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  • il y a 7 semaines
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Télématin reçoit Jean-Laurant Cassely, essayiste et spécialiste des modes de vie des Français.

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Transcription
00:00Si vous deviez en un mot nous définir, nous définir, nous français, qu'est-ce que vous diriez ?
00:06Chauvin !
00:06En retard, on va se pouvoir remarquer.
00:09Non, non, ce n'est pas beau, ce n'est pas beau.
00:11Rebelle.
00:12Rebelle, un petit point à l'évolution, oui.
00:13Moi je dirais gourmand parce qu'à chaque fois qu'on est à la table, on parle du repas d
00:16'après.
00:17C'est vrai, c'est vrai.
00:17Mais exactement.
00:18C'est vrai.
00:19Mais c'est vrai que c'est un bon panel que vous nous offrez ce matin.
00:21Et ce nous, il peut être le départ d'un projet commun.
00:25C'est à partir de ce constat qu'un collectif d'auteurs a dessiné une cartographie de la France
00:31en fonction de nos habitudes de consommation, de nos habitudes culturelles.
00:35Et ça, on devrait le donner au candidat à la présidentielle.
00:39Bonjour Jean-Laurent Casselli.
00:41Bonjour.
00:41Vous êtes l'un des auteurs de ce « Nous, les Français » qui est publié chez Robert Laffont.
00:49Vous le dites dans l'introduction, l'analyse des petits riens dessine un grand tout.
00:54Ça veut dire quoi ?
00:55C'est vraiment notre méthode.
00:56C'est-à-dire plutôt que raconter la société française et la campagne présidentielle qui approche
01:01avec la gauche, la droite, le centre ou des sondages.
01:03On s'est dit que c'était plus amusant et plus concernant de parler du quotidien,
01:08de parler des objets de consommation comme le air fryer, le vélo,
01:12de parler de nos pratiques comme la course à pied ou les séries qu'on regarde à la télé.
01:16Et en fait, tout ça, ça forme par petits morceaux, par petites touches,
01:20un portrait un peu impressionniste de ce qu'on est nous en tant que société.
01:24Et voilà.
01:24C'est passionnant, c'est souvent très drôle.
01:27Et ce sont ces petits détails.
01:29On va donner tout de suite quelques exemples.
01:31Les mégots, où trouve-t-on les mégots de cigarettes dans les villes ?
01:35Pourquoi vous êtes intéressé aux mégots ?
01:37En fait, c'est un peu de ma faute parce que j'ai fait une étude sur les mégots l
01:40'année dernière.
01:40Je me suis dit que c'était justement typiquement le petit objet du quotidien auquel personne ne pense
01:45et qui raconte sur le sol en fait, en l'occurrence, notre appropriation de l'espace public.
01:50C'est dans les grandes villes, dans les zones d'anonymat, les zones très fréquentées qu'on jette ces petits
01:55déchets
01:55et pas du tout dans les villages ou autour de chez soi.
01:57Donc ça dit aussi le fait que quand les Français sont attachés à leur cadre de vie, ils y font
02:01attention.
02:01Et quand ils sont dans des lieux qui sont justement, qui ont moins d'identité, finalement, ils se lâchent un
02:06peu entre guillemets.
02:07C'est dans les lieux commerciaux, les lieux festifs et effectivement cet espace public.
02:10Et vous dites même que ça peut être un peu le thermomètre, la température du climat social
02:15parce que quand il y a beaucoup de mégots et quand on ne fait plus tellement attention à ce qu
02:18'on fait,
02:18ça peut être aussi le terreau d'une instabilité ou d'une intranquillité.
02:22Oui, et puis c'est une manière de parler de l'insécurité, justement,
02:26parce qu'il y a aussi le problème dans les communes des dépôts sauvages
02:29qui est monté ces dernières années et qui inquiète beaucoup les gens
02:31et qui peut être connecté effectivement à des questions de délinquance.
02:35Et donc c'est, encore une fois, un exemple de comment le cadre de vie,
02:38il y a un petit objet qui a l'air de rien, nous raconte quelque chose de nos aspirations
02:42et puis aussi de nos anxiétés et de nos peurs, en l'occurrence.
02:45Alors moi, j'adore la doudoune. La doudoune vote.
02:47Parce qu'en fonction de la doudoune qu'on va porter,
02:50ça peut donner une indication sur la sensibilité politique de son propriétaire.
02:55Ça, c'est une doudoune centriste.
02:57Par exemple, la doudoune légère qu'on voit un peu partout, finalement.
03:03Oui. Non, alors ce qu'on dit, parce que je ne veux pas qu'on laisse penser aux téléspectateurs
03:07qu'en fonction de la doudoune, il y a un vote mécanique.
03:11Mais non, pas dit-il. Il y a une petite tendance, malgré tout.
03:13On s'amuse avec ça parce que c'est un vêtement qui est super fonctionnel,
03:15donc que tout le monde porte en France.
03:17Mais c'est aussi un vêtement qui a une connotation politique.
03:19Et c'est vrai qu'on l'a vu beaucoup chez les entrepreneurs,
03:22les patrons de PME, les commerçants.
03:24Donc des gens qui sont plutôt, qu'on aurait pu voir à la réunion du Medef,
03:28qui s'est tenu il y a quelques jours.
03:29Donc c'est plutôt un vêtement qui est associé au monde libéral, de l'entreprise.
03:33Donc on imagine plutôt...
03:34Donc la doudoune s'en mange typiquement, ça va être...
03:36Oui, voilà. On la voit beaucoup dans les grandes entreprises.
03:38Donc c'est des gens qui vont être concernés par le ras-le-bol fiscal.
03:40Donc oui, un vêtement plutôt associé à la droite, on va dire.
03:43Et puis l'absence de doudoune, la polaire, par exemple,
03:47qu'on va trouver dans les espaces de coworking
03:48ou les salles d'escalade en intérieur,
03:52là ce sera plutôt un vote écolo au Front Républicain.
03:55C'est la doudoune des gens qui n'aiment pas la doudoune, en tout cas.
03:59C'est ça. La France, pays de la gastronomie.
04:02Eh bien, on voit deux concepts qui s'opposent aujourd'hui.
04:05Vous parlez même de guerre civile culinaire
04:07entre, d'un côté, le canot français et de l'autre, Master Poulet.
04:11Oui, pour dire justement qu'on espère que cette guerre culinaire n'aura pas lieu,
04:14mais qu'on a vu depuis une dizaine d'années
04:16que la gastronomie, l'alimentation, certains plats
04:20sont devenus en fait des marqueurs culturels, voire des marqueurs politiques.
04:23On l'a vu avec, par exemple, la viande
04:26qui a été récupérée par les influenceurs identitaires à l'extrême droite,
04:30de même que le vin, enfin, tout le côté saucisson pinard.
04:33Et puis, on a vu justement le canon français,
04:35ces grands banquets très franchouillards
04:37dans lesquels on chante la Marseillaise
04:39et des chansons de Michel Sardou,
04:41ce qui, en soi, n'est pas interdit dans ce pays,
04:44mais qui, parfois, a pu être vu comme, justement,
04:46véhiculant tout cet imaginaire politique conservateur,
04:50pour ne pas dire plus.
04:51Et donc, à travers les banquets du canon français,
04:54mais aussi cette enseigne que tout le monde connaît aujourd'hui,
04:56Master Poulet, qui s'est implantée en banlieue parisienne notamment,
05:00et qui vend des demi-poulets grillés à l'âle pas cher,
05:03à partir de ce fast-food,
05:05on a vu un débat politique naître à gauche
05:07sur la malbouffe,
05:09quelle alimentation on doit donner aux gens
05:11dans les quartiers populaires,
05:12mais aussi la question de l'électorat,
05:13puisqu'il y a eu une passe d'armes
05:15entre la gauche PS et la France Insoumise,
05:17pour compte, finalement, le fast-food et le poulet.
05:20Donc, on a vu que ça s'est transformé en sujet politique.
05:23C'est ça. Et vous n'échappez pas au sujet politique.
05:24De toute façon, on voit bien que tout est politique.
05:26De toute façon, mais vous parlez des livres.
05:28On entre dans une période électorale dense.
05:30Où sont achetés les livres de gauche
05:32et les livres de droite ?
05:33C'est une question que vous vous posez.
05:35Alors, à chaque fois, ce sont des chiffres.
05:37Évidemment, tout le livre est extrêmement documenté.
05:40Les livres de gauche ont un taux de vente
05:43chez les libraires de 75 %
05:45contre 50 % chez les auteurs de droite.
05:48Et puis, il faut noter que Jordan Bardella,
05:49son taux de vente en librairie est le plus faible à 35 %.
05:52Ça veut dire que deux tiers de ses ventes
05:54se font en grande surface.
05:57Ça raconte quoi, ces chiffres ?
05:59Alors, déjà, c'est vrai que les livres de droite
06:00se vendent mieux que les livres de gauche
06:02depuis quelques années.
06:03Déjà, c'est un indicateur.
06:04Je ne sais pas si c'est un sondage préélectoral,
06:06mais c'est quand même un indicateur.
06:07Et l'autre aspect, vous l'avez dit,
06:09c'est que les livres de droite et de gauche
06:10ne sont pas achetés aux mêmes endroits.
06:11Si je caricature, le livre de gauche,
06:13il est acheté en librairie de centre-ville indépendante.
06:15Et le livre de droite,
06:16il est plus acheté en grande surface culturelle,
06:19mais aussi dans les super et les hypermarchés.
06:20Ça dit quoi ?
06:21Peut-être que l'électorat de gauche
06:23est plus sectorisé géographiquement
06:25dans les grandes villes,
06:26en tout cas dans les centres,
06:26et que l'électorat de droite,
06:27il est peut-être plus aussi à la campagne,
06:29dans les zones rurales,
06:30et aussi plus mainstream,
06:32puisqu'il va aussi acheter des livres
06:33dans des endroits qui ne sont pas des librairies,
06:35donc où il y a moins de livres,
06:36et donc peut-être qu'il touche plus de monde,
06:38mais ça, on va le savoir dans quelques mois.
06:41Vous avez envoyé des livres
06:42au candidat à la présidentielle déclaré ou pas ?
06:44On est en train de le faire.
06:45On espère qu'ils vont,
06:47je ne sais pas s'ils vont tirer de l'inspiration,
06:49mais en tout cas qu'ils vont y retrouver
06:50ce qu'ils sont en train de découvrir
06:53auprès des Français.
06:53En tout cas, c'est passionnant
06:55et effectivement très révélateur de nos habitudes.
06:58dessine un portrait de la France.
07:00Merci Jean-Laurent Cassidy d'avoir été avec nous,
07:01auteur de Nous les Français chez Robert Laffont,
07:03avec, je vais citer vos co-auteurs,
07:05Gérald Dandrieux,
07:06Laure Coromine,
07:07Franck Dedieu,
07:07Laureline Dupont
07:08et Raphaël Lurka.
07:10Et Fabrice Haes,
07:10qui est notre illustrateur.
07:12Merci de le rappeler aussi.
07:14Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.

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