00:00RMC, le choix de la rédaction.
00:03Bonjour Célestin Bougère.
00:04Bonjour.
00:04En rentrant de vacances, vous avez peut-être constaté des fissures sur votre maison.
00:09La sécheresse exceptionnelle cet été a accentué le phénomène de retrait-gonflement des sols en argile.
00:14Des sols qui se gonflent avec l'humidité, qui se rétractent ensuite avec la sécheresse.
00:18Ce qui déforme et fissure les bâtiments.
00:21Un problème qui touche de plus en plus de monde.
00:23Plus de 60% des habitations individuelles seraient maintenant concernées.
00:27De nombreuses nouvelles fissures sont même apparues ces dernières semaines.
00:31Célestin, c'est le cas à Vierzon où vous vous êtes rendu.
00:33Oui, je suis parti rejoindre Alain au nord-est de la ville devant chez lui.
00:37Il fait le tour des nouvelles fissures qui sont apparues cet été, le long de son garage et autour d
00:41'une fenêtre.
00:42Il y a celle-là, celle-là qui est apparue cette année, qui va donc d'un bout à l
00:45'autre.
00:46Et puis il y a ici, donc ça c'était fissuré, voilà, quelques années.
00:50Ça n'avait pas bougé pendant 3-4 ans.
00:52Et puis bon, à nouveau, ça pète.
00:53Vous avez eu déjà des entrées d'eau à cause de ça ?
00:55Ben oui, ben oui. Vous voyez du moisi apparaître, vous voyez le papier se décoller.
00:59Cette année, ce qui est apparu aussi, j'ai des portes qui s'ouvrent toutes seules, qui se ferment toutes
01:02seules.
01:02Le nuit, vous entendez la maison craquer, c'est pénible, très pénible quoi.
01:06Ce n'est pas très rassurant en plus, j'imagine, quand ça craque.
01:07On est à la merci forcément quoi.
01:09Les maisons, c'est le fruit d'une vie et ça fait quand même mal au cœur de voir que
01:12ça se détruit un petit peu.
01:13Là, ce n'est pas encore dans l'exagération.
01:15Quand on passe chez mes voisins, c'est déjà quand même bien esquinté.
01:20Donc là, on va regarder la maison de la dame.
01:21Il y a juste sur le côté où c'est bien fissuré.
01:24Donc vous voyez là-haut, ça va jusqu'à dans le bas, ça va jusqu'à la dalle.
01:27Sur le quartier, vous savez exactement combien il y a de maisons touchées ?
01:30C'est tout vite, ou une dizaine.
01:31Ce qui inquiète aussi Alain, c'est l'automne avec le retour des précipitations.
01:35Les sols vont de nouveau se gorger d'eau et gonfler en dessous de sa maison.
01:39Et alors Célestin, que doivent faire les sinistrés ?
01:41Ils doivent obtenir la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour que les assurances leur viennent en aide.
01:46Pour cela, ça se passe en mairie.
01:48La ville de Vierzon, sur son site et sur les réseaux sociaux, a lancé un appel à ses habitants sinistrés
01:52pour qu'ils se signalent.
01:53Plus les demandes seront nombreuses, plus les chances seront grandes d'obtenir auprès de l'État cette reconnaissance de catastrophe
02:00naturelle.
02:00Depuis deux semaines, le dossier sur le bureau de Yannick Leroux, le maire de Vierzon, n'en finit plus de
02:05grossir.
02:06Voilà déjà tout ce qu'on a pu recevoir.
02:07Donc on doit être à plus de 60 dossiers déjà.
02:10Il y en avait les autres années, mais pas à ce point-là.
02:12Il y a des dossiers où c'est vraiment des grosses, grosses fissures où on peut passer le doigt à
02:15l'intérieur des maisons.
02:15Vous voyez, celle-ci, moi, m'a particulièrement touché.
02:17Vous avez une fissure comme ça à l'intérieur, c'est inquiétant quand même.
02:20Il y en a beaucoup qui nous le mettent dans le courrier.
02:22Ils voudraient bien commencer les travaux, le faire par eux-mêmes.
02:24Et s'ils entament ça, ils ne seront pas pris en charge par l'assurance, ils ne seront pas couverts.
02:27Yannick Leroux a envoyé une lettre au préfet du Cher.
02:30Il demande à l'État une dérogation pour réduire les délais de traitement du dossier de Vierzon
02:34pour que la reconnaissance d'une catastrophe naturelle soit faite plus vite et pas à la fin de l'année.
02:38C'est un cauchemar ce que vivent ces habitants de Vierzon.
02:41Et on comprend ce que dit le maire.
02:42Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse devraient être de plus en plus nombreux.
02:47Ce phénomène de retrait-gonflement des argiles devient donc un problème majeur ?
02:51Oui, même si toutes les maisons touchées ne menacent pas de s'effondrer.
02:54Mais c'est tout de même le risque naturel principal, selon la caisse centrale de réassurance,
02:58qui estime que le coût lié au retrait-gonflement des argiles devrait atteindre 500 milliards d'euros dans quelques dizaines
03:04d'années.
03:05Et pourtant, les dossiers sont rarement acceptés par les autorités.
03:07D'après Dominique Golsten, vice-présidente de l'association Urgence Maisons Fissurées,
03:1295% des communes qui ont fait une demande l'année dernière n'ont pas obtenu la reconnaissance de catastrophe
03:17naturelle.
03:18Dans le même temps, l'association n'a jamais été autant sollicitée.
03:21Si on avait peut-être au démarrage une vingtaine d'appels par mois, c'est une vingtaine d'appels par
03:26jour.
03:26Quand il y a une déclaration de catastrophe naturelle, c'est pour accélérer le processus.
03:30Nous, nos arrêtés, ils sont publiés parfois deux ans après,
03:33parce qu'on a mis des critères de plus en plus compliqués pour écarter un maximum de gens,
03:38parce qu'il n'y a pas l'argent suffisant.
03:40L'association Urgence Maisons Fissurées réclame donc la création d'un fonds d'urgence et un grenelle sur le sujet.
03:46Jean-François Portarieux, le député de la Haute-Garonne, s'est lui emparé du sujet.
03:49Il demande la création d'un nouveau statut, plus adapté pour élargir les critères d'éligibilité à la catastrophe naturelle.
03:55S'il n'y arrive pas par le dialogue, le député l'assure, il rédigera une proposition de loi.
03:59Il doit rencontrer le ministre de la Transition écologique dans deux semaines.
04:03Il va falloir s'en saisir. En tout cas, si on a deux tiers des maisons individuelles,
04:06ça fait beaucoup de Français directement concernés, beaucoup d'inquiétudes.
04:09Et j'entendais ce que disait le maire, ils n'engagent pas les travaux,
04:11parce que sinon l'assurance derrière dira, il fallait nous appeler avant.
04:14Ralf est en ligne avec nous. Écoutez bien, Célestin. Il est à Mâcon, en Saône-et-Loire.
04:18Bonjour, Ralf.
04:19Bonjour tout le monde.
04:21Vous, vous avez été directement concerné par ce sujet-là sur votre maison actuelle ?
04:26Je suis toujours concerné depuis 2019. C'est toujours au tribunal.
04:30Ça fait huit ans.
04:32Huit ans, huit ans, huit ans.
04:34Et depuis, cinq inondations aussi à cause des fissures,
04:36parce qu'il y a des fissures dans les fondations et tout.
04:39Et ça fait cinq fois qu'on a été inondés.
04:41Et puis maintenant, du coup, les assurances ne remboursent même plus le placo à l'intérieur
04:44tant que le reste n'est pas fait.
04:46Mais huit ans...
04:47En gros, les assurances vous enjoignent à régler le problème.
04:51Mais comment on règle le problème d'ailleurs, Raph ?
04:53Il faudrait faire quoi ?
04:54C'est un calvaire.
04:54C'est un calvaire.
04:55En fait, moi, ce qui s'est passé, c'est que mon assurance,
04:57quand j'ai fait la déc...
04:58On a eu le truc national de catastrophe naturelle.
05:02On a eu toutes les démarches, les machins.
05:03Ma maison, elle est de 1870.
05:05Elle n'était pas fissurée avant.
05:07En 2019, elle a fissuré d'un coup.
05:09Et puis du coup, on a fait le dossier à l'assurance.
05:12Je suis allé à mon assureur qui a dit,
05:14« Oui, on va faire ça, ça, ça. »
05:16L'expert, quand il est passé, me dit,
05:17« Non, ce n'est pas la sécheresse. »
05:19Un jour, par hasard, je reçois 7000 euros sur mon compte en dédommagement.
05:23Je pense que ça m'a surpris.
05:24Et du coup, quand j'ai trouvé ça un peu trop bizarre,
05:27j'ai fait venir un expert indépendant qui me dit,
05:29« Non, non, mais c'est bien la sécheresse. »
05:30Et là, il faut prendre un avocat spécialisé, les machins.
05:33Tribunal, puis retribunal, et puis contrepartie.
05:36Ça a été très compliqué.
05:38L'an dernier, j'ai payé 14 800 euros
05:40pour faire trois trous de carottage
05:42pour voir la nature du sol.
05:44Et puis maintenant, c'est toujours dans les dossiers
05:45des experts juridiques, et je n'ai pas plus de nouvelles.
05:48J'en suis à 34 000 euros de frais de justice.
05:50De votre poche ?
05:52De ma poche, pour le moment.
05:54Qui pourraient normalement…
05:55J'ai fait un crédit, je ne veux pas vous mentir.
05:58Et donc, du coup, qui pourraient normalement…
06:01Qui doivent être remboursés par l'assurance.
06:03Mais c'est pareil, les assurances.
06:05Quand les avocats de l'assureur,
06:06ils viennent avec les grosses réunions
06:08avec 36 000 personnes qui parlent dans le vent,
06:11ils expliquent très clairement que le problème,
06:13les assureurs le savent,
06:14que tous les terrains sont comme ça.
06:16Mais que bientôt, ils vont faire en sorte
06:18que ce soit exclu des contrats,
06:19parce que ça leur coûte trop cher.
06:21Écoutez, je pense que, de toute façon,
06:23sur cette solution, Raph,
06:24vous avez un sujet qui vous est propre,
06:26votre assurance, votre maison, votre commune.
06:29Mais sur ce sujet-là,
06:30il va falloir une réponse nationale.
06:31Si on a 61% des maisons,
06:33et il y a une proposition de loi,
06:35vous le disiez, Célestin,
06:36qui est en préparation.
06:39Et il y a le ministre de la Transition écologique
06:40qui est l'invité d'Apolline de Malherbe
06:41à 7h40 aussi.
06:42Voilà, quelques éléments.
06:43Raph, merci beaucoup, bon courage !
06:45On vous a régulièrement au téléphone,
06:47je ne savais pas ce calvaire de vivre,
06:48j'ai dit, 7 ans un peu,
06:51avec des fissures dans la maison
06:52et 34 000 euros sortis en crédit.
06:54Merci Raph d'avoir témoigné en direct
06:55au 3216 ce matin.
Commentaires