- il y a 6 semaines
Ce vendredi 28 août, Adrien Couret, directeur général d'Aéma Groupe, était l'invité dans l'émission Good Morning Business sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Good morning business, parole de patron.
00:05Adrien Courret, bonjour.
00:06Bonjour Brigitte Poché.
00:07Vous êtes directeur général d'AEMA Group qui réunit Massif, Aesio Mutuel et Abeille Assurance.
00:11Combien de vos clients ont été impactés par les incendies et les méga-feux de cet été ?
00:15A peu près 3000. On a eu 3000 déclarations de sinistre.
00:183000 sur combien ?
00:193000 sur 12 millions de personnes assurées.
00:21Mais vous savez, la réalité pour ces personnes, c'est ce qu'elles ont vécu.
00:24Et on a vécu des situations dramatiques, des maisons qui ont été brûlées, des évacuations.
00:29Là, c'est plutôt près de 10 000 personnes qui ont été concernées.
00:33Et maintenant, c'est le temps de l'accompagnement, c'est le temps de la reconstruction.
00:36Et on a eu un été, au niveau du groupe AEMA et des assureurs,
00:39qui a été un été de grande mobilisation.
00:41La reconstruction, elle va maintenant prendre du temps.
00:44Alors, vous en êtes où justement des indemnisations ?
00:46Combien de demandes vous avez reçues ?
00:48Parce qu'on accuse évidemment la lenteur des assureurs.
00:51Alors, sur ce type d'événement, vous avez une concentration de demandes.
00:53On a aujourd'hui à peu près trois quarts des expertises qui ont été réalisées.
00:56On a un suivi très fin qui se fait avec les autorités locales.
01:00Sur ce type d'événement exceptionnel, on mobilise des moyens très forts.
01:03Par exemple, la Massif a appelé l'ensemble de ses sociétaires de la région
01:06pour vérifier s'ils allaient bien.
01:08Aïsio Mutuel mobilise des fonds d'action sociale sur la question de ses cotisations.
01:14Ça prend du temps, c'est normal.
01:16Et maintenant, on est dans l'accompagnement.
01:17Ok. Est-ce que les experts vont se déplacer à chaque fois sur place ?
01:20Ah oui, bien sûr. Il y a des binômes entre les salariés de notre groupe
01:24et puis les experts qui sont présents.
01:26On mobilise le maximum de nos équipes pour répondre au sujet.
01:29Et puis, vous savez également qu'on a participé au relogement
01:32des personnes qui ont été touchées.
01:34C'est vraiment pour nous un événement nouveau exceptionnel.
01:36On n'a jamais connu ça sur ces 20 dernières années.
01:39Jusqu'à quand les assurés ont-ils pour faire leur déclaration de sinistre ?
01:42Parce que généralement, c'est quelques jours, mais là, ça a été prolongé.
01:44Alors, on a pris un choix en tant que secteur, dès l'événement exceptionnel,
01:49de prolonger les délais de déclaration de sinistre.
01:51Il y a jusqu'à la fin du mois pour le faire.
01:53Il reste vraiment quelques jours, là.
01:55Oui, mais je pense que l'essentiel a été fait.
01:57On parle d'un événement qui a eu lieu il y a maintenant un peu plus d'un mois.
02:00Un arrêté a été publié le 31 juillet pour permettre aux assureuses
02:03de verser jusqu'à 80% d'acomptes sur leurs indemnités
02:06aux agriculteurs qui sont assurés et affectés par la canicule.
02:11Pour eux, c'est une question de jour.
02:12Ils vont bientôt être indemnisés ?
02:13Alors oui, mais il faut savoir que sur ce type d'événement,
02:16nous, assureurs, et nous, au niveau du groupe AEMA,
02:18nous apportons tout un tas de souplesse.
02:19Il y a évidemment le contrat, mais on est conscient
02:22que nos sociétaires, adhérents et clients,
02:24vivent des situations très dramatiques.
02:26Donc, on apporte des éléments de souplesse sur ces sujets-là.
02:29Et la question des accomptes, ce n'est pas forcément
02:30que pour les agriculteurs, ça peut être également
02:32pour les familles qui ont été touchées.
02:34Il y a beaucoup de déconvenus d'assurés
02:36qui, tout d'un coup, réalisent que dans leur contrat,
02:40ils ne sont pas couverts ?
02:41Alors, pas pour ce qui concerne les assureurs
02:43de notre groupe, et d'une façon générale,
02:45au niveau du secteur, dans des moments aussi dramatiques,
02:49on parle de maisons qui ont été totalement disparues,
02:51on a généralement une lecture un peu plus souple
02:54de nos contrats et d'accompagnement.
02:55Sachant qu'il faut que vous sachiez,
02:57sur ce type d'événement, il y a souvent des cellules
03:00de liens entre les personnes qui ont été touchées,
03:03les pouvoirs publics, et donc toutes les situations
03:05sont considérées individuellement de façon extrêmement précise.
03:09Quand la maison a brûlé, par exemple,
03:11vous proposez une indemnité de quel ordre ?
03:14Est-ce que c'est suffisant pour racheter une maison ?
03:16Pour reconstruire une maison ?
03:19On a une logique d'indemnisation à l'identique
03:22de la valeur de la maison qui a été détruite.
03:25Donc, véritablement, l'assurance ici,
03:26elle intervient dans la globalité,
03:28un modulo, la question des franchises.
03:30Il faut que vous sachiez qu'en France,
03:33la protection, la reconstruction, l'indemnisation
03:35fait partie de la plus couvrante d'Europe.
03:38Donc, véritablement, l'assureur, il intervient
03:40pour la reconstruction de la maison
03:41et sur la valeur qui était la valeur de la maison
03:43au moment où elle a été détruite.
03:45Comment vous évaluez les risques ?
03:46Est-ce que vous avez revu votre échelle de risque
03:48avec le dérèglement climatique ?
03:50Alors, on le fait depuis longtemps.
03:52Le changement climatique, c'est une réalité
03:54pour le secteur de l'assurance depuis une dizaine d'années.
03:56Ce que nous indemnisons sur le climatique
03:58a doublé en 10 ans et va continuer à doubler.
04:02Donc, oui, on l'évalue, et notamment,
04:03ce sont les évolutions tarifaires.
04:05Nos remboursements augmentent,
04:07donc nos tarifs augmentent.
04:09Tout ça dans une mutualisation,
04:10c'est-à-dire que les territoires qui sont touchés
04:12peuvent être indemnisés grâce à des territoires
04:15qui ne sont pas touchés par certains types d'événements.
04:17C'est-à-dire qu'il y a une sorte de péréquation ?
04:18On appelle ça la mutualisation.
04:20Alors, la grande difficulté qu'on a aujourd'hui,
04:21là, vous parlez beaucoup des incendies,
04:23mais l'été a été très particulier.
04:25On vient de le vivre encore cette nuit,
04:26puisque les incendies ont coûté.
04:28Mais on a également des grêles
04:30qui ont été également l'événement le plus coûteux
04:32sur l'été, la sécheresse.
04:34De violences d'orage ?
04:35Aujourd'hui, pour notre groupe,
04:37on évalue l'impact à une centaine de millions d'euros
04:39sur l'ensemble des événements climatiques qui ont eu lieu.
04:42Reste à évaluer la sécheresse,
04:44qui sera probablement extrêmement coûteuse à l'avenir.
04:46Est-ce qu'il y a certains endroits
04:48que vous refusez d'assurer,
04:49tout simplement parce que vous estimez
04:51qu'il y a des risques qui sont trop importants ?
04:53Alors, hormis des situations très particulières,
04:55comme par exemple des maisons qui sont dans le lit d'une rivière
04:58ou des maisons qui sont sur du trait de côte
05:00qui est en train de s'effondrer,
05:02nous ne pratiquons pas une sélection agressive du risque.
05:06C'est une question qu'il faudra se poser à l'avenir
05:08au niveau du secteur,
05:09parce que le risque climatique est en train de bouger très fort.
05:11Une façon de l'empêcher,
05:13ce serait de développer une politique de prévention,
05:15d'adaptation du territoire beaucoup plus forte,
05:18parce qu'on connaît aujourd'hui les zones du territoire
05:20qui sont exposées à la submersion marine,
05:22à des inondations, aux incendies.
05:24Et donc là, il faut mettre en place des mesures de prévention,
05:26de sécurisation,
05:28qui n'existent pas toujours au niveau local.
05:29Et ça nécessite de travailler ensemble, d'anticiper.
05:32On n'est pas très forts aujourd'hui sur le sujet.
05:35Ça peut être un bon élément de débat présidentiel, par exemple.
05:40Avec le dérèglement climatique, vous le disiez,
05:42ça va coûter plus cher.
05:44Ça correspond à combien en plus pour un contrat d'assurance,
05:48pour un particulier, par exemple ?
05:49Je vous disais,
05:51on a doublé l'indemnisation de notre sinistralité climatique en 10 ans.
05:58Elle va encore doubler à l'avenir.
05:59On a eu le renforcement d'une surprime sur le régime catenade de 12 à 20%.
06:04Ça a représenté sur les contrats à peu près une vingtaine d'euros par an.
06:09Il faut s'imaginer que ça va augmenter graduellement.
06:11Mais ce sur quoi je voudrais insister,
06:13c'est que cette assurance, elle est très peu chère,
06:15quand en face, vous avez la promesse de pouvoir reconstruire votre maison.
06:18C'est un filet de sécurité qui est absolument fondamental pour les Français.
06:22Vous le disiez au début,
06:233 000 personnes qui vont être indemnisées sur 12 millions.
06:27On sait que les canicules en Europe ont causé 43 milliards d'euros de pertes économiques.
06:30Ce sera plus aussi en 2026.
06:32Ça, c'était le chiffre de 25.
06:34Et pourtant, les insureurs n'ont indemnisé qu'à hauteur de 500 millions.
06:37Est-ce que vous mettez trop de clauses ?
06:38Est-ce que la couverture proposée est insuffisante ?
06:41On a l'impression qu'il y a quand même des angles morts dans les contrats.
06:43Alors, vous donnez un chiffre au niveau européen.
06:45Il y a une réalité assurantielle en Europe,
06:47qui est que les taux de couverture ne sont pas les mêmes.
06:49Et la France fait partie des pays où les taux de couverture sont les plus élevés,
06:52parce que les Français déjà s'assurent.
06:54Pourquoi dans certains pays, il y a moins de...
06:56C'est parce que dans certains pays, les gens ne s'assurent pas.
06:59Donc les Français sont bien assurés.
07:00On a une mutualisation du risque,
07:02c'est-à-dire une solidarité entre les territoires qui est extrêmement forte.
07:06Et la France est aujourd'hui un peu le champion du monde
07:08de la couverture assurantielle publique et privée.
07:10Et puis il y a le régime des catastrophes naturelles,
07:12qui n'intervient pas sur les incendies,
07:14mais qui apporte une couverture très forte.
07:16Donc on a un modèle de protection français qui est très bon.
07:18Il faut s'assurer qu'on puisse le maintenir dans le temps,
07:21notamment en prenant ces mesures de prévention,
07:24d'aménagement du territoire que j'évoquais juste avant.
07:27Côté médical, le plafond des franchises sera relevé de 100 à 140 euros.
07:32L'État va aussi se désengager de nouveaux frais dentaires,
07:34de transports sanitaires, de médicaments à services médicaux rendus
07:38considérés comme faibles ou modérés.
07:39Ça, ce sera à compter du 1er janvier 2027.
07:42Est-ce que vous, vous allez couvrir ces nouveaux transferts de charges ?
07:46Ou est-ce qu'en fait, c'est la mutuelle qui va augmenter pour les assurer ?
07:51Alors, ces transferts de charges,
07:52ce sont les transferts de la sécurité sociale vers les mutuelles.
07:54Donc c'est des charges que nous allons prendre en compte.
07:56Est-ce que vous allez répercuter ça sur les contrats ?
07:58Oui, très probablement.
08:00Parce qu'en réalité, aujourd'hui...
08:00Dans quelle proportion ?
08:02Écoutez, on verra, on est en train de faire les calculs,
08:04mais ce que je veux dire par là, c'est qu'aujourd'hui,
08:06les mutuelles santé, elles sont à marge nulle.
08:07Donc si on nous transfère des coûts, il faudra qu'on les répercute.
08:10Moi, ce que je regrette là-dedans, c'est la méthode.
08:12Comme chaque année, ce sont des décisions descendantes
08:16de la part des pouvoirs publics.
08:17Et finalement, que ce soit la Sécu qui paye,
08:19ou les mutuelles qui payent,
08:21ce sont les Français qui payent au bout.
08:23Le vrai sujet, il n'est pas adressé.
08:24C'est quoi ?
08:24C'est l'augmentation des dépenses de santé,
08:26parce que les Français sont de moins en moins en bonne santé.
08:30Là, on est en train de discuter de mesures budgétaires,
08:32alors qu'il faudrait parler d'une politique de santé publique
08:34sur les maladies chroniques,
08:38sur un certain nombre de sujets qui, aujourd'hui,
08:39ne sont pas adressés.
08:41Et ça, ça fait des années, on le regrette.
08:43Par ailleurs, on est sur des décisions des pouvoirs publics
08:46qui sont des décisions annuelles, des décisions budgétaires.
08:48Il faudrait faire une programmation pluriannuelle sur ce sujet.
08:51On est bien capables de le faire pour la défense.
08:53Il faut le faire sur la santé des Français.
08:56Merci, Adrien Couré, d'avoir été notre invité ce matin.
08:59Directeur général d'AEMA Group,
09:01qui réunit Massif, Asio Mutuel et Abeille Assurance.