire une révolution.
00:50Est-ce que la désobéissance vous paraît une attitude acceptable ?
00:54Oui, elle me le paraît toujours. Même aujourd'hui, elle me le paraît.
00:56Avec nous en studio pour en parler, Jacques Serret du service politique d'Europe 1.
01:01Bonjour Jacques.
01:02Bonjour Clélie, bonjour à tous.
01:03Et soyez le bienvenu.
01:04Vous co-signez avec William Molinier du service police-justice d'Europe 1.
01:09Un long dossier dans le JD News qui sort aujourd'hui, justement sur, vous l'avez intitulé, le danger Mélenchon.
01:17Et sur ces appels à la désobéissance, si jamais Marine Le Pen arrive en tête du second tour de l
01:23'élection présidentielle au mois de mai prochain,
01:26ce n'est pas la première fois qu'ils appellent à la désobéissance civile en cas de victoire du RN
01:29quand même ?
01:30Non, ce n'est pas la première fois, mais c'est une petite musique qui monte, qui monte en cette
01:34rentrée de campagne présidentielle,
01:37étant donné que les sondages dans leur globalité montrent que le RN est plus que jamais favori,
01:44qu'une victoire à huit mois de la présidentielle se dessine pour Marine Le Pen.
01:49Et c'est vrai qu'à la fois les insoumis et les écologistes avancent ces propos-là d'une manière
01:57parfois assez déroutante, étonnante aussi,
02:02dans le sens où ils appellent à des actes de désobéissance.
02:06On avait aussi également le maire LFI de Saint-Denis, Badibagayoko, qui a quelques semaines appelé à l'insurrection.
02:12Donc c'est vrai qu'il y a différentes terminologies, mais il y a une justification.
02:16C'est à leur jeu, voilà, quand bien même les Français se prononceraient en faveur du RN à l'issue
02:22du second tour,
02:23ils estiment que d'une certaine manière, que cette victoire serait illégitime.
02:28Oui, alors c'est étonnant, c'est que ça remet en cause le processus et la vie démocratique de notre
02:32pays.
02:33Quelles sont les méthodes ? La désobéissance, c'est large, donc ça veut dire quoi désobéissance ? Ça passerait par
02:39quoi ?
02:40C'est une forme de résistance à leur jeu. Ce serait à la fois la contestation dans la rue.
02:45Donc des manifestations, mais ça c'est très classique.
02:48Des manifestations, c'est à la fois très classique.
02:50Après, un soir de deuxième tour, si vous regardez les précédentes élections,
02:55généralement c'est plutôt des manifestations de joie dans le camp des vainqueurs que l'on peut voir après une
03:02présidentielle.
03:02J'ai souvenir de 2002 et à la suite du premier tour, les manifestations...
03:06En l'occurrence, au soir d'un deuxième tour, et auquel cas avec l'élection d'un ou d'une
03:11présidente,
03:12voir des gens manifester contre le choix définitif des Français serait inédite.
03:19Et ça pour le coup, cette hypothèse, ce scénario est très clairement préparé,
03:26à la fois côté insoumis et écologiste,
03:30et ce qui inquiète aussi, d'une certaine manière, les services de sécurité aujourd'hui.
03:36Donc des manifestations ?
03:37Des manifestations, des résistances au sein des ministères.
03:41Par exemple, il y a tout un réseau de hauts fonctionnaires
03:44qui sont déjà très bien implantés dans différents ministères,
03:49ce qu'ils appellent les phrygiens,
03:51et qui sont là pour faire des notes, préparer,
03:56et faire en sorte, aider le candidat Mélenchon à préparer son programme pour la présidentielle.
04:02Mais la question qui se pose, c'est si Mélenchon ne l'emporte pas,
04:05quel serait le comportement de ses fonctionnaires ?
04:09Pour revenir sur les propos, c'est vrai que c'est une petite musique qui monte, qui monte,
04:12et encore ce matin, Marine Tondelier, la patronne des Verts,
04:18a eu ce genre de propos.
04:20Elle était chez nos confrères de France Info, et je vous propose de l'écouter.
04:23Quand, dans des moments d'histoire française,
04:25il y a eu des consignes politiques qui ont été passées,
04:27qui étaient extrêmement choquantes, qui étaient illégitimes.
04:30Heureusement qu'il y a des fonctionnaires qui ont dit « moi, je n'ai pas en œuvre ».
04:32Mais là, vous faites référence à l'élection du Rassemblement National,
04:34vous ne savez pas encore quelles mesures sont reprises,
04:36et vous dites déjà « on va désoblier ».
04:37Attendez, à un parti qui expliquait hier qu'il allait verbaliser
04:40les femmes qui porteraient le voile sur l'espace public.
04:42J'espère bien qu'il y ait des policiers qui diront
04:43« mais je ne verbalise pas une femme parce qu'elle porte le voile sur l'espace public ».
04:47Donc c'est ça concrètement quand vous parlez de désobéissance civile ?
04:50Le Conseil de Paris, une jurisprudence constante sur le sujet,
04:50ils l'ont rappelé des dizaines de fois.
04:52Enfin, ça suffit en fait.
04:53Ils ont un programme qui n'est pas républicain,
04:54ils ont un programme qui met en danger notre démocratie,
04:56et qui met en danger des personnes.
04:58Ça veut dire quoi, désobéir ?
04:59Ça dépend qui vous êtes.
05:01Mais les politiques, ils ont des manières politiques de désobéir,
05:04des fonctionnaires de manière fonctionnariale,
05:05et j'espère bien qu'un maximum le fera.
05:08Georges Fenech, contestez le choix des urnes,
05:10mais est-ce que vous diriez que c'est le propre de partis révolutionnaires ?
05:14– Oui, bien sûr, c'est la révolution.
05:16C'est-à-dire, en fait, c'est la rue qui doit décider de l'avenir du pays.
05:20Ça nous rappelle à tous la fameuse formule de Bertolt Brecht,
05:24vous vous souvenez, puisque le peuple vote mal,
05:25il faut dissoudre le peuple.
05:27Voilà.
05:27Donc il faut se passer de ces élections.
05:31C'est, à mon avis, contre-productif, un tel discours,
05:34pour ceux qui le tiennent.
05:35Ça ne peut, à mon avis, que renforcer, d'ailleurs, ceux que ça vise,
05:38notamment le Rassemblement National.
05:40Et puis, il ne faut pas trop s'en inquiéter non plus, moi je dirais,
05:44parce qu'on a déjà l'habitude, en fait, on voit bien,
05:48cette obstruction, cette bordélisation, elle est déjà là.
05:51Et pourtant, le pays, quand même, fonctionne.
05:53Je parle de la démocratie et des institutions.
05:56Vous avez beau mettre en place, dans les différentes institutions,
06:00que ce soit le Conseil d'État, la Cour de cassation,
06:03ou la Cour des comptes,
06:04des gens pour plus tard faire obstruction, soit disant,
06:08ils n'y arriveront pas.
06:09Quand le peuple s'est exprimé,
06:11ce sont les choix du peuple qui vont s'appliquer.
06:13Mais l'objectif est aussi d'effrayer ceux qui vont mettre un bulletin dans l'urne,
06:16en disant, attention, si vous votez tel parti, ça va être la catastrophe.
06:20Dans l'isoloir, que vous avez le choix, vous vous dites,
06:22oulala, il faut que je fasse attention, parce que, non.
06:24Ça ne marche pas.
06:25Le peuple votera en toute liberté et en conscience.
06:28Sophie Audugé.
06:29J'aimerais avoir l'optimisme de Georges,
06:33je ne suis pas sûre de le partager totalement.
06:34Après, c'est une évidence que des très hauts fonctionnaires
06:38vont soutenir la candidature de Mélenchon.
06:41Ça, c'est une évidence.
06:42Et qu'effectivement, si Marine Le Pen était élue,
06:45qu'est-ce qui serait mis en place ?
06:46Ça va être très compliqué,
06:47parce qu'on sait très bien que pour relever la France,
06:49il va quand même falloir prendre des mesures extrêmement drastiques,
06:53bien évidemment, vu la situation à laquelle on est,
06:55et qu'à un moment,
06:57il va y avoir une rébellion de ceux
06:59qui ont demandé de travailler autrement,
07:01de travailler ailleurs,
07:01ou de ne plus travailler du tout.
07:03Ou pas en accord, en tout cas, avec leurs opinions.
07:06Jacques Serret, j'en profite pour vous remercier
07:07d'être venu dans le studio d'Europe 1.